‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 56 sur 86 · FRAGMENTS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS

Dis, sérieusement, lorsque je serai mort,

Plein de toi, sens, esprit, àme, et dans la prunelle,

Ton image à jamais pour la nuit éternelle

Au cœur tout ce passé tendre et farouche, sort

Divin, l'incomparable entre les jouissances Enormes de ma vie excessive, o toi, dis, Pense parfois à moi qui ne pensais jadis Qu'à t'aimer, l'adorer de toutes les puissances

D'un être fait exprès pour toi seule toimer, Toi seule te servir et vivre pour toi seule Et mourir en toi seule. O oui, quand, belle aïeule, Tu penseras à moi, garde toi d'exhumer

Mes jours de jalousie et mes nuits d'humeur noire, Plutôt évoque l'abandon entre tes mains De tout moi, tout au bon présent, aux chers demains Et qu'une bénédiction de ta mémoire

M'absolve et soit mon guide en les sombres chemins.

J'ai magnifié de vertus, Chère veuve, tes qualités.

Ces hommages leur étaient dus Et je n'ai dit que vérités.

Ta patience de parole

Et d'action à mon égard

Mériterait une auréole.

Toi belle et moi presque un vieillard,

Presque un vieillard, presque hystérique.

Aux goûts sombres et ruineux, Evocation chimérique Des grands types libidineux,

Tibère et tous, — et ta clémence Vis-à-vis de ces désirs fous, Ou sots plutôt dans leur immense Ambition de quatre sous.

LE LIYKK J'OSTHIMB

Et ta gentillesse divine Devant mes soupçons odieux, Quelle que fût leur origine, Toi belle et moi presque vieux.

Et ton cœur dans nos zizanies Eteintes enfin sur le tard, Plein des faiblesses infinies D'une maman pour son moutard.

Mais aussi ton esprit sagace Tenant tête à l'entêtement D'un mien triste ensemble et cocasse.

11 est vrai que je t'aimais tant !

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