‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 29 sur 199 · QUI ONT ÉCRIT DES LETTRES · texte numérisé non relu

QUI ONT ÉCRIT DES LETTRES

A PAUL-LOUIS COURIER, VICxNERON.

Je reçois quelquefois des lettres anonymes : les unes Oatteuscs me plaisent , car j’aime la louange ; d’autres moqueuses , piquantes , nie sont moins agréables, mais beaucoup plus utiles : j’y trouve la vérité , trésor inestimable , et souvent des avis que ne me donneraient peut-être aucuns de ceux qui me veulent le plus de bien. Afin donc que l’on continue à m’écrire de la sorte, pour mon trèsgrand protlt , je réponds à ces lettres par celle-ci imprimée , n’ayant autre moyen de la faire parvenir à mes correspondants, et répondrai de même à tous ceux qui voudraient me faire part de leurs sentiments sur ma conduite et mes écrits. Un pareil commerce , sans doute , aurait quelques difllcultés sous ces gouvernements faibles, peureux, ennemis de toute publicité; serait même de fait impossible, sans la liberté de la presse, dont nous jouissons , comme dit bien M. de Broc , dans toute son étendue , depuis la Restauration. Si la presse n'était pas libre , comme elle l’est par la Charte, il pourrait arriver qu’un commissaire de police saisit chez l’imprimeur toute ma corresixmdance ; qu’un procureur du roi envoyât en prison et l’imprimeur, et moi, et mon libraire, et mes lecteurs. Ces choses se font dans les pays où règne un pouvoir odieux, complice do quelques-uns et ennemi de tous. Mais en Frmicc, heureusement, sous l’empire des lois , de la constitution , de la Charte jurée , sous un gouvernement ami de la nation et cher à tout le monde, rien de tel n’est à craindre. On dit ce que l’on pense ; on imprime ce ijui se dit , et personne n’a peur de parler ni d’entendre. J’imprime donc ceci , non pour le public , mais pour CCS personnes seulement qui me font l’honneur de m’écrire sans me dire leur nom ni leur adi'csse.

Paul -Louis Courier, vigneron de la Cliavonnière , bûcheron de la forêt de Larçay , laboureur de la I'iloimière,de la Houssière,ct autres lieux , à tous anonymes inconnus qui ces présentes verront, salut ;

J’ai reçu la vûtre , signée le trop rusé marquis d’Effiat; elle rn’a diverti , instruit, piu* les curieuses notes qu’elle contient sur 1 histoire ancienne et moderne;

Et la vôtre , timbrée de Oéfort , non signée , ou vous me reprochez d’une façon peu polie , mais franche , que je ne suis point modeste. M’examinant là-dessus , j’ai trouvé qu’en effet je ne suis pas modeste , et que j’ai de moi-méme une haute opinion ; en quoi je puis me tromper comme bien d’autres. Vous en jugez ainsi à tort et par envie , à ce qu’il me parait ; toutefois l’avis est bon , et pour en proliter, j’userai des formules dont se couvre l’estime que chacun fait de soi , lieureuso invention de nos académies I Je dirai de mes écrits, qui sont assurément les plus beaux de ce siècle : Faibles productions qu’aecueillc avec bonté le public indulgent; et de moi : Le premier liomme du nmnde, sons contredit, vôtre trèshumble serviteur, vigneron , quoique indigne.

Dans celle-ci, venant d’Amiens, sans signature pareillement, vous dites. Monsieur, que je serai pendu. Pouixpjoi non? D’autres l’ont été d'aussi bonne maison que moi : le président Brisson , honnête homme et savant , pour avoir conseillé au roi de se défier des courtisans , fut pendu par les Seize , royalistes quand même , défenseurs de la foi, de l’autel etdu tiiône. Il demanda, comme grâce, de pouvoir achever, avant qu'on le pendit, son Traité îles usages et coutumes de Perse, qui devait être, disait-il, une tant belle oeuvre. Peu de chose y niau(|uait ; c’eût été bientôt fait. Il ne fut non plus écouté que le Imn liomme l^voisier

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