‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 77 sur 86 · LE BON LARRON · texte numérisé non relu

LE BON LARRON

A Willette.

Oui, très bien, votre « Mauvais Larron ». Touc hante, la démarche (et amusante) de cette brave petite femme grimpée sur son ânon, pour un dernier baiser au pauvre diable avec qui elle avait sans doute tant aimé. Gentille l'idée, exquise l'exécution.

Mais le Bon de Larron, alors ? Je sais, moi catholique, qu'il est sauvé, qu'il fut même le premier saint du dernier testament, l'archi-confesseur, que ceci, que cela. N'importe, si le « Mauvais Larron > est si intéressant, grâce à vous peut-être seulement, combien le Ion le sera-t-il donc? (En dehors des Bollandistes définitifs, bien entendu.)

Oui, au point de vue humain, qu'est-ce que le Bon Larron ?

Un abandonné probablement de sa femme, d'une

veuve trop fière peut-être, offensée, en tous cas compromise et se dérobant. Et comme la miséricorde de Jésus est iDfinie, la grâce n'aura pu descendre que sur un scélérat sans excuse. Mauvais mari, fils ingrat, père affreux, voleur sans pitié, certainement lâche, tel à mes yeux ce grand saint qu'un sonnet jeune de moi,

Lorsque Jésus fut mort et comme une auréole

S'aUumait bleue au front blanc du Nazaréen,

Le Bon Larron prenant brusquement la parole :

— Compagnon, que dis-tu de ces choses ? — Moi, rien.

Sinon qu'en pendant là cet homme Ton fit bien ?

et cœtera, blasphémait avec son Rédempteur et le nôtre, et à qui j'offre ici mes respectueuses excuses de n'avoir pas compris les raisons.

Espoir des endurcis ;

Modèle des contrits de tout à fait la dernière heure ;

Inventeur de la Pénitence finale ;

Magnifique vainqueur de Satan qui lui fîtes une blessure plus cuisante que tous les coups de tous les anges restés fidèles, avec votre cri de vrai soldat du Mal reconnaissant sa défaite, la seule parole de bonne foi de toute une coupable vie, t Seigneur ! ayez pitié de moi » .

Saint Cléophas, priez pour nous.

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