‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 130 sur 199 · LETTRE DE M. CLAVIER · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. CLAVIER

Paris, le 19 Janvier 1810.

Il a paru à Florence une nouvelle édition

des fables d’Ésope, d'après un manuscrit trèsancien; je vous prie de me l'envoyer, si vous en trouvez l'occasion. Les Molini de Florenee me doivent le prix de douze exemplaires d'Apoliodore; veuillez leur en parler ; je prendrai volontiers des livres pour cela.

Je vous félicite de votre découverte , et je ne doute pas que vous n'en fassiez d'autres ai vous vous donnez la peine de fouiller dans les manuscrits de Florence et de Rome, ou depuis longtemps il y a peu de gens habiles en gree.

Je travaille, dans ce moment, à un nouveau dictionnaire de grands hommes, où Je me suis chargé de faire toute l'histoire ancienne , tant civile que littéraire, les Romains exceptés. Beauconp de membres de l'Institut prennent part à cet ouvrage.

Vous aviez sans doute appris que Gail a été

reçu de l'Institut avant moi ; c'est une excellente acquisition ; il est le seul qui nous fosse rire. 11 nous a lu une dissertation pour prouver que l’ironie règne dons le banquet de .Xénophon, et il s'est fort offensé de ce que je lui ai dit qu’on le contredirait d'autant moins la-dcssus que personne jusqu'ici ne s'était avisé de prendre cet ouvrage au sérieux. Il nous a aussi prouvé que Xantippe était une excellente femme, douce, pleine d’attention pour son mari, et que tous les bruits qui avaient couru sur son compte étaient de pures calomnies. C'est bien généreux de sa part que de faire l'apologie des méchantes femmes. Ses sottises ont tellement déconcerté tous ses partisans, qu'il se trouve maintenant que personne ne lui a donné sa voix.

P. L. COl'RICS.

A M. ET MADAME CLAVIER

k pvmft.

FlureDCc, I« 13 mAn 1810.

Monsieur, voici ce que dit Molini. Il va vous envoyer les fables d’Ésope , qui , par parenthèse , sont tirées du même manuscrit que mon Longue. 11 vous enverra en même temps le compte de ce qu'il a vendu de votre Apollodore.

Vous êtes bien bon de vous occuper des grands hommes : j'en ai vu de près deux ou trois ; c’étaient de sots personnages.

Lisez Daphnis et Cbloé , Madame ; c'est la meilleure pastorale qu'ait jamais écrite un évêque. Messiro Jacques la traduisit, ne pouvant mieux, pour les fidèles de son diocèse ; mais le bon homme eut dons ce travail d'étranges distractions, que j'attribue au sq^et et à quelques détails d'une naïveté rare. Pour moi , on m’accuse , comme vous savez , de m'occuper des mots plus que des choses ; mais je vous assure qu’en cherchant des mots pour ces deux petits dréles , J'ai très-souvent pensé aux choses. Passez-moi cette turlupinade, comme dit madame de Sévigné, et ne doutez jamais de mon profond respect.

Il y a bien plus a vous dbre. Amyot (ùt un des pères du concile de Trente; tout ce qu'il écrit est article de foi. Faites à présent des laçons pour lire son Longus. En vérité, il n*y a point de meilleure lecture : c’est un livre à mettre entre les mains de mesdemoiselles vos filles tout de suite après le catéchisme

{ Courier quitta Florence le Ï4 mars , et vint à Rome. Il ne resta en ville que peu de jours , et alla s'établir à Tivoli avec ses livres pour travailler dans la solitude , et mettre la dernière main au texte de Longus, qu'il se proposait de publier. Au mois d'aodt il revint à Rome pour le faire imprimer ; l'édition fut faite à ses frais, et l'ouvrage tiré à cinquante-deux exemplaires seulement, qu’il envoya à ses amis et aux hellénistes de sa counaissance, français, italiens et allemands. ]

A M. L.AMBERTI,

À ■n.xs. •

8 mAl 1810.

Je ne m’étonne pas qu’on vous ait bien reçu à Paris, avec ce que vousy portiez, et connu comme vous l'êtes en cc pays-là, où l'on aime les gens tels que vous. Cet accueil vous doit engager à y

retourner, et ainsi j'espère que nous pourrons nous y revoir quelque Jour.

Si les Molini de Florence ne vous ont point envoyé la brochure ‘ qu'ils m’ont promis de vous faire tenir, écrives-leur , ou faites-la réclamer par M. Fusi. II y a un exemplaire pour vous, un pour Bossi et un pour le sénateur Testi.

La tache d'encre au manuscritestpeu deehosc, et les sottises qu’on a mises à ce sujet dans les journau.\ ne méritent pas que Renouard s’en inquiète si fort. Un papier qui me servait à marquer dans le volume l’endroit du supplément s’est trouvé, je ne sais comment, barbouillé d’encre en dessous, et, s’étant collé au feuillet, en a effacé une vingtaine de mots dans presque autant de lignes ; voilà le fait. Mais le bibliothécaire est un certain Furia qui ne se peut consoler, ni me pardonner d’avoir fait cette petite découverte dans un manuscrit qu’il a eu longtemps entre les mains, et dont il améme publié diRërents extraits ; et voilà la rage.

VosnotessurHomèreseront assurément excellentes, et pour ma part je suis fort aise que vous les vouliez achever. Mais, de grâce, après cela ne penserez-vous point tout de bon à ces .àrgo- I autes? Songez que quatre beaux vers, tels que ous les savez faire , valent mieux que quatre volumes de notes critiques. Assez de gens feront des notes, et même de bonnes notes; mais qui saura rendre dans nos langues modernes les beautés de l’antique ? Il faut pour cela les sentir d’abord , c’est-à-dire avoir du goût, et puis entendre les textes, et puis savoir sa propre langue ; trois choses rares séparément, mais qui ne se trouvent presque jamais unies. Et de fait, excepté votre Œdipe, avons-nous, je dis nous Français et Italiens, une bonne traduction d'un poème grec? Celui d’Apollonius intéresserait davantage le public, et aurait plus de lecteurs que la tragédie. Le sujet en est beau, les détails admirables, et l'étendue telle, que vous en pouvez terminer avec soin toutes les parties sans vous engager dans un travail infini. En un mot, e’est une très-belle chose à faire, et que vous seul pouvez faire. Ne me venez point dire : Ce ne sera qu'une traduction. I-a toile et les principaux traits, voilà ce que vous empruntez; mais les couleurs seront de vous. Vous en avez une provision de couleurs, et des plus belles; faites-en donc quelque chose. Je vous dirai plus : j’aime mieux cela qu’un poème sur un sqjet neuf, entreprise que je ne conseillerais à personne.

' La tnducUoo da naphnU et Chioe , Imprimée S Fkmaee.

INÉDITES

Mon dcssebi est toujours de vous aller voir avoutlesgrandeschaleurs : mais n'ycomptezpas; car je change souvent d’idée, n’en ayant de fixe que celle de vous aimer, et de vous faire traduire Apollonius. Adieu . Je vous recommande cette toison. Chantez-nous un peu de la toison. Si ce sujetlà ne vous anime, cher Lambert! , qu’étes-vous devenu ?

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