I.ES PASTORALES DE LÜNGUS
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cialcmunt ClcarisU’ , laquelle jura qu'elle donnerait ee qu elle avait promis au pentil ehevricr, qui était si beau et savait si bien jouer de la tliite. Apres cela, iiss'en allèrent, et, rentrés au logis, soiiperciit et envoyèrent à Uapbnis de ce qui leur fut servi, qu'il mangea avec Cbloé, joyeux de um'iter des mets apprêtes a la façon de la ville, au reste ayant bonne espérance de parvenir du grc de ses maîtres au mariage de son amie.
Mais Gnathon, (|ue la beauté de Daphnis, tel qui l'avait vu avec son troupeau, enflammait de plus en plus, croyant ne pouvoir sans lui avoir aise ni repos , profita d’un moment qu’Astyle se promenait seul nu jardin, le mena dans le temple de Bncebus , et là se mil à lui baiser les mains et les pieds; et Astyle lui demandant pourquoi il faisait tout cela , et que c'était qu’il voulait dire :
• C’en est fait, mon maître, dit -il, du pauvre
> Gnatbon. Lui qui n'a été jusrpi'ici amoureux
• que de bonne cherc , qui ne voyait rien si ai- ■ inable qu’une pleine jarre de vin vieux, à qui
- semblaient tes cuisiniers la fleur des beautés
• de Mitylène, Il ne trouve plus rien de beau ni
• d'aimable que Daphnis seul nu monde. Oui, je
- voudrais être une de scs chèvres, et laisserais
> la tout ce qu'on sert de meilleur à ta table ,
- viande, poisson, fruit, confttures, pour paitre l'herbe au son de sa flûte , et sous sa houlette
• brouter la fcuilléc. Mais toi, mon maître, tu le « peux, sauve la vie à ton Gnathon, et te souve-
- nant qu'.Amour n'n point de loi , prends pitié
> de son amour : autrement , je te jure mes grands " dieux qu'uprès m'être bien empli le ventre, je " prends mon couteau , je m'en vas devant la " porte de Daphnis, et là je me tuerai tout de bon,
" et tu n’auras plus à qui tu puisses dire : Mon " petit Gnathon , Gnathon mon ami. •
Lejeune homme de bonne nature ne put souffrir de voir ainsi Gnathon pleurer et derechef lui baiser lesnuiinset les pieds, mémement qu’il avait éprouvé que c’est de la détresse d’amour. Si lui promit qu’il demanderait Daphnis à son père , et I emmènerait comme pour être son serviteur a la ville, ou lui Gnathon en pourrait faire toutcequ'il ' oudrait ; puis , pour un peu le conforter , lui demanda en riant s’il n'aurait point de honte de baiser un petit pütrc tel que ce lils de Lamon , et le grand plaisir (|ue ce lui serait d’avoir a ses ciltés l’oiiehé un gardeur de chèvres; et en disant cela il faisait un 11 , comme s’il eut senti la mauvaise odeur du bouc. Mais Gnathon , qui avait appris aux tables des voluptueux tant qu'il se peut dire et conter de propos d’amour , pensant voir ,
I bien de quoi justifier sa passion , lui ré|x>ndit ! d'assez bon sens: • Celui qui aime,ô mon cher
• maître, ne se soucie point de tout cela ; nins n’y « a chose au monde, pouvuque beauté s’y trouve ,
• dont on ne puisse être épris. Tel a aimé une
• plante, tel un fleuve, tel autre jusqu’à une bête
• féroce ; et si pourtant quelle plus triste condition " d'amour que d'avoir peur de ce qu’on aime ?
• Quant à moi , ce que j’aime est serf par le sort ,
■ mais noble par la beauté. Vois-tu comment sa
• chevelure semble la fleur d’hyacinthe ! comment
• au-dessous des sourcils ses yeux étincellent ne
■ plus ne moins qu’une pierre brillante mise en « (Tuvre ! comment ses joues sont colorées d’un « vif incarnat I et cette bouche vermeille ornée
• de dents blanches comme ivoire , quel est celui
• si insensible et si ennemi d’Amour, qui n'en « désirât un baiser? J’ai mis mon amour en un
■ pâtre; mais en cela j'imite les dieux. .Anchise
■ gardait les ba-ufs , Vénus le vint trouver aux « champs ;Branchus paissait les chèvres, et Apol- « Ion l'aima ; Ganymcdc était berger, et Jupiter « le ravit pour en avoir son plaisir. Me méprisons
• point un enfant auquel nous voyons les bêtes
• mêmes si obéissantes ; mais bien plutôt rcmer-
• rions les aigles de Jupiter qui souffrent telle
• beauté demeurer encore sur la terre. »
Asty le à ces mots se prit à rire, disant qu’Amour, à ccqu’il voyait, faisaitde grands orateurs, et depuis cherchait occasion d’en pouvoir parler à son père. Mais Eudrome avait écouté en cachette tout leur devis , et étant marri qu’une telle beauté fût abandonnée à cet ivrogne , outre ce que d’inclination il voulait grand bien à Daphnis , al la aussitôt tout conter et à lui-même et à Lamon. Daphnis en fut tout éperdu de prime alwrd , délibérant s’enfuir plutôt avec Chloé , ou bien ensemble mourir. Slais Lamon appelant Myrtalc hors de la cour : • Mous sommes perdus, ma « femme , lui dit-il ; voici tantôt découvert ce que « nous tenions caché. Deviennent ce qu’elles
• pourront et les chèvres et le reste; mais, par
• les Nymphes et Pan , dussé-je , comme on dit ,
. rester bœuf a l’étable et ne faire plus rien, je
• ne me tairai point de la fortune de Daphnis,
■ nins déclarerai comment je l’ai trouvé aban-
• donné, dirai comment je l’ai vu nourri, et mon- « trerai ee que j’ai trouvé quant et lui, afin que " ce co<|uin voie ou s’adresse son amour. Préparc- « moi seulement lesenseignesde reconnaissance. ■ Cela dit, ils rentrèrent tous deux.
Cependant Astyle, trouvant son père à propos, lui demanda permissioi* d'emmener Daphnis a
.IVlUi IV.
Mitj'lène, disant que c'était un trop gentil garçon pour le laisser aux ehamps, et que Gnathon l'aurait bientôt instruit au service de la ville. Le père y consentit volontiers, et faisant appeler Lamon et Myrtale, leur dit pour bonne nouvelle que Daphnis, au lieu de garder les bêtes, servirait de là en avant son (Ils Astyle en la ville, et promit qu’il leur donnerait deux autres bergers au lieu de lui. Adonc, étant jà les autres esclaves accourus, bien joyeux d’avoir un tel compagnon, Lamon demanda congé de parler j ce qui lui étant accordé, il parla en cette sorte : • Je te prie, . mon maître, écoute un propos véritable de ce
■ pauvre vieillard ; je jure les Nymphes et le dieu
• l’an que je ne te mentirai d’un mot. Je ne suis
• pas le père de Daphnis, ni n’a été ma femme « Myrtale si heureuse que de porter un tel enfant.
• Il fut exposé tout petit par des parents qui en « avaient possible assez d’autres plus grands. Je
• le trouvai abandonné de père et de mère, allaité
• par une de mes chèvres , laquelle j’ai enterrée
• dans le Jardin, après qu’elle fut morte de sa
• mort naturelle, l’ayant aimée pource qu’elle . avait fait œuvre de mère envers cet enfant. Je
• trouvai quant et quant des joyaux qu’on avait laissés avec lui, pour une Ibis le reconnaître.
• Je le confesse et les garde ; car ce sont marques > auxquelles on peut voir qu’il est issu de bien
- plus haut état que le nôtre. Or, ne suis-je point
• marri qu’il serve ton (ils Astyle, et soit à beau
• et bon maître on beau et bon serviteur : mais
• je ne puis du tout souffrir qu'on le livre à Gna-
- thon , pour en faire comme d’une femme. > Lamon, ayant dit ces paroles, se tut, et répandit force larmes. Gnatbon lit du courroucé en le menaçant de le battre; mais Dionysophonc, frappé de ce qu’avait dit Lamon, regarda Gnathon de travers, et lui commanda qu'il se tût, puis interrogea derechef le vieillard , lui enjoignant de dire vérité, sans controuver des menteries pour cuider retenir son flis. Lamon, persistant dons son dire, attesta les dieux et s’ollrit à tout souffrir s’il mentait. Oionysophane adonc examinant scs paroles avec Cléariste, assise auprès de lui : • A
• quelle fin aurait Lamon controuvé ce récit , vu
• que pour un ehevrier on lui en veut donner < deux? Comment scrait-cc qu’un rude paysan -eût inventé tout cela ? Puis , n’était-il pas visible
• qu’un si bel enfant n’avait pu naître de telles
■ gens? ■ Si pensèrent d’un commun accord que s.ans y songer davantage, nitant deviner, il fallait voir les enseignes de reconnaissance, pour s’assurer si elles appartenaient, ainsi qu’il disait, à
plus haut état que le sien. Myrtale les alla incontinent quérir dedans un vieux Sac où iis les gardaient. Le premier qui les vit fut Dionysopliane ; et dès qu’il aperçut le petit mantelet d’écarlate, avec une boucle d’or et le couteau à manche d’ivoire, il s’écria à haute voix : O Jupiter I et appela sa femme pour les voir aussi ; laquelle sitôt qu’elle les vit, s’écria semblablement ; • O fatales déesses I
■ ne sont-cc point là les joyaux que nous mimes
• avec notre enfant, quand nous l’envoyâmes cx-
■ poser par notre servante Sophroné? Il n’y a
• pointdcdaatc,cesontceux-làmémes. Mon mari,
• l’enfant est nôtre. Daphnis est ton llls , et garde « les chèvres de son propre père. »
Comme elle parlait encore , et que Dionysophane, jetant abondance de larmes de grande joie qu’il avait, baisait ces enseignes de reconnaissance, Astyle, ayant entendu que Daphnis était son frère , posa vitement sa robe , et s'en courut par le jardin , pour être le premier à le baiser. Daphnis, le voyant accourir vers lui avec tant de gens , et qu’il criait, Daphnis, Daphnis, pensant que ce fût pour le prendre, jette sa flûte et sa panetière, et se met à fiiir vers la mer pour se précipiter du liaut du rocher ; et possible Daphnis, par étrange accident, allait être aussitôt perdu que retrouvé, si Astyle, se doutant pourquoi il fuyait, ne lui eût crié de tout loin : « Ar- ^ rête , Daphnis , n'aie point de peur : je suis ton K frère ; tes maîtres sont tes parents ; Lamon nous n a tout conté , nous a tout montré ; regarde seu-
• lement, vois comme nous rions. Mais baisc-moi « le premier. Par les Nymphes, je ne te ments
• point. •
A peine s’arrêta Daphnis , quand il eut ouï ce serment, et attendit Astyle, qui, les bras ouverts, accourait, et l’ayant joint, l’embrassa. Puis toute la maison, serviteurs, servantes, père, mère, venus à leur tour , l’embrassaient , le baisaient. Lui de sa part leur faisait fête , mois sur tous autres à son père et à sa mère, et semblait qu’il les connût jà longtemps auparavant, tant les serrait contre son sein, et à peine se pouvait arracher de leurs bras. Nature se reconnaît d’abord. Il en oublia un moment Chioé. Si le conduisirent au logis, et lui donnèrent une belle et riche robe neuve; puis, étant vêtu, ftit assis auprès de sou père, qui leur commença tel propos : • Mes enfants, je fus marié bien jeune, et, < après quelque temps, devins père bien heureux, . comme il me semblait |x)ur lors; car le premier
• enfant que ma femme flt , fut un (ils , le second « une Allé, et le troisième fut Astyle. Je pensai que
r-j uy >JoOgle
LES LASroKALES DE LONGES.
.trois me seraient suflisaiitc lignée, et venant « eelui-ci apres tous, le Ils exixtser en maillot, « avec ces bagues et l)ijou.v , que je croyais pour . lui ornements funéraires plutôt que marques . destinées à le faire connaitre un jour. Maisfor- « tune en avait autrement disposé. Car mon lils
• aine et ma lille moururentde inémcinal en même
• jour; et toi, Daplinis, par la providence des
• dieux , tu nous a été conservé, afin que nous
■ ayons plus de support en notre vieillesse. Pour-
■ tant ne me luiis point, mon lils, de t'avoir fait
• c.xposer;ainsi le voulaient les dieux. Kl toi, qu'il
■ ne te fôche, Asty le,de partager ton héritage ;car
• il n'est richesse qui vaille un bon frère. .Aimez-
■ vous, mes enfanUs, l'un l'autre, et quant aux . biens, vous en aurez de quoi n'envier rien aux
• rois. Je vous laisserai grandes terres, nombre
■ de gens habiles a tout, or, argent, et de toutes « choses qu'ont les hommes riches et heureux. « Atais je veux que mon lils Daphnis en son par- . tnge ait ce lieu-ci, et lui donne l.amon et .Myr-
■ taie, et les chèvres qu'il a gardées. •
Il irarlait encore, et Daphnis, sautant en pierls soudainement : • Tu m'en fai.s souvenir, monpere ;
• je m'en vais mener Ixiire mes chèvres, dit-il. . Klles ont soif à eette heure , et attendent pour . aller boire le son de ma lli'itc, et je suis assis à - ne rien faire. • Chacun sc prit à rire de voir Daphnis qui , devenu maître , voulait être cneorech^ vrier. On envoya quelque autre avoir soin de ses chevres, et puis ils sacrifièrent a Jupiter sauveur, et (irent un grand festin, (i nathon seul n'osa .s'y trouver, mais demeurait jour et nuit dans le temple île Uaeehus , l'ommc un suppliant , pour la jieur qu'il avait de Daphnis.
la: bruit ineonlinents'étant épandu partout que Dionysophane avait retrouvé un sien lils , et que Daphnis, qui menait les chèvres aux champs, était devenu le rnailre et des chevres et des champs, les voisins paysans accoururent de toutes parts |>our sc eonjonir avec lui, et faire des présents à son pèire, et Di-yas tout des premiers, le nourricier de Chioé. Dionysophane les retint tous |>our la fêle, ayant fuit d'avance préparer force iwin, force vin, du gibier de toute sorte, des gâteaux au miel a foison, veaux et jwtits cochons île lait, et vietimi-s à immoler aux dieux protecteurs du pays.
Kt lors Daphnis amassa tous ses meubles de Chevrier, dont il lit présent aux dieux, consacrant sa panetière et su peau de chèvre a Bacehus, a l’an sa Hôte, sa houlette aux Nymphes avec ses st'biles à traire, qu'il avait lui-même faiti-s. Mais, tant est plus douce que richesse une pn'miere
aecoutumance! il ne |>ouvait sans pleurer laisser aucune de tes choses. Il ne suspendit ses sébiles qu'apres y avoir trait ses chèvres, ni ne donna sa flûte à Pan , qu'il n'en eut joué encore une fois, ni sa |»enu de chèvre à Baechus qu'après se l'être : vêtue , et chaque chose qu'il donnait , il la baisait premièrement. Il dit adieu à ses chèvres; il ap- ! pela ses lioncquins l'un apri-sl'autrepar leur nom; il but aussi a la fontaine ou tant de fois il avait bu avec sa Chloc; mais il n'osait encore parler de leurs amours.
Or, cependant qu'il entendait aux offrandes et sacrifices, voici qu'il avintde Chloi-. Seuletteaux champs, elle était assise a garder scs moutons , disant comme pauvre délaissée : • Daphnis m'ou-
■ blic; maintenant il songe à quelque riche ma- « riage. Pourquoi lui ai-je fait jurer, au lieu di-s > Nymphes , si-s chevres ? Il les a oubliées aussi , " et même en saerillant aux Nymphes et à Pan ,
• n'a point désiré voir Chioé. Il aura trouvé chez
■ sa mère li'S servantes mêmes plus belles. Adieu . donc , Daphnis. Sols heureux ; mais moi je ne
• saurais plus vivre. -
Elle étant en cette rêverie , le bouvier Lampis, aidé de quelques autres paysans, la vint enlever, croyant que Daphnis ne devait plus l'i-pouser, et ! que Dryas , ipinnd une fois elle serait entre ses ; mains, eonsiT.tirait qu'elle lui demeurât. Iji paui rette, i-omme on l'emportait , criait tant qu'elle I imuvait ; cl quelqu'un, qui viti"efle violence, s'encourut avertir Napc, et elle Dryas, et Dryas Daphnis, lequel, à peine qu'il ne sortit du sens, j n'osant recourir l'i son père , et ne pouvaut nean- ! moins laisser Chioé sans secours, si s’en alla dans j le jardin, et là faisait ses plaintes tout .seul : « O j . malhciinnix que je suis d'avoir retrouvé mes ' « parents! Oimbien m'eût été meilleur de garder i . toujours les bêtes aux champs! combien plus j . étais-je content quand j'étais serf avec Chine !
' . Alors je la voyais, alors je la baisais ; et mainlc- . nant l.ampis fa ravie , et s'en va avec ; et quand " la nuit si'ra venue, il .sc, couchera avec elle, . pendant que je suis ici à boire et faire bonne ' • ehere. J'uidouccnvaiujurémeschèvres,ledieu « Pan et les Nymphes. •
I Or linathon, qui était caché dedans la cha- ' [lelle du veruer, entendit clairement ces complaintes de Daphnis, et pensant que c’était une bonne occasion pour faire sa |iaix avec lui , prit i quelques jeunes valets d' Asty le, et s'en alla après I Dry as, lui disant qu'il les conduisit en la maison de Lampis, ce qu’il lit; et diligentèrent si bien, qu'ils surprirent Lampis ainsi comme il ne faisait