‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 28 sur 86 · LE CHARME DU VENDREDI SAINT · texte numérisé non relu

LE CHARME DU VENDREDI SAINT

La cathédrale est grise admirablement,

Tandis que le jour luit adorablement

Et que les arbres sont verts tout doucement.

Les paysans sont naïfs et de province

Pour la plupart parents, dont la toilette grince,

De parisiens dont l'orgueil n'est pas mince

De les promener autour du fameux monument Qui, néanmoins froissant l'orgueil de leur village, Semble à leurs yeux matois quelque chose qui ment Et va, comme un peu vil, dans le sillage

Des bateaux mouches d'ailleurs pleins abondamment

D'une clientèle amusante en diable

Qui file néanmoins, dévots irrémédiables,

Voir les autels déserts et les tombeaux décorés richement.

Paris, jeudi 30 mars 1893.

Le soleil fou de mars éveille encore un peu plus la verdure Des fins arbres du quai bordant la beauté pure Et forte de la cathédrale on dirait en guipure

De pierre, on croit, immémoriale et si dure !

Les cloches de la veille ont fui (leur ame, au moins,

S'est tue et pendent, patients témoins

Muets jusqu'au samedi fier où, lentes sur les foins,

Enfants, elles reviennent (ou, du moins, leur ûme Planant sur les villes légères et les autres) Et pendant leur voyage de miraculeux apôtres A travers les humanités chastes et les infâmes,

Dans la nef désolée où seulement les flammes Des Ténèbres sévèrement bien plus sur toutes autres, S'affligent, grands ouverts, les tabernacles, âmes Muettes, symbolisent l'attente immense des apôtres.

Vendredi, 31 mars 1893.

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