‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 12 sur 86 · VA II I A · texte numérisé non relu

VA II I A

Elle prémédite des tours Pendables sous un air charmant Et les exécute toujours Affreusement, terriblement...

Nous ne sommes plus à des Ages Pour nous piquer de ces folies :

Ah ! bien mieux nous vaut être sages, Ayant eu nos fureurs... jolies ! !

Etre jaloux, rien d'aussi sot Et j'efface à l'instant les vers D'un peu plus haut, vague tressaut D'encore ce cruel tressaut.

L'ÀIMLE

Voici des cheveux gris et de la barbe grise.

Tu me les demandas en un jour d'enjouement, Pour, disais-tu, les encadrer bien gentiment Autour de ce portrait où ma grùce agonise.

Pauvre « photo » ! Mais, j'y pense, il sera de mise, Quand mes yeux fatigués se seront clos dûment Et que la terre bercera son fils dormant, Il sera de saison, chérie, — alors exquise

Attention ! de faire avec ces cheveux teints

Et cette barbe, teints en boucles blondes, brunes,

Ou telle autre nuance entre tant d'opportunes,

Faire par un coiffeur de choix, sur des fonds peints D'avance, le tombeau, lors pleuré sans astuce, Du jeune homme qu'il aurait fallu que je fusse.

VARIA

D'ailleurs la jalousie est bcle.

D'abord elle ne sert de rien

Malgré tout son martel en tê(c.

Puis elle n'est pas d'un chrétien, Jésus qui pardonnez des milliards de fois Par la bouche du prêtre et Votre grâce toujours prête, Même, entre tous, à ceux qu'a damnes sa meuleuse voix.

C'est aussi le péché morose

Portant en lui déjà l'Enfer

Tant mérité sur toute chose I

C'est Caïn et c'est Lucifer, L'un jaloux de son frère et l'autre de son Dieu Et tous deux malheureux sans fin méditant sur la cause Et sur l'effet, auteurs de leur éternité de feu !

0 rien ne vaut la confiance Entre deux cœurs pécheurs mais vrais L'un pour l'autre et qu'une nuance Divisait aux temps jeunes, mais Qui ne peuvent avoir qu'un bonheur mutuel Et que la seule mort diviserait et que fiance A la joie, éternel un franc accord perpétuel.

VARIA

Bah î confiance ou jalousie !

Mots oiseux et choses impies.

« Je te soupçonne, tu m'épies », c Tu me cramponnes, je te scie. »

0 Catulle et vous Lesbies !

c Tu m'as élu, je t'ai choisie. »

Comme eux suivons la fantaisie, Et non par trente-six lubies.

Tu m'es clément et je crois t être, En revanche, soumis et tendre :

Lors il est aisé de s'entendre.

Plus d' « infidèle », plus de « traître Plus non plus de serment qui tienne Ou non ! mais ta joie et la mienne

Et pourquoi cet amour dont plus d'un sot s'étonne, Qui ferait mieux de vivre avant de s'étonner, Serait-il à blâmer parce qu'il est l'automne, Un automne qui veut tout entier se donner,

Tout entier, fruit et grain et le reste de vie

Et la mort dans les bras et sous les yeux chéris,

Et, depuis cette mort en extase ravie,

Où celle que Dieu m'enverra, pauvre ou sans prix,

Revivre inaperçu dans la paix de la veuve, Paix bénie à travers de longs et nombreux jours? Àh ! jeunes, puissiez- vous après vos temps d'épreuve Concevoir dans vos cœurs de pareilles amours.

Hôpital Brcussais, 7 septembre 1813.

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