ÉLOGE DE BUFFON
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Citoyens,
Je crains qu’à la fête d’un écrit tel que celui-ci le nom d’un soldat ne vous surprenne et ne vous paraisse déplacé : car vous pourriez ne pas approuver qu’au moment ou une guerre nouvelle rend à l'armée dont je fais partie toute son activité, je m’applique encore à des études qui supposent ordinairement beaucoup de loisir, qui exigent toujours quel([ue méditation; et blâmer en mol, appelé par mon devoirà d’autres travaux, d’ailleurs inconnu , peu fait pour donner ou pour concevoir quelques espérances de succès, des essais que vous encouragez dans ces jeunes littérateurs que le public distingue parmi vos disciples, et dont il attend la conservation du flambeau des arts que vous leur transmettez. Peut-être même penserez-vous qu’un homme destiné par état à servir son pays, non de la plume, mais de l’épée; non dans les conseils, mais sur le champ de bataille; non par la persuasion, mais par la force, n’a de talents à cultiver que ceux qui assurent à nos armes une supériorité redoutable aux autres nations, et que, pour toute science, en un mot, l’homme de guerre doit savoir obéir, combattre et mourir.
Vous m'interdiriez donc vous-même l’art où je me flattais que mes premiers pas obtiendraient de vous un regard favorable. Ixiinde m’accueillir et de me rassurer en souriant à mon embarras, dans cette carrière où vous donnez et des leçons comme maîtres, et des palmes comme juges, à peine me pardonneriez-vous d’avoir osé m’y présenter, et ce que je croya is un titre de plus à votre indulgence m’attirerait votre censure. Quelque rigoureuse qu’elle puisse être, je m’y soumets sans murmurer; mais de grâce écoutez : ne me condamnez pas sans m’entendre , et souffrez que j’essaye au moins de détourner un arrêt dont je redoute la sévérité.
Dès l'àge où j'ai commencé à faire quelque usage de mon intelligence, j’ai eu le désir de m'instruire, et la passion de l’étude. Je puis at, tester tous les chefs aux ordres desquels j’ai servi, tous les soldats que j’ai commandés, tous ceux que j'ai di'i ou suivre, ou accompagner, ou guider dans les fatigues de la guerre, que jamais ees douces occupations n'ont retardé d'un instant mon obéissance, ni distrait mon attention des moindres ordres que j'ai eu à recevoir ou à donner.
Mais sans insister davantage sur ma conduite particulière, vous ne pensez sûrement pas que les arts, la littérature, que la philosophie, en un mot, contrarie les obligations que la société nous impose, et rende ceux qui la cultivent moins propres ou moins prompts à servir la patrie, puisque la science qu’elle enseigne avant toutes les autres est celle des devoirs. Seulement vous pourriez croire que des goûts de ce genre ne conviennent qu’à ceux auxquels leur état, leurs fonctions , publiques ou particuiiùres , laissent le temps de s'y livrer. Kt i|uelle profession est accompagnée de plus de loisir que celle des armes? Toutes occupent sans relâche ceux qui les exercent. Le public dispute à l’homme de loi chaque heure de sa vie. Les spéculations du commerce ne laissent au marchand ni plaisirs sans soins, ni sommeil paisible , et le labuurenr n’interrompt jamais le cercle de ses travaux. Le soldat ne combat pas toujours; son action étant plus violente est plus souvent suspendue. Sun repos d’ailleurs le livre à lui-même exempt de mille soins que les autres hommes ne déposent jamais, et le pi us laborieux de tous les états devient alors le plus oisif. Croit-on que dans ces intervalles d’une liberté si précieuse , où le militaire ordonne à son gré ses occupations, i’étude soit plus dangereuse et nuise plus à scs devoirs que les plaisirs qu’on iiii permet partout où il peut s'y livrer? Oh ! com-