‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 45 sur 86 · PROJET EN L'AIR · texte numérisé non relu

PROJET EN L'AIR

A Erneit Dclahaye.

Il fait bon supmément,

Mi-dormant, Dans l'aprication douce D'un déjeuner modéré,

Digéré

Sur un lit d'herbe et de mousse,

Bon songer et bon rêver

Et trouver Toute fin et tout principe Dans les flocons onduleux,

Roses, bleus Et blancs d'une lente pipe.

L'éternel problème ainsi

Eclairci, Philosopher est de mise Sur maint objet réclamant

Moindrement La synthèse et l'analyse...

PARALLÈLEMENT

Je me souviens que j'uirnais

A jamais (Pensais je à seize ans} la Gloire, A Thèbes pindariser,

Puis oser Ronsardiscr sur la Loire,

Ou bien être un paladin

Gai, hautain, Dur aux félons, qui s'avance Toujours la lance en arrêt!

J'ai regret A ces bêtises d'enfance...

La femme ? En faut il encor ?

Ce décor Trouble un peu le paysage Simple, petit et surtout

De bon goût Qu'à la fin prise le sage.

A vingt ans, même à trente ans,

J'eus le temps De me plaire aux mines gentes, Et d'écouter les propos

Faux mais beaux, Sexe aime, que tu nous chantes...

PARALLÈLEMENT

La Politique, ah, j'en fis !

Mon avis ?

Zut et bran! L'amitié seule Est restée, avec l'espoir

De me voir Un jour sauvé de la gueule

De cet ennui sans motif

Par trop vif Qui des fois bâille, l'affreuse I Et de m'endormir, que las 1

Dans tes bras, Eternité bienheureuse.

Tire-lire et chante-clair, Voix de l'air

Et des fermes, cette aurore

Que la Mort nous révéla Dites-la

Si douce d'un los sonore 1

Nous ne sommes pas le troupeau :

C'est pourquoi bien loin des bergères Nous divertissons notre peau Sans plus de phrases mensongères.

Amants qui seraient des amis, Nuls serments et toujours fidèles, Tout donné sans rien de promis, Tels nous, et nos morales telles.

Nous comptons d'illustres aïeux, Parmi les princes et les sages, Les héros et les demi- dieux De tous les temps et tous les âges.

En ses jours de sa gloire et de deuil, La gloire honorait notre grùcc ; Notre force était son orgueil Et le rire fier de sa face.

PARALLELEMENT

Rome aussi nous comblait d'égards !

Nous éclatâmes dans ses thermes ; Les poètes de toutes parts Nous célébrèrent en quels termes.

Chez les modernes nous avons Les Frédéric et les Shakspeare, Nos phalanges en rangs profonds Allaient nous conquérir l'Empire

Du monde en de très vieux Olim Quand tueurs de femmes et d'hommes Les jaloux, ces durs Elohim Se ruèrent sur nos Sodomes

Sur les Gomorrhes d'à côté.

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