K.SSAI SUR LA VIK KT LKS ÉCRITS
de^ioire vi ü'ambitimi ! Courier sollicitant la protection d'un grand seigneur de Tcmpire, et briguant l'occasion di se distinguer sous les yeux de Tempcreur! C’est pourtant ce qui arriva à l'auteur des lettres écrites d’Italie. Il eut son groin d'ambition, son quart d'heure defolie, comme un autre; la télé aussi lui tourna. Mais cela ne dura guère; il en revint bientôt avec mécompte et corrigé pour toute sa vie. Voici l'histoire. Vers la fin de l’année I 80 S, (Courier ayant sollicité, sans pouvoir l’obtenir, un congé qui lui permît d’aller prendre un peu de soin de ses affaires domestiques, avait donne sa démission. Il arrive à Paris , se donnant aux érudits , ses ancien.s amis, comme séparé pour jamais de son vil métier^ comme ayant de la gloire par-dessus les épaules. Mais voilà qu’une nouvelle guerre se déclare du côté de l'Allemagne. Les immenses préparatifs de la campagne de 1809 mettent la France entière en mouvement. Paris est encore une fois agité, transporté dans l’attente de quelqu’une de ce? merveilles d’activité et d’audace auxquelles l'empereur a habitué les esprits, et dont les récits plaisent à cette population mobile, comme ceux des victoires d’Alexandre au peuple d'Athènes. C’était alors le flot le plus impétueux de notre débordement militaire; et Bonaparte, comme porté et poussé par cet ouragan , brisait et abîmait sous lui de trop impuissantes digues. En ce moment, il revenait d'Kspagnc,oùil lui avait suffi de paraître un instant pour ramener à nous toutes les chances d'une guerre, d'abord peu favorable. D’autres années l'avaient précédé vers le Danube, et il y courait en toute hiîle, parce que déjà ses instructions étaient mal comprises, ses ordres mal exécutés. Quel homme alors, en le contemplant au passage, n’eiU été atteint de la séduction commune? Courier ne résista point au désir de voir s’achever cette guerre qui commençait comme une Iliade. Ce n’était point un esprit sec, étroit, absolu. Il avait la prompte et hasardeuse imagination d’un artiste. Faire une cam|>agne sous Bonaparte, lui qui n’avait jamais vu que des généraux médiocres; rencontrer peutêtre l'homme qu’il lui fallait, l'occasion qu’il n’avait jamais eue; montrer que s’il faisait fl de la gloire , ce n’était pasqu’il ne fût point fait pour elle : toutes ces idées l'entraînèrent.
1.e voilà donc faisant son paquet et partant furtivement dans la crainte du blâme de ses amis. I.a difficulté était d'étre rétabli sur les contrôles de l’armée après une démission, chose que l’empereur ne pardonnait pas. Use glis.se comme amidansl’étatmajor d’un général d'artillerie; et, sans fonctions, sans qualité.»: bien décidées, il arrive à la grande
armée. Mais Courier ne .savait pas ce que cVtail que la guerre comme Bonapartcla faisait. Quoiqu’il eût assisté à plusieurs affaires chaudes, il n’avait jamais vu les hommes noyés par milliers, les généraux tués |wr cinquantaines, les régiments entiers disparaissant sous 1a mitraille, les tas de morts et de blessés servant de rempart ou de pont aux combattants, rartlllerie, la cavalerie, roulant , galopant sur un lit de débris humains , et quatre cents pièces de canon faisant pendant deux jours et deux nuits l’accompagnement non Interrompu dépareilles scènes. Or, il y eut de tout cela pendant les quarante-huit heures que Courier passa dans la célèbre et trop désastreuse île de Lobau. Notre canonnier ne vit rien, ne comprit rien, ne sut que faire dans rimmciise destruction qui rcnlmirait. La faim , la fatigue, l'horreur, eurent bientôt triomphé de l’illusion qui l’avait amené. Il tomba d’épuisement au pied d'un arbre, et ne se réveilla qu’à Vienne, où on l’avait fait transporter. Aussi prompt à revenir qu'à se prendre, il quitta la ville autrichienne comme il avait quitté Paris ; et , sans permission , sans ordre, se regardant comme libre de partir, parce que les dernières formalités de sa réintégration n’avaient pas été entièrement remplies, il alla se remettre en Italie des épouvantables impressions qu'il avait été chercher à la grande armée. Depuis lors , son opinion sur les héros , sur la guerre , sur legénie des grands capitaines, aété ce qu’on la voit dans la ConverÈOtion chez ta duchesse d'Albani. Courier n'a plus voulu croire qu’une pensée, une intention quelconque, aient jamais présidé à un désordre tel que celui dont il avait été témoin. Il a été jusqu’à nier absolument qu'il y eût un art de la guerre. A la vérité, on pouvait tomber mieux qu’à EsslIngetWagram pour saisir et voir en quelque sorte opérer le génie militaire de Bonaparte. Ce n’est pas à ces deux sanglantes journées , mais atix quinze jours de marches et d’opérations qui les amenèrent , que la campagne de 1809 doit sa juste immortalité. Courier l’eût compris mieux que personne, si ses émotions de Wagram ne l’eussent brouillé sans retour avec la guerre.
La vie de Courier n’est désormais plus que littéraire. A peine arrivé en Italie, il se rendit à Florence pour y chercher dans la bibliothèque Laurentine un manuscrit de Longus , dans lequel existait un iwssage inédit qui remplissait la lacune remarquée dans toutes les éditions de ce roman. Mais, dans le transport avec lequel il se livrait au bonheur de sa découverte, une certaine quantité d’encre se répandit sur le précieux passage. C’est là l'histoire de ce fameux pâté qui sembla , en barbouillant trois
DE PALE LOUIS COUUÏER
mots grecs, avoir détruit le palladium de Florence. Les bibliothécaires dénoncèrent Courier au monde savant, comme ayant anéanti ce grec dans i'original ))our trafiquer de la copie, ou pour emjiéchcr qu'on püt vérifier la découverte qu'il s'attribuait. L'affaire ei)t fait peu de bruit si Courier u'eiit voulu répondre aux attaques des bouquinistes qui le poursuivaient; mais il fit, sous le titre de Lettre a M. Henouardy libraire de Paris, qui s'était trouvé présent à la découverte du Longus, quelques pages remplies de ce Oel satirique, de cette verve de raillerie méprisante et cruelle, dont il n'y avait plus de modèles depuis les réponses de Voltaire à Fréron et à Desfontaines; et c'était le style des Provinciales. La lettre à Monsieur Renouard ne pouvait manquer d'attirer l'attention. Le gouvernement lui-méme s'en inquiéta. Courier avait voulu intéresser à sa cpierelle l'opinion française, toute faible qu’elle était alors. Il insinuait que les pédants florentins ne s’attaquaient à lui si vivement que parce qu'il était Français, et qu'on était bien aise en Italie de s'en prendrez un pauvre savant de la haine qu'inspirait la vice-royauté. chose étant montée si haut , on sut que l'homme de la tache d'encre était précisément un chef d'escadron qu'on réclamait à l’armée depuis Wagram. Voilà Courier dans un grand embarras pour s’étre si bien vengé des bibliothécaires florentins. Le ministre de l'intérieur voulait le poursuivre comme voleur de grec , et dans le même temps celui de la guerre prétendait le faire juger comme dé.serteur. Il s'en tira toutefois, mais à la condition de ne plus employer contre personne cette plume qui venait de révéler sa terrible puiss ancc : il se le tint pour dit. Courier ne fit donc plus qu’étudier et voyager jusqu'à la paix. Il voyageait en 1812 , à l’époque de la conspiration de Mallet. Il était sans passe-port; on l'arrêta comme suspect, puis on le relâcha en reconnaissant qu*il ne se mêlait point de politique. Ce fut là son dernier démêlé avec le ré.gime militaire impérial. •
I..a restauration des Bourbon^, le retour et la seconde chute de Bonaparte, se succédèrent trop rapidement pour t#er Courier de l'inactivité politique à laquelle il s'était condamné. catastrophe lui avait paru dès longtemps inévitable, et peut-être il y voyait à gémir à la fois et à espérer. D'ailleurs, un mariage, qui, sur ces entrefaites mêmes, était venu combler tous scs vœux, l’absorbait en partie. Ainsi, dans ces deux années désastreuses, dont les résultats dominent encore l’époque actuelle, Courier ne prit point parti entre Bonaparte et la coalition, entre la vieille cause de Fleurus, qui de lassitude laissait tomber l'épée, et celle de
Cobientz, hypocrUeiiient parée de l'olivier de paix, lofais , voir la France deux fois envahie, pillée, insultée, mise à contribution, et tous ces malheurs, toute cette honte ne tourner d'ahortl qu’au profit d'une famille qui trouvait le trône vide et s'y replaçait; voir une poignée d'emigres, vagabonds et mendiants de la veille , se donner l'orgueil et revendiquer insolemment l'odieux de ces deux c*onquêtes ; voir d’affreuses persécutions éclater jusque dans la plus paisible, et de tout temps la moins révolutionnaire de nos provinces, contre quiconque n'avait pas refusé un gîte et du pain à nos tristes vaincus de Waterloo; il n’y avait pas d'animosité contre Bonaparte, pas de ressentiment contre la tyrannie militaire, pasd’amour du re|K)set de préférence studieuse, qui piU tenir à un pareil spectacle* chez un homme aussi droit , aussi impressionnable que l'était Courieri Aussi bientôt se montra-t-il parmi les adversaires du nouvel ordre de dioses. Alors seulement il éprouva quelque fierté d'avoir autrefois combattu l'étranger dans les armées de la république ; alors aussi U cessa de se désavouer luimême comme soldat de l’empire; car à Florence, à Mayence, à Marengo, à Wagram, c'était le même drapeau , c'était la même nécessité révolutionnaire , vaincre pour n'être pas enchaînés, conquérir pour n'être pas conquis.
En se déterminant à élever la voix et à dire au public son avis sur les affaires, Courier avait senti, comme un autre, le besoin d'arranger son personnage ; et, par un bonheur peu commun , tout dans sa vie passée prenait sans effort le caractère du patriotisme le plus désintéressé. La singularités! rare d'avoir été quinze ans les armes à la main contre les coalitions et l'émigration, sans obtenir, sans briguer faveur ni titres, sans être d'aucun des partis qui s'étalent disputé le pouvoir, lui devenait d'un merveilleux secours pour l'autorité de ses paroles. Ce qui parfois était le fait d'une humeur un peu bizarre , d'un esprit distrait et capricieux , passait sur le compte de la fermeté de caractère et de la su;)ériorité de jugement. Le vigneron de Touraine faisait désonnais un même homme avec l'ancien canonnier à cheval. Ce n'était plus par hasard, mais par amour du pays, qu'il était allé à la frontière en 1792. Ce n'était plus par insouciance qu'il était demeuré dans son humble condition , mais par haine du pouvoir qui corrompt. Soldat par devoir, paysan par goût, écrivain par passe-temps, tel il .se donnait et tel il fut pris. D'ailleurs ne voulantde lachartc qu'autant que le gouvernement en voulait, ni plus ni moins, et ne croyant pas à la .subite illumination des aveugles-nés, il prétendait appeler les choses