‹ Œuvres complètes de P. L. CourierChapitre 76 sur 199 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

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et partant lu es sans reproche j mais qui donc est celui des Perses qui sc rebelle contre moi , usurpant le nom de Smerdis ? » Lui à cela repart : > Je pense deviner, ô roi, ce qui se passe ; les révoltés, ce sont les mages, celui (|ue tu laissas gouverneur de ta maison et son frère Smerdis. •

Alors queCambyse entcodit le nom de Smerdis, lors le frappa la vérité , tant de cc discours que du songe ou il avait cru recevoir nouvelles de Smerdis, assis sur le siège royal , et qui de sa tête touchait le ciel. Connaissant doue que sans raison il avait fait mourir son frère, il pleura Smerdis, et le pleurant, se déconfortant du malheur do toute cette aventure , il saute sur le cheval en délibération de marcher promptement contre le mage à Suses ; et comme il sauta sur son cheval, du fourreau de son sabre tombe le champignon , le sabre nu le blesse a la cuisse; ainsi atteint au même endroit où il avait blessé le dieu d’Egypte Apis, sentant sa plaie mortelle, s'enquit comment s'appelait la ville ; on lui dit Ecbatane. Un oracle jadis lui était venu de Buto , qu'il nuirait sa vie à Ecbatane, pourquoi il pensait devoir mourir vieu.v à Ecbatane, en Médic, où étaient toutes ses affaires ; mais alors on vit bien que l'oracle entendait Ecbatane de Syrie ; et comme Cambysc eut appris le nom de la ville où il était, l’aventure du mage et sa blessure l’ayant étonné vivement, sa raison s'en trouva remise; et comprenant la prédiction, il dit : • Ici s’en va mourir Cambyse, fils de Cyrus. ■ Cc fut tout pour lors ; m.aisau bout de quelque vingt jours, ayant mandé près de lui tous les plus apparents des Perses, il leur dit :

« Force m’est à cette heure, 6 Perses, de déclarer devant vous la chose que plus je voulais tenir cachée ; car étant en Égypte , j'eus en songe une vision , cause de mon malheur ; il me fut avis qucje voyais un messager venu de cher, moi, m’annoncer que Smerdis, assis sur le siège royal, touchait de sa tète le ciel; povirquoi appréhendant que mon frère ne m’ùtèt l'empire, je fis plus vite que sagement. Aussi ne peut l’humaine faiblesse détourner le mal à venir, insense lors, j’envoie ù Suses Presaspès tuer Smerdis , et après un si grand méfait , je vivais sans peur, ne pensant pas que jamais personne , lui mort , sc pût soulever contre mol ; mais ayant failli à comprendre cc qui m’était prédit, je fus mal à propos meurtrier de mon frère et n'en perds pas moins mon empire ; car c’était le mage Smerdis que la divinité memontrait dans cette vision se devoir contre moi rebeller. chose est faite toutefois , et comptez que

vous n’avez plus le fils de Cyrus , Smerdis ; mais ce sont les raagesqui régnent, c’est un que je laissai gouverneur de ma maison , et son frere Smerdis. Celui qui maintenant saurait les punir et venger ma honte , a misérablement péri par scs plus proches! lui n'étant plus, ceci me reste à vous recommander , ô Perses , chose nécessaire et que je vcu.\quis’exécuteapresmamort:je vous l’enjoins exprès au nom des dieux royaux , a vous tous , et à ceux surtout des .\cbéméuidcsqui sc trouvent ici préscnts;ne laissez pas la souveraineté retourner aux Médes; que s'ils l’ont usurpée par ruse, il faut par ruse la leur ôter, ou si la force les soutient , force plus grande les doit abattre. Faites ces choses, et ainsi puisse la terre vous donner tous ses fruits , vos femmes , vos brebis engendrer, vous étant libres à jamais ; que si vous ne reprenez l’empire ou n'y faites du moins vos efforts , je vous veux et voue le contraire de tous ces biens : et davantage, que puissent avoir tous les Perses une fin pareille à la mienne. •

Cambyse, en disant ces paroles, déplorait son sort, et les Perses, quand ils virent le roi pleurer, se mirent tous à déchirer ce qu’ils avaient sur eux d'habits , et sc lamenter sans mesure. Ensuite l'os s’étaut carié, la cuisse fut tantét pourrie et le mal emporta Cambysc, fils de Cyrus, après un règne de sept ans et cinq mois en tout , n’ayant lignée d’enfants ni mâle ni femelle. Les Perses là présents entrèrent en méfiance, et doutaient que vraiment les mages fussent devenus maîtres des affaires, soupçonnant Cambysc de dire à mauvais dessein ce qu’il disait de la mort de Smerdis, |K)ur soulever contre lui la Perse. Eux tous tenaient |K>ur assuré que c’était Smerdis fils de Cyrus qui sc dirlarait roi ; car Prexaspès niait fortement avoir tué Smerdis , car il n’eùt pas fait sûr pour lui , Cambyse mort , de confesser que le lits de Cyrus avait péri de sa main.

Le mage donc, après que Cambysc fut mort, régna paisiblement, profitant du nom qu’il avait le même que Smerdis, fils de Cyrus, pendant les sept mois qtii restaient a remplir les huit ans de Cambyse ; durant lesquels il fit tant bien, qu'à sa mort tout le monde en Asie le regretta, hormis les Perses; car envoyant de tous cûtés aux nations qu'il gourvernait, il publia une exemption de milice et d'impûts pour trois ans : le mage fit cette publication aussitôt son avènement, mais il fut au huitième mois reconnu en cette manière.

Otanès était fils de Pharnospès; par sa naissance et ses richesses égal aux plus grands de la Perse. Le premier de tous , cet Otanès soupçonna

FRAGMENTS D’HÉRODOTE

Smerdis de n 'être pas le (ils de Cyrus , mais bien eelai qu’il était de fait, remarquant qu'il ne sortait point de la citadelle, ni jamais n'appelait aie voir aucun des notables Persans. Sur ce soupçon , voici qu'il lit : une fille à lui , nommée Pliédyme, avait été femmedeCambyse, et lors était au mage qui vivait avec elle , comme aussi avec toutes les femmes de Cambyse; Otanès envoyant devers cette sienne iillc , lui fit demander près de qui el le couchait coutumièrement, si c'était Smerdis, fils deCyrus,ouquelqueautre.Elle lui renvoyadisant (ju’ellene savait, n'avait oneques vu le nisdeCyrus, ni lors ne connaissait qui était son mari. I.c père, )iar un autre message, lui repart : Si tu ne connais Smerdis filsde Cyrus, sache d'Atossa quel est l’homme avec qui toutes deux vous demeurez, elle et toi , car sans faute elle connaît son frère. A celasa lllle renvoie : Je ne pois ni voir Atossa, ni parler é nulle des femmes qui sont enfermées quant et mol ; car cet homme-ci , quel qu’il soit , dès le premier moment qu'il prit la royauté, nous dispersa, logeant l’une ici, l’autre IA. Cette réponse ouïe , Otanès dès lors comprit cc que c’était , et devers elle envoie un troisième message, disant ainsi : Comme bien née, tu dois, ma fille, faire cc qu'ordonne ton père, quelque péril qu’il y puisse avoir; car s’il n'est le fils de Cyrus, Smerdis, mais celui que Je pense , coui hant avec toi et prenant pouvoir sur les Perses, qu'il n'en ait pas longtemps la joie, mais soit puni comme il mérite; toi donc a présent fais ceci ; quand tu seras au lit avec lui et le sentiras endormi, tète ses oreilles; si tu le trouves ayant des oreilles, assure-toi que tu habites avec Smerdis, fils de Cyrus; s’il n’en n, c'est le mage Smerdis. Phédyme lA-dessus renvoie, disant que le péril est grand à telle chose faire, car si lui n’ayant point d’orcillcs se semt toucher à cet endroit, elle sait qu’il la détruira ; que toutefois elle le fera. Ainsi promit-elle A son père d’exécuter ce qu’il voulait. Cambyse régnant avait fait, pour quelque raison non petite , couper les oreilles A Smerdis le mage. Cette Phédyme donc, la fille d’Olanès, afin d’accomplir ce qu’elle avait promis à son père, quand lui échut d’aller chez le mage, car c’est la coutume des Perses d’appeler leurs femmes tour A tour, vint et dormit auprès de lui; le sentant au fort de son somme, tâte A ses oreilles, où sans peine elle put connaître que cet homme n’avait point d’oreilles , et sitôt qu’il fut jour, dépéchant vers son père, lui mande In chose comme elle était, kqucl en fait part A deux autres , Aspathinc et üobryas, les premiers des Perses et (le (pii plus

il sc fiait , leur déclarant tout de point en point. Eux qui déjà en avaient eu quelque méfiance, Airent aisés A persuader et des raisons et du récit que leur fit Otanès, et fut convenu que chacun se donnerait un compagnon, celui des Perses dont il croirait la fui la plus sûre. Otanès choisit intapheme , Gobryas Mégabyze , Aspasthine Hy damés. Étant donc ceux-IA six en tout, arrive A Suses Darius, fils d'Hystospès, venant de Perse, où son père était gouverneur; les six apprenant sa venue, d’un commun accord résolurent de le mettre des leurs.

Assemblés, ces sept qu’ils étaient se jurèrent la foi et se mirent A délibérer ; et quand ce vint A Darius A déclarer son sentiment, il leur dit ces mots ; • Je pensais vraiment seul savoir quec’est le mage qui règne à présent, le fils deCyrus ayant péri ; pour cela j’étais venu exprès afin de brasser mort A ce mage; mais puisqu’il se trouve que vous le savez aussi , non pas moi seul , je suis d’avis d’agir sur l’heure, non différer, car il n’est bon en nulle sorte. ■ A quoi Otanès répondit : > Enfant d’Hystaspès, tu na([ùis de père vaillant, et me semblés bien n’avoir pas moins de valeur ((ue ton père; toutefois, en cette entreprise, garde-toi de précipiter rien ; il nous faut être plus nombreux pour commencer l’exécution. • Darius U cela repart : • Hommes ici pn^nts, sachez de la façon que veut Otanès , que si vous suivez son avis, vous mourrez tous de male mort ; car qucirpi’un vous dénoncera nu mage pour en avoir profit : vous deviez dans l’abord prendre sur vous le tout; mais puisqu’il vous a plu diviser ce péril et m’en faire participant, mettons la main A l’oeuvre aujourd’hui, ou sinon comptez que passé ce jour, je ne me leis.se point prévenir par quelque autre , mais que j’irai nioiméme vous déférer au mage. » A (pioi Otanès le voyant avoir tant de hâte, répond ; • Puisque tu nous contrains et ne souffres point de remise , voyous, toi-méme, dis-nous un peu de (piclle manière nous pourrons entrer nu palais et les a.ssaillir; car les gardes, comme tu sais, pour l'avoir vu ou bien oui dire, étant placées l'une devant l’autre A distance , comment les passeronsnous toutes ? • Darius alors lui repart : ■ Otanès, il est force choses (]ui ne se peuvent démontrer par discours, mais bien pur effet; et d’autres belles en propos, d’où ne sort puis après aucun notable effet; apprenez donc vous, que toutes ces gardes, comment qu’elles soient établies, ne sont ;X)lnt difficiles A passer ; car d’abord étant cc que nous sommes, nul n’osera nous arrêter, chacun

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ayant nous nu rrainte ou révcrenrc : puis j'ai un prétexte tout propre à nous faire passer sans obstacle, qui est que j’arrive de Perse, et viens porter au roi paroles de mon père ; cor ou il est besoin de mensonpe , mentons ; car nous avons tous même désir, ceux qui parlent vrai comme ceux qui usent de tromperie ; les uns mentent pour abuser et en tirer profit après, les autres veulent acquérir bruit de sincérité, pour profiter de la confiance qu'on peut mettre en eux. Ainsi, par moyens différents, nous cberchons tous mêmes avantages. S’ils n’y devaient rien profiter, l’un n'aurait souci de mentir non plus que l’autre de dire vrai : or donc , celui des gardes-portes i|ui nous aura laissé passer, quelque jour s'en trouvera bien; qui nous arrêtera suit traité en eitnemi ; en entrant à force , faisons œuvre de nos mains. >

Après Darius, Gobryas dit : < Amis, quelle occasion plus belle aurons-nous jamais de sauver et de recouvrer l’empire , ou sinon mourir , nous que voilà. Perses commandés par un mage, par un Mède, lequel encoren’a point d'oreilles? Ceux d’entre vous qui se trouvèrent présents au trépas de Cambyse, voussavez les imprécations qu’il fit mourant, contre les Perses, s’ils ne tâchaient par tons moyens à reprendre le commandement , ce qu’alors votis écoutâtes peu , car nous pensions qu’il le disait à dessein de tromper ; maintenant donc, moi je me range au sentiment de Darius, qu’il ne nous faut quitter ce lieu, sinon pour aller droit au mage. •

Voilà cc que dit Gobryas, et que tous approuvèrent; mais tandis qu’ils délibéraient, une chose avint par hasard. I-es mages entre eux résolurent de SC rendre ami Prexaspés, parce qu’il avait tout sujet de hair Cambyse , qui lui tua son fils d’un coup de flèclic, et parce que seul U savait la mort de Smerdis , fils de Cyrus, l’ayant tué do sa propre main ; davantage était homme grandement estimé des Perses. Ils l’appellent donc pour tâcher a se l’acquérir, et l’obliger aussi par la foi du serment de tenir secrète, et ne dire à qui que ce fi'lt la tromperie qu’ils faisaient aux Perses, lui promettant grandes récompenses, et qu’il aurait tout à souhait. Puis, comme il consentit à ce qu’ils désiraient , ils lui proposèrent après, disant qu’ils allaient assembler les Perses sous le fort royal, l’engageant à monter sur une tour, de là parler et certifier à tout le peuple que c’était Smerdis, fils de Cyrus, non un autre qui régnait. Ce qu’ils en faisaient était à cause qu’ils pensaient que 3->n témoignage aurait creance parmi les

Perses, mémeinent qu’il avait plusieurs fuis déclaré que Smerdis, fils de Cyrus, vivait, et se défendait de l’avoir tué. Prexaspes dit que volontiers; et les mages alors , ayant convu(|ué les l’erses, le firent monter sur une tour, et là lui dirent de parler ; mais lui , ce ([u’il avait promis de dire, il l’oublia exprès, et commençant d’Achéménes, conta toute la descendimee de la race de Cyrus; puis, arrivé à lui, finit en reinémurant les grands biens que Cyrus avait faits aux Perses, et ayant narré toutes ces choses, il déclara la vérité, que Jusqu’alors il dit avoir tenue cachée, ne voyant pas sùretc pour lui à confesser le fait comme il était allé, mais qu’à l’heure présenta force lui était de tout (lire, et ditque, contraint par Cambyse , il avait lui-même tué Smerdis , iils du Cyrus , et ((ue c’étaient les mages qui régnaient ; et, après de grandes imprcxsitionsqu’il prononça contre les Perses, s’ils ne recouvraient l’empire, et ne punissaient les mages, il se précipite Je la tour. Prexaspés donc, ayant été homme de bien toute sa vie, ainsi mourut.

Cependant les sept , délibérés d’attaquer aussitàt le mage, sans davantage demeurer, leur prière aux dieux faite , marchèrent ne sachant rien de Prexaspés. Déjà ils étaient à mi-chemin, ({uand ils eurent nouvelle du fait de Prexaspés; sur quoi, se tirant à l’écart, ils furent partagés d’avis, les amis d’Otanès voulant remettre l’exécution, ne bouger en cet état de choses; ceux de Darius poursuivre et ne point différer. Tandis qu’ils débattaient entre eux, sept couples d'c[)crviers parurent , lesquelles donnaient la chasse à lieux (rnuplcs de vautours, les plumaient et gtiffaient en l’air; cc que voyant, tous d’une voix approuvèrent l’avis Je Darius , et sur un tel présage marchèrent nu palais. A l’entrée, leur avint ce qu’avait pensé Darius , à savoir que les gardes leur portant révérence comme aux premiers des Perses, de qui on n’càt jamais soupçonné rien de pareil , les laissèrent passer , non sans l’ordre des dieux , ainsi qu’il est à croire , et nul ne leur dit mot. Venus dans la cour. Ils trouvèrent leseunucpies chargés d’annoncer; ceux-là s’enquirent de ce ([u’ils voulaient, et parmi telle enquête querellaient la garde les avoir laissés entrer. Aucuns se mirent en devoir de les empêcher de passer outre; mais eux, s’encourageant l’un l’autre , et tirant la dague, en donnèrent à qui les voulut retenir, et tout d’un temps coururent à la salle des hommes. Les deux mages y étalent pour l’heure à délibérer touchant le fait de Prexaspés, lesquels, comme ils ouïrent le tumulte et lus cris

FRAGMENTS Ü HÉRODOTE

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quepoussjàleiit les eunuques, s'en recoureat dehors et voyant ce qui se passait, se voulurent mettre en défense. L'un d’abord prend son are, l'autre saisit une pique; ils en vinrent aux mains : celui qui avait l'arc , l'ennemi étant près quasi sur lui , ne s'en put aider; l'autre combattait de sa pique , et blesse d'un coup ù la cuisse Aspathine , d'un second Intapheme il l'ceil; même Intaplierne en perdit l'ceil, mais ne mourut pas de cette blessure. L'un des mages donc blesse ces deux; l'autre, comme son arc ne lui servit de rien { il y avait une chambre à coucher qui donnait dans la salle des hommes ), là se sauve et fermait la porte; mais deux des sept l'enfoncent et entrent avec lui , Darius cl Gobry os , lequel Gohryas étant aux prises avec le mage, Darius dans l'obscurité ne savait comment faire, de peurde frapper Gobryas. Celui-ci , le voyant n'agIr point , lui demande qui l'empêchait : Crainte de te frapper, dlt-il;a quoi lui aussitêt repart ; Dague , dusses-tu tuer les deux. Adonc Darius pousse sa dague , et d'aventure n'atteignit que le mage seul.

Ayant de la sorte tué les mages, puis coupé leurs têtes, ils laissent là leurs propres blessés, autant comme hors d'état de marcher qu'afin de garder la citadelle ; et les cinq autres courant dehors, les têtes des mages à la main, faisant des cris, menant grand bruit. Ils appelaient tous les Perses, et leur contaient l'affaire, montrant ces têtes, et en même temps tuaient tous les mages qu'ils rencontraient. Les Perses entendant et la tromperie des mages, et ce qu'avaient fait les sept , en voulurent de leur part autant faire, et à coups de dague tuaient des mages tout ce (pi'ils en purent trouver; et si la nuit n'y eût mis (lu, pas un seul n’en fût l'chappé. I.e's Perses célèbrent ce jour publiquement plus (|u'aueun jour, et en ont fait une grande fête qu'ils apia-llcnt Magophonic, durant laquelle il n'est |>ermis à nul mage de se montrer dehors, mais tous les mages ce jour-là se tieiuient clos en leurs inmsons.

Le tumulte apaisé , au bout de dix jours , ceux qui s’étaient soulevés contre le mage délibérèrent entre eux ; et là furent dits des discours que bien des Grecs ne pourront croire, et si furent dits néanmoins. Otanés était d'opinion de mettre en commun les affaires, disant ainsi : « M'est avis que nous ne devons plus avoir un monarque tout seul, chose qui n’est de soi plaisante ni utile. Vous savez jusqu’où se porta l’insolence de Cambysc, et avez expérimenté par vous-mêmes celle du mage. Comment serait la monarchie une bonne et sage

police, sous laquelle un fait ce qu'il \eut, et ne rend compte ni raison ? I.e plus homme de bien du monde, qu'on le place en telle autorité, c'est le mettre hors du sens commun. Car insolence en lui s'engendre des biens dont iljouit, et d'autre part envie est dans l'homme par nature , lesquelles deux choses ayant, il a toute malice et vice. Car beaucoup d'actes détestables il les commet par insolence , et beaucoup d’autres par envie, et ainsi ne laisse mal à faire. Le tyran qui possédé tout, doit, ce semble, ignorer l’envie, et pourtant le contraire avient. Car, à l'égard des ; citoyens, il est jaloux des bons, et les hait tant qu’ils vivent, care-ssclcs méchants , accueille la calomnie, et chose de toutes la plus bizarre, qui le loue-modérément, il s'en fâche, et l'impute à manque de respect; qui lui veut complaire, il s’en fâche comme la flatterie intéressée. Kneore est-ce peu, s'il ne remue les antiques lois, force les femmes, tue sans jugement. Peuple au contraire gouvernant a le plus beau de tous les noms. Isonomie , et ne s’y fait rien de ce qu'on voit dans la monarchie. Les magistratures sont au sort; chacun rend compte de sa charge et en répond. Les déterminations se prennent en commun.

J'opine donc à ce que lais.sant la monarchie , nous fassions le (leuple grand ; cor dans le peuple est tout. »

Telle fui l'opinion d’Otanès; mais Mégabyze, qui préférait l’oligarchie, ainsi parla : • Ce qu'allègue Otanés, alln d'abolir In tyrannie, de ma part vous soit dit également; mais en ce qu'il conseille de porter la puissance au peuple , il a failli à rencontrer le meilleur avis. Car il n’est rien plus insolent ni moins capable de raison qu'une multitude sans frein , et de peur d’un tyran nous soumettre au vil |ieuple , je ne vois a cela nul bon sens ; l'un , s'il fait quelque mal , il le confiait du moins. L'autre ne le peut même connaître. Et que comiaitrait-il , qui ne sait ni n’apprit rien de beau ni d'honnête ? il emporte de furie , et précipite toutsemblabicàun torrent. Olféisseau peuple quiconque est ennemi du nom persan ; mais nous, parmi les meilleurs hommes , choisissons, faisons une classe, et lui donnons le pouvoir, dont par ainsi nous serons nous-mêmes participants. Aussi que des seuls gens de bien peut venir le bien commun de tous. »

Telle fut l’opinion de Mégabyze , sur quoi Darius, le troisième, déclara son avis , et dit ; « Pour moi, ton propos, Mégabyze, en tant qu'il touche la multitude, me semble juste et de bon sens , mais non quant à l'oligarehie. Cor trois choses

LIVHE III.

étant les meilleures qu'on sache en fait de gouvernement, le peuple supposé bon, l'oligarchie, le monarque ,jemaintienscelut-ci de tout point préférable. Car un chef, homme de bien , estoc qu'il y a de meilleur. Car usant de conseils selon son caractère , il gouverne le peuple irréprochablement ; outre que d'un seul les desseins contre l'ennemi | sont plus secrets. Mais là où la vertu s'e.veree \ entre plusieurs , comme dans l'oligarchie , sourdent les haines privi^ qui sont cause de grands maux. Car chacun prétendant l’emporter et conduire les deliberations , on en vient à se haïr; de CCS inimitiés naissent tes factions, des factions les meurtres, qui ne sauraient fluir, sinon par la monarchie ; d'ou se peut connaître aisément combien celle-ci est meilleure. Le peuple, d'autre part, gouvernant , de nécessité le vice prend pied dons la commune. Le vice une fois établi engendre , non pas haine entre les vicieux , mais forte amitié au contraire, eux agissant d'accord ensemble pour le mal public; et ainsi va,Jusqu'à ce qu'on prenne autorité sur le peuple, et ôte l'empire à telles gens, lequel à raison de ce révéré parle peuple même, de cette révérence que lui porte un chacun, prolite • et se fait monarque. En somme, et pour finir d'un mot, d'où nous est venue la liberté? qui nous l'a donnée? est-ce le peuple, l'oligarchie ou un monarque? Mon sentiment , puisqu'un seul homme nous a fait libres, c'est de nous tenir à un seul, et de n'innover point aux coutumes de nos pères, sages et bonnes ; car ainsi ne nous vaudrait rien. >

Ces trois avis donc proposés , quatre des sept délibérants se déclarèrent pour le dernier. Alors Otanès qui avait conseillé l'isonomie, voyant son avis rejeté , se prit à dire au milieu d'eux : « Hommes conjurés, il est sans doute qu'un de nous va devenir roi, soit par le sort, soit par le choix du peuple à qui on s'en remettra , soit de toute autre manière. Je n'entends point pour moi le disputer avec vous. Je ne veux gouverner ni être gouverné; mais je vous cède ici l'empire à une condition pourtant , qui est que nul de vous ne commandera Jamais ni à moi , ni aux miens issus de moi à perpétuité. • Comme il eut dit ces mots , les six lui octroyèrent sa demande sur l'heure , moyennant quoi lui se retira du milieu d'eux , s'assit à part, et ne concourutpoint avec eux. Aujourd'hui encore cette maison est la seule en Perse qui soit libre , et n'obéit qu'autant qu'elle veut , sauf les lois et coutumes qu'elle ne peut transgresser.

Le demeurant des sept tint conseil sur la manière d'élire un roi la plus équitable , et d'abord fut délibéré qu’à Otanès et ceux de sa race [ ve- | P. L covsin.

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nant la royauté à échoir à un d’eux sept ) serait donné par distinction particulière chaque année un habillement à la médoise et tout ce <|ui se peut chez les Perses de plus honorable en présent. La uiuse pourquoi ils voulurent lui faire CCS présents, c'est qu’il avait eu le premier dessein du complot et avait assemblé les autres. Tels furent les dons et honneurs décernés à Otanès seul. Pour eux en commun ils réglèrent que toujours qui voudrait des sept entrerait au palais royal sans être annoncé, fors que le roi fût à dormir avec une femme; que le roi ne pourrait épouser femme qui ne fût de famille d'un des conjurés ; et quant à l'élection , voici ce qu'ils ri solureut ; que celui dont le cheval au lever du soleil hennirait le premier sur l'esplanade, où ils iraient chevaucher le matin, celui-là serait roi. Or avait Darius, parmi ses domestiques , un palefrenier homme de sens, lequel s’appelait UEbarès. Finie la délibération, comme ils se furent séparés, Darius dit à cet homme : « OEbarès, pour élire un roi, nous voulons faire ainsi. Nous monterons à cheval. Celui dont le cheval hennira le premier au lever du soleil aura la royauté. C’est à toi maintenant,si tu sais quelque secret, de le mettre en usage pour faire que ce prix tombe à nous et non pas à quelque autre en partage. > Le palefrenier répond : « S'il ne tient qu'a cela , maître , que tu sois roi , aie bonne espérance et t’en remets à moi. J'ai telle drogue au moyen de laquelle nul autre que toi ne régnera. • Darius repart : • S'il est ainsi que tu possèdes tel secret , c'est le temps ou jamais de l'employer. Car au point du jour se fait l'épreuve qui doit décider entre nous. >

Cela entendu, CEbarès s'y prit en cette façon. La nuit venue, il conduisit a l'esplanade une jument, celle qu'aimait davantage le cheval de Darius; l'ayant liée, en lit approcher le cheval de Darius, par plusieurs fois le fit aller et venir au long de cette cavale, et même la toucher en passant , puis enfin lui permit de saillir la cavale. Or le jour commençant à poindre , voici venir les six, ainsi qu'il était convenu, montés sur leurs chevaux , et eux traversant l'esplanade; comme ils furent vers cet endroit où la nuit [lassée la cavale avait été Hée, là le cheval de Darius sc mit à courir et hennir. En même tempsonouit tonner et SC vit un éclair sans nuage , qui Alt à Darius une sorte d'inauguration et comme une voix du ciel se déclarant pour lui. Les autres aussitôt sautant à bas de leurs chevaux, adorèrent Darius, et l'appelèrent roi.

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FRAOMhTSTS D’HÉROÜÜTE.

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Aucuns ainsi content l'invention que trouva nCbarès ; mais d'autres disent , et de fait la chose en deux façons se raconte par les Perses , qu'il tint sa main cachée sous ses brades, l'ayant frottée d'abord aux parties de la cavale , jusqu'à ce que le matin les chevaux allant partir, il sortit cette main , la porta aux narines du cheval de Darius et la lui fit sentir, lequel aussitàt se prit à souffler et hennir.

Dariusdonc, fils d'Hystaspés, fut déclaré roi, et tous ies peuples de l'.Asie, hors les Arabes, lui obéirent, soumis par Cy rus premièrement, et par Cambysc après. Les Arabes oneques n'obéirent aux Perses comme esclaves, mais furent leurs hôtes depuis qu'ils curent fait passer en Kgypte Cambyse J jamais les Perses n'eussent su, malgré les Arabes, avoir entrée en Égypte.

Ses premières femmes, Darius les prit étant roi ehez les Perses, deux filles de Cyrus, Atossa et Artystone, l'une Atossa mariée d'abord à Camhyse son frère, l'autre Artystone encore vierge. Il épousa aussi une fille de Smerdis, filsde Cyrus, appelée Parmis ; aussi eut la fille d'ütanès , cellelà qui reconnut le mage, et tout fut plein de sa puissance. 1 1 lit faire au commencement , et dresser un type de pierre, où pour ligure 11 y avait un homme à cheval ; et y fit engraver des lettres qui disaient : Darius, fils d’Hystaspés, par la vertu de son cheval [ disant le nom ) et d'QÉbarès, son palefrenier, obtint la royauté des Perses.

Cela fuit , il établit en Perse vingt gouvernements que là ils appellent Satrapies...

FIN DU LnUE vm.

TRANIE.

CWXVII. De cet Alexandre était aïeul, à la septième génération , Perdiceas , qui devint tyran de Macédoine en la façon que je vais dire. Trois frères de la race de Temenos s'enfuirent d'Argos en Illyrie. Savoir Gavanès,QKuropus et Perdiceas, qui, d'Illyrie étant passés jusque dans la haute Macédoine, vinrent en la ville delx-bcea ;ct là ils servaient chez le roi comme domestiques à gages : un menant paître les chevaux, un autre les bœufs, le troisième et plus jeune, Perdiceas, gardait le môme bétail. Car jadis toutes seigneuries étaient j pauvres de deniers, non pas le peuple seulement. La femme du roi elle-même pétrissait pour eux. | Le i>aia de ce jeune garçon , leur domestique Per- |

diccas, cuisant, se doublait en grosseur ; et comme à chaque fois même chose arrivait , elle en avertit son mari , auquel d'abord vint en pensée que ce pouvait être un prodige signifiant grand cas à venir. Il appelle ses trois domestiques, et leur commande de partir de sa terre au plus vite. Eux lui demandèrent leurs gages , disant qu'ils s'en iraient, et que c’était raison quand ils seraient payés. A ces mots de salaire et payement , le roi , comme le soleil entrait dans la maison par l’ouverture de la cheminée, leur dit, féru de quelque dieu : Payez-vous de ceci, montrant le soleil à terre; car c’est tout ce que vous valez. Sur quoi les deu X aînés , QEropus et Gavanès , demeurèrent surpris entendant ce langage; mais le garçon, qui d'aventure tenait en sa main un couteau , répondit : Roi , nous acceptons le salaire que tu nous donnes , et avec son couteau cerna sur le plancher la place du soleil; puis dans son giron par trois fois puisant des rayons du soleil , partit de là lui et les siens.

C.XXXVIII. .Ainsi s’en allaient de compagnie les trois Teraenides; mais cependant quelqu’un des assesseurs du roi l’avisa de ce qu'avait fait au partir ce Jeune garçon , et que non sans cause il avait accepté le payement; ce qu'entendant lui se courrouça, et dépêche apri-s eux gens à cheval pour les tuer. Un fleuve est en cette contrée, auquel comme sauveur sacrifient ceux de cette race d'.Argos. Quand les Temenides l'eurent passé, l'eau tout à coup devint si haute que les cavaliers après ne la purent passer. .Ainsi venus en nne autre terre de la .Afacêdoinc, ils habitèrent près des jardins qu’on dit être ceux de Midas, fils de Gordias. La naissent d’elles-mêmes des roses ayant chacune soixante feuilles, et sur toutes autres odorantes; là aussi fut pris le Silène , au dire des Macédoniens, dans ses Jardins, au-dessus desquels est un mont nommé Bormins, innccessiblepar les neiges. Ce leur fut une espece de fort , d’où sortant ils couraient tout le pays, et soumirent peu a peu toute la Macédoine.

C.XX.XI.X. De Perdiceas donc descendait Alexandre. Ainsi : fils d’.AmjTitns fut Alexandre, Arayntas d’Alcétas, d'Alcétas fût père OEropus, de celui-ci Philippe et de Philippe .Argée, de celui-ci Perdiceas, qui prit la tyrannie; et en cette sorte Alexandre était descendant d’Amyntas.

ex L. Arrivé pour lors à Athènes , de la part de Mardonius, il dit ces mots : Hommes d’Athènes, Mardonius vous dit ainsi : Nouvelle m’est venuo du roi disant ; Je remets aux Athéniens toutes lenrsfautesenversmoi. Toi, Mardonius, fais ceci;

l.lVRE Vin.

Rends d'abord à ces gens leur terre , et qu'ils en prennent une autre eneore qu'ils voudront, désormais libres , gonvemés par leurs seules lois, s'ils consentent il faire un traité avec moi; et leurs temples, relève-lcs; rebâtis ce quej'ai brûlé. Ayant reçu tel ordre du roi , force m'est de l'exécuter , a moins que vous n'y résistiez. Mais de mol Je vous dis ceci : Qui vous mène, et quelle folie est-ce à vous de combattre le roi? Vous ne le sauriez jamais vaincre, ni aussi n'étes en pouvoir de lui tenir tétc longtemps; car vous savez le nombre immense des troupes que conduit Xerxès et ce qu'il a fait jusqu'à ce jour, et sans doute n'ignorez pas quelle force est ici. avec mol. S’il arrivait, ce que vous ne pouvez raisonnablement espérer, ipie vous eussiez sur nous l’avantage, si nous étions vaincus par vous, une autre armée beaucoup plus forte vous attaquerait aussltût. N'allez donc pas , pensant vous égaler au roi , perdre à coup sûr votre pays et courir fortune de vos biens et de vos personnes; mais plutôt faites la paix , maintenant qu'il ne tient qu'à vous de la faire bonne, le roi lui-méme vous l’offrant; soyez libres, et nos alliés sans fraude ni dol. Voilà ce que Mardonius, .Athéniens, m’a chargé de vous dire. Quant à moi particulièrement , du bien que je vous ni voulu et veux toujours, je n’en dis mot, n’étant pas chose nouvelle pour vous. Mais, je vous en conjure , écoutez Mardonius. Car je ne vous vois point en état de longtemps résister à Xerxès, autrement je ne fusse venu avec de telles propositions. Car aussi son pouvoir est au-dessus de l'homme, et son bras long outre mesure. Que si vous ne faites avec lui votre appointement dès cette heure, à telles et si belles conditions qu’on vous offre , je crains pour vous , qui vous trouvez sur le chemin des puissances en guerre , et seuls pâtirez du conflit, habitant un petit pays au milieu d’armées ennemies; écontez-lc donc et me croyez , et pensez quel heur ce vous est qu'à vous seuls entre tous les Grecs, vous remettant tons vos méfaits, le grand roi veuille bien encore être votre ami. Voilà ce que dit Alexandre.

CXLI. D’autre part, ceux de Lacédémone, comme ils entendirent qu’.AIexandre venait à Athènes pour s’entremettre d’un accord avec le barbare , ayant souvenance de l’oracle qu'eux et les autres Doriens devaient un jour être chassés du Péloponèse par les Athéniens et les Mèdes , appréhendaient fort que le Perse ne s’accordât avec Athènes, et pensèrent d’y envoyer des ambassadeurs, lesquels s’y trouvèrent justement avec Alexandre. Car ceux d’.Athènes usaient de

remise , sachaut bien que l’on apprendrait à Lacédémone la venue d’un homme envoyé pour traiter au nom du barbare , et que l’ayant appris on ne faudrait de leur dépécher une ambassade. Ils faisaient cela exprès pour que Lacédémone connût leurs sentiments.

CXLII. Ainsi, lorsque Alexandre eut ces.sé de parler, les envoyés de Sparte après lui se prirent à dire : Nous venons ici de la part de Lacédémone pour vous prier de ne tenter nulle nouveauté dans la Grèce, ni prêter l'oreille au barbare, chose qui de soi serait iqjustc, mal séante à tout le peuple grec , mois à vous surtout , Athéniens. Vous avez les premiers suscité cette guerre que nous ne voulions point quant à nous, et la querelle fut d’abord de vos seuls intérêts, devenus maintenant communs à toute la Grèce. De plus , les Athéniens être cause de servitude aux Grecs, cela ne se peut , ayant accoutumé jadis et de tout temps d’ôter les peuples d’esclavage. Bien cst-il que nous vous plaignons d'avoir perdu d(^à deux récoltes de vos champs, et longtemps souffert le pillage et la ruine de vos maisons, en raison de quoi Lacédémone et les alliés s’offrent de nourrir, tant que pourra durer la guerre , vos femmes et tous vos gens hors d’état de combattre, et ne vous laissez abuser par .Alexandre de Macédoine qui vous vient leurrer du propos de Mardonius. Car c’est affaire à lui vraiment de favoriser la tyrannie, parce qu'il est tyran lui-méme; mais non à vous , pour peu que vous ayez de bon sens , vous souvenant qu'en tels barbares il n’y a fol ni vérité.

CXLIII. Ainsi parlèrent les députés de Ixtcédémone, et les Athéniens répondirent à Mardonius en cette sorte : Nous le savons bien que le Perse a plus de puissance que nous; ce n'était pas la peine d'en faire ici tant de pompe; et si ne laisseronsnous pas, pour l'amour de la liberté, de le eomhattre et repousser de toutes nos forces; no parlez donc plus d’accommodement , car nous n'en voulons faire aucun avec le barbare, mais reportez à Mardonius ce que disent les Athéniens. Tant qu’on verra le soleil aller par le même chemin qu’il tient, jamais nous ne serons d’accord avec Xerxès; mais nous marcherons contre lui avec les dieux et les héros, desquels n’ayant nulle révérence, il a brûlé les demeures et les saintes images. Quant est de toi, Alexandre, ne te présente plus devant les Athéniens avec de telles propositions, et ne viens point, sous faux semblant de bon office, conseiller des actes impies; car il nous fâcherait de te faire déplaisir, étant comme tu es notre hôte et notre ami.

FRAGMENTS D’HÉRODOTE

CXLIV. Telle fut au diseours d’.Xlexandre la réponse des .Athéniens; aux députés de Sparte Ils dirent : Qu'à Lacédémone on ait craint notre union avec le barbare , ceia se pouvait humainement; mais fpje vous, témoins et instruits par vous-mêmes de notre conduite, ayez quelque doute, c'est grand'honte, puisqu'il n'est richesse, ni or, ni terre, tant fût-elle excellente, dont l'offre nous pût engager à seconder le .Médc et asservir la Grèce. Beaucoup et de puissantes raisons nous en empêcheraient quand nous le voudrions. Mais surtout le pillage, l’incendie des demeures et Images de nos dieux , qu'il nous convient venger plutôt que nous allier aux auteurs de tels méfaits ; puis le nom de Grecs et la nation d’un sang et d’un même langage, ayant temples communs et mêmes sacrifices, mœurs et façons de vivre pareilles. Voilà ce que les Athéniens ne peuvent trahir sans être infâmes. Sachez donc, s’il faut vous l’apprendre, que tant qu'il restera au monde un Athénien, jamais nous ne ferons d'aceurd avec Xcrxès. Nous prenons en gré toutefois votre bienveillance envers nous, qui vous fait compatir à ce que nous souffrons , et offrir le vivre à nos gens, dont nous ne vous sommes pas moins tenus; mais nous tâcherons d'y pourvoir sans vous gêner en nulle sorte. Pour l’heure présente vous n’avez qu’à mettre votre armée aux champs et vous hâter, car l'ennemi apparemment ne tardera guères à entrer en notre pays dès qu’il aura nouvelle que nous ne faisons rien de ce qu'il nous demande. C’est pourquoi avant qu’il ait pu pénétrer jusque dans l’Attique, il nous le faut aller combattre en Béotle.

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