FRAGMENT
A Rome, avril 1912 .
.... Ce matin, de grand matin, j’allais chez M. Dagineourt, et comme je montais les degrés de la Trinité du Mont, je le rencontrai qui descendait, et il me dit : Vous veniez me voir? Il
est vrai, lui dis-je ; mais puisque vous voilà sorti
Non, reprit-il, entrez chez moi, je suis à vous dans un moment. Je fus chez lui , et je l’attendis ; et comme il tardait un peu, je descendis dans son jardin , et je m'amusai à regarder les plantes et les fieurs qui sont fort belles et nombreuses, et pour la plupart étrangères, à ce qu’il me parut, et aussi rangées d'une façon particulière et pittoresque. Car il y a beaucoup d’arbustes , dont les uns, plantés fort épais, font comme une espèce de pépinière coupée par de jolies allées ; les autres tapissent les murs, et do pied de la maison montent eu rampant jusqu’au faite. La maison est dans un des angles du jardin ; de grands arbres grêles , qui sont , je crois , des acacias , s’élèvent à la hauteur do toit , et parent les rayons du soleil sans nuire à la vue ; tellement qu’on voit de là tout Rome au bas du Pincio, et les collines opposées de Saint-Pierre l'a Montorio et du Vatican. Au fond du jardin, aux deux angles, il y a deux fontaines qui tombent dans des sarcophages, et dont l'eau coule par des canaux le long du mur et des allées. En me promenant , j’aperçus parmi des touffes de plantes fort hautes une tombe antique de marbre avec une inscription. Je m’approchais pour la lire, écartant ces plantes, cherchant à poser le pied sans rien fouler, quand M. Dagincourt , que je n’avais pas vu : ^ C’est ici , me ^t-ll , l’Arcadie du Poussin , hors qu’il n’y a ni danses ni bergers ; mais lisez , lisez l’inscription. > Je lus ; elle était en latin , et il y avait dans la première ligne : Aux dieux mânes; un peu audessous , Fauna vécut quatorze ans trois mois et six jours ; et plus bas , en petites lettres : Que la terre te soit légère , fille pieuse et bien aimée !...