E ET LES ÉCRITS
ber aux sciences. Il entrait toujours plus à fond dans cette littérature unique, devinant déjà tout le profit qu’il en devait tirer plus lard en écrivant .sa languematernelle. Cependantia révolution éclatait. Les événements se pressaient, et menaçaient d'arracher pour longtemps les hommes aux habitudes studieuses et retirées. I.e temps était venu où il fallait que chacun edt une part d’activité dans le mouvement général de la nation. On se sentait marcher à la conquête de la liberté. Ij guerre se préjarait. On pouvait présager qu’elle durerait tant qu’il y aurait des bras en France et des émigrés au delà du Rhin. Les circonstances voulurent donc que le jeune Courier sacrifiât ses godts aux vues que son père avait de tout temps formées sur lui. Il entra a l’école d'artillerie de Chàlons : il y était au moment de l’invasion prussienne de 1792. La ville était alors tout en trouble, et le jeune Courier, employé comme ses camarades à la garde des portes, fut soldat pendant quelques jours. L'invasion ayant cédé aux hardis mouvements de Dumouriez dans l'Argone, Paul-Louis eut le loisir d'achever ses études militaires; enfin, en 1793, il sortit de l’école de Clillonsotlicierd'artillerie, etfiit dirigésiir la frontière.
Ici commence la vie militaire de Courier, l'une des plus singulières assurément qu'aient vues les longues guerres et les grandes armées de la révolution. Ceci n'est point une exagération. Ouvrez nos énormes biographies contentporaines. Presque à chaque page est l'histoire de quelqu'un de ces citoyens , soldats improvisés en 1792, qui, faisant peu à peu de la guerre leur métier, s'avancèrent dans les grades et moururent, çà et là, sur les champs de bataille, obtenant une mention plus ou moins brillante. Quelle famille n'a pas eu ainsi son héros , dont elle garde encore le plumet républicain on la croix impériale , et qu'elle a eu le soin d'immortaliser par une courte notice dans le Moiiileiir ou dans les tables nécrologiques de M. Panckoucke? Toutes ces vies d'officiers morts entre le grade de capitaine et celui de commandant de brig.ade on de division se ressemblent. Quand on a dit leur enthousiasme de vingt ans, le feu sacré de leur .Ige imlr, leurs campagnes par toute l’Europe, les victoires auxquelles ils ont contribué , perdus dans les rangs , les drapeaux qu’ils ont pris à l'ennemi , enfin leurs blessures, leurs membres emportés, leur fin glorieuse , il ne reste rien à ajouter qui montre en eux plus que l'homme fait pour massacrer et pour être massacré. C'est vraiment un bien autre héros que Courier. Soldat obligé à l’être, et sachant le métier pour l'avoirappris, comme Bonaparte, dans une école, il prend la guerre en mépris dés qu’il la voit de
uéitjiiizi A-AJ uy \-iVAV.r
DE PAUL-LOUIS COURIER
près, et t.'iulefoisil reste ourédiieationet les événements l'ont placé. Le bruit d'un camp, les allées et venues , décorées du nom de marches savantes , lui paraissent convenir autant que le tapage d'une ville à la rêverie, à l'observation, à l'étude sans suite et sans travail de quelques livres, faciles è transporter, faciles à remplacer. Le danger est de plus; mais il ne le fuit ni ne le clierche. Il y va |)Our savoir ce que c'est et pour avoir le droit de se moquer des braves qui ne sont que braves. On s'avance autour de lui ; on fait |>arler de soi ; on se couvre de gloire; on s'enrichit de pillage; pour lui, les rapports des généraui, le tableau d'avancement, l'ordre du jour de l'armée, ne sont que mensonges et cabales d'état-major : il se charge souvent des plus mauvaises commissions, sans trouver moyen de s'y distinguer, comme si c'était science qu'il ignore; etquaut à son lot de vainqueur, il le trouve à voir et revoir les monuments des arts et de la civilisation du peuple vaincu. Encore est-ce à l'insu de tout le monde qu'il est érudit, qu’il se coniiatt en inscriptions, en manuscrits , eu langues anciennes; il est aussi peu propre à faire un héros de bulletin qu’un savant à lasuitedesarmées, pensionné pour estimer les dépouilles ennemies, et retrouver ce qui n’est pas perdu. Quinze années de sa vie sont employées ainsi, et au bout de ce temps les premières pages qu’il livre au public révèlent un écrivain tel que la France n'en avait pas eu depuis Pascal et la Fontaine. As.surémentce n’était p.as trop de dire que cette carrière militaire a été unique en son genre pendant les longues guerres de notre révolution.
5>ans doute, avec de l’instruction et du caractère, il fallait bien peu ambitionner l’avancement pour n'en pas obtenir un très-rapide, lorsque Courier arriva, en 1793, à l'armée du Rhin. C'était le fort de la révolution , et il suffisait d’étre jeune et de montrer de l'enthousiasme pour être porté aux plus hauts grades. Hoche , général d’armée , 3gé de vingttrois ans, et commandant sur le Rhin, avait un chef d’état-major de dix-huit ans > , et était entouré de colonels et de chefs de brigade qui n'en avaient pas vingt. Il en était de même sur toute la frontière. Courier, qui servit jusqu'en t795 aux deux armées du Rhin et de Rhin-et-Moselle, n'eut point le feu républicain que les commissaires de la Convention récompensaient avec tant de libéralité. Il n’éprouva probablement pas non plus pour les proconsuls le dévouement et l'admiration qu'ils inspiraient à de jeunes militaires plus ardents et moins instruits que lui. Se laissant employer, et s'offrant peu aux
■ Voir le» Mémoiret réceminml publié» par le nuirérhal Oouvion Salnt-Cyr.
ueeasions, il pas.sait le meilleur de son tenqis à bouquiner dans les abh,ayes et les vieux ehéteaux des deux rives du Rhin. Les lettres qu’il i'‘ciivail alorsà sa mère sont, comme toutes cellesderépoqiie, retenues mystérieuses, faisant à peine allusion aux affaires; un sentiment triste et peu condant dans l’avenir y domine. Mais à la manière dont le jeune ufficierd'artillerie parlede ses étudeset de ses livres, on voit déjà sa carrière et ses systèmes d'écrivain tout à fait tracés ; « J'aime , dit-il , à relire les livres « que j’ai déjà lus nombre de fois, et par là j’acquiers
• une érudition moins étendue, mais plus solide.
• Je n’aurai jamais une grande connaissance de « l’histoire, qui exige bien plus de lectures; mais » j’y gagnerai autre chose, qtii vaut mieux, selon
• moi. - C’est ainsi que Courier a étudié toute sa vie; tel a été aussi presque invariablement son peu de goilt pour l'histoire. Il ne l'a jamais lue pour le fond des événements, mais pour les ornements dont les grands écrivains de l’antiquité l'ont parée. Bonaparte, tout jeune, avait deviné la politique et la guerre dans Plutarque. Courier, lieutenant d’artillerie, faisait ses délices du même historien; mais il le prenait comineartiste , comme ingénieux conteur. I.a vie d'Annibal ne le ravissait que comme Peaud’Ane conlé eilt charmé la Fontaine. Il a toujours persisté dans cette préférence qui semble d’un esprit peu étendu, et cependant, en s'abandonnant à elle, il a su de l'histoire tout ce qu’il lui en fallait pour être un écrivain politique de premier ordre. Il a beaucoup cité, beaucoup pris en témoignage l'histoire de tous les temps, et toujours avec un sens qui n’appartenait qu’à lui, avec une raison, une force, une sûreté d'applications toujours accablantes pour les puissances qu'il voulait abattre.
En 1 795 , on voit Courier, toujours officier subalterne dans l'artillerie, quitter subitement l’armée devant àfayence, et rentrer en France sans autorisation du gouvernement. I j misère , les privations , les travaux sans compen.sation de gloire et de succès à ce blocus de Mayence, .sont peut-être la plus mde épreuve qu’aient eue à subir nos armées républicaines ; le maréchal Gouvion .Saint-Cyr en fait dans ses Mémoires une peinture lamentable. A prx>pos de cette campagne, Couriera depuis écrit ; > J'y » pensai geler, et jamais je ne fus si près d’une cris-
• tallisation complète. • Mais il parait qu'il eut pour abandonner son poste un motif plus excusable que la crainte d’être surpris par le froid dans la tranchée et cristallisé. Son père venait de mourir, et la nécessité toute filiale de voler auprès de sa mère malade et désespérée, lui avait fait oublier le devoir qui l’attachait à se» canons. A la suite de celte es-
KSSAI sru ï.\ VIK KT F.KS KCKITS
ca|»a<ii*, il alla sViii'eniuT dans une pelile campai.'nc aux environs d'Albv, oui) se mit à traduire avec une admirable sécurité ta h;ira^^ue /*/v> i.iytino^ tandis qu'on le réclamait de Tannée comme déserteur, et que peut-être il courait grand risque d'être traité comme tel. Des amis plus prudents que lui s'employaient pendant ce temps pour le mettre à couvert des |)oursuites qu'il avait encourues. Ils y réussirent, mais la note resta, et peut-être elle a beaucoup aidé Courier dans la suite de sa carrière à se maintenir dans son plnlosopliique éloignement des hauts grades. Vinrent les belles années de 17DG et 1797 qui assurèrent le triomphe de In révolution. Pendant que, sous Bonaparte, en Italie, la victoire faisait sortir des rangs une foule d'hommes nouveaux dont les noms ne cessaient plus d’o<TU|H'r la renommée, Courier comptait des boulets et inspectait des aiïtUs dans l'interieur; service qui pouvait passer pour une disgrâce dans de telles circonstances. Mais Courier s'arrangeait de tout. Il avait alors ving-trois ans. Ses premières années, au sortir de Técole de Châlons, avaient été attristées par le sombre régime imposé aux armées sous la Convention. Knircr dans le monde au temps de la terreur avec Tamour de Tindépendance et des libres jouissances de l'esprit, c’était avoir bien mal rencontré; aussi Courier donna-t-il vivement dans la réaction, non sanglante, mais fort bruyante, que la première période du Directoire vil éclater contre Tausterité décrétée par la Convention; réaction plus emportée et plus folle dans le Midi que partout ailleurs. On .ve ruait en fêtes, en danses, en festins, en plaisirs de toutes sortes. Hommes et femmeséprouvaient à se retrouver ensemble comme amis , comme parents , nomme gens du même cercle, non plus comme citoyen.s et citoyennes, un plaisir qui n'était |ki$ luimême sans inconvénient pour la paix intérieure des familles. Notre philosophe apprit à danser avec la plus sérieuse application, et courut les bals, les spectacles , les sociétés. Sa gaieté, sa verve comique, qui n'étaient pas encore tournées à la satire et à Tamertume , le firent rechercher des femmes. Il plut si bien, qu’un beau matin il lui fallut quitter Toulouse pour échapper comme son père au ressentiment d’une famille outragée. Sa société en hommes était trè.s-nombreusc ; il affectionnai t surtout un Polonais fort savant et antiquaire d’un grand godt. Il passait des journées entières en tête-à-tête avec lui, soit dans une chambre , soit en suivant les allées qui bordent le canal du Midi. Ce qu'étaient ces conversation.s , on peut s'en faire une idée en lisant les lettres , malheureusement peu nombreuses , adressées d Italie par Courier à M- Chlewaséi.
Kn passant a Lyon ( en 1 798 ) |>onr se rendre en Italie, où on l’envoyait prendre le cominandement d'une compagnie d'artillerie, Courier écrivait à M. (iilewaski : • I/Cctures, voyages, spectacles, bals, * auteurs, femmes, Paris, Lyon, les Alpes, TUan lie, voilà l'odyssée que je vous garde. Mes lettre.s « vous pleuvront une page |>our une ligne. »• Il ne tint parole qu’en partie. Kn général, plus on voit, moins on écrit; plus le.s impressions sont vives, accumulées, pressantes, moins on est tenté de les vouloir rendre. Kt puis il s’en fallut beaucouj» que cette Italie que (Courier avait toujours désirée, lui vint fournir les riantes peintures auxquelles son imagination s’etait sans doute préparée. A peine eulil passé les Alpes, que l’état d'oppression , d’avilissement et de misère dans lequel était le pavs, affligèrent son âme d'artiste. 11 traversa la Udle et triste Péninsule, et de Milan jusqu'à Tarente il eut lemêinc spectacle. Il vit le trop sévère régime imposé par Bonaparte à sa conquête , menaçant déjà de tomber en ruine, et rendu instip|>ortahle par Tavidité, Tignoranle et brutale morgue des homnu^ qu'il avait fallu employer à ces gouvernements improvisés. Il vit Télitc de la société italienne rampant bassement sous les agents français, faisant sa cour à nus soidat.s parvenus , bien que les appréciant ce qu’ils valaient; cl toute cette race abâtardie s’épuisant en démonstrations républicaines, méprisée de ses inailres, se laissant de|>ouilier, mettre à nu par des commis, des valets d'année, des fournisseurs qui, prévoyant nos pro<*hains revers, se faisaient auprès des généraux un mérite d’emporter tout ce qui ne pouvait se détruire. On ne saurait nier que ce ne fiU là l'état de l'Italie après le premier départ de Bonaparte, et que les plus honteux désordres, le plus effréné pillage n'y déshonorassent avec impunité la domination française. La guerre qui .s'était déclarée entre lescommissairesdu gouvernement et les commandants militaires avait rendu toute di.scipliiie, toute administration régulière impossible, et il n'y avait si t>as agent qui ne se crût autorisé à imiter Bonaparte faisant payer en chefs-d'œuvre la rançon des villes d'Italie. Courier ne sera point compte parmi les détracteurs de notre révolution, puuravuir écrit sous l'impression d'un pareil spectacle ces éloquentes protestations, auxquelles il n'a manque, pour émouvoir toute TKurope éclairée et la soulever contre les déprédateurs de TItalie, que d'être rendues publiques à Té|>o(]ue où elles furent écrites.
•• Dites , écrivait-il à son ami Chiewaski, dites à <i ceux qui veulent voir Rome, qu'ils se hâtent, c.ar « chaque jour le fer du 'oldal et la serre des agents « français flétrissent ses heaulé^ naturelles et la
DE PAUL-LOUIS COURIER
• d^pouitleutdosapanire. Pcrniisàvous, Monsietir,
- qui êtes aeroutumë au lanffajje naturel et noble
■ (le lantiquité, de trouver ces expressions trop
• fleuries, ou même trop fardées; mais je n'en sais > point d'asser. tristes pour vous peindre l'état de •• délabrement , de misère et d'opprobre où est « tombée cette pauvre Rome que vous avez vue si
- pompeuse , et de laquelle à présent on détruit jus* " qu'aux ruines. On s’y rendait autrefois, comme
• vous savez, de tous les pays du monde. Combien « d'étranjçers qui n'y étaient venus que pour un
• hiver, y ont passé toute leur vie! Maintenant il
• n’y reste plus que ceux qui n'ont pu fuir, ou qui , « le poignard à la main , cherchent encore dans les
• haillons d’un peuple mourant de faim quelque
■ pièce échappée à tant d’extorsions et de rapi-
• nés Les monuments de Rome ne sont guère
•• mieux traités que le peuple Je pleure encore
« un joli Hermès enfant, que J'avais vu dans son « entier, vêtu et encapuchonné d'une peau de lion ,
• et portant sur son épaule une petite massue. C'é- « tait, comme vou.s voyez, un Cupidon dérobant
• les armes d'HercnIe; morceau d’un travail exquis,
- et grec, si je ne me trompe. Il n’en reste que la
• hase, sur laquelle j’ai écrit avec un crayon : Lu-
• getff r 'entres, Cupidinesfiw , et les morceaux " dispersés, qui feraient mourir de douleur Mengs et •• Winckelmann, s’ils avaient eu le malheur de vivre « assez longtemps pour voir ce spectacle. Tout ce
• qui était aux Chartreux, à la Villa Albani, chez
" les Farnèse, IcsHonesti, au muséum CIcmenti, « au Capitole, est emporté, pillé, perdu ou vendu. « Des soldats, qui sont entrés dans la bibliothèque « du Vatican , ont détruit, entre autres raretés, le « fameux Térence du Beinbo, manuscrit des plus « estimés, pour avoir quelcpies donires dont il M était orné. Vénus de la Villa Borghèse a été blessée à O la main par quelque descendant de Diomède, « et l’Hermaphrodite, immane nefas* a un pied •. brisé »
Qu’onjugede l'effet qu’eussent produit à Paris, en 17U8, dans certains cercles où Ion se croyait la mission de rallumer parmi nous le llainbeau demiéteint de l’intelligence, beaucoup de passages de ce genre, expression si vive, si touchante et si gracieuse encore de ce qu’éprouvait dans un coin de l'Italie, confondu parmi les dévastateurs de cette infortunée patriedes arts, un jeune officier, amateur exquis de l’antiquité, savant inconnu , écrivain déjù parfait. Car ces premières lettres d'Italie ont tonte la verve, toute l'oriainalité qu'on trouve dans les plus célèbres écrits de I dge milr de Courier. Klle.s sont avec cela d’un goiR irréprochable : mille af-
fectation , nulle manière ne s’y fait sentir; chacune d’elles est un petit chef-d'œuvre d’élégance et de pureté de langage, de convenance de ton , d'élo<|uence même , toutes les fois que la matière le comporte , comme lorsqu'elles peignent l'avilissement du caractère italien, et sondent si énergiquement, dix ans avant que |)ersonne y pensât , la plaie de notre révolution , l’esprit d'envahissement et de destruction, plus noblement appelé l’esprit militaire. Kl cependant celui qui, dans sa droiture naturelle , jugeait si bien d'illustres pillages, sur lesquels la France n’a ouvert les yeux que lorsque, vaincue, on la paya de représailles , l'hommequi , seul peutêtre dans no.s armées, écrivait et pensait ainsi, était exposé chaque jour de sa vie à périr obscurément sous le poignard italien, victime privée de la haine qu'inspiraient les Français. Il y songeait à peine, disant gaiement que, |>our voir Tltalie , il fallait bien se faire conquérant; qu’on n’y pouvait avancer un pas sans une armée; et que , puisqu’è la faveur de son harnais, il avait à souhait un pays admirable, l'antique, la nature, les ruines de Rome, tes tombcau.x de la grande Grèce, c’était le moins qu’il ne siU pas toujours où il serait ni s’il serait le lendemain. On ne saurait conter après lui les périlleuses rencontres auxquelles ses excursions d’antiquaire, bien plus que son service d’officler d'artillerie, l'exposèrent tant de fois parmi les montagmards du midi de l’Italie. Portant un sabre et des pistolets comme on porte un chapeau et une chemise, il était toujours à la découverte en curieux, point en héros. Facile è prendre et à désarmer, i) se tirait d’affaire par sa présence d'esprit , son grand usage de la langue italienne, ou par le sacriüce d'une partie de son bagage; et le lendemain il allait affronter les brigands sans plus de précaution, sans plus de crainte, surtout sans désirs de vengeance. Ces malheureux ('.alabrais lui paraissaient tout h fait dans leur droit quand ils nous assassinaient en embuscade, et il ne pouvait sans horreur les voir massacrer au nom du droit dc.s gens par nos professeurs de tactique.
Ce débonnaire et nonchalant mépris du danger était chose plus rare aux armées que la l)ouUlante valeur qui emportait des redoute.s. C'était une bravoure à part. Courier la portait dans l'esprit, non dans la sang ; et comme elle n’allait point sans quelque mélange d'insubordination, elle ne devait guère plus sûrement le mener au bâton de maréchal que le Pamphlet des pamphlets à l'Académie. Aussi n*avaiiçail-il qu’en science, et n'était-il recompensé que par la science d(*s dangers qu'il était venu chercher. Il aimait à raconter qii’nii jour k-s
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