‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 40 sur 199 · IIJ · texte numérisé non relu

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t'est l'honneur de lu couronne ; quoi qu'il puisse arriver , périssent les nations plutôt que le droit diviu.

Là-dessus , mon cousin , j'entre , comme vous voyez , dans tous vos seutiments , et prie Dieu qu'il vous y maintienne; mais je ne puis approuver de même votre répu(niance pour ce ycnre de gouvernement qu'on a nommé repri'scntatif, et quej’appi'ilc, moi, récréatif, n'y ayant rien que je sache au monde si divertissant pour un roi , sans parler de l'utilité non petite qui nous en revient. J’aime l'absolu ; mais ceci pour le pro-

duit, ceci vaut mieux. Je n'en fais nulle comparaison, et le préfère de beaucoup. Le représentatif me convient à merveille, pourvu toutefois que ce soit moi qui nomme les députésdu peuple, comme nous l'avons établi en ce pays fort heureusement. Le représentatif de la sorte est une cocagne, mon cousin. L’argent nous arrive à foi.son. Demandez a mon neveu d’Angouléme , nous comptons ici par milliards, ou, pour dire la vérité, par ma foi nous ne comptons plus, depuis que nous avons des députés à nous, une majorité comme on l'appelle, romparte, dépense à faire, mais petite. Il ne m'en coûte pas.... non, cent voix ne me coûtent pas, je suis sûr, chaque année, un mois de madame du Cayla ; moyennant quoi, tout va de soi-même ; argent sans compte ni messure, et le droit divin n'y perd rien; nous n'en faisons pas moins tout ce que nous voulons, c'est-à-dire , ce que veulent nos courtisans.

Vos Cortès vous ont dégoûté des assemblées délibérantes; mais une épreuve ne conclut pas; feu mon frère s'en trouva mal , et cela ne m’a pas empêché d’y recourir encore, dont bien me prend.

Voulez-vous être un pauvre diable comme lui , (pii , faute de cincpiante malheureux millions?... Quelle misère 1 cinquante mille millions, mon cousin , ne m’embarrassent non plus qu’une prise de tabac. Je pensais comme vous vraiment avant mon voyage d'Angleterre ; je n'aimais point du tout (?c représentatif; mais la j'ai vu ce que c'c«t : si le Turc s'en doutait , il ne voudrait pas autre chose, et ferait de son divan deux Chambres.

Essayez-cn, mon cher cousin, et vous m'en direz des nouvelles. Vous verrez bientôt que vos Indes, vos galions, votre Pérou, étaient de pauvres tirelires, au prix de cette invention-la, nu prix d'un budget discuté, voté par de bons députés. Il ne faut pas ipietous ces mots de liberté , publicité, représentation, vous effarouchent. Ce sont des représentations a notre bénéllce , et dont le

produit est immense, le danger nul, quoi qu'on en dise. Tenez , une comparaison va vous rendre cela sensible. La pompe foulante.... mieux encore, la marmite à vapeur qui donne chaque minute un potage gras, lorsqu'on la sait gouverner, mais éclate et vous tue si vous n'y prenez garde; voilà l'alTaire, voilà mon représentatif, il n'est (pie de chauffer à point, ni trop, ni trop peu, chose aisée ; cela regarde nos ministres , et le potage est un milliard. Puis, vantez-moi votre absolu qui produisait a feu mon frere , quoi ? trois ou quatre ceuts millions par an, avec combien de peine 1 Ici chaque budget un milliard, sans la moindre difliculté. Que vous en semble, mon cousin ? Allons , mettez de côté vos petites répugnances, et faites potage avec nous en famille ; il n’est rien de tel. Nous nous aiderons mutuellement à l'entretenir comme il faut , et prévenir les accidents.

Si vous l'eussiez eue , cette marmite représentative, au temps de l’Ile de Léon, l'argent ne vous eût point manqué pour la paye de vos soldats, qui ne se seraient pas révoltés; il ne m’eût point fallu cuvoyer à votre aide, et dépenser, a vous tirer de cet embarras, cinq ceuts beaux millions, mon cousin; non que je veuille vous les reprocher, c'est une bagatelle, un rien; entre parents tout est commun : l'argent et le sang de mes sujets vous appartiennent comme à moi; ne vous en faites pas faute au besoin. Je vous rétablirai dix fois , s’il est nécessaire , sans m’incommoder le moins du monde, sans ({u’il vous en coûte une obole. Je ne vous demanderai point les frais comme on m’a fait. C'est une vilenie do mes alliés. Au contraire , en vous restaurant , je vous donnerai de l'argent, ainsi qu’à vos sujets, tant que vous en voudrez. J'en donne à tout le monde, et je paye partout; j’ai payé ma restauration, je payerai encore la vôtre, parce que j’ai beaucoup d’argent et beaucoup de complaisance aussi pour les souverains étrangers, qui m'empêchent de recevoir la loi de mon peuple. Je les paye quand ils viennent ici :jcvouspaye, vous, quand je vais chez vous. Occupé, occupant, je paye l'occupation. J'ai payé Saeken et Platow . Je paye Morillo, Ballesteros; je paye les cabinets, les puissances; je paye les Cortès, la régence ; je paye les Suisses : j'ai encore, tous ces gens-là pay(«, de quoi entretenir, non-seulement ma garde, une maison ici qu'on trouveassez passable,et bien autre quecellc de mon prédécescur; mais de plus, des maîtresses qui, naturellement, me coûtent quelque chose. Lebudget suffit a tout, et voilà ce que c'est (|ue ce représentatif dont la-bas vous vous faites

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une (leur. Sottise , enfance, mon cousin ; il n'est rien de meilleur au monde.

Pour monter cette machine chez vous , et In mettre en mouvement, sans le moindre danger de vos royales personnes, je vous enverrai, si vous voulez, le sieur de Villèie, homme admirable, ou quelque autre de nos amés, avec une vingtaine de préfets. Fiez-vous à eus; en moins de rien ils vous auront organisé deu.x Chambres et un ministère , derrière lequel vous dormirez pendant qu'on vous fera de l'argent. Vous aurez, de la haute sphère où nous sommes placés, comme dit Foy, le passe-temps de leurs débats, chose la plus drôle du monde, vrai tapage de chiens et de chats qui se battent dans la rue pour des bribes. Quand leurs criaillcries deviennent incommodes, on y faitjeter quelques seaux d'eau dès que le budget est voté.

Octroyez, mon cousin , octroyez une Charte constitutionnelle et tout ce qui s'ensuit : droit d'élection , jury, liberté de la presse; accordez , et ne vous embarrassez de rien ; surtout ne manquez pas d'y fourrer une nouvelle noblesse que vous mêlerez avec l'ancienne , autre espèce d'amusement qui vous tiendra en bonne humeur et en santé longtemps. Sans cela, aux Tuileries,

nous péririons d'ennui. Quand vous aurez traité avec vos Librralès , sous la garantie des puissances , et Juré l'oubli du passé a tous ces révolutionnaires , faites-en pendre cinq ou six , aussitôt après l'amnistie, et faites les autres ducs et pairs, particulièrement s'il y en a qu'on ait vus purtcbalies ou valets décurie; des avocats, des écrivains, des philosophes bien amoureux de l'égalité, chargez-les de cordons; couvrcz-lra de vieux titres, de nouveaux parchemins : puis regardez, je vous défie de prendre du chagrin, lorsque vous verrez ces gens-là parmi vos Sanchesetvos Gusmnn, armorier ieurs équipages, écartclcr leurs écussons : c'est proprement la petite pièce d'une révolution, c'est une comédie dont on ne sc lasse point , et qui pour vos sujets deviendra comme un carnaval perpétuel.

J'ai à vous dire bien d'autres choses que pour le présent je remets , priant Dieu sur ce, mon cousin , qu'il vous ait en sa sainte garde.

.Siyné, I.OUIS.

P/us bas, DK VlLLELK.

Pour ropie c onfomie ,

Paul-Eocis Coobieh, vigneron.

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Pendant que l'on m'interrogeait à la préfecture de police sur mes nom, prénoms, qualités, comme vous avez pu voir dans les gazettes du temps , un homme sc trouvant là sons fonctions apparentes, m'aborda familièrement , me demanda confldemment si je n'étais point auteur de certaines brochures; je m'en défendis fort. Abl Monsieur, me dit-il, vous êtes un grand génie, vous êtes inimitable. Ce propos, mes amis, me rappela un fait historique peu connu que je vous veux conter par forme d'épLsode, digression, parenthèse, comme il vous plaira ; ce m'est tout un.

Je d^eunais chez mon camarade Duroc , logé en ce temps-là , mais depuis peu, notez, dans une vieille maison fort laide, selon mol , entre r. I.. covsies.

cour et jardin, où il occupait le rrz-de-chansséc. Nous étions à table plusieurs, joyeux, en devoir de bien faire, quand tout à coup arrive, et sans être annoncé, notre camarade Bonaparte, nouveau propriétaire de la vieille maison , habitant le premier étage. Il venait en voisin, et cette bonhomie nous étonna au point que pas un des convives ne savait ce qu'il faisait. On se lève, et chacun demandait : Qu'y a-t-il ? Le héros nous fit rasseoir. Il n'était pas de ces camarades a qu i l'on peut dire : Mets-toi, et mange avec nous . Cela eût été bon avant l'acquisition de la vieille maison. Debout à nous regarder, ne sachant trop que dire, il allait et venait. Ce sont des artichauts dont vousdéjeunez là? Oui, général. Vous, Rapp vous

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les mangez A l’huile? Oui, général. Et vous, Savary, à la sauce? Moi, je les mange au sel. Ah ! général, répond celui qui s’appelait alors Savary , vous êtes un grand homme ; vous êtes Inimitable.

VoilA mon trait d’histoire que je rapporte exprès, aiin de vous fairevoir, mes amis, qu’une fois on m’a traité comme Bonaparte, et par les mêmes motifs. Ce n’était pas pour rien qu’on Battait le consuL et quand ce bon monsieur, avec ses douces paroles , se mit à me louer si démesurément que j’en faillis perdre contenance, m’appelant homme sans égal , incomparable , inimitable, il avait son dessein, comme m’ont dit depuis des gens qui le connaissent, et voulait de moi quelque chose, pensant me louer à mesdépcns. Je ne sais s’il eut contentement. .Apres maints discours, maintes questions, auxquelles je répondis le moins mal que je pus : Alonsieur, me dit-il en me quittant , Monsieur, écoutez , croyezmoi ; employez votre grand génie à faire autre chose que des pamphlets.

J’y ai réfléchi et me souviens qu’avant lui M. de Broé , homme éloquent, zélé pour la morale publique , me conseilla de même, en termes moins flatteurs, devant la cour d’assises. Vil pamphlétaire.... Ce fut un mouvement oratoire des plus beaux , quand , se tournant vers moi qui , foi de paysan, ne songeais ù rien moins, il m’apostropha de la sorte : Vil pamphlétaire , etc. coup de foudre, non, demassue, vu lestylcdel’oratcur, dont il m’assomma sans remède. Ce mot soulevant contre mol les juges, les témoins, les jurés, l’assemblée ( mon avocat lui-même en parut ébranlé ) , ce mot décida tout. Je fus condamné dès l'heure dans l’esprit de Messieurs, dès que l’homme du roi m’eut appelé pamphlétaire , à quoi je ne sus que répondre. Car il me semblait bien en mon ême avoir fait ce qn’on nomme un pamphlet; je ne l’eusse osé nier. J’étais donc pamphlétaire à mon propre jugement; et voyant l’horreur qu’un tel nom inspirait à tout l’auditoire, je demeurai confus.

Sorti de IA , je me trouvai sur le grand degré avec M. Arthus Bertrand, libraire, un de mes jurés, qui s’en allait dîner, m’ayant déclaré, coupable. Je le saluai; il m’acnieillit, car c’est le meilleur homme du monde, et chemin faisant, je le priai de me vouloir dire ce qui lui semblait A reprendre dans le Simple Discours condamné. Je ne l’ai point lu , me dit-il ; mais c’est un pamphlet, cela me sufflt. Alors je lui demandai ce que c’était qu’un pamphlet, et le sens de ce mot qui , sans m’être nouveau , avait besoin pour moi

de quelque explication. C’est, répondit-il, un écrit de peu de pages comme le vôtre, d’une feuille ou deux seulement. De trois feuilles, repris-je, serait-ce encore un pamphlet? Peut-être , me dit-il , dans l’acception commune; mais proprement parlant, le pamphlet n’a qu’une feuille seule ; deux ou plus font une brochure. Et dix feuilles? quinze feuilles? vingt feuilles? Font un volume, dit-il, un ouvrage.

Moi, lA-dessus, Monsieur, je m’en rapporte à vous qui devez savoir ces choses. Mais, hélas ! j’ai bien peur d’avoir fait en effet un pamphlet, comme dit le procureur du roi. Sur votre honneur et conscience, puisqtie vous êtes juré, M. Arthus Bertrand, mon écrit d’une feuille et demie est-ce pamphlet ou brochure ? Pamphlet, me dit-il, pamphlet sans nulledifllculté. — Jesuisdonc pamphlétaire ? — Je ne vous l’cus.se pas dit par égard , ménagement, compassion du malheur, mais c’est la vérité. .Au reste, ajouta-t-il, si vous vous repentez, Dieu vous pardonnera (tant sa miséricorde est grande 1) dans l’autre monde. Allez, mon bon Monsieur, et ne péchez plus; allez A Sainte-Pélagie.

VoilA comme il me consolait. Monsieur, lui dis-je, de grâce encore une question. Deux , me dit-il, et plus, et tant qu’il vous plaira, jusqu ’.i quatre heures et demie, qui, je crois, vont sonner. — Bien, voici ma question. Si, au lieu de ce pamphlet sur la souscription deCliamtmrd, j’eusse fait un volume, un ouvrage, l’auriez- vous condamné ?— Selon. — J’entends, vous l’eussiez lu d’a- Imrd pour voir s’il était condamnable. — Oui , je

l’aurais c.xaminé Mais le pamphlet, vous ne le

lisez pas ! — Non , parce que le pamphlet ne saurait être lion. Qui dit pamphlet, dit un écrit tout plein de poison. — De poison ? — Oui , Monsieur, et de plus détestable, sans quoi on ne le lirait pas. — S’il n’y avait du poison 7 — Non, le monde est ainsi fait ; on aime le poison dans tout ce qui s’imprime. Votre pamphlet que nous venons de condamner, par exemple, je ne le connais point; je ne sais, en vérité, nine veux savoir ce que c’est, mais on le lit; il y a du poison. M. le procureur du roi nous l’a dit, et je n’en doutais pas. C’est le poison, voyez-vous, qtic poursuit la justice dans ces sortes d’écrits. Car autrement la presse est libre ; imprimez, publiez tout ce que vous voudrez, mais non pas du poison. Vous avez Itenu dire. Messieurs, on ne vous laissera pas distribuer le poison. Cela ne se peut en bonne police, et le gouvernement est IA qui vous en empêclicra bien.

DiqitiZêO uy

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Dieu , dis-je en moi-mémc tout bas, Dieu, délivre-nous du malin et du langage figuré I Les médecins m'ont pensé tuer, voulant me rafraîchir le, sang ; celui-ci m’emprisonne de peur que je n’écrive du jmison ; d'autres laissent reposer leur champ, et nous manquons de blé au marché. Jésus, mon Sau veur, sauvez-nous de la métaphore.

Apres cette courte oraison mentale, je repris : En efTet, Monsieur, le poison ne vaut rien du tout, et l'on fait à merveille d'en arrêter le débit. Mais je m'étonne comment le monde, à ce que vous dites , l'aime tant. C'est sans doute qu'avec ce poison il y a dans les pamphlets quelque chose... — Oui, des sottises, des calembours, de méchantes plaisanteries. Que voulez-vous, mon cher Monsieur, que voulez-vous mettre de bon sens en une misérable feuille 7 Quelles idées s'y IK'uvent développer ? Danslesouvrages raisonnés, au sixième volume à peine entrevoit-on ou l'auteiir en veut venir. — Une feuille, dis-je, il est vrai , ne saurait contenir grand'chose. Rien qui vaille, me dit-il, et je n'en lis aucune. — Vous ne lisez donc pas les mandements de monseigneur l'évéqucde Troyespourle carême et pour l'avent ?

— Ah I vraiment ceci diffère fort. — Ni les pastorales de Toulouse sur la suprématie papale !— .A h ! C'est autre chose cela. — Donc, à votre avis, quelquefois une brochure, une simple feuille... — Fi ! ne m'en parlez pas, opprobre de la littérature, honte du siècle et de la nation, qu'il se puisse trouver des auteurs , des imprimeurs et des lecteurs de semblables impertinences. Monsieur, lui dis-je, les Lettres provinciales de Pascal... — Oh ! livre admirable, divin, le chef d'œuvre de notre langue 1

— Eh bien I ce chef-d’œuvre divin , ce sont pourtant des pamphlets, des feuilles qui parurent... — Non, tcne7.,j’ai là-dessus mes principes, mes idées. Autant j'honore les grands ou vrages faits pour durer et vivre dans la postérité, autant je méprise et déteste ces petits écrits éphémères , ces papiers qui vont de main en main, et parlent aux gens d'à présent des faits, des choses d'aujourd'hui ; je ne puis souffrir les pamphlets. — Et vous aimez les Provinciale5,/>e/i<e .t lettres, comme alors on les appelait, quand elles allaient demain en main. Vrai, continua-t-il sans m'entendre, c’est un de mes étonnements , que voas, Monsieur, ipii, à voir, scmblez homme bien né, homme éduqué, lait pour être quelque chose dans le monde; car enfin qui vous empêchait de devenir baron comme un autre? Honorablement employé dans la police, les douanes, gcAlier ou gendarme, vous tiendriez un rang, feriez une

figure. .Non, je n’en reviens pas, un hoinmo comme vous s'avilir, s'abaisser jusfpi'à faire des pamphlets! Ne rougissez-vous point? Biaise, lui répondis-je, Biaise Pascal n’était ni geôlier ni gendarme, ni employé de M. Franehet. — Chut!

paix I Parlez plus bas, car il peut nous entendre.

— Qui donc? — L’abbé Franehet. — Serait-il si près de nous? — Monsieur, il est partout. Voilà quatre heures et demie; votre humble serviteur.

— Moi le vôtre. Il me quitte et s'en alla courant.

Ceci, mes chers amis, mérite considération;

trois si honnêtes gens ; M. Arthus Bertrand, ce monsieur de la police, cl M. de Broc , personnage éminent en science ,endignitê ; voilà trois hommes de bien ennemis des pamphlets. Vous en verrez d’autres assez et do la meilleure eompaguie , (|ui trompent un ami, séduisent sa fille ou sa femme, prêtent la leur pour obtenir une place honorable , mentent à tout venant , trahissent , manquent de foi , et tiendraient à grand déshonneur d’avoir dit vrai dans un écrit de quinze ou seize pages; car tout le mal est dans ce peu. Seize pages, vous êtes pamphlétaire, et gare Sainte-Pélagie. Faites-cn seize cents, vous serez présenté au roi. Malheureusement je nesaurais. Lorsqu’on I8t5, le maire de notre commune , celui-là même d’à présent , nous fit donner de nuit l'assaut par ses gendarmes, et du lit traîner en prison de pauvres gens (|ui nei>ouvaient mais de la révolution, dont les femmes, les enfants périrent, la matière était ample à fournir des volumes, et je n’en sus tirer qu’une feuille, tant l'éloquence me manqua. Encore m’y pris-je à rebours. .Au lieu de décliner mon nom , et de dire d’abord comme je fis : Mes bons Messieurs, je suis Tourangeau, si j'eusse commencé: Chrétiens, après les attentats inouis

d’une infernale révolution dans le goût de

l'abbé de la Mennais , une fois monté à ce ton , il m’était aisé de continuer et mener à fin mou volume sans fâcher le procureur du roi. Mais je Ils seize pages d’un style à peu près comme je vous parle , et je fus p<amphlétairc insigne ; et depuis, coutumier du fait , quand vint la suu.seription de Chambord , sagement il n'en fallait rien dire; ce n’était matière à traiter en une feuille ni en cent; il n’y avait là ni pamphlet, ni brochure, ni volume à faire, étant malaisé d’ajouter aux llagorneries, cl dangereux d’y contreviire, comme je l'éprouvai. Pour avoir voulu dire là-des.sus ma pensée en peu de mots, sans ambages ni circoni(K-ulions, pamphlétaire encore, en prison deux nvüis à Sainte-Pélagie. Puis , à propos de la danse (|H’ou nous interdisait, j'opinai de mon ehef,gra-

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■ iG

vement , entendez-vous , à cause de l'Église intéressée là dedans, longuement, je ne puis, et retombai dans le pamphlet. Accusé , poursuivi, mon innocent langage et mon parler timide trouvèrent grâce à peine; je fus blâmé des juges. Dans tout ce ((ui s'imprime il y a du poison plus ou moins délayé selon l'étendue de l'ouvrage, plus ou moins malfai,sant, mortel. De Vacétate de morphine, un grain dans une cuve se perd , n'est point senti , dans une tasse fait vomir, en une cuillerée tue , et voilà le pamphlet.

Mais, d'autre part, mon bon ami sir John BIckerstaff, écuyer, m'écrit ce que je vais tout à l'heure vous traduire. Singulier homme , philosophe, lettré autant qu'on saurait être , grand partisan de 1a réforme, non parlementaire seulement, mais universelle, il veut refaire tous les gouvernements de l'Europe, dont le meilleur, dit-il , ne vaut rien. Il jouit dans son pays d'une fortune honnête. Sa terre n'a d'étendue que dix lieues en tous sens, un revenu de deux ou trois millions au plus; mais il s'eu contente et vivait dans cette douce médiocrité , quand les ministres le voyant homme à la main , d'humeur facile , comme sont les savants , comme était Newton, le flrcnt entrer au parlement. Il n’y fut pas, que voilà qu'il tonne, tempête contre les dépenses de la cour, la corruption , les sinécures. On crut (pi'il en voulait sa part, et les ministres lui offrirent une place qu’il accepta, et une somme qu'il toucha , proportionnée à sa fortune , selon l'usage des gouvernants de donner plus à qui plus B. Nanti de ces deniers , il retounie à sa terre, assemble les paysans , les laboureurs et tous les fermiei'sdu comté, auxquels il dit : J'ai rattrapé le plus heureusement du monde une partie de ce qu’on vous prend pour entretenir les fripons et les fainéants do la cour. Voici l'argent dont je veux faire une belle restitution. Mais commençons par les plus pauvres. Toi, Pierre, combien as- tu payé cette anuée-ci ? Tant ; le voilà. Toi , Paul ; vous Isaac et Jobn , votre quote Et il là leur compte; et ainsi tant qu'il en resta. Cela fait , il retourne à Londres , où , prenant possession de son nouvel emploi, d'abord il voulait élargir tous les gens détenus pour délits de paroles, propos contre les grands, les ministres, les Suisses, et l’eût fait, car sa place lui en donnait le |K)uvoir, si on ne l’eût promptement révo<pié.

Depuis il s'est mis à voyager, et m’écrit de Rome : . Laissez dire, laissez-vous blâmer, con- • damner, emprisonner, laissez-vous pendre.

• mais publiez votre pensée. Ce n’est pas un droit,

■ c'est un devoir, étroite obligation de quiconque " a une pensée de la produire et mettre au jour

• pour le bien commun. La vérité est toute à

• tous. Ce que vous connaissez utile , bon à sa-

• voir pour un chacun, vous ne le pouvez taire

■ en conscience. Jenner, qui trouva la vaccine,

• eût été un franc scélérat d'en garder une heure

• le secret ; et comme il n’y a point d'homme qui

■ ne croie ses idées ntiles, il n'y en a point qui « ne soit tenu de les communiquer et répandre

• par tous moyens à lui possibles. Parler est bien ,

• écrire est mieux; imprimer est excellente chose.

• line pensée déduite en termes courts et clairs,

■ avec preuves , documents , exemples , quand on

• l'imprime, c'est un pamphlet et la meilleure

• action, courageuse souvent, qu'homme puisse

■ faire nu monde. Car, si votre pensée est bonne ,

• on en profite; mauvaise, on la corrige, et l’on

• profite encore. Mais l’abus.... sottisequece mot;

• ceux qui font inventé, ce sont eux vraiment

■ qui abusent de la presse, en imprimant ce qu’ils

• veulent, trompant, calomniant et empêchant

• de répondre. Quand ils crient contre les pam-

■ phlets, journaux, brochures, ils ont leurs rai-

• sons admirables. J’ai les miennes , et voudrais

• qu’on en fit davantage , que chacun publiât tout

• ce qu’il pense et sait! Les jésuites aussi criaient

• contre Pascal et l’eussent appelé pamphlétaire,

• mais le mot n’existait pas encore; ils l'appc-

■ laient tison d'enfer, la même chose en style

• cagot. Cela signilic toujours un homme qui dit

• vrai et sc fuit écouter. Ils répondirent à ses

■ pamphlets par d'abord d'autres, sans succès,

• puis par des lettres de cachet qui leur réussirent « bien mieux. Aussi était-ce la réponse que fai- « saient d’ordinaire aux pamphlets les gens puis-

• santset les jésuites.

” A lesentendrrcependant,c’étaftpeudechose,

• ils méprisaient les petites lettres , misérables

• bouffonneries, capables tout au plus d'amuser un moment par la médisance, le scandale ; écrits

« de nulle valeur, sans fonds, ni consistance, ni

• substance, comme on dit maintenant, lus le ma-

■ tin, oubliés le soir, en somme, indignes de lui,

• d’un tel homme, d'un savant 1 L’auteur se dé- - shonorait en employant ainsi son temps et ses « talents, écrivant des feuilles, non des livres, et

• tournant tout en raillerie, au lien de raisonner

■ gravement; c'était le reproche qn’ils lui fai- « saient, vieille et coutumière querelle de qui n'a

• pas pour soi les rieurs. Qu'esl-il arrivé? la rail-

• lcric , la line moquerie de Pascal a fait ce que

PAMPHLET DES PAMPHLETS

« n'avaient pu les arrêta, les édits, a chassé de par-

• tout les jésuites. Ces feuilles si légères ont acca-

• blé le grand corps. Un pamphlétaire, en se jouant,

• met en bas ce colosse craint des rois et des

• peuples. La Société tombée ne se relèvera pas ,

• quelque appui qu'on lui prête, et Pascal reste

• grand dons la mémoire des hommes, non par •< ses ouvrages savants , sa roulette , ses expérien-

• ces, mais par scs pamphlets, ses petites lettres.

• Ce ne sont pas les Tusculanes qui ont fait le

• nom de Cicéron, mais scs harangues, vrais « pamphlets. Elles parurent en feuilles volantes, > non roulées autour d'une baguette, à la ma-

■ niére d'alors, la plupart même et les plus belles « n'ayant pas été prononcées. Son Caton, qu'é-

■ tait-ce qu'un pamphlet contre César, qui répon-

• dit très-bien, ainsi qu'il savait faire, eten homme

• d'esprit, digne d'être écouté, même après Ci-

• céron 7 Un autre depuis , féroce , et n'ayant de

• César ni la plume, ni l'épée, maltraité dans quel-

• que autre feuille, pour réponse fit tuer le pain-

■ phlétaire romain. Proscription, persécution,

• récompense ordinaire de ceux qui seuls se hasar-

• dent à dire ce que chacun pense. De même avant

• lui avait péri legrand|iamphlétaircdc la Grèce, . Démosthène, dont lesPhilippiquessontdeineu-

• rces modèle du genre. Mal entendues et de peu

• de gens dans une assemblée, s'il les eût pronon-

■ cées seulement, elles eussent produit peu d'effet ; . mais écrites, ou les lisait, et ces pamphlets, de

• l'aveumêmedu Macédonien, lui donnaient plus

- d'affaires que les armes d'Athènes, qui, enfin

■ succombant, perdit Démosthène et la liberté.

- Heureuse de nos jours l'Amérique, et Fran-

• klin qui vit son pays libre, ayant plus que nul

■ autre aidé à l'affranchir par son fameux Bon

• Sens, brochure de deux feuilles. Jamais livre

• ni gros volume ne fit tant pour le genre humain.

• Car, aux premiers commencements de l'insur-

• rection américaine, tous ces États, villes, bour-

• gades, étaient partagés de sentiments; les uns

• tenant pour r.\ngleterrc, fidèles, non sans cause,

■ au pouvoir légitime ; d'autres appréhendaient

• qu'on ne s'y pût soustraire, et craignaient de

• tout perdre en tentant l'impossible; plusieurs

• parlaient d'accommodement, prêts a se conten-

■ ter d'une sage lilterté, d'une charte octroyée,

• dût-elle être bieutât mmlifléc, suspendue; peu

- osaient espérer un résultat heureux de volontés

• si discordantes. On vit en cet état de choses ce

• que peut la parole écrite dans un pays où tout

• le monde lit, puissance nouvelle et bien autre

• ipie celle de la tribune. Quelques mots par ha-

• sard d'une harangue sont recueillis de quelqucs-

• uns; mais la presse parle A tout nu peuple, a « tous les peuples à la fois, quand ils lisent comme

• en Amérique; et de l'imprimé rien ne se perd.

• Franklin écrivit;sonflo» Sens, réunissant tous « les esprits au parti de l'indépendance, décida

• cette grande guerre qui , lù terminée , continue

• dans le reste du monde.

• Il fut savant ; qui le saurait s'il n'eût é-crit de

• sa science? Parlez aux hommes de leurs af- « faires, et de l'affaire du moment, et soyez cn- “ tendu de tous, si vous voulez avoir un nom.

• Faites des pamphlets comme Pascal , Franklin , « Cicéron, Démosthène, comme saint Paul et " saint Ba.sile; car vraiment j'oubliais ccux-lù , « grands hommes dont les opuscules , desa husant " le peuple païen de la religion de scs |>eres, « abolirent une partie des antiques superstitions , « et firent des nations nouvelles. De tous temps « les pampidets ont changé la face du monde, ils « semèrent chez les Anglais ces principes de tolé-

• rance que porta Pcnn en Amérique,. et celle-ci « doit à Frimklin sa liberté maintenue |>ar les <• mêmes moyens qui la lui ont acquise, laiin-

• phlets, journaux, publicité, lot tout s'imprime; > rien n'est secret de ce qui importe à chacun. La « presse y est plus libre que la parole ailleurs, et

■ l'on en abuse moins. Pourquoi? C'est (|u'on en

• use sans nul empêchement , et qu'une fausseté ,

• de quelque part qu'elle vienne, est bientôt dé- « mentie par les intéressés que rien n’oblige à se « taire. On n'a de ménagement pour aucune im-

• posture , fût-elle officielle ; aucune hâblerie ne

• saurait subsister; le public n'est point trompé,

• n'y ayant là personne en pouvoir de mentir et

• d'imposer silence à tout contradicteur. La presse

• n’y fait nul mal , et en empêche combien?

■ C'est à vous de le dire , quand vous aurez compté

• chez vous tous les abus. Peu de volumes paraisn sent , de gros livres pas un , et pourtant tout le - monde lit; c’est le seul |>euplc qui lise, et aussi

• le seul instruit de ce qu'il faut savoir pour ii'ohcir « qu'aux lois. Les feuilles imprimées, circulant

• chaque jour et en nombre infini , font un cnsci-

• gnement mutuel et de tout Age. Car tout le

■ monde presque écrit dans les journaux , mais

• sans légèreté; point de phrases piquantes, de

• tours ingénieux ; l'expression claire et nettesuflit

• à ces gcns-là. Qu'il s'agisse d'une réforme dans

• l'État, d'un péril, d'une coalition des puis.sances . d'Europe contre ta liberté, ou du meilleur ter-

• rain à semer les navets, le style ne différé pas,

■ et la chose est bien dite dés que chacun l'entend ;

l'AMPHLtX UES EAMPHLEIS.

• d'autantmieuxditequ’eUerestpIusbrièvemcnt; I « mérite non commun, savez-vous? ni facile, de

- clore en peu de mota beaucoup de sens. Ob I « qu'une page pleine dans les livres est rare ! et « que peu de gens sont capabies d’en écrire dix

• sans sottises! I.a moindre iettre de Paseal était

■ pius maiaisée à faire que toute i'Kncj ciopédie.

« Nos Américains, sans i>eut-étre avoir jamais

- songé à ceia, mais avec ce bon sens de Kran-

• kiin qui les guide, brefs dans tous leurs écrits,

- ménagers de paroies, font le moins de iivres

■ qu'iis peuvent, et ne publient guère leurs idées > que dans les pamphlets, les journaux qui, se

- corrigeant l'un l’autre , amènent toute inven- 1 tion, toute pensée nouvelle à sa perfection. Un

- homme, s'ii iinagineou découvre queique chose

- d'intéressant pour le pubiic, n'en fera point un

• gros ouvrage avec son nom en grosses lettres ,

• par monsieur fie l’Académie , mais un ar-

• tilde de journal , ou une brochure tout au plus.

- Et notez ceci en passant, mal compris de ceux

- qui chez vous se mêient d écrire, ii n’y a point

- de bonne pensée qu'on ne pui.ssc expliquer en une feuille , et développer assez ; qui s’étend da-

" vantage , souvent ne s’entend guère , ou manque

■ de loisir, comme dit l'autre, pour méditer et •' faire court.

« De la sorte , en Amérique , sans savoir ce que

- c’est qu'écrivain ni auteur, on écrit , on imprime, on lit autant ou plus que nulle part ail-

" leurs, et des choses utiles, parce que lii vrai- « ment il y a des affaires publiques, dont le public « s'occupe avec pleine connaissance , sur Icsqucl- « les chacun consulté opine et donne son avis.

" La nation, comme si elle était toujours assem-

- bléc, ri-cueille les voi.x et ne cesse de délibérer « sur chaque point d’intérêt commun , et forme

• ses résolutions de l’opinion qui prévaut dans " le peuple tout entier, sans exception aucune;

" c’est le l)on sens de Franklin, .\ussi ne fait-elle

■ point de bévues , et se moque des cabinets , des

■ boudoirs même peut-être.

• De semblables idéts dans vos pays de bou- ■< doirs, ne réussiraient pas, je le crois, près des " dames. Cette forme de gouvernement s’aeeom- " mode mal des pamphlets et de la vérité naïve, n II ferait beau parler bon sens, alléguer l'opinion ■< publique à mademoiselle de Pisseleu, à made- « moisellc Poisson, a madame du B...., à madame •> du C.... Elles éclateraient de rire, les aimables " personnes en possession chez vous de gouver-

■ ner l'État , et puis feraient coffrer le bon sens et

• Franklin et l'opinion. Français charmants! sous

l’empire de la beauté , des gréccs, vous êtes un

• ))euple courtisan, plus que jamais maintenant.

« Par ta révolution, Versailles s'est fondu dans la

■ nation ; Paris est devenu l'OCil-de-bœuf. Tout

■ le monde en France fait sa cour. C’est votre art , « Part de plaire dont vous tenez école ; c'est le gé-

• nie de votre nation. L'Anglais navigue , l'Arabe

• pille, le Grec se bat pourétre libre, le Français « fait la révérence et sert ou veut servir ; il mourra

• s’il ne sert. Vous êtes, non le plus esclave, mais « le plus valet de tous les peuples.

« C'est dans cet esprit de valetaille que chez •< vous eliacun craint d'être appelé pamphlétaire. « Les maîtres n'aiment point que l'on parle au « public ni de quoi que ce soit, sottise de Bovigo « qui, voulant de l’emploi, fait, au lieu d'un " placet, un pamphlet, où 11 a beau dire : Comme " J'ai serai je servirai, on ne l’écoute seulement

• pas, et le voilé sur le pavé. Le vicomte pam-

■ phlétaire est placé, mais comment? Ceux qui < l'ont mis et maintiennent là n’en voudraient

• pas chez eux. Il faut des gens discrets dans la

- haute livrée, comme dans tout service , et n’est

• pire valet que celui qui raisonne : pensez donc

- s’il imprime, et des brochures encore! Quand

■ M. de Broë vous appela pamphlétaire, c'était « comme s’il vous eût dit : Malheureux, qui « n’auras jamais ni places ni gages; misérable, « tu ne seras dans aucune antichambre, de la vie « n'obtiendras une faveur, une grài-e, un sourire " ofllciel, ni un regard auguste. Voilà ce qui lit

• frissonner et fut cause qu’on s'éloigna de vous « quand on entendit ce mot.

En France, vous êtes toius honnêtes gens,

• tix ntc millions d’bonuêtes gens qui voulez gou-

■ verner le jH-uple par la morale et la religion. > Pour le gouverner, un sait bien qu'il ne faut

• pas lui dire vrai. Iji vérité est |>opulaire, popu-

■ lace même, s’il se peut dire, et sent tout à fhit « la canaille, étant l'antipode du bel air, diatné-

• tralement opposée au ton de la bonne compa- « gnie. Ainsi le véridique auteur d'une feuille ou ■> brochure un peu lue, a contre lui de nécessite « tout ce qui ne veut pas être peuple, c’est-à-dire, ■■ tout le monde chez vous. Chacun le désavoue, « le renie. S’il s’en trouve toujours néanmoins, « par une permission divine, c'est qu’il est né- « cessairc qu’il y ait du scaudale. Mais malheur

- à celui par i|ui le scandale arrive , qui sur quel- « que sujet important et d’un intérêt général dit « nu public la vérité. En France, excommunié,

• maudit, enfermé par faveur à Sainte-Pélagie, •< mieux lui vaudrait n'étre pas né.

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