‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 29 sur 86 · EX IMO · texte numérisé non relu

EX IMO

0 Jésus, vous m'avez puni moralement Quand j'étais digne encor d'une noble souffrance, Maintenant que mes torts ont dépassé l'outrance. 0 Jésus, vous me punissez physiquement. -

L'âme souffrante est près de Dieu qui la conseille, La console, la plaint, lui sourit, la guérit Par une claire, simple et logique merveille.

La chair, il la livre aux lentes lois que prescrit

Le « Fiat lux », le créateur de la nature, Le Verbe qui devait, Jésus-Christ, être vous Plein de douceur, mais lors faisait la créature Matérielle et l'autre en tout grand soin jaloux.

La Science, un souci vénérable, tâtonne, Essaie et, pour guérir, à son tour, fait souffrir, Et, le fer à la main, comme un bourreau te donne, Triste corps, un coup tel que tu croirais mourir,

va ni A

Ou se servant du feu soit flambant, soit sous forme De pierre ou d'huile ou d'eau raffine ta douleur, Tu dirais, pour un bien pourtant ; mais quel énorme Effort souvent infructueux, chair de malheur 1

Chair, mystère plus noir et plus mécancolique Que tous autres, pourquoi toi! Mais Dieu te voulut Et tu fus, et tu vis, comment ? au vent oblique Des funestes saisons et du mal qui t'élut.

Et tu fus, et tu vis, comment ! miracle frôle, Et tu souffres d'affreux supplices pour un peu De plaisir mêlé d'amertume et de querelle.

Oui, pourquoi toi ?

Jésus répond : « Pour être enfin Mienne et le vase pur de l'Esprit de sagesse Et d'amour et plus tard glorieuse au divin Séjour définitif de liesse et de largesse !

Encore un peu de temps, souffre encore un instant, Offre-moi ta douleur que d'ailleurs la science Peut tarir, et, surtout ô mon fils repentant, Ne perds jamais cette vertu, la confiance !

La confiance en moi seul ! Et je te le dis Encore : patiente et m'offre ta souffrance.

Je l'assimilerai, comme j'ai fait jadis, Au Calvaire, à la mienne, et garde l'espérance.

VARIA

L'espérance en mon Père. Il est père, il est roi, Il est bonté ; c'est le bon Dieu de (on enfance. Souffre encore un instant et garde bien la foi, La foi dans mon Eglise et tout ce qu'elle avance.

Sois humble et souffre en paix, autant que tu pourras Je suis là. Du courage. Il en faut en ce monde. Qui le sait mieux que moi ? Lorsque tu souffriras Cent fois plus, qu'est cela près de ma mort immonde,

Et de mon agonie et du reste? Allons, vois.

C'est fait. Le mal n'est plus : tu peux vivre dans l'aise Quelques beaux jours encore et vieillir sur ta chaise. Àu soleil, et mourir et renaître à ma voix. »

8 août 1893, hôpital Broussais.

Ce poème a été dit par Paul Verlaine dans des conférences qu'il fit à Nancy et à Lunévilie, en novembre 1893. Dans le compte rendu de ces conférences publié dans la Lorraine Artiste et qui contient de longs fragments de la conférence, l'indication des poésies publiées déjà que lut Verlaine, et le texte d'Eu? Jmo, poème inédit, on trouvera quelques variantes. Le texte que nous donnons est celui du manuscrit, celui de la Lorraine Artiste lui a été certainement communiqué par Verlaine.

Voici ces variantes :

VARIA

3 e vers de la cinquième strophe :

Croirais- tu pour un bien pourtant...

Aux deux dernières strophes, quelques différences.

Sois humble et souffre en paix. Un répit ? prie après. Je suis là, du courage. Il en faut à ce monde Qui le sait mieux que moi ? Lorsque tu souffrirais Cent fois plus, qu'est cela, près de ma mort immonde

Et de mon agonie et du reste. Allons, vois C'est fait. Le mal s'en va ; tu peux vivre dans l'aise Quelques beaux jours encore et vieillis sur ta chaise, Au soleil, pour mourir et renaître à ma voix.

La Lorraine Artiste donne comme date du poème le S août 93 et le manuscrit indique le 8.

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