OU L’ANE
tu ne fùs jamais, dit-elle, l'ânon que j'aimai d'amour, avec qui j'ai passé tant de si douces nuits ; ou si c'est toi , que n'en as-tu gardé telles enseignes A quoi je te pusse connaître ? C'était bien la peine de changer pour te réduire en ce point , et le beau profit pour moi d'avoir un pareil magot an lieu de ce tant plaisant et caressant animal. Cela dit, elle appelle ses gens qui m'emportent, l'un par les pieds, l'autre par les épaules , et me laissent au milieu de la rue , tout nu , tout parfumé, fleuri , en galant qui ne m'attendais guère A coucher cette nuit sur la dure. L'aube commençant à poindre, nu, je m'en cours au vaisseau ou je trouvai mon frère , et le fis rire du récit de mon av enturc. Nous mimes A la voile par un vent favorable, et en peu de jours vînmes au pays sans nulle fâcheuse rencontre. Je sacrifiai aux dieux sauveurs et fis les offrandes d'usage pour mon heureux retour, étant A grand’peine rccous, non de la gueule du loup, comme on dit, mais de la peau de l'âne , où m'avait emprisonné ma sotte curiosité
NOTES
( 1 ) Tûm rabfüxa genibus, m leclo prona : .\gc tu, lucUlor, meillain rorporis partent valentcr aggrcaaus percute, vulnusque adige prurundiiis. >udam t ides , utere pronipliüa , injk-e iutrorsius tejum, deindè introrsids flectes iteriini iinpcllens, absconde et comprime, ne« quicquam bnk certamiiii adjirias interralli. Cave autem ne ritius quàm jusserim U'Ium exUabas ; sctl incurvans adversarium insequrre ; quu |irostrato mrsüa certamini tncumbe, quoad lassas tirtusque delk'ias, etsudore sis msdefactus. i^in risum c/Tusus : VclU'in, ntagiatra, iuqiiani, à tue qutM}ue aliqus bujusmodi tibi |ir.ecepta Iradi, in quibus niibi obtempères veliin. Sed jnm te érigé; |Mtnoipie srsiens dalA dextrSmibi reconcilieris : nam tempus est jam donttiendi.
Voici comment ce morceau est traduit dans l’édiUon de ndin de Kalu :
n Elle bmdte aussitdt sur les siens (ses genoux) en s’sr- A rangeant sur le lit , et me tourna le dos. - Ça, beau lut- A leur, me dil-elle, cous voila en présence, préparer-vous A au combat , acanrez ; portez-vous encore plus avant. A Vous votez votre adversaire nu, ne l'épargnez pas; et A d'abord il est à propos de l'enlart-r rortement; ensuite il A faut le pencher, fondre sur lui , tenir ferme, et ne laisser A aucun intervalle enlre vous deux. S'il commence it lâcher A prise, rte perdez |)as un murnenl; enlevcz-le et tencz-Io A en l'air en le couvrant de votre corps, et continuant de le A liarcclcr; mais surtout ne vous retirez pas en arriére A avant que vous en ajez reçu l'ordre; courbez son dos A en voûte; cuiitenez-le par-dessous ; donnez-lui de nouveau A le cmc-cn-jambe, aiili qu'il ne vous échappe pas ; tenez- A le liien, et pn-ssez vos ntouvements : lArliez-Ie, le voila A terrassé, il est tout en nage, a Je [tartis d'un grand éclat A de rire, puis jé reftris;ANotremaltre,ilmeprendfanlaisio
' Voyez note 3.
LES PASTORALES DE LONGUS
• touA preAcrire à mon tour qufjque petit exercice. Soo- « gei à m’obéirponctuellement. Relevez*Tous,et aseeyez>
• VOUA ; avancez une main ofRcjeuae; caresaez-m’cn
• rement, et promenez-la sur moi; eniaœz-moi bien, et •• Ibites^noi tomber dans les bras du sommeil. •
Ce morceau et les précédents sont d'autant plus întéres sants, que presque tous les termes techniques de la lutte et du pugilat s’y trouvent rassemblés. Malbeureuscnteut le texte n'est pas venu très-pur jusqu’à nous.
( 2 ) L'invention de cette fable cbamiantc est due à Lucius de Patras ; c’est de lui que Lucien parait l'avoir empruntée. Cependant PhoÜus, dans sa BibUothèqHt » Cod. cxxix, pag. 310, doute si œ n'est pas au contraire Lucius qui a pris de Lucien te sujet de ses Métamorphosai car on ne sait lequel de ces deux écrivains a vécu le premiex : mais il y a lieu de croire, ainsi que l'observe le savant ftalriarcbie. que Lucien n’a fait qu'abréger le récit élégant, mais souvent tropdîfTus, de Lucius. Que serait-ce siui Tunni l’autre
n’était le véritable auteur de cette fictkm, et que noua enssions, sous le titre de l’Ane, une de ces agréatdes fables milésicnnesdont la lecture avait tant d’attrait pour Aristide, et qui étaient estimées des anciens comme un chef-d'cpuvre de narration I Deux réflexions pourraient retkdre cette opinion probalde. Apulée, au commenceroent de son Ano d’or, insinue que ce sujet est une fable milésieane ; et si l’on considère le style dont la fable attribuée à Lucien est écrite, on sentira qu’il diffère essentiellement de celui de cet auteur, par une simplicité touchante et une naïveté qui decélent plutét les premiers suVles littéraires de la Grèce , que celui des Antonins. Quoi qu’il en soit , ce sujet a |Mni si heureux que, depuis Lucien, d'autres auteurs l’ont encore employé avec succès. Apulée en a fait U base de son roman; et, sans parler des Italiens, et de l'Asino d'Oro de Machiavel, chez nous l’ingénieux auteur de Cilbtas en a tiré l'épisode de la Caverne des Voleurs, qui n’est pas le moins piquant de son ouvrage.
LES PASTORALES DE LONGUS
OU