‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 7 sur 199 · KS%\\ SUR LA VIE ET LES ÉCRITS · texte numérisé non relu

KS%\\ SUR LA VIE ET LES ÉCRITS

tant (l'il)ustres débauchés, des choses à faire frémir les intéressés. •

La brochure dans laquelle Courier rend compte de son procès , est elle-même un délicieux pamphlet. Quant à l'admirable plaidoyer qui le termine, on ne pense pasque Courier ait jamais sérieusement pensé à le réciter en face de se.s Juges. Il avait montré trop d'émotion dans les réponses, où il se peint d'une fermeté et d'une ironie si imperturbables, pour être capable de 1'as.surance nécessaire au débit d'un pareil morceau. Il est probable même que cette harangue étudiée, si belle à la lecture, eût manqué son effet à l'audience; on y eiU trop reconnu les effets oratoires calculés dans le cabinet. Si la parole est souveraine , c'est quand l'enfantement de la pensée est visible comme un spectacle, c'est quand un homme privilégié semble divulguer à toute une assemblée le secret de la plus haute des facultés humaines, l'inspiration.

veille du jour où expirait sa détention de deux mois , Courier fut tiré de la prison de Sainte-Pélagie et conduit devant le tribunal pour un nouveau pamphlet , la PéUfion pour des rii/ageois qu'on empêche de danser. Il en fut quitte cette fois pour une simple réprimande ; mais, reconnaissant à ce second réquisitoire qu'il lui était désormais impossible de r.auser, comme il le disait , avec le gouvernement, par la voie de la presse légale, il eut recours à la presse clandestine. Son secret fut si bien gardé, que ses meilleurs amis ne surent pas comment il s'y prenait pour faire imprimer et répandre ses nouvelles causeries , lesquelles se succédaient avec une rapidité plus surprenante encore pour ceux qui avaient entendu parler de la sévérité et de la nécessaire lenteurqueC'.ourier apportait dans ses compositions. Ainsi parurent de 1823 à 1834, sans être avouées de leur auteur, mais le faisant trop bien reconnaître, ia premiéreelladeuxiémeré/mnseauxanonymes ; l'une des deux admirable par le récit du forfait de Maingrat, et cette poétique et vivante peinture des combats du jeune prêtre confessant la jeune nile qu'il aime ; enfin par ce continuel et si facile passage de la simplicité villageoise la plus naïve, au pathétique le plus déchirant et au raisonnement le plus rigoureux , le plus élevé , le plus entraînant. Tout le dix-huitième siècle a écrit contre les couvents d'hommes et de femmes, contre les voeux de religion, contre la confession des jeunes filles par les jeunes prêtres. Si l’on en excepte la profession de foi du vicaire savoyard de Jean-Jacques, qu'at-on produit dans ce siècle de guerre emportée qui fasse descendre dans les âmes la conviction de l’abus, aussi bien que celte éloquente lettre ou le

prêtre, excusé et plaint comme homme, intéresse presque dans son irrésistible passion , comme victime de cette robe qui ii’em|>êche point le copur de battre , mais qui lui prescrit le mensonge s'il est faible , qui le pousse nu meurtre si la peur de voir révéler son secret l'a saisi.

Le lÀrret de Paul‘J.ouis , la Gazette du village , ces croquis délicieux, ces comiques boutades d’un ennemi du gouvernement , plus artiste et homme d’esprit que factieux ; enfin la Pièce diplomatique ^ supposition bien hardie, sans doute, de ce qui pouvait se passer en 1823 au fond d’une âme rovale quelque peu double et assez mal dévote, précédèrent de très-peu de temps le Pamphlet des pamphlets, qui fut le chant du cygne, comme on l’a bien et tristement dit quelque part. « Cet ouvrage, a dit « Courier dans la notice anonyme, est, à propre- « ment parler, la justification de tous les autres. « L’auteur, qui toujours a su resserrer en quelques « pages les vérités qu’il a voulu dire, s'attache à « démontrer que le pamphlet est, de sa nature, la

• plu.s excellente sorte de livre, la .seule vraiment « populaire par sa brièveté même. Les gros oii-

■ vrages peuvent être bons pour les désœuvrés des « salons; le pamphlet s'adresse aux gens laborieux « de qui les mains n'ont pas le loisir de feuilleter

■ une centaine de pages. Celle tivèse heureuse à la « fois et ingénieuse est soutenue en une façon qu'on

• appellerait volontiers dramatique. L'opiniond'un

• libraire parisien est mise en face de celle d'un

■ baronnet anglais; l'un prétend flétrir, l’autre glo- « rifier l’auteur du titre de pamphlétaire; et des « débats sortent une foule de ces bonnes vérité.<

• qui vont à leur adresse. » Voilà bien l'esquisse décolorée, ou, si l'on veut, tout simplement la donnée du Pamphlet des pamphlets. Mais ici le biographe anonyme laisse trop à dire sur ce magnifique discours dont la lecture doit rendre à jamais déplorable la fin prématurée de Courier. Tout ce qu'il avait produit jiisque-la, parfait à beaucoup d'égards, n'était point sans déplaire à quelques lecteurs par le retour fréquent des mêmes formes, par le suranné d'expressions qui montrent la recherche et n'ajoutent pas toujours au sens, par le maniéré de cette naïveté villageoise, un peu trop ingénieuse, qui va se transformant à travers les comhinai.sons de raisonnements les plus déliées, du paysan nu savant et du soldat au philosophe. En un mot , fart du monde le plus raffiné semblait embarrassé de lui-même. Ce pamphlétaire, qui ne se gênait d'aucune vérité |)criileuse à dire, hésitait sur un mot, .sur une virgule , se montrait timide à toute façon de parler qui n'était pas de la langue de ses auteurs. I.c

UE PAUL-LOL’IS COllUER.

Pamphlet des pamphlets montra le talent de Courier arrivé à ce période de puissance où l'écrivain n'imite plus personne et prétend servir d'exemple à son tour. On peut voir dans sa correspondance avec madame Courier la conliance lui venant avec ses succès. D'abord il s'étonne, il s'effraye presque de sa célébrité si rapide, il la comprend ii peine. | IS'ayant eu jusque-la de l'esprit que |X>ur lui et pour | quelques amis, il semble ne pouvoir se reconnal- | tre dans l'écrivain qui fait la curiosité des salons , et | que les feuilles publiques appellent le Rabelais de la politique, le Montaigne du siècle, l'émule iieureux de Pascal, rimitateur heureux de tout ce qu'il y a jamais eu d'inimitable. Mais , assez vite , Paul- Louis se rassure; il s’habitue à sa réputation; il éprouve la sympathie universelle du public fran- <^ais pour un talent qu'il n'avait connu , lui , que par le laborieux et péniblecdté de la composition. A mesure qu'il produit, on (>eut remarquer son allure plus dégagée, plus libre, sa manière se séparant de plus en plus de celle des écrivains auxquels on n pu d'abord le comparer, jusqu'à ce qu'enfm elle soit tout à fait l'expression de l’originalité de son esprit et de la trempe un peu sauvage de son caractère. Cet assouplissement graduel est assez marqué depuis la lettre à Monsieur Renouard jusqu'au Simple discours ; mais , depuis le Simple discours jusqu'au Pamphlet des pamphlets, il l'est bien davantage. C'est là seulement que la lente formation de ce talent de premier ordre, qui tout à l'heure va disparaître, est accomplie. I.a maturité peut-être un peu factice des premiers écrits de Courier a fait place à une maturité réelle, dans laquelle la vigueur est alliée à la grâce et l'originalité la plus âpre au naturel le plus parfait. On voit que ce lumineux et mordant génie a rencontré entin la langue qui convient à ses amères impressions sur les hommes et les choses de son temps, et qu'il va marcher armé de toutes pièces. Dans le Pamphlet des pamphlets ce n'est plus un villageois discourant savamment sur les intérêts publics, c’est Paul-Î^uis se livrant avec line sorte d'enthousiasme au besoin de dire sa vocation de pamphlétaire et de la venger des mépris d'une portion de la société. Il s'est mis en cause commune avec So<Tate, Pascal, Cicéron,

J Franklin, Démosthène, saint Paul, saint Basile; il s'est environné de ces grands hommes, comme d'une glorieuse milice d'apotres de la libertédepenser, de publier, d’imprimer; il les montre pamphlétaires comme lui , faisant, chacun de son temps, contre une tyrannie ou contre l'autre, ce qu'il a fait du sien, lançant de petits écrits, attirant, prêciiant, enseignant le peuple, malgré les plaisante-

ries de lu cour, le blâme des honnêtes gens , lu fureur des hypocrites et les réquisitoires du parquet ; les uns allant en prison comme lui, les autres forcés d'avaler la ciguë ou mourant sous le fer de quelque ignoble soldat. Voila le Pamphlet des pamphlets, morceau d'un entraînement irré^jistihle, et dont le style , d’un bout à l'autre en harmonie avec le mouvement de rinspiration la plus capricieuse et la plus hardie , est peut-être ce que l’on peut citer dans notre langue de plus achevé comme goût et de plus merveilleux comme art.

On ne s'est point arrête aux derniers travaux de Courier comme helléniste. Le plus important , sa traduction d’Hérodote, n'a point été achevé. Ce n’est guère ici le lieu de discuter le système dans lequel cette traduction a été commimcee. (’ourier s'en est expliqué dans une préfacé qui n’a point mis tout le monde de sou avis, mais qui a |>eut être donné l'idée la plus complète des richesses littéraires silencieusement acquises par lui pendant ses campagnes , ses voyages , ses séjours à .Naples , à Rome , à Paris , et sa dernière retraite en Touraine. Ce n'est pas trop de dire qu'il avait encore toute une réputation à se faire comme critique.

Voilà l'écrivain que la France a perdu dans toute la vigueur de son talent, et la tête plus que jamais pleine de projets. L'Europe sait que Paul-Louis Courier a été, le 10 avril 1825, atteint d'un coup de fusil à quelques pasde sa maison, et qu'il est mort sur la place.

On verra qu'une année avant sa tragique fin , Courier se faisait diredans son Livret : Paul-Louis^ les cagots te tueront. Le procès auquel a donné lieu pelle déplorable mort n’a point accusé les cagots : aujourd'hui même encore on n'accuse persontic. Quelques amis de Cxiurier savent seulement que, devenu dans scs dernières années d'une immeur assez difflcile, il n’était pas sans ennemis dans son voisinage. Mais ce dont il est impossible de n'être pas vivement frappé, c’est le vague pressentiment de malheur qui règne dans la dernière partie du Pamphlet des pamphlets. Quelques lignes semblent être un confus adieu de Courier à la vie , à .ses études favorites, à sa carrière déjà si glorieuse, un involontaire retour sur lui-même, et comme un touchant désaveu de ses préventions contre son temps. « Détournez de moi ce calice , dit-il ; la ciguë est

• amère, et le momie se convertit assez sans que

• je m'enn>êle, chétif; je serai la inouclie du coche, « qui se passera bien de mon bourdonnement; il « va , nies chers amis , et ne cesse d'aller. Si sa mnr- « che nous parait lente, c'est que nous vivons un « instant; mais que de chemin il a fait depuis cinq

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