VISITES
Je n'ai pas vu d'arbres nî d'hcrhe Ni de ciel, sinon un seul pan, Durant tout cet été superbe Dont on me rabat le tympan.
Ah ça, m'aurait-on donc jettî Dans un cachot trop mérité ?
Non, je suis simplement malade, Mais un malade dès l'abord En plein large, à la débandade, Délire, coma, pris pour mort; Puis je redevins l'alité Classique — à perpétuité ?
Et ce n'est pas que je m'ennuie, Au moins, dans l'asile où je suis.
Pas de soleil mais pas de pluie, J'y vis au frais, au chaud, et puis Des visiteurs assidûment Y charment mon isolement.
VARIA
C'est toi d'abord, ô bien-aimée, M'apportant avec ta gaité Dorénavant douce, l'armée Des victorieux procédés Par quoi tu m'as toujours dompté, Conseil juste, forte bonté...
Et ne voilà-t-il pas encore
0 miracle renouvelé,
De vingt ans passés qui l'implore
Depuis lors contrit, désolé,
Que la grâce entre et me sourit
De Notre Seigneur Jésus-ChrisL
Octobre 1893.
Depuis ces deux semaines Où j'ai failli mourir, Ces heures jà lointaines Qui m'ont tant fait souffrir.
Depuis ce temps, chérie, Gomme d'ailleurs depuis Si longtemps, je marie Nos cœurs, mais dès ces nuits
Où tu vis l'agonie
Où j'allais m'enlisant,
Elle semble bénie
A nouveau, l'àme, hissant
Du tombeau pour sourire A ta dive bonté.
Laisse-moi te le dire, Je t'aime, en vérité,
Comme il me semble, bonne, Que je n'ai pas aimé...
Reçois la fleur d'automne Que voici. Parfumé
De peu, le cadeau sombre Veut être aussi joyeux, Laisse-m'en suivre l'ombro An soleil de tes yeux.
Fin août 1893, hôpital Broussais.
J'ai revu, quasiment triomphal,
La ville où m'attendaient ces mois d'ombre,
Mon malheur était lors sans rival,
Mes soupirs, qui put compter leur nombre ?
J'ai revu, quasiment triomphal,
Ces murs qu'on avait crus d'oubli sombre,
Le train passait, blanc panache en l'air
Devant la rougeùlre saignante architecture
Où j'eus vécu deux fois un hiver
Et tont un éle sans aventure.
Le train passa blanc panache en l'air
Avec moi me carrant en voiture.
Sans aventure, ah î oui, ces hivers Et cet été, d'aventure aucune, Moi qui les aime, à titres divers, En plein scandale ou sous la lune.
Sans aventure, ah î oui, les hivers Et cet été, la morne infortune !
VARIA
Ingrat cœur humain ! mais souviens-toi Gentleman improvisé qui files, Mais souviens-toi donc. Ici la Foi T'investit loin du péché des villes.
Ingrat cœur humain, mais souviens-toi Qu'ici la Foi but tes larmes viles
Le train passe et les temps sont passés Mais je n'ai pas oublié la bonne, La grande aventure et je le sais Que Dieu m'a béni plus que personne.
Le train passe, les temps sont passés Mais l'heure de grâce reste et sonne.
CORIHAUTKS
À Ernest Dclahaye*
Dans ce Paris où l'on est voisin cl si loin
L'un de l'autre que c'est une vraie infortune
De s'y voir, de s'y savoir tel s vu ce besoin
L'un de l'autre pourtant, qui donc vous importune !
Et ce désir commun à nos deux Ames l'une De l'autre et de nos esprits mutuels pingouins L'un et l'autre, figes sur un ceuei! témoin, Par le flot qui s'oppose et lu croissante brune !
Si bien qu'ils sont là, nos esprits, qu'elles, 6 ces Ames nôtres, sont là pauvres monstres blessés, Où l'on est si près de cœur et d'à me,
Ah ! secouons enfin cette torpeur infâme
Et soyons, non plus des pingouins, des colibri»,
Prouvons que nous valons encore notre prix.
Deux colibris parisiens, deux cancaniers, Sans cesse se disant les fausses et les vraies Nouvelles, disputant h propos d'elles, gaies Ou tristes, et bavards n'ayant pas de derniers.
Ou soyons, si Paris nous distance quand même, Ville importune en sa trop factice grandeur, Gomme autrefois des persécuteurs de facteur Par des lettres, toujours la môme, et ia suprême î
Mais si drôle en raison des dessins sans talent Aucun, mais amusants pour de pleines journées. Envoyons-nous, morbleu ! des lettres par fournées !
Soyons le colibri, non l'oiseau triste et lent !
Ou plutôt soyons deux copains bavards de langue
Et prompts de main, croquis vif et drôle harangue.
rour une f< tc.
Impériale, puisque Eugénie ! et très douce Puisqu'clle-mème et très royale, puisque moi ! Sa colère est ma reine et sa loi c'est ma loi, Sa colère, el non sou caprice, jamais roi!
Maintenant, pourquoi ces ires que je repousse Comme il faut de mon cœur irritable pourtant Trahiraient-elles d'un symptôme inquiétant Les rimes que je fais pour elle en cet instant ?
Est-ce sa faute ou de la mienne ? Ah, de la mienne ! On s'aime bien, on devrait être mien et tienne Au lien de ce ménage à trois... dont le Soupçon
Le soupçon et sa femelle la Jalousie, Autre monstre accoudé sur la table choisie Qu'il faut enfin chasser sans trop plus de façon