‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 55 sur 86 · L'AMI DE LA NATURE · texte numérisé non relu

L'AMI DE LA NATURE

J'crach' pas sur Paris, c'est rien chouett' I Mais comm' j'ai une âm' de poèt\ Tous les dimanch's j'sors de ma boît' Et j'm'en vais avec ma compagne

A la campagne.

Nous prenons un train de banlieu' Qui nous brouette à quèque lieu' Dans le vrai pays du p'tit bleu, Car on n'boit pas toujours d'champagne

À la campagne.

EU'met sa rob' de la Rein* Blanch* ; :

Moi, j'emport' ma pip' la plus blanch', J'ai pas d'chemis', mais j'mets des manch* Car il faut bien quVéléganc' règne

A la campègne Nous arrivons, vrai, c'est très batt* !

Des écaill's dhuitr's comm' chez Baratt' Et des cocott's qui vont à patt', Car on est tout comme chez soi

A la camp — quoi I

VERS DB JEUNBSSH

in

Mais j'vois qu'ma machin' vous em... terre Fait's-moi signe et j'vous obtempère, D'autant qu' j'demand'pas mieux qu'de m'taire... Faut pas se gêner plus qu'au bagne»

A la campagne.

LE LIVRE POSTHUME

LE LIVRE POSTHUME

Le poète a fini sa tâche,

L'homme, non.

L'un se repaît du bruit fait autour de son nom, H compte ses succès sincères ou factices, Depuis l'humble début et les chastes prémices Jusqu'à ses derniers vers, qu'il sent bien fatigués î Le temps n'est plus des madrigaux jolis et gais, De l'élégie au tour voluptueux et tendre, De l'ode au vol vainqueur, du sonnet qu'à l'entendre (Le poète) on eût cru du Pétrarque, mais mieux. Il voudrait, et de bonne foi, se faisant vieux. Que tout fût dit pour lui sans plus pousser sa gloire, S'en fiant là-dessus à l'humaine Mémoire. C'est un cœur, un esprit, une âme retraités, Soignant à loisir ses deux immortalités, Plus soucieux pourtant, quelque ardeur qui l'allume, Quant à son âme, encor de celle de sa plume.

Pour l'homme, le poète à part et lyre et luth Bien écartés, — mal occupé de son « salut »

Peut-être autant que ce poète qu'est lui-même, Son rôle n'est joué qu'à demi, le problème

loi LB LIVRÉ POSTHUME

De sa vie, il ne Ta résolu que si peu

Qu'il n'est pas sûr de quoi que ce soit devant Dieu.

Sa mémoire ne lui dit rien qui le console

Ou le désole, ou quoi que ce soit. Sa parole

Hésite, et l'action semble ôtée à son bras. <

Pourtant la volonté, parmi tous embarras,

Ennui, remords peut-être, à coup sûr vœux en quête-

Ou las, persiste et bande et tend toute sa tête,

Il vit et prétend vivre, et cela très longtemps,

Et non pas être heureux de par ses vœux contents.

Au feu ses passions, en tant pourtant que feues,

Satisfaites, non, il aspire à mieux qu'aux queues

Des comètes, et c'est le soleil qu'il lui faut,

Le bonheur !...

Et voici qu'à cette heure prévaut Dans l'existence de cet homme tout tendresse, L'amour, et qu'il a bien la meilleure maîtresse, Gaité, bonté, raison, et qu'il aime à mourir, De son absence si ce risque allait courir (Mais elle ne s'en ira pas, dis, ma chérie ?) Or, depuis qu'elle est là, l'humble et droite Egéric, Le charme et le conseil, c'est curieux ce qu'il Gagne en cordial de ce qu'il perd en subtil.

Il s'intéresse à toute chose, à lort ? peut-être ? Autant et mieux que l'art qui fut l'unique maître De ce cerveau despotiquement fier jadis, Et maintenant doux, tolérant, un paradis, Une chambre commode, et bien chau e, et bien fraîche Fraîche comme un bosquet, chaude comme une crèche,. Pour toute simple idéo et tout raisonnement Clair, et pour toute gentillesse, bonnement.

LB LIVRB POSTnUMR

Sous cette muse, aimable et fine inspiratrice, En môme temps qu'infiniment dominatrice Dans le sens le meilleur et le plus haut du mot, L'homme reste poète au sens calme qu'il faut, Et le livre qui va venir après tant d'autres, Où, Vertu, vous planez, où, Vice, tu te vautres, S'en va paisiblement, honnête, sous ta loi.

Femme en qui le poète et l'homme ont mis leur foi.

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