‹ uvres complètes de Paul VerlaineChapitre 79 sur 86 · X. obtempéra · texte numérisé non relu

X. obtempéra

Mais le foyer mourant dardait sous le dais pourpre sombre des rideaux une lueur toute drôle, et comme presque diabolique. Par un caprice, Marie s'était

comme qui dirait agenouillée, les bras autour du cou de X. qui la voyait donc bien en face. La mignotte plutôt encore que mignarde physionomie de la fille lui apparaissait dans une sorte de nimbe sourdement fulgurant, sur lequel rayonnait une chevelure en or fauve à la lettre, fauve à reflets roses, à reflets on eût cru violets, puis très clairs à sembler blancs, puis mats comme le plus beau cuivre — et frappée de l'espèce, maintenant, de phosphorescence envoyée par la cheminée, — enveloppée d'elle, et, merveille ! éparse en crinière d'archange avec des bouts en pointes de feu, car Marie tenait ses cheveux à moitié longs, approchant de la trentaine et sans doute redoutant un éclaircissement précoce de son trésor à qui rien ne manquait que d'être monnayé, suivant son mot d'enfant. En même temps, la cordelette dénouée de sa chemise donnait libre jeu à cette dernière, et des épaules rondes, des seins fermes aux bouts roux splendides, des hanches grasses, d'un satin, ô que précieux, d'une senteur virtuelle si capiteuse, vivaient, vibraient sous l'étreinte jamais assouvie de X. Quelle fatigue exquise au terme aigu de laquelle lestement dans les deux sens du mot, Marie, enjambant d'une jambe une jambe de l'homme, se laissa rouler, pour s'y blottir, dans le coin du lit, au long du mur tendu de la même perse que les rideaux vert foncé sur fond ponceau. X dormit jusqu'au matin, dans la fraîcheur des beaux bras

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nus, avec sa tète dans les cheveux de fée et d'ange.

Au réveil, Marie, après une conversation qui mît le comble à la langueur de X., fut tôt hors du lit, enfila son jupon, jeta sa pèlerine sur ses épaules, fit du feu et procéda à sa toilette.

Après avoir tordu en un fier chignon sommaire ses admirables cheveux, elle fit bouillir de l'eau qu'elle versa, mêlée à de l'eau froide, dans un bassin de fer blanc (la chambre du malade se trouvait garnie, bien entendu, de tout un petit ménage) et s'y lava promptement les pieds jusque très haut. Cela fait et le bassin vidé, olle dit à X. : a Tu permets ?» en môme temps que sa pèlerine et son jupon dégrafés tombaient et que sa chemise sautait par dessus sa tête. 0 ce corps ! 0 du col aux orteils, cette blancheur de lait sur du marbre rose qui palpiterait à temps bien égaux, cette santé forte mais discrète, cet embonpoint charmant, tout au plus à fossettes vers les endroits juste qu'il faut, cette harmonie des seins, et du ventre, et des cuisses ! Et, par un privilège, les jambes étant hautes relativement au buste, les perfections de l'autre côté n'avaient rien de ce caricatural qui trop souvent nous afflige chez les femmes les mieux faites.

X. avait vu bien des femmes dans mille postures. Jamais une pareille beauté de corps. Et la tête assez indifférente, je l'ai donné à penser, grâce, il faut le dire aussi, à cette prestigieuse chevelure, bénéficiait

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de ces splendeurs et semblait belle de très ordinairement gentille qu'elle était. Il n'y put tenir, sortit du lit, l'y ramena de force, et les plus folles caresses les retinrent encore des quarts d'heure et des quarts d'heure.

— Ce n'est pas tout ça, dit-elle, il est v-huit heures et z'ai faim. Laisse-moi m'habiller un peu que zaille nous cercer à manzer.

Et h l'aide d'une vaste cuvette, d'une éponge et de deux ou trois serviettes, elle baigna, frotta, essuya son sublime corps parmi des attitudes simiesquement sculpturales des plus éblouissantes, se rhabilla en deux temps et sortit pour revenir munie de chocolat dans une boîte au lait, dont elle mit le contenu dans des bols à soucoupe, tira de sa poche quelques croissants, et, comme honteuse :

— Bête que je suis, j'oubliais le vin blanc ! et elle cria par la porte entr'ouverte :

— Patron, une bouteille de blanc !

(Elle ne zézayait qu'à ses heures).

La chambre de X. était au rez-de-chaussée, séparée de la boutique du marchand de vins seulement par un court corridor. Le patron ne tarda pas à apporter la consommation demandée.

Le vin blanc bu et le chocolat absorbé, elle balaya, rangea la chambre à fond, ouvrit la fenêtre un instant.

— Maintenant, je monte à ma chambre m'habiller un peu en après-midi. Tu payes à déjeuner?

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— Et à dîner et tous les jours et ta chambre si tu en as encore besoin.

— Tu es un gros chat bleu. J'accepte. A tout à l'heure !

X allait se rendormir au bout de quelques minutes, quand il fut gratté à la porte.

— Entrez, cria-t-il d'une voix de mauvaise humeur.

Un éclat de rire sonna par la chambre où Marie entrait, portant une valise qu elle déboucla.

— Tu ne m'attendais pas sitôt. Au moins tu ne m'as pas fait de traits ? Zalouse, moi, tu sauras. Mais dors, chou, tandis que je vais m'habiller ici. Ça n'incommode pas monsieur? Oh moi, tu sais, ce n'est pas pour toi, c'est parce qu'il y a du feu dans ta chambre.

Et en disant « du feu », elle s'appuya sur sa cuisse et le baisa une vingtaine de fois à gros bruit.

X. ravi, souriait. C'était charmant ce « coucher » qui tournait au « collage » avec certes une des plus belles femmes du monde et qui paraissait si bien.

Une seconde toilette eut lieu. Cette fois, la chemise était bordée au col, aux épaules et en bas d'une broderie légère et rendait un frais parfum de new mownhay. X. dut en prendre l'étrenne, ce à quoi il s'était résigné sans grand chagrin, quoique bien fatigué pour un convalescent. Une espèce de robe de chambre en étoffe de laine grise à ramages rouges,

dessinant bien la taille, assez étroite de jupe, suivit, et les pieds se chaussèrent de hauts chaussons très justes et pomponnés de moire verte. La fille alors dit : a Dors. Je te réveillerai pour déjeuner », prit un livre et s'endormit bientôt dans un fauteuil, presque en même temps que X. dans son lit.

Midi sonnèrent.

— Petit, cria Marie, allons, debout. Attends, je vais t'aider.

Et elle l'aida à mettre un pantalon, des chaussons, un gilet de chasse et un gros pardessus fané, passé paletot d'intérieur.

Ils déjeunèrent dans la boutique, comme X. en avait pris l'habitude, depuis qu'il pouvait se lever pendant quelques heures, avec le patron et sa famille, composée d'une femme et cinq beaux enfants, dont une petite de huit ans, un pur ange de grâce et de bon caractère et un gamin de douze ans, espiègle comme cent, si drôle dans ses jeux, à froid parfois

— tels ceux de beaucoup de jeunes garçons parisiens,

— qu'X. l'avait surnommé Pierrot, appellation dont l'enfant était mystérieusement tout fier.

Après déjeuner, Marie tira de sa poche quelque chose qu'elle déroula et se mit à raccommoder, en face de la patronne, déjà occupée à un travail analogue, et X. témoigna le désir d'aller se coucher.

— Ma clef sera sur la porte. Viens quand tu voudras.

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— Dors toujours bien. J'irai quand il faudra.

II était six heures et demie quand X. rouvrit les yeux. Marie, assise à son chevet, surveillait son sommeil.

— Il y a longtemps que tu étais là ?

— Depuis un quart d'heure à peu près. Mais je vais te dire à revoir. Il va être sept heures. Il faut que je sorte. Tu comprends ?

— Hein?

Il comprit avant qu'elle put répondre ce qu'elle pouvait lui répondre. Il s'agissait indubitablement d'aller travailler. Ça le dégoûta un instant et il eut de la peine à ravaler de l'eau qui lui était venue du dedans des joues. Puis il se dit, prenant son parti : « Bah ! »

— Mais à dîner

— J'ai mangé là-bas, il y a une heure. Toi, reste couché. Laisse la clef. Je reviendrai à onze heures. Je vais dire qu'on t'apporte à manger.

Et elle partit pour revenir à onze heures. Les scènes de la nuit précédente se renouvelèrent. Mais cette fois, un colloque prit place entre les entr'actes, dont voici un résumé

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Elle lui avoua avoir bien ètrenné dans la soirée, mais refusa de répondre à son : « Combien as-tu fait ? » quasi résigné et comme de courtoisie par un « ça c'est mon affaire » très digne et qui signifiait des délicatesses, car elle n'était pas sans l'estimer beaucoup, sans le respecter pour bien dire ; puis elle voulut absolument qu'il déjeunât et dînât avec elle le lendemain, à ses frais à elle. Le reste passerait à Tachât de bottines dont elle avait besoin. Qu'il ne se formalisât pas de ses générosités. Quand il le lui faudrait, elle ne se gênerait pas pour demander. Tout devait se passer entre eux, entre camarades. Elle était une ceci, une cela, mais elle avait son amour-propre. Vilain métier que le sien « va! » mais un métier où on est honnête ou pas. Elle était honnête.

S'apercevant qu'elle était un peu prise de boisson, il la caressa une dernière fois et ils s'endormirent bientôt. Au lever, elle reprit sa causerie et même parla souvenir.

Elle était d'Amiens. 0 La Hautoye ! Un jeune carabin en vacance l'avait séduite à quinze ans et lâchée presque aussitôt. Depuis, après plusieurs autres hommes, elle était venue à Paris pour faire la noce. Mais ça n'allait plus. Même sous la Commune ça allait mieux. Enfin, peut-être l'Exposition, le Métropolitain... Ah I elle oubliait...

— Je ne t'ai pas encore parlé de Célestin ?

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— Non, qu'est-ce que Célestin ?

— Mon amant.

— Ah!

Célestin était un tonnelier qui travaillait. Il l'avait soignée pendant une longue maladie. Un homme qui ne buvait jamais. Elle, hélas ! avait cette habitude là. Lui ne pouvait la souffrir quand elle était dans de vilains états. Il l'avait chassée un jour. C'est pourquoi elle était revenue au garnot. Elle l'aimait encore, bète qu'elle était. Il l'avait soignée. Et puis, il était de Lille. Il causait patois un peu comme elle.

— Enfin, n'en parlons plus. Ze t'aime bien aussi. Ne pensons qu'à nous pour le moment.

Par degré, X. lui fit reconnaître qu'au fond Célestin ne travaillait pas tous les jours : l'ouvrage était si rare au jour d'aujourd'hui — et qu'il souffrait qu'elle travaillât, elle, à sa u sale » manière, bien qu'il ne la battît pas quand elle rentrait sans le sou (quelquefois elle buvait ses bénéfices, entre parenthèses, dans une manière de rougeur), et ne vint pas l'attendre pendant ses passes ou la siffler d en bas quand elle tardait trop à en avoir fini avec un client à l'air pas assez sérieux.

X. opinait du bonnet, berçant l'intérêt lent de ces récits, de gentillesses, comme de prendre et de tapoter les mains petites, de passer la paume sur les ondes blondes et les doigts dans les frisons d'or...

Cela dura quatre longs mois, au cours desquels-

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Marie fut tour à tour exquise et détestable ; bien plutôt exquise. La seule boisson la diminuait. Mais alors elle n'était pas amusante du tout.

Elle se grisait si abominablement parfois, qu'elle en était malade tout le lendemain, sans préjudice des ; inconvénients presque immédiats, et quels discours ! Jamais cependant elle n'insulta X. ; mais elle pleurait d'une façon si bête, se montrait jalouse, jalouse ! si à tort et si à travers, grinçait des dents, avait presque des attaques de nerfs et des propos ! je le répète. Un jour, on plutôt un soir qu'elle devait avoir eu affaire à du public ami de la bouteille, — mais elle buvait bien toute seule aussi, — elle lui demanda à brûlepourpoint.

— Sais- tu où l'on vend du vitriol ?

Et une autre fois :

— Veux-tu m'écrire une lettre anonyme ?

(Elle ne savait ni lire ni écrire).

Il fut répondu des plus évasivement, bien entendu. 11 allait sans dire que vitriol et lettre étaient destinés à Gélestin, si vaguement il est vrai ! Car aussitôt à tête reposée, Marie n'avait plus que les idées du meilleur cœur du monde, pardon pour la brutalité finale de sa liaison avec Cèles tin, regret d'avoir lassé par des ivrogneries cet amant qu'elle proclamait et croyait honorable, et amitié passionnée, dévouement de sœur et de maîtresse en titre, d'épouse plutôt encore pour l'heureux X.

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Heureux, oui ! car malgré la plus que médiocrité la presque bassesse de sa « conquête », jamais il n'avait été aussi bien traité de toutes les façons qu'à présent, jamais il n'avait aussi jamais, mon Dieu, éprouvé un sentiment plus tendre, reconnaissance, estime partielle et pitié, admiration humble, enfin, du corps, instrument parfait de tant de belles joies î

Reconnaissant surtout. Elle l'avait soigné dans plusieurs de ses crises, même dans une rechute assez sérieuse pour nécessiter qu'on le veillât plusieurs nuits de suite, ce qu'elle fit à la perfection, avec toutes les délicatesses, toutes les douceurs. Pas de répugnance qu'elle n'eût surmontée gaîment. Il lui était arrivé (il l'avait vu sans qu'elle s'en doutât, à travers un demi-sommeil de fièvre), de pleurer silencieusement à le contempler et en le sachant ou le croyant si malade. Elle marchait si doucement ! Quand quelqu'un venait s'informer ou aider et qu'il somnolait, elle s'abstenait de chuchoter, bruit odieux au malade, mais ne parlait que le moins haut possible. Jamais de cuiller éveillant le cristal, jamais de papier froissé, enfin pas une garde-malade, une Sœur I

A sa presque guérison, un changement en premier heu, quasi-insensible, s'opéra dans Marie.

— Ah! d'abord :

Un peu avant qu'il ne fût retombé, elle était rentrée de nuit avec un œil poché qu'elle lui fit voir en

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riant, « un cognard », disait -elle en sa langue mipatoisante de quand-ivre.

— Célestin, au moins !

Dit X., presque content; pourquoi? D'avoir deviné ? — car un signe lui répondit en même temps qu'il interrogeait. Eh bien oui, d'avoir deviné, là ! d'avoir trouvé et d'avoir en quelque sorte pris ce Célestin, regretté toujours, aimé quand même, en flagrant délit d'affreux procédés, qu'une femme, quoiqu'on en dise et quelle qu'elle soit, pardonne peu souvent. Presque content, en vérité, et une seconde après point trop surpris, mais point trop. Ah ça !...

Etait-il amoureux ? L'était-il, voyons V Amoureux de cette pauvre fille, lui, lui en somme, lui enfin, Lui ? Ah ! que oui qu'il était amoureux d'elle. Dans toute la force du terme. Mais alors jaloux, puisque joyeux d'une chose qui devait diminuer son rival, — rival ! — aux yeux aimés, aux yeux décidément aimés! 0 déchéance! Mais non, pas déchéance, puisque joyeux, puisque joyeux donc ! Mais alors, c'est qu'il acceptait un partage, ce partage-là ! Ah ! il s'en apercevait à présent ! Partage moral, si ce mot était de mise. Ah! il ne manquait plus que le partage physique.

Deux jours après il l'acceptait, ce partage, voici ce qui était arrivé.

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Le changement dont j'ai parlé, qui remontait donc à quelques jours avant son entrée en sa seconde convalescence, consistait en une sorte d'espèce de vague comme qui dirait relâchement dans ses soins , j'entends dans les petits soins dont elle avait câliné, dodiné ses insomnies, ses réveils, ses mauvaises humeurs et ses enfantgatismes. Maintenant elle parlait raison, faisait appel à son énergie, à son courage quelquefois ; au lieu de le bercer si elle l'aidait, le gâtait encore un peu, c'était en mère, non plus en petite mère, c'était en sœur, non plus en bonne-sœur. Elle ne lui faisait plus faire dodo ni le reste, elle le faisait dormir, etc. Elle le traitait en homme, en malade, non plus en enfant malade, en amant peut-être encore, non plus en amoureux, quoi ! pour revenir sur notre terrain tout à l'amour, ou à la sensualité, si Ton préfère.

A la longue, impatienté de ce refroidissement (c'était bien le mot) il ne put s'empêcher de le lui reprocher sous forme d'observation. Elle fut étonnée, charmée un peu, et se formalisa mais comme pour la forme. Elle était bien dans le rôle, décidément, c'était

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même nature, en fait. Puis elle continua son train dévoué mais calme, auquel force fut bien à X. de s'habituer, dédommagé d'ailleurs qu'il était dores et déjà de mille manières par l'affabilité, l'abandon sensuel et la science de Marie. Oui, par sa science aussi ! Tant il y a qu'une nuit, au lieu d'en cheveux, sa coiffure ordinaire, elle lui apparut en chapeau. Un chapeau vert à plumes et pompons verts, très haut, qui écrasait sa petitesse et lui allait à ravir. Un paletot noir lui descendait aux pieds, qu'elle avait chaussés de fortes bottines et son en tous-cas à bec très contourné se balançait à ses mains gantées de chaud.

A l'enjoué :

— Quèsaco ?

D'X. elle répondit bien gentiment, bien posément aussi :

— J'ai trouvé quelqu'un. Quelqu'un de comme il faut. 0 pas comme toi. Non, quelqu'un pour moi. Un monsieur d'à peu près ton âge, d'à peu près l'âge de Célestin, car vous êtes de la même année, toi et Celestin tu m'as dit. Un ouvrier aussi qui travaille, aussi. Toi tu es trop huppé pour moi. Pas comme fortune, puisque tu n'as plus grand chose, même presque rien, sinon rien du tout, pauvre chien. Ce n'est pas ta faute, je ne te reproche rien, tu es bien gentil. Non, toi tu es un de la haute au fond. Une lois un peu remis à neuf de toute façon, tu aurais

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honte de moi. Ne dis pas non. Je me moque de tes je t'assure, je les emmène à la campagne, tes je t'assure. C'est comme ça. Je le sais. Et je ne t'en veux pas au moins. La preuve c'est que je reviendrai te voir souvent la nuit... Eh bien oui, la nuit, après avoir un peu travaillé. Oui, travaille, ça t'étonne. Quand je te dis que tu n'es pas à cette coule-là. Va, mon pauvre Ernest, je ne serai jamais, vois-tu, qu'une putain. Tu avais raison l'autre fois, ne dis pas le contraire maintenant. Que veux-tu, c'est comme ça. Quand je te le répéterais cent fois!...

Et elle prit sa valise qu'elle bourra, puis embrassa X. sans vouloir rien faire de plus, malgré sa prière à bras tendus.

— Mais c'est, dit X., un peu déménager à la cloche de bois. Que leur dirai-je le matin à ces gens ?

— A la cloche de bois ? Je te cloche de bois ! Je ne leur dois rien à ces gens-là. Toi et moi nous avons payé ma chambre et ma nourriture d'à peu près la moitié de ces derniers mois, juste ce que j'ai mangé chez eux. Parce que j'emporte mon linge"? Mais il est payé mon linge !t

Et elle s'échauffait presque, comme par habitude... X. l'eût cru avec Célestin.

Elle approcha du lit et le baisa au front en s'en allant, lui disant :

— A demain vers midi, je viendrai prendre le café. Au revoir, bonne nuit

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Le lendemain, elle vint prendre le café et passa le reste de la journée, dîner payé par elle compris, jusqu'à minuit, heure à laquelle elle se rhabillait quand X :

— Et où vas-tu comme ça?

Elle :

— Chez nous, parbleu, chez...

— Chez Célestin ?

— Eh bien oui, chez Célestin. C'était de lui tout ce que je te disais hier.

•— Et il accepte que tu sortes comme ça ?

— Tu t'en plains ?

— Non, mais.,.

— Tu trouves ça maquereau, dis la vérité.

— Ma foi !...

— Que veux-tu ? Aussi son ouvrage ne va pas toujours. Il me gronde parfois tout de même de sortir. Ah ! je l'aime bien, jeté l'avoue. C'est l'homme qu'il me faut. Je te dis toi, tu es trop chic, tu es un monsieur, trop savant pour moi. Seulement, tu as été bien gentil, pas jaloux...

Pas jaloux ! quel éloge dans quelle bouche !

... Pas embêtant, pas sciant. Et j'ai eu pour toi un béguin qui dure encore et durera, je te promets... Oui, Célestin est mon grand de béguin. Mais c'est égal, va, j'ai été bien contente de toi cet hiver... et tiens, je n'osais pas te le dire, je...

— Tu..J

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— Eh bien, là, si j'ai couché tous ces mois-ci avec toi. C'ÉTAIT POUR ME CONSOLER I

Ce mot c'était pour me co?isoler frappa drôlement X. 11 y avait là beaucoup de choses en vérité. Quelque impudence, une naïveté, comme de la candeur enfantine et de la gentillesse tout plein. C'était si joliment dit d'ailleurs ! Cette fille avait par instant des repos d'innocence extraordinaires. Par exemple ne jouait-elle pas quelquefois comme une perdue avec le garçon et la dernière petite du propriétaire, sautant à la corde et y faisant sauter avec des rires tout à fait frais, endurant de la meilleure humeur les affreux bleus que les coups de poing inconsidérés de l'infernal gosse lui faisaient aux épaules et sur les bras. Elle avait grasseyé de l'accent picard qu'elle prenait en certains moments et qui ne manque pas d'une certaine bonté lourdaude, d'une certaine douceur précise et lente, ces trois syllabes en se rengorgeant un peu, la poitrine renflée et montant dans une voluptueuse pandiculation qui lui retournait mignardement ses toutes petites mains.

Et elle ponctua ce « quoi qu'on die » de sa façon par un bon retard d'une grosse heure à le quitter.

Ces visites prirent place dorénavant tous les deux ou trois jours en moyenne, s'espacèrent ensuite plus ou moins par semaines. Puis X. eut à faire un voyage d'un certain temps et quand il fut de retour Marie 3? allait plus chez le logeur avec qui elle s'était

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brouillée pour des raisons peu intéressantes. Déshabitué, il n'y pensa guère et bien qu'en étant déshabitué, accoutumé à la fréquentation de ce genre de femmes, il en vit des demi-douzaines et des douzaines d'autres, de tout poil et de toute plume, des rieuses, des moroses, des habillées et d'autres. Ça l'amusa mais ce n'était plus Marie, et il se la remémorait quand il la rencontra dans un restaurant voisin où elle mangeait seule. Il s'attabla près d'elle et elle lui raconta que Célestin et elle s'étaient lâchés, qu'elle refaisait la noce et que ça marchait bien maintenant, assez bien en vérité. Dans la toirée elle lui proposa «l'aller avec elle et ils montèrent dans un « hôtel » à passe, ou , après quelque conversation, elle lui demanda un peu d'argent en ami, non en client, ô non !

Il lui tendit son porte-monnaie qu'elle empocha en se sauvant par l'escalier. Il y avait dans son portemonnaie plus d'argent qu'il n'avait jamais eu l'intention de lui donner. Ça le vexa et il ne cacha pas son mécontentement à la propriétaire à qui il avait heureusement payé la chambre au préalable. Celle-ci lui promit, — mais quoi ! de gronder la fille.

11 ne revit celle-ci que quelques jours plus tard. Elle était au bras d'un ou plusieurs individus qu'elle quitta pour prendre le sien comme ça, sans façon, eomme s'il ne s'était rien passé.

Elle avait visiblement bu. Sa toilette flambait •drôle et coquette ce jour-ci, claire et légère ! et de

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vrai, sa tête était en beauté. Elle se cramponnait àlui, Rallongeant, s'étirant plutôt de toute sa petite taille contre son grand corps raidi par la respectability, car ça le gênait d'abord et l'ennuyait aussi, l'exaspérait enfin d'avoir une telle créature, bien que connue, belle et si délectable, à son côté, à son flanc, après ce qui était arrivé, presque en pareille compagnie et parmi tout cet ensorcellement de pigeonne, ce roucoulement qu elle avait, son pelotonnement et cette petite figure rose intense et blond de feu qu'elle tournait vers lui comme anxieuse et rieuse.

— Tu es fâché de l'autre jour? Allons donc ! Resoyons amis, oublie ça. Viens. Ah ! encore l'autre fois qui te met martel en tête. MAIS J'AI BIEN FAIT, tu sais.

Il faut croire qu'il le savait. Car il la voit toujours. Du moins j'en suis sûr puisque il ne me Ta pas dit et là pour moi finit son récit.

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