‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 28 sur 199 · PÉTITEON POUR LES VILLAGEOIS, ETC · texte numérisé non relu

PÉTITEON POUR LES VILLAGEOIS, ETC

.^iusl raiMDuait ce bon curé, regretté de tout le pays, homme de bien s'il en fut oncques, irréprochable dans ses mœurs et dans sa conduite , comme sont aussi , à vrai dire , les Jeunes prêtres successeurs de ces anciens-là ; car il ne se peut voir rien de plus exemplaire que leur vie. Le clergé ne vit pas maintenant comme autrefois, mais il fait paraître en tout une régularité digne lies temps apostoliques. Heureux effet de la pauvreté! heureux fruit de la persécution soufferte a cette grande époque où Dieu visita son Église ! Ce n'est pas un des moindres biens qu’on doive a la révolution, de voir non-seulement les curés, ordre respectable de tout temps, mais les évêques, avoir des mœurs.

Toutefois, il est à craindre que de si excellents exemples , faits pour grandement contribuer au maintien de la religion , ne soient en pure perte pour elle, par rimprudence des nouveaux prêtres qui la rendent peu aimable au peuple, en lu lui montrant ennemie de tout divertissement, triste, somlare, sévère, n'offrant de tous côtés que pénitence à faire et tourments mérités, au lieu de prêcher sur des textes plus convenables à présent : Saches que mon joug est léger, ou bien celui-ci : Je suis doux et humble de cœur. On ramènerait ainsi des brebis égarées, que trop de rigueur effarouche. Quelque grands que soient nos péchés, nous n'avons guère maintenant le temps de faire pénitence. Il faut semer et labourer. Nous ne saurions vivre en moines , en dévots de profession, dont toutes les pensées se tournent vers le ciel. Les règles faites pour eux, détachés de la terre, et comme du fumier regardant tout le monde, ne conviennent point à nous qui avons ici-l>as et famille et chevance, comme dit le bonhomme, et malheureusement tenons à toutes ces

choses. Puis, que faisons-nous de mai, quand nous ne faisons pas bien, quand nous ne travaillons pas? Nos délassements, nos Jeux, les Jours de fête , n’ont rien de blâmable en cu.x-mêmes ni par aucune circonstance. Car ce qu’on allègue au sujet de la place d'Azai , pour nous empêcher d’y danser ; cette place est devant l’église, dit-on ; danser là , c’est danser devant Dieu , c’est l'offenser; et depuis quand ? Nos pères y dansaient , plus dévots que nous , à ce qu’on nous dit ; nous y avons dansé après eu x. Le saint roi David dansa devant l’arche du Seigneur, et le Seigneur le trouvabon ; il en fut aisc,dit l’Ccriture ;et nous qui ne sommes saints ni rois, mais honnêtes gens néanmoins, ne pourrons danser devant notre église , qui n’est pas l'arche , mais sa ligure selon les sacres interprètes. Ce que Dieu aime de ses saints, de nous l’offense; l'église d’Azai sera profanée du même acte qui sanctifia l’arche et le temple de Jérusalem ! Nos curés. Jusqu’à ce Jour, étaient -Ils mécréants, hérétiques, impies, ou prêtres catholiques , aussi sages pour le moins que des séminaristes? ils ont approuvé de tels plaisirs et pris part a nos amusements , qui ne pouvaient scandaliser que les élèves du piepus. Voilà quelques-unes des raisons que nous opposons nu trop de zèle de nos Jeunes réformateurs.

Partant , vous déciderez , Messieurs , s’il ne serait pas convenable de nous rétablir dans le droit de danser, commeauporavant, sur la place d’Azai, les dimanches et les fêtes; puis vous pourrez examiner s’il est temps d'obéir aux moines et d’apprendre des oraisons, lorsqu'on nous couche en Joue de près, à bout touchant; lorsqu'autour de nous toute l'Europe en armes fait l’exercice à feu, scs canons en batterie et la mèche allumée.

VéreU, Juillet 1823 .

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