I.KrrUES INÉDITES
lagc, et c’est lA encore une cliose ù vous expliquer. Je vis un soldat qui emportait une piêee de toile; sans m'informer s'il l'avait eue par héritage ou autrement, j'avais un écu et jx>int de linge ; Je lui donnai l’écu, et Je devins propriétaire de la toile, autant qu'on peut l'étre d'un effet volé. On en glosa; mais le pis fut que ma chemise faite et mise sur mon maigre cor]» par une lingère suivant l'armée, il fut question de la faire entrer dans ma culotte, la chemise s'entend, et ce fut là oii nous échouâmes, moi et ma lingère. I.a pauvre fille s'y employa sans ménagements, et Je In secondais de mon mieux, mais rien n'y fit. Il n'y eut force ni adresse qui pût réduire cette étolTe ù occuper autour de moi un espace raisonnable. Je ne vous dis pas, mon général, tout ce que J'eus à souffrir de ces tentatives, malgré l'attention et les soins de ma femme de eliamhre, on ne i>cut pas plus experte à pareil service. Knfin nécessité, mère de l'industrie, nous suggéra l'idée de retrancher de la chemise tout ce (pii refusait de loger dans mon pantalon , c’esta-dire le devant et le derrière, et de coudre la ceinture au corps même de la chemise, opération qu’exécuta ma honne couturière avec une adresse merveilleuse et toute la décence possible. Il n'est sorte de calemlioiu-s et de mauvaises plaisanteries qu’on n'ait faits là-dessus; et c'était un sujet a nejamais s'épuiser, si votre générosité ne m'eût mis en état de faire désormais plus d'envie que de pitié. Je me moque à mon tour des railleurs, dont aucun ne possède rien de com|)arahle nu don que Je reçois de vous.
Il n'y avait que vous, mon général, capable de cette bonne œuvre dans toute l'armée ; car outre que mes camarades sont pour la plupart aussi mal étpiiiiés que moi, il passe aujourd’hui pour constant (|uc Je ne puis rien garder, l’expérience ayant confirmé que tout ce que l’on me donne va aux brigands en droiture. Quand J'échappai nu de Corigliano, Saint-Vincent ' me vêtit et m’emplit une valise de beaux et bons effets, qui me furent pris huit Jours après sur les hauteurs de Nicasiro ’. Le général Verdier et son étatmajor me firent une autre paeotille , que Je ne portai pas plus loin cpic la Mantea, ou .VJello (siur mieux dire, ou Je fus dépouillé |)our la (|unlri<’me fois. On s’est donc lassé de m’habiller et de me faire l'auniûne, et on croit généralement (pie mon destin est de mourir nu , comme Je suis
' IVpuis (sitom-l (riirliltcrif .
* Le ïojtilii.
■1 Ix 'K tHHJl
né. .\vce tout cela, on me traite si bien , le général Heynier a txmr moi tant de honte, que je ne me repens point encore d’avoir demandé a faire cette campagne, ou Je n’ai perdu, après tout, que mes chevaux, mon argent, mon domestique, mes nippes et celles de mes amis.
A M. DE SAINTE-Cnoi.V,
X PVMS.
Milctn, 13 Sé'pU'mhrr 1^.
Monsieur, depuis ma dernière lettre, à larpielle vous réiwndltes d’une maniéré si obligeante, il s'est passé ici des choses qui nous (laraissent à nous de grands événements, mais dont Je crois qu’on parlera peu dans le pays ou vous êtes.
Quoi qu’il en soit. Monsieur, si l'histoire de la grande Grèce durant ces trois derniers mois a l>our vous (|uel([uc intérêt. Je vous envoie mon Journal ', c’est-à-dire un petit cahier, ou j’ai note en courant les horreurs et les bouffonneries les plus remarquables dont J’ai été le témoin. Il est difficile d’en voir plus, en si peu de tenqvs et
d'esiiace. C'e.st M. de la Ch qui se charge de
vous faire |Kirvenir ce paquet , que J’ai mis sous envelopiie avec mon caehct. Je vous demande eu grâce que cela ne soit vu de personne.
Si les traits ainsi rnceoureis de ces exécrables farces ne vous Inspirent que du dégoût. Je n’en serai pas surpris. Cela peut piquer un instant la curiosité de ceux qui connaissent les acteurs. Les autres n’y voient que la honte de l'espèce humaine. C’est là néanmoins l'histoire, dépouillée de scs ornements. Voilà les canevas qu’ont brod(^ les Hérodote et les Thucydide. Pour moi , m’est avis que cet enchaînement de sottises et d’atrocités qu’on appelle histoire ne nuTite guère l’attention (l’un homme sensé. Plutarque, avec I/air d’homme
Et rette large barbeau milieu du visage»
me fait pitié de nous venir prûncr tous ces donneurs de batailles dont le mérite est d'avoir Joint leurs noms aux événements qu’aniennit le cours des choses.
Depuis notre jonction avec Masséna nous marchons plus fièrement, et sommes un peu moins à plaindre. Nous retournons sur nos pas, formant l’avant-garde de cette petite armé'C, et faisant aux insurgés la plus vilaine de toutes les guerres. Nous en tuons peu, nous en prenons encore moins. La nature du pays , la connaissance et
' (> Journal ne s’r.sl pns rrliwirè.
DiÿiiiZtSj uy vjvjO^Ic
ÉCRITES DE FRANCE ET DTTAI.IE
l’habitude qu'ils en ont , font que, même étant surpris, ils nous érhnppr'iit aisément; non pas nous à eux . Ceux que nous attrapons , nous les pendons aux arbres; quand ils nous prennent, ils nous brûlent le plus doucement qu’ils peuvent. Moi qui vous parle. Monsieur, je suis tombé entre leurs mains : |>our m'en tirer, il a fallu plusieurs mirarles. J'assistai à une délibération ■ où Il s’agissait de savoir si je serais pendu, brûlé ou fusillé. Je fus admis à opiner. C'est un récit dont je pourrai vous divertit quelque jour. Je l’ai souvent échappé belle dans le cours de cette eamptigne; car, outre les hasards communs, j'ai fait deux fois le voyage de Reggio à Tarcnte, allée et retour, c’est-à-dire, plus de quatre cents lieues à travers les insurgés, seul ou peu accompagné, tantût a pietl, tantût à cheval, quelquefois à (|untre pattes, quelquefois glissant sur mon derrière ou culbutant du haut des montagnes. C’est dans une de ces courses que je fus pris par nos bons amis. Il n’y a ni buis ni coupe-gorge dans toute la Calabre où je n’aie fait de ces promenades , et pourquoi? ah ! c'est cela q«i 'ous ferait pitié. Une fois, de sept hommes que j’avais pour escorte, trois furent tués avec quatre chevaux par les montagnards ’. Nous avons p»-rdu et perdons chaque jour de cette manière une infinité d’officiers et de petits détachements. Une autre fois, pour éviter pareille rencontre, je montai sur une petite barque, et ayant forcé le patron ù partir malgré le mauvais temps, je fus emporté en pleine mer. N'os manœuvresfurent belles. Nousfimesdes oraisons : nous promîmes des messes à la Vierge et à saint Janvier, tant qu’enlin me voilà encore.
Depuis , sur une autre barque je passai prés d'une frégate anglaise qui m’ayant tiré quelques coups , tous mes rameurs se jetèrent à l'eau et se sauvèrent à terre. Je restai seul comme Ulysse, comparaison d’autant plus juste que ceci m'arriva dans le détroit de Charybde, à la voie d’une petite ville qui s’appelle encore Sc)Ha , et où je ne sais quel dieu me fit aborder paisiblement. J’avais coupé avec mon sabre le coidage qui tenait ma petite voile latine, sans quoi j’eusse été submergé.
J’avais sauvé, du pillage de mes pauvresnipjx-s, ce que j'appelais mon bréviaire. C’était une Iliade de l'imprimerie royale, un tout petit volume que vous aurez pu voir dans les mains de l'abbe 15arthélcmy ; cet exemplaire me venait de lui {qiiain dttpari domino !) , et je sais qu’il avait coutume (le le porter dans ses promenades. Pour moi , je
' \ (UiricliAMO . Ir 13 juin.
* A h* juin.
jGï
le portais partout ; mais l'autre jour, je ne sais pourquoi , je le confiai a un soldat (|ui me conduisait un cheval en main. Ce soldat fut tué et dépouillé. Que vous dirai-je. Monsieur? J'ai perdu huit chevaux, mes habits, mon linge, mon manteau, mes pistolets, mon argent. Je ne regrette (|uc mon Homère, et pour le ravoir, je donnerais la seule chemise qui me reste. C'était ma société, mon unique entretien dans les halles et les veillées. Mes camarades en rient. Je voudrais bien ((u’ils eussent perdu leur dernier jeu de cartes pour voir la mine qu'ils feraient.
Vous croirez sans peine, Monsieur, qu’avec de pareilles distractions je n'ai eu garde de penser aux antiquités : s'il s’est trouvé sur mon chemin quelques monuments, à l'exemple de Pompée, ne visenda quidem putavi. Non que j'aie rien perdu de mon goût pour ces choses-là, mais le présent m’occupait trop [lour songer nu passé : un peu aussi le soin de ma [wan, et les Calabrais me font oublier la grande Grèce. C'est encore aujourd’hui CMabria feror . Remarquez, je vous prie, que depuis Annilial, qui trouva ce pays florissant, et le ravagea pendant seize ans, il ne s’est jamais rétabli. Nous brû Ions bien sans doute, mais il parait (|u'il s’y entendait aussi. Si nous nous arrêtions quelque part , si j’avais seulement le temps de regarder autour de moi, je ne doute point que ce pays , où tout est grec- et antique, ne me fournit aisément de quoi vous intéresser et rendre mes lettres dignes de leur adresse. Il y a dans ces environs, par exemple, des ruines considérables, un temple qu'on dit de Proserpine. Les superbes marbres qu’on en a tirés sont à Rome, à Naples et à Londres. J'irai voir, si je puis, ce (pii en reste, et vous en rendrai compte, si je vis, et si la chose en vaut la peine.
Pour In Calabre actuelle, ce sont des bois d’orangers, des forêts d’oliviers, des haies de citronniers. Tout cela sur la côte et seulement prés des villes : pas un village, fias une maison dans In campagne. Elle est déserte, inhabitable, faute de [Milice et de lois. Comment cultive- 1- on, direzvous? Le paysan loge en ville et laboure la banlieue; parlant le matin a toute heure, il rentre avant le soir de peur... En un mois, dans la seule province de Calabre, il y a eu plus de douze cents assassinats; c’est Salicettiqui me l’ndit. Comment oseruit-oii coiiclier dans une maison des cliamps? On y serait égorgé dès la première nuit.
I.es moissons content peu de soins; à ces terres soufrées il faut (M'u d'engrais; nous ne trouvons pas a vendre le fumier de nos chevaux . Tout
a6a LETTRES
cflü donne l’idée d'une grande richesse. Cependant le peuple est pauvre , misérable même. Le royaume est riehc;ear produisant de tout,' il vend et n'acliete pas. Que font-ils de l’argent? Ce n’est pas sans raison qu'on a nommé ceci l’Inde de l’Italie. Les bonzes aussi n’y manquent pas. C’est le royaume des prêtres, ou tout leur appartient. On y fait vœu de pauvreté pour ne maïuiuer de rien, de chasteté jwur avoir toutes les femmes. Il n’y a point de famille qui ne soit gouvernée |xtr un prêtre jusque dans les moindres détails; un mari n’achete pas des souliers pour sa femme sans l’avis du saint homme.
Ce n’est point ici qu’il faut prendre exemple d’un bon gouvernement, mais la nature enehantc. Pour moi Je ne m’habitue pas à voir des citrons dans les haies. Et cet air embaumé autour de Reggiol un le sent à deu.\ lieues au large quand le vent souffle de terre. La fleur d’oranger est cause qu’on y a un miel beaucoup meilleur que celui de Virgile : les abeilles d’Hybla ne paissaient que le thym , n’avaient point d’orangers. Toutes choses aujourd’hui valent mieux qu’autrefois.
Je Unis en vous suppliant de présenter mon respect à madame de Sainte-Croix et à M. Ijirchcr. Que n’ai-je ici son Hérodote, comme je l’avais en .MIemagne ! Je le perdis justement comme je viens de faire de mon Homère , sur le point de le savoir i>ar cœur. Il me fut pris par des hussards. Ce que je ne penlrai jamais, ce sont les sentiments que vous m'inspirez l’un et l’autre , dans lesquels il entre du respect, de l’admiration, et, si j'ose le dire, de l’amitié.
OmCIEB D'AnTlUXniF., A NAPLES.
Mili-lOf le 10 ortobrr imift.
J’avais di^à oui dire que ce pauvre Michaud ■ s'était fait égorger. Je ne m’en étonne pas; il avait perdu la tète : ce n’est pas une façon de parler. Je le visa Cassano, son esprit était frappé ;il voyait partout des brigands. Ce que cela produit, c’est qu’on se jette dans le péril qu’on veut éviter. Il y a une autre chose qui fait périr ces gens-lù , c’est l’argentqu’ilsportentaveeeux, comme Sucy et mille autres que la chère cassette a conduits à mal. Au reste, il n'était pas le seul à qui la peur eut troublé le sens. Je t’en pourrais dire autant de plusieurs qui ont fait la guerre, qui servent bien, qui ont été partout. Il faut convenir aussi
' CommlMi^ire d**» gwirts.
INÉDITES
que nos aventures n’étaient pas gaies. Voici celle de Cassano ; elle fut assurément des moins tragiques pour nous; mais elle fit du bruit, à cause du miracle dont on t’a parlé.
Après avoir saccagé sans savoir pourquoi la jolie ville de Corigliauo, nous venions (non pas moi, j’étais avec \ erdier; mais j’arrivai trois jours apres ) ; nos gens montaient vers Cassano ■ , le long d’un petit fleuve ou torrent qu’on appelle encore le èiibari, qui ne traverse plus Sibaris, mais des bosquets d’orangers. Le bataillon suisse marchait en tête, fort délabré comme tout le reste , commandé pas Muller, car Clavel a été tué à Saintc-Euphémie. Les habitants de Cassano, voyant cette troupe rouge , nous prennent pour des Anglais : cela est arrivé souvent'. Us sortent , viennent à nous , nous embrassent , nous félicitent d’avoir bien frotté ces coquins de Français, ces voleurs, ecs excommuniés. On nous parla, ma foi, sans flatterie cette fois-là. Ils nous racontaient nos sottises et nous disaient de nous pis encore que nous ne méritions. Chacun maudissait les soldats de maestro Peppe , chacun se vantait d’en avoir tué. Avec leur pantomime , joignant le geste au mot : J’en ai poignardé six; j'en ai fusillé dix. Un disait avoir tué Verdier; un autre m’avait tué, moi. Ceci est vraiment curieux. Portier, lieutenant du train, je ne sais si tu le connais, voit dans les mains de l’un d’eux ses propres pistolets, qu’il m’avait prêtés, et qu’on me prit quand je fus dépouillé. Il saute dessus : A qui sont ces pistolets ? L’autre , tu sais leur style : Monsieur, ils sont à vous. Il ne croyait pas dire si vrai. J/aisde qui les avez-vous eus? — D’un qfficierfrançais que j’ai tué. Alors, moi et Verdier, on nous crut bien morts tous deux ; et quand nous arrivâmes , trois jours après , on était déjà en train de ne pius penser à nous.
Tu vois comme ils se recommandaient et arrangeaient leur affaire. On reçut ainsi toutes leurs confidences, et ils ne nous reconnurent que quand on fit feu sur eux , à bout touchant. On en tua beaucoup. On en prit cinquante-deux, et le soir ou les fusilla sur la place de Cassano. Mais un trait à noter de la rage de parti , c’est qu’ils furent expédiés par leurs compatriotes , par les Calabrais nos amis, les bons Calabrais de Joseph, qui demandèrent comme une faveur d’être cmployésa cette boucherie. Ils n’eurent pas de peine à l’obtenir; car nous étions las du massacre de Corigliano. Voilà les fêtes de Sibaris ; tu peux
* \jt 4 aot^t.
' Kn particulier à MarcelUnarn, lr»oir du combat de MaidA.
ÉCRITES DE FRANCE ET DTTALIE
garantir h tont venant l’exactitude de ce récit. Le miracle fameux fut que peu de jours après, dans un village voisin, on égorgea de nos gens cinquante-deux , ni plus ni moins , qui pillaient sans penser à mal. La Madone, comme tu peux croire, eut part à cette bonne affaire , dont les récits furent embellis et propagés à la gloire de la sanla fede.
La scène de Marcellinara est du même genre.
Nous fûmes pris pour des .\nglais , et comme tels, reçus dans la ville. Arrivés sur la place, la foule nous entourait. Un homme chez lequel avait logé Reynier le reconnaît et veut s’enfuir. Reynier fait signe qu’on l’arrête ; on le tue. La troupe tire tout a la fuis; en deux minutes la place fut couverte de morts. Nous trouvâmes là six canonniers du régiment, dansun eaebot , demi-morts de faim, entièrement nus. Un les gardait pour un petit aulo-da-fe qui devait avoir lieu le lendemain.
L’aventure du grand amiral est sans doute merveilleuse, on ne peut l’échapper plus belle. Cependant, nous t'en citerions qui n’en doivent guère à celle-là. Il n’y a pas encore quinze jours que nous décrochâmes un de nos hommes mal pendu et mal poignardé, qui mange et boit maintenant comme toi. On tue tant, on est si pressé, qu’on ne fait les choses qu’à moitié. Tout cela n’est rien au prix de l’histoire de Mingrelot; tu dois la savoir, puisqu’il est à Naples. Il t’aura pu conter aussi ce qui arriva à Maréchal, de son régiment, fusillé deux fois et vivant.
Mery , l’aide de camp de Salnt-Cyr, n’a pas été si heureux : il est mort. Il fut hiessé à la cuisse dans une embuscade , et achevé par les chirurgiens à Costro-Villari. Alquier et Lejeune, chef de bataillon du même régiment, ont péri a Scigliano. Gastelet fut tué à Saiute-Euphcmie. Compère ■ a un bras coupé et une jambe qui ne vaut guère mieux.
Pour mol , je n’al garde de me plaindre. J’ai perdu plus que tous les autres en chevaux et en effets; mais ma peau est entière, et j’ai le compte de mes membres. Je me suis vu quelquefois assez mal a mon aise ; mais plus souvent j’ai eu du bon. Pres(iue toujours bien avec le patron ’ , ma disgrâce a duré autant que sa prospérité , ce que durent les roses. Avant tout ceci on n’eût daigné abaisser un regard jusqu'à moi; l’infortune l’humanise, et nous voilà de nouveau bons amis.
Les gens qui ne réfléchissent point, à la tête desquels tu peux me mettre, trouvent encore ici
' Grnifral de brigadr.
* Le géo^rnl Reynier.
de bons moments : on y mange , on y boit , parmi toutes ces diableries ; on y fait l’amour comme ailleurs et mieux, car on ne fait que cela. Le pay s fournit en abondance de quoi satisfaire tous Ira appétits, poil et plume, chair et poisson; du vin plus qu'on n’en peut boire , et quel vin ! des femmes pius qu’un n’en veut. Elles sont noires dans la plaine, hiaiicbes sur les montagnes, amoureuses partout. Calabraise et braise c’est tout un. Les cerlus que nous avons amenées ont eu de furieux assauts, prises et reprises par les Anglais , les .Siciliens, les Calabrais, et toujours rendues sans tache. Madame Grabinski, madame Peyri, madame François , ont été fort respectées des Anglais, a ce qu’elles disent; elles se louent moins des Napolitains, qui auraient eu plus d’attentions pour un de nos petits tambours. Madame Grabinski est un ange de douceur et de txtmplaisance; je la vis un jour à Paimi; je dînai avec eux. Comme il n’entend guère l’italien, ni aucune langue à ce que je crois, j’eus toute la commodité de parler à la belle. Je lui contai bonnement comme je l’avais manquée d’un quart d’heure a Bologne chez madame ÂVilliams, où l’on ne payait qu’en sortant. Je me plaignis fort du tour que m’avait joué Grabinski , et à nous tous , de l’enlever ainsi pour la mettre en cbartre privée ; que n’ctait-il venu un quart d'heure plus tard! ou vous plus tût , me dit-elle.
Ces gens de Paimi me contèrent des merveilles de .Michel '. Dans Scylla, qu’ils voient en plein de leurs montagnes, il a fait pendant vingt-trois jours tout ce qui se pouvait humainement. C’était un feu d’enfer par mer et par terre. Si je t’enflle encore celle-là , tu n’en seras jamais quitte. Dors-tu? moi je vois me coucher. Adieu.