‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 134 sur 199 · A M. BOISSONADE · texte numérisé non relu

A M. BOISSONADE

A PAAU.

TlvoHt ie 15 septemhre tsio.

Il faut que vous croyiez mon affaire bien mauvaise pour me chercher des protecteurs. Quant à moi , je ne sais ce qui en arrivera ; mais je ne ferai assurément aucune réclamation; j’ai peur, si je redemandais mon livre saisi , qu’op ne me saisit moi-méme.

Pour votre ami , qui est si bon de s’intéresser à moi , je suis bien fâché de ne pouvoir vous envoyer un exemplaire. On m’en a pris vingt-sept , j’en avais distribué trente, il m’en reste donc trois; car, comme vous savez, il n’y en avait que soixante; et ces trois-là sont condamnés à toutes les ratures et biffures que j’y pourrai faire, si l’on réimprime quelque jour cette bagatelle corrigée. Au reste, je ne veux point en donner du tout à Son Excellence , que je n’ai pas l'bonncur de connaître. Remerciez , je vous prie , ce bon monsieur de sa bonne volonté; mais qu'il se garde de me nommer, ni de dire jamais m tels lieux un mot qui ait trait à moi. Je n’aime point que ces gens-là sachent que je suis au monde, parce qu'ils peuvent me faire du mal , et ne me sauraient faire du bien.

Quoi qu’U en soit, je vous admire d’avoir été songer a cela , et surtout d’avoir pu trouver quelqu'un qui voulût dire un mot en ma faveur, comme s’il n’était pas tout visible que jamais je ne serai bon à rien pour personne.

Adieu ; souvenez-vous de moi ; et gardcz-mol toujours cette précieuse amitié.

A M. DE TOURXON,

esérirr * rove.

nuiRP, Ir 18 M-ptrmbre 1810 .

Monsieur, voici ma réponse aux demandes de monsieur le directeur de la librairie.

J’ai trouvé dans un manuscrit à Florence un morceau inédit de Longus, et en le copiant j'ai fait à l’original une tacbe d’encre qui couvre environ une vingtaine de mots. J’ai donné au public d'abord ce fragment en trois longues, ensuite tout le texte de Longus revu sur les manuscrits de Florence. On ne peut arrêter la vente de ce livre, parce qu’il ne se vend point. J’en ni fait tirer cin- I quantc exemplaires, c'estA-dire quatre fols plus I

INÉDITES

qu’il n’y a de gens en état de le lire. Je ie donne aux savants et aux bibliotliéques publiques. Je n’en ai point envoyé a la Launnziana de Florence , parce que cette bibliothèque ne contient que des manuscrits.

Au reste, je ne prétends, sur ce fragment trouvé par moi, ni sur aucun livre, aucun droit de propriété ; chacun peut le réimprimer. Il me reste vingt exemplaires de mon édition grecque, qu'on peut saisir comme on a fait de ma traduction à Florence ; je n’y aurai nul regret et n’en ferai aucune réclamation.

M. le directeur peut apprendre des libraires et des savants de Paris que je m'occupe de ces études uniquement pour mon plaisir; que je n'y attache aucune importance , et n’en tire jamais le moindre profit. Ma coutume est de donner mes griffonnages aux libraires , qui les impriment à leurs périls et fortune ; et tout ce que j’exige d’eux, c’est de n’y pas mettre mon nom. Mais cette fols j’ai cru devoir faire moi-méme les frais de l’impression , ayant appris que quelques gens , assez méprisables d’ailleurs, m’accusaient de spéculation dans l'affaire de la tache d'encre ; et je pensais qu'on pourrait bien se moquer de moi d'employer ainsi mon loisir et mon argent , mais non pas en faire un sujet de persécution.

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