‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 13 sur 40 · MOYENS DU SIEUR DE BEAUMARCHAIS · texte numérisé non relu

MOYENS DU SIEUR DE BEAUMARCHAIS

Je suppose d'abord qu^on a lu la dernière consultation du comte de la Blache ; et ma joie en te moment , est de penser qu'elle est dans les mains de tout le monde. Voici donc comment j'y réponds i

i6o REPONSE INGENUE.

Je vous ai répété f sous toutes les formes po8-sibles f monsieur le comte ^ que la loi n^admet point d'allégations ni de soupçons contre les engagements et les personnes ; qu^elle proscrit avec indignation toutes ces insinuations de dol, de fraude et de surprise accumulées sans preuves ^ et surtout Todieux plaidoyer de celui qui ne craint pas de dénigrer ouvertement , pourvu qu'il ne soit pas contraint d'accuser juridiquemeilt.

Je vous ai répété que les clameurs d'un injuste héritier ne suffisent pas pour annuler les engagements du testateur 9 antérieurs à son droit , lorsque son intérêt est de ne les point remplir ; qu'il faut, pour les ébranler , une action directe et légalement intentée , au risque et péril de l'accusateur: que toute autre voie est un crime aux yeux de la loi , tient à la plus basse calomnie , et ne doit occuper les tribunaux que lorsqu'on les implore pour en obtenir la punition.

Lors donc que vous osez me faire soupçonner de l'infâme lâcheté d'un faux ; pourquoi n^osezvous m'en accuser ? Perfide adversaire ! ce n'est chez vous ni défaut d'inimitié , ni d'envie de me nuire ; et pour ceux qui vous connaissent biçn, cette retenue de votre part suffirait seule pour montrer quel vous êtes, si je n'avais pas d'ailleurs des moyens victorieux pour le faire.

Laissons de côté la distinction des grades ou

RÉPONSE INOÉNÛe. ïi5i

des rangs : laissons les petites ruses qu'elle enfante^ les productiotis sourdes qu'elle attire, les séductions de sociétés qu'elle occasionne. Si tout cela ne s'anéan-issait pas devant les tribunaux; si lés prérogatives du grade ou du crédit y pouvaient influer sur le juste et l'injuste ; un particulier dénué , s'y battant contre un noble , aurait toujours en lace un ennemi plastronné.

Non qu'il fiiille oublier ce qu'on doit dans lô rponde aux rangs élevés ! 11 est juste au contraire^ que l'avantage de la naissance y soit le moins contesté de tous : parce que ce bienfait gratuit de l'hérédité , relatif aux exploits , qualités ou vertus des aïeux de celui qui le reçoit , ne peut aucunement blessei* l'amour propre de ceux auxquels il fut refusé : parce que , sî , dans une monarchie , on retranchait les rangs intermédiaires entre le peuple et le roi , il y aurait trop loin du monarque aux sujets : bientôt on n'y verrait qu'un despote et des esclaves ; et le m^întîeii d'une échelle graduée , du laboureur au potentat , intéresse également les hommes de tous les ratigs , et , peut-être , est le plus ferme appui de la constitution monarchique.

Voilà ma profession de foi sur la noblesse. Mais comme il ne s'agit pas ici de décider lequel de nous est le plus ou le moins élevé ; mais seulement lequel est un légataire injuste , ou bien mi

Mémoires. 11^ i\

i6a RÉPONSE INGÊNUEi

faux créancier : débiteur et créditeur , voilà nos seuls noms. Dépouillons donc de bonne foi ce qui nous sort de cette classe ; écartons tout prestige , et discutons clairement.

Au seul aspect de nos prétentions réciproques, une réflexion s^offre d^abord a ceux qui n^ont pas étudié notre affiaire. C^est quHl est plus probable qu^un acte fait entre deux hommes reconnus sensés , soit exact et vrai ; qu'il ne Test qu^un légataire universel soit juste et désintéressé. Vous pouvez bien nous accorder ce point : ce n'est pas là ce qui vous fera perdre votre procès.

Il s'en présente encore un autre. C^estqu^il paraît étrange h cliacun , malgré Tavidité connue des héritiers , qu'un homme pour lequel on dépouille une famille entière deThérédiié naturelle, et qui devient, par ce bienfait, possesseur exclusif d'un legs de quinze cent mille francs , respecte assez.peu la mémoire de son bienfaiteur, pour la traîner et la souiller pendant dix ans dans tous les tribunaux d'un royaume , et cela pour ne pas payer une somme de quinze mille francs a l'acquit de cette succession qui ne lui était pas due.

Passez-nous cette seconde encore , elle ne «aurait vous nuire que dans Topinion des hommes, et ne fait rien non plus au jugement du procès.

Quelques personnes même ont été jusqu^à ba- . lancer si , entre deux plaideurs qui se dis- ^

RÉPONSE INGENUE. i65

putent une somme aussi modique ^ il n'était pad plus probable qu'un héritier peu délicat s'obstinât à la refuser y au seuf risque de passer pour une âme vile , étroite et rapace ; qu'il ne Test qu'un créancier aisé s'acharne à la demander , armé d'un faux titre , au danger d'être puni comme le dernier des scélérats.

Huit ans de procédures sur un tel fait , inspirant enfin la curiosité d'examiner les choses ; on lit tous nos mémoires , et l'on y voit qu'après avoir été traîtreusement déchiré par tous les écrivains aux gages de mon adversaire ^ il y a long-temps que cette affaire a dû cesser pour moi f d'être un procès d'argent. On y voit que je ne puis , sans déshonneur^ me dispenser de \6 suivre et de le faire juger ; quoiqu'il m'ait déjà coûté vingt fois plus qu'il ne doit me rendre.

Mais on y voit aussi que la fierté de mes répliques a dû donner un tel discrédit à mon adversaire , que , se voyant poursuivi par le regard inquiet de tout ce qui l'entend nommer , et sô sentant partout couvert de ^opprobre dont il a voulu me salir ; le désespoir de son état doit l'engager d'épuiser toutes les chances possibles d'un débat inégal , avant de s'avouer vaincu i qu'il vaut encore mieux pour lui se réserver de dire après coup : les juges ont vu d'une façon ^ moi je vois de l'autre ; que si ^ descendant k

quelque traite conciliatoire ^ il juHtinait^parun dur accommodement , rafireuse opinion que M défense a donnée de son camctèrc.

Alors l'examinateur bien instruit^ sait au juste pourquoi nous plaidons f le comte de la Blache et moi«

Ce qu^il voit fort bien encore, en lisant l^écrit que je réfute ; c^est que TaTocat désolé de ne pouvoir offrir pour son client ^ que des allégations sans preuves , et de n^opposer que des riens contre un acte inexpugnable ^ a cru devoir au moins noyer ces riens dans un tel océan de pa« rôles f que le lecteur égaré pût supposer que^ 0'il n'entendait pas le raisonneur, il était possible à toute rigueur ; que le raisonneur s'entendit lui-même.

Mais ne prenez pas la peine de le suivre , et laissez-m'en le soin, Lecteur* Dès le premier pas je vois déjà que son argument tourne entière^ ment dans ce cercle vicieux.

Prenant partout pour accordé , le seul point qui soit en débat , cet avocat s'enroue à vous crier : Tactc du i"* avril 1770, est bien reconnu faux ; donc telle quittance ou telle somme qu'on y porte au débit n'a pas été fournie. L'acte du 1"^ avril est faux; donc tel contrat qu'on y éteint u'est qu'une chimère. L'acte du i^ avril est faux ; ' donc ce traité qu'on y réaille n^a jamais existé; etc.

RÉPONSE INGÉNUE. i65

Après avoir long-temps et pesamment raiçomié; le triste orateur^ se flattant que Tennui des conséquences a fait oublier le principe au lecteur^ se retourne ^ et , semblable au serpent qui , se mordant la queue ^ accomplit le cercle emblématique , il revient sur lui-même ^ et vous dit vicieusement : puisque j'ai prouvé que telle somme est fausse , que telle quittance est double tmploi f que tel contrat est une chanson , que tel traité n'est qu'une chimère , on ne peut me refuser 9 Messieurs , que l'acte qui contient autant d'articles prouvés faux^ ne soit évidenmient faux ^ nul et frauduleux lui-même. — Et puis payez p beau légataire , votre avocat subtile ; il a bien convaincu vos juges et vos lecteurs !

Mais j'ai tort de le quereller : s'étant établi votre défenseur , il a du n'employer que les arguments que vous lui fournissiez : tant-pis pour vous s'ils sont mauvais; c'est votre affaire et point du tout la sienne. Aussi y lorsqu'il se livre à sou propre sens , y marche-t-il avec plus de circonspection : plus vos imputations deviennent graves^ et moins il veut les prendre sur son compte.

Tant qu'il ne s'agit que de conjectures sur les prétendues erreurs , doubles et faux emplois , etc. que vous reprochez à cet acte ; comme il sait bien que dix preuves négatives n'en détruisent pas une afHrmative , et qu'à plus forte raispn y

i60 RÉPONSE INGÉNUE.

contre un aric signe de deux hommes reconnus ficnsés^ toutes les allégations du monde, dcnucea de preuves^ sont moins qu^un fétu ; c'est sans ficnjpule qu'il erre avec vous dans le vague d'une foule d'objections contradictoires et plus futiles encore : il ne se croit pas compromis,

Mais lorsque , forcé d'abandonner ce vain badinage , il vous entend articuler que j'ai appliqué après coup , défausses lettres sur tes feuilles de plusieurs réponses de M. Duvemey ; alors , se refusant à présenter ces horreurs comme sa propre opinion ; il veut qu'on sache absolument que c'est la vôtre seule qu'il rapporte.

Ainsi , lorsqu'ayant imprimé plusieurs lettres ostensibles , de moi , trouvées sous le scelle de M. Duvorney , vous l'obligez à casser les vîtres sur les autres; après vous en avoir fait sentir les conséquences , il poursuit en ces ternies :

(Pag. 4 1 •) Ces préliminaires établis; \i. a étk exposé AUX SOUSSIGNÉS que ^ quand le sieur de Beaumarchais écrivait pour demander un rendez-çous à M» Duverney qui ne croyait pas lui devoir beaucoup de cérémonie y etc.... on a ajovté que le siour de Beaumarchais ayant conserve quel^^

ques-unes de ces réponses a formé le projet

défaire passer ces petits écrits de M. Duverney , comme des réponses à des lettres qu^il a forcées ^ etc.

(Page42.)ONAENCoiiEDiTAux SOUSSIGNÉS, etc.

Enfin y On a mis sous les yeux des soussîgnés ,

des copies figurées de tous les écrits qu^ON

attribue au sieur de Beaumarchais ^ etc.

( Page 44- ) Le comte de la Blache observé qu'il est étonnant que le sieur de Beaumarchais ait eu le courage de donner les billets de M. Du-vernej , pour la réponse à cette lettre ^ etc.

( Page 5 1 . ) ON dit que tel était le premier état de ce billet ; que depuis on a ajouté , après ces mots , arant midi , ceux-ci, a)oilà notre compte signé , etc.

( Page 52.) ON a dit aux soussignés que Fad^ dition après coup, de ces quatre mots, "uoilà

notre compte signé , est palpable , etc ON

A assuré les soujssiGNÉs quc pour appliquer une date au mois d'avril , etc. etc.

Toujours ON et jamais Nous.

C'est ainsi que Tayocat qui s'intitule les soussignés , a cru devoir vous charger seul du poids de vos imputations criminelles, et vous ne tarderez pas à voir qu^il a bien fait : personne , que vous, ne devant jouer, dans cette abominable farce , que vous nommez défense , le rôle de calomniateur, dont je vais vous attacher k Tinstant récriteau.

Les prudents soussignés ont si bien prévu même à quoi vous vous exposiez , que^ pour ta-

i68 RKPONSE INGÉNUE.

cher de vous soustraire aux conséquences d'une pareille audace ^ après avoir souillé leur plume k m^iroputer , en votre nom ^ le plus lâche des crimes ; ils ont poussé leur hotméte complaisance jusqu'à tiasarder : que Ton ne pouvait pas vous forcer de faire la preuve de vos imputations , quand même on les souiieudrait fausses*

Ils ont osé estimer que , si je soutenais opinid" /rd/m^v/^que toutle commerce entre M.Duvcrney et moi ^ que je présente; ainsi que les mots, 'voila notre compte signé ^ étaient tels que je les prétends , vrais et justes , écrits par M. Dus^er-ney ; le comte de la Blache ne pourrait être jorcé il une dénégation formelle ; et que, quand j^au;ais bien prou^vé Tatrociié du comte de la Blache , // ti'en pourrait être tiré aucune consé* querwe fâcheuse contre ce Seigneur ^ etc. Comme ils sont paternels ces bons SocssiCMis ! Il faut lire tout ce qu'ils en disent ( page 53 et suivantes) : en vérité cela est très-curieux.

Mais ce ton perpétuel de défiance des Socssi- CNÉs , tous ces oui-dires , et ces On dit , sur lesquels ils consultent , rejettant sur vous seul tout ce que leur plaidoyer a d'outrageant , puisque c'est de vous seul qu'ils avouent tirer leurs fausses lumières , et non de leur propre conviction ; il s'ensuit que tout ce qu'ils avancent à cet égard , n'a pas plus de force et de valeur ^ que-^i

c'était vous seul qui Tavanciez. Si, ce ^w^ON leur a^t iTest pas vrai ; si ce qu^O^ leur a exposé n'est qu'un mensonge absurde ; ils n'en sont pas garants : il n'y a donc en tout ceci que le comte de la Blache seul qui parle pour le comte de la Blache : l'avocat consultant avoue partout n'être que l'humble voix qui nous transmet les dires et les actes sincères de ce seigneur aimable* ON nous a dit , ON nous a exposé.

Or,, comme il est bien prouvé, M. le comte , par vos lettres que je pi'oduirat> par vos récits imprimés que je rapporterai , que , de votre aveu , vous n'avez jamais su un mot de ce qui s'est passé entre votre bienfaiteur et moi ; que vous n'avez trouvé , ( selon vous même encore ) à son inventaire aucun renseignement sur nos relations particulières ; laissant à part nos avocats, je dis que vous seul méritez l'opprobre éternel dont je vais achever de vous couvrir k l'instant.

Une ancienne loi des Lombards , adoptée en France autrefois, portait que, si dans une hérédité , quelqu'un se présentait avec une chartre ou litre que l'héritier arguât de faux ; il fallait que ce dernier se battît , pour prouver qu'il ne devait pas acquitter le titre. Les légataires de ce icmps-là devaient trouver les épices du procès un peu chères : ils chicanaient moins. Mais lorsrju'ensuite il s'établit qu'on pourrait décider ces

lyo RÉPONSE INGENUE.

questions par le combat de deux champions ; lc$ légataires, moins gênés sur lescpices , payèrent volontiers des épées qui ne menaçaient plus leurs l poitrines : et maintenant qu'ils n'ont que des plumes à aiguiser , qu'il n'y a plus de versé que de l'encre, et d'effleuré que du parchemin ; c'est un plaisir de voir comment les légataires processifs s'en redonnent , par la plume de leurs Soussignés !

Suivons donc ceux-ci , et fixons-nous a l'aveu solennel qu'ils font: ( page 4^ de leur consultion ) que si les lettres rapportées , sont parvenues à M. Duverney^ et si y à chacune déciles, il a fait la réponse qui y est appliquée par le sieur de Beaumarchais ; il s^ ensuivra très-cer" tainement que M. Dui^erney a eu la plus par-faite connaissance de V écrit du i®' as^ril ; qu^il a travaillé lui-même à le former y à le corriger ^ à le mettre en Vétat ou il est. Voilà le seul point auquel je me cramponne.

De sorte que si je prouve , à la satisfaction du lecteur et des jugés , la véracité de ce commerce ; à mon tour il faut m'accorder qu'il ne restera rien de l'édifice hypothétique du comte de la Blache et des Soussignés.

Mais par quelle suite dé raisonnements ce comte de la Blache , que je ne nommerai plus Falcoz y parce que c'est son nom , et que son

nom Tafflige ; par quelle suite de raisonnements, dis-je , est-il parvenu a faire illusion à de graves avocats , à leur inspirer du soupçon sur la véracité de ces lettres ? Eux-mêmes vont nous rapprendre dans leur longue consultation.

Le comte de la Blache leur a dit ; car le mot On y Signifie toujours le comte de la Blache; et qnoique cette dénomination ne soit pas en grand honneur parmi nous ; On , ou le comte de la Blache leur a dit , que jamais il n'y avait eu , entre M. Duverney ejt moi , aucun objet de relation et de correspondance , étranger à la froide protection qu'il m'accordait : moins encore aucune ombre de familiarité , dont la supposition , leur a-t-O/i ajouté, serait flétrissante pour M. Duverney.

( Page 10. ) Les lettres de M. Paris Dui^er^ ner sont honmUes ^ mais sèches , et il n'y a pas une seule expression qui sente la familiarité , etc.

( Page II.) On voit que depuis V époque de

la première recommandation en 1760, etc

// n'existe aucune trace d'aucun autre objet de relation de correspondance y encore moins existet'il quelque vestige de familiarité , etc.

( Page i3.) Recommandé à M. Dui^emey , le sieur de Beaumarchais en était accueilli honnétement; mais sans que jamais l'un ait autorise

Vautre à la moindre familiarité. ( Idem. ) M. Du^ i^erncf avait fait des démarches pour le sieur

de Beaumarchais , ctc mais jamais on n'a

connu d'autre objet de liaison Cependant

V écrit du i^^ avril 1770 ^ suppose entr^eux les liaisons les plus intimes ; des liaisons qui exi^ geaient le secret le plus impénétrable , ctc«««««

( Page \/\ au bas. ) Elles ( ces liaisons ) ne peuvent trouver de confiance dans V esprit de personne ; ilest impossible d'en imaginer aucune qui ne soit démentie par Vd<je , la dignité , le caractitre , les vues et les occupations de M. Pa» ris Duvemey. La supposition dk ci-s LUisoris KST uni: FiDi.ji KiDicuLK, h laquelle il est im* possible de se prêter. .

D'uù l'OJV conclut que M. Paris Duverney n'a jamais ou coiuiaissance de récrit du i*''^ avril 1770 ; ni des lettres qui raccompagnent.

Vaillamment conclu y M. le comte de la Blache ! puissamment raisonné , judiciosi sub» signati? ( Vid. Molière in recept. M éd. )

Mais, judicieux Soussigm!;s I mais , seigneur héritier ! si par hasard votre majeure était vicieuse ? Si Ton vous prouvait irrésistiblement que cette intime familiarité y que ces liaisons secrettes , et sur des obj(îts mystérieux , n'ont jamais cessé d'exister entre les deux personnes que vous outragez gratuitement ?

RÉPONSE INGÉNUE. lyS

Si , d'un commerce de plus de six cents lettres , toujours écrites et répondues sur le même papier, qui toutes ont été brûlées , le bonheur du sieur de Beaumarchais lui en avait conservé des fragments assez clairs pour porter la conviction de cette familiarité dans tous les esprits ?

Et si , ce Beaumarchais , à qui vous faîtes ( page 57 ) le défi le plus imprudent de produire quelque chose de ce commerce écrit et répondu sur le même papier, vous montrait ton t-à-rheure assez de lettres familières et de billets mystérieux étrangers à l'acte du i«' avril , pour que Fanalogie de la forme , du style et des envois, vous forçât vous-mêmes à convenir que cette façon de correspondre était constamment établie entré M. Duverney et hii ?

Et s'il en concluait à son tour, que, puisqu'ON nie les lettres qui se rapportent k l'acte ; ON doit nier aussi celles qui ne s'y rapportent pas : que , si ON nie les unes et les autres, il faut qu'ON s'inscrive en faux contre toutes ; et que si ON succombe dans cette inscription de faux ; il est judicieux d'attacher à ON , ou des oreilles pour avoir simal argumenté, ou un écriteau pour avoir si bien calomnié ?

Que penseriez-vous , Messieurs ! de son pélit argument ?

Que diriez-vous alors de vos cinquante-huît

pages d'iujures , de vos raisonnemenis tortillée | de vos outrageantes imputations et de vos notions illuminées contre un acte inexpugnable que vous n'avez pu seulement cffleiu-er ? Vous courberiez le chef et ne diriez ^plus rien ! Et c'est à quoi je vais vous réduire.

Pourpremière preuve d^uneamitié bien tendre^ et qui ne va pas sans une douce familiarité y je j)OurraLS rappeler au comte de la Blache , que M. Duverney , par exemple, m'a prêté dans uu seul jour cinq cent mille livres pour acheter une grande charge , en qualie cent mille livres de rescriplioris , et cent mille francs déposés chcï Devoulgcs son notaire , duquel le certificat est joint aux pièces.

Je pourrais ajouter cju'il ma prêté cinquante^» six mille livres sur ma charge de secrétaire du roi : plus quatre-vingt trois mille livres de supplément pour former les cent trente-neuf mille francs de notre arrêté de compte .-plus dans une autre occasion pour deux cent mille livres de ses billets au porteur , et conchu^e humblement qu'un homme qui prête autant d'argent à un autre ^ ou croit avoir de grands engagements à remplir envers lui , ou lui a voué la plus solide amitié î surtout si l'obligé n'est ])as uu assez grand capitaliste pour que tant de prêts soient solidement appuyés , et s'il n'y a de garant entre eux de la

RÉPONSE INGÉNUE. ij5

sûreté du prêt que la confiance de l'un en la probité de Tautre.

Mais non : je n'emploierai pas celte première preuve d'intimité : car ON pourrait me répondre, qu'ON ne voit pas la nécessité de conclure qu'un homme en aime un autre et le considère ; parce qu'il lui prête , en plusieurs fois , près d'un million sans curetés. Laissons donc de côté cet adminicule de preuve qui n'émeut pas encore le seigneur ON, et cherchons-en quelqu'autre à sa portée.

Mais si , pour infirmer les insinuations perpétuelles des Soussignés , que le style dont M. Duverney se servait avec moi , fut toujours froid, sec, jamais obligeant, souvent même asse25 dédaigneux , je commençais par leur montrer une réponse de ce grand citoyen, du 34 juin 1760, à ma lettre du 19 juin même année, qu'ON a tronquée (page 7 ) en la citant; et je sais bien pourquoi ; le choix de cette réponse portant sur un objet cité par le seigneur ON lui-même , paraîtrait ^ je pense , assez applicable k la question; surtout si cette réponse disait :

J^ai reçu , Monsieur , la lettre que ojous m^avezfait V honneur de m^ écrire le ig de ce mois. On ne saurait être plus sensible que je le suis à tout ce que vous ^voulez bien nt^y dire d'obligeant ^^ et je saisirai avec bien du plaisir les

occasions de vous en prouver ma reconnaissance.

J^ avais bien imaginé , Monsieur , que vous

seriez content du mémoire de M. de etc

Je ne pense pas que ce soit encore le moment de le produire et de le rendre trop public , et mon intention y que j'espère que vous approuverez, est de m'en tenir ^ quant h présent y à le communiquer a un certain nombre de personnes CHOISIES , etc... Je ferai très -volontiers usage \ de vos dispositions à le faire connaître et a lui j

FAIRE PRENDRE FAVEUR , et je VOUS prie d'eN RE- \ CEVOIR d'avance TOUS MES REMERCIEMENTS. J'ûl '

V honneur d^ être y avec un très -parfait attache' . ment , votre , etc. signe , Paris Duverney.

Et si y au bas de celte lettre , ON voyait écrit de la même main que le corps de la lettre, ces mots M. de Beaumarchais , qui prouveraient qu'elle me fut écrite , auraîs-je si mauvaise gr&cè d'eu conclure, qu'eu 1760, trm])s auqxiel ON soutient que M. Duverncy me connaissait à peine , et quoique je fusse alors plus jeune de dix aus qu'en 1770, époque de notre arrêté de compte; M. Duverncy , par dépit du profond mépris que les Soussignés et le Seigneur ON affectent pour ma grande jeunesse ; que M. Duverncy , dis-jc , avait déjà tant d'estime et de considération pour moi ^ qu'il me mettait au

nombre des personnes choisies auxquelles il

confiait la lecture et le jugement d^un mémoire-

qui lui importait : Qu'// avait bien imaginé que

fen serais content : Qyi^il espérait que fapprou-^

verais ses "vuef à cet égard : Qu'il ferait très-^

volontiers usage de mes dispositions à lui faire

prendre faveur : Qu'il me priait d'en rece^voir

d'avance tous ses remerciements : Qu'il saisi-

ràii , avec bien du plaisir , les occasions de me

prouver sa reconnaissance de tout ce que Je vou--

lais bien lui dire d'obligeant : Enfin , qu'on ne

pouvait y être plus sensible quil Fêtait y etc.*..*.

Ha ! ha ! Messieurs ! Voici pourtant qui n^est

ni froid , ni sec , ni dédaigneux : il y a plus ici

que de l'estime et de la considération ; on y va

jusqu'à la reconnaissance !

Mais puisque vous avez bien voulu citer , quoiqu'en la mutilant, ma lettre du 19 juin, à laquelle celle-ci répond, je voudrais qu'ON me fit le plaisir de la joindre au sac en original ; afin que M. le rapporteur et les autres juges connaissent bien le ton qui régnait des ce temps entre le vieillard dédaigneux et le jouvenceau dédaigné , surtout qu'ils y voient auprès de qui je devais ya/re prendre faveur \i ce mémoire chéri, et pourquoi M.Duverney croyait déjà me devoir tant de reconnaissance»

Cependant, comme ON pourrait objecter que. Mémoires. IL 12

îjS RÉPONSE INGENUE.

cette lettre est ostensible , et que tous ces té- . moignages publics de haute considération et de reconnaissance , n^emportent pas la nécessité d^une amitié particulière et d'une liaison mystérieuse , je veux bien encore laisser de côté la considération qu'il m'accordait publiquement , et chercher un morceau transitoire qui nous rapproche un peu des preuves d'un commerce trèsfamilier. Nous joindrons cependant cette seconde pièce au procès.

J'ai retrouvé, je ne sais où , sous mon bureau, je crois , dans le seau des papiers inutiles , n'importe, un fragment de lettre déchirée : elle est de M. Duverne)^; l'écriture est de ses bureaux, et ce nom, M. de Beaumarchais , écrit de la même main au bas du pnpier, prouve encore que cette lettre m'était adressée.

J'avais apparemment proposé kM.Duverney,de lui envoyer, ou de lui présenter quelqu'un : peutêtre avrât-il oublié de tenir sa porte ouverte à l'assignation donnée , et lui en avais-jefait un reproche auquel il répondait; puisque le fragment

qui me reste , porte encore ces mots le "voir

chez moi ; mais je consens volontiers que vous lui teniez la parole que vous lui a^ez donnée de Vy faire venir. J^ai l^ honneur d^être , très-par-* faïtement.

Très-parfaitement est sec , interrompt vive-

REPONSJG INGÉNUE. 179

ment le comte de la Blache. Fort sec , dit en écho, son écrivain. Très-parfaitement est des plus secs . en efifet, disent gravement les Soussignés, et point du tout obligeant. De plus ce fragment, quoique d^une date inconnue , est certainement postérieur à la première Jettre que vous avez citée. Don<? M. Duverney avait déjà perdu cet attachement éphémère qu'un peu de poudre aux yeux lui avait d'abord inspiré pour vous. Très-parfaitement l rien de plus sec , en vérité.

— Ah ! Messieurs , que vous êtes vifs! puisque je cite ce fragment , il faut bien qu'il contienne autre chose que Très-parfaitement.

Après très-parfaitement , Votre très-humble , etc. , signé , Paris Duçerney , le commis qui a écrit et présenté la lettre à la signature, se retire , et M. Duverney qui la relit, la trouvant, conmie vous, Messieurs , sans doute un peu trop sèche , y ajoute ces mots , de sa main.

Ma réponse vous surprendrait ^ si je ne vous disais pas que ma mémoire est quelquefois in-* fidèle y et que soui^entje n^ entends pas ce qu^on médit.

Voilà pourtant , Messieurs , une espèce d'excuse d'avoir manqué le rendez-vous ! et cette excuse , il ne la fait pas ajouter par son secrétaire ! et la sécheresse du style de bureau , celle du très-parfaitement y il la corrige lui-même, dans un

i8o REPONSE INGÉNUE.

post'Scriptum obligeant qu'il met, tout de sa main^

au bas de la lettre ! N'est-ce donc rien à \otre

• '1 avis :

Ma foi , c'est peu de chose , dit avec ennui , le comte de la Blache. Presque rien , reprend l'écho : rien du tout, ajoutent ceux-ci. D'ailleurs,, comment ce fragment prouverait-il qu'il y avait iin commerce particiulier entre M* Duverney et vous ?

— Mon Dieu ! j'y vais venir ; et si ce post^ scriptum ne le prouve pas encore y il est au moins la douce transition d'une correspondance ostensible et de main de secrétaires, au commerce libre et dégagé , dont j'espère avant peu vous convaincre. Patience ! Messieurs , patience ! Eu attendant, encore une pièce inutile au sac.

J'avais écrit à M. Duverney que je partais pour Versailles; et comme il était dans l'usage d'envoyer à la reine , a Madame la daupbine, k Mesdames , les prémices de ses serres chaudes , pour faire sa cour , et qu'indépendamment des autres soins que je prenais pour lui , je me chargeais toujours d'oftrir ces petits dons à larfamille royale; il me répond, tout de sa main : ce qui ne lui arrivait janaais, comme ON sait fort bien , et concune ON Ta certifié aux Soussignés.

Je fis demander hier à mon jardinier^ Monsieur ^s' il aidait des ananas : mais il m' a fait dire

RÉPONSE INGÉNUE. ï8i

ce matin qu^ il n'en aurait , au plutôt ^ que dans huit jours. J^ en suis d/ autant plus fdché que j'aurais été fort aise de profiter de cette petite occasion pour faire ma couru Madame ladauphine,

et a Mesdames , etc signé, Paris Dut^erney*

Et sur Fadresse ; à M. de Beaumarchais , aussi de sa main.

Si cette réponse n'est pas écrite sur le même papier de ma lettre ; c'est que Fobjet n'étant pas important 9 n'exigeait point cette précaution usitée entre nous dans les affaires sccretles ; mails au moins , sommes-nous entièrement sortis du commerce bureaucratif.

Je suis , comme on voit, un bon petit jeunehomme, qui fais bien les commissions de M.Duverney près de la famille royale ; il me charge des fleurs etdes fruits de son jardin : Je les présente, il m'en sait bon gré ; il m'en remercie verbalement; il m'en écrit obligeamment, tout de sa main : Voila déjà un petit mystère , nous avançons en preuves.

Pardieu ! si vous avancez , vous n'avancez pas vite , me dit le comte de la Blachc impatient, et

je ne vois pas encore

Et moi bien humblement , comme Panurge au marchand Dindcnaut : Patience, ami ! Patience! Nous ne sommes plus à Paris, où vos imputations fesaicnt hausser les épaules à tout le monde, par

i83 RÉPONSE INGÉNUE.

Texcès de leur ridicule , où tout ceci n'était que trop connu. Nous sommes dans Aix, devant des Magistrats et un public trcs-peu instruits du fond de notre affaire. Eh! lorsque vous avez noyé , dans cinquante-huit mortelles pages d^injures, vos innocentes calomnies ! ne puis-je à mon tour employer quelques feuillets à mes petites jusûfications ? Patience, ami ! patience ?et ne laissons pas manquer au sac une pièce de plus, très-inutile à l'acte du premier avril.

Enfin, comme, j'allais et venais fort souvent de Paris k Versailles , et que je n'avais que deux chevaux de carrosse; M. Duverney me propose, un beau jour, de m'en donner deux autres , pour être mieux marchant , medit-il : car il pensait comme le maréchal de Bellc-Isle , qu'il ne faut que deux choses pour mener beaucoup d'affaires a la fois; du pain pour vivre et des chevaux pour courir. Il m'en proposa donc deux autres : et moi qui n'étais pas aussi fier avec lui , que je le suis avec le seigneur ON , qui mo plaide , je les accepte et pour les faire prendre chez lui , je remets h mon cocher une lettre badine , dans laquelle on lit ces mots .

Monsieur,

Je "VOUS réitère mes actions de m ace de tous vos bienfaits , et notamment du dernier qui est

RÉPONSE INGENUE. i85

le présent de "vos deux choraux d'artillerie. Je les féliciterai d'être vigoureux : car quoique je ne sois pas aussi lourd qu^un canon , ils regagne^ ront bien avec moi y par la fréquence des cour^ ses y ce qu'ils auront perdu de tirage sur la pé^ santeur spécifique du premier personnage. Je ne devais les faire prendre qu'à mon retour de Ver^ sailles ; mais f ai réfléchi qu'il vaut mieux qu'ils j- aillent à pied en m'y menant y que m.oi à pied en ne les y menant pas ; parce que je vais faire aller ceux que je destine pour la campagne ^ en chevaux de monture y etc. etc.

Toute la lettre est de ce ton badin, EtM, Duverney , qui ne se souciait pas qu'ON sût qu'il me fesait des présents de chevaux , parce que le seigneur ON alerte en fait d'héritage , avait lea yeux ouverts sur Técurie comme sur la cassette; M, Duverney qui d'ailleurs , avait ses raisons pour qu'un style aussi léger de ma part, ne pût tomber aux mains de nos espions , me répond cette fois , sjur le même papier, de sa main, tout a travers mon écriture, ces mots aussi simples que clairs.é.*

Messieurs , voulez-vous lire vous-mêmes ?

Voyons , voyons dit l'héritier : voyons dit. l'écrivain en s'approchant : voyons donc a la fin y disent les Soussignés , en essuyant les verres da leurs lunettes.

i84 RÉPONSE INGÉNUE.

Pour essayer ces ches^avx , ils sont allés à /Vcole^mili taire ; c^est pourquoi vous ne pouvez les at^oir qu^ après demain.

— Et c^csl bien là son écriture ! Messieurs , vous vous en assurerez , je vais joindre la pièce au pfoccs; quoiqu'inutile à Tacie du premier avril 1770 , qui allait fort bien sans ces deux chevaux.

Qu^est-ce donc ? M. le comte ! votas froncez le sourcil ; et votre joli minois bouffe de chérubin soufflant , s'alonge et se rembrunit un peu ! Remettez-vous : ce n'est rien. Ne voyez-vous pas que, dans celle lettre, je lui rends des actions de ^râce de ses bienfaits ^ et que je la finis par h^ profond respect avec lequel je suis , etc. ?N'y voyez-vous pas eucore avec quelle sécheresse il me répond? etquoiqu'il medoruiedeuv chevaux, voyez s'il y met un seul mot de Monsieur^ le moindre petit comph'ment !

Croyez-moi , M. le comte ! il est bien consolant pour vous , qu^ OiV puisse dire encore : M. Duvemey avait écrit, sur uae feuille de papier, au sieur de Beaumarchais ces mots : pour essayer ces chevaux, ils sont ailes ii V école-militaire ; c^est pourquoi vous ne les pourrez avoir que demain. Et ne voila-t-il pas que ce fripon de Beaumarchais, pour faire rapporter sa lettre a celle de M. Duverney > laquelle évidemment ne saurait être une réponse , écrit après coup , sur la même page cl feuille :....•

RÉPONSE INGÉNUE. i85

Je vous remercie du présent de vos deux chc" vauœ d^ artillerie.... je vous supplie donc de vou" loir bien donner vos ordres pour qu^on les remette, à mon cocher. .... Donnez-moi les plus vigoureux ; car ceux-là gagneront bien le dîner que les vôtres mangeront toujours d^ avance , etc. etc. AL ! le fripon ! le fiipoa ! le dangereux fripon !

— Quels cris ! quelle fureur ! Ah ! que vous êtes bouillant , rudânîer et sans gêne avec les pauvres roturiers , monsieur le comte ! On voit bien que vous êtes de qualité ! Patience ! Et puisque cela vous échauffe et ne suffit pas encore à votre conviction ,• allons au fait : sautons à piedsjoints par-dessus toutes les transitions , et présentons une des lettres sur lesquelles on a prononcé ce terrible analhèmc ( page 49 ) ON peut prédire y sans témérité ^ qu^il ne les joindra jamais au procès.

Pardonnez-moi , grand Prophète! je vais joindre la présente aux pièces du procès : quoiqu'elle ait traita des objets que vous ne saurez jamais. Mais comme elle s'explique assez peu sur ces objets cachés ; qu\*lle honore assez le cœur de mon ami respectable , et surtout qu'elle prouve assez bien la douce familiarité , la parfaite confiance et rentier versement de son âme dans la mienne; j'oserai l'opposer à vos peu redoutables calomnies.

l86 REPONSE INGENUE.

Un léger fragment de ma lettre, déchirée , je ne 6ais comment, n'ôtera ricu an mérite de la réponse de M. Duverncy. Voici ce que je lui écrirais.

« Je ne puia plus rien faire , mon Awi, jai suivi t) exactement ce que vous m^avez ordonné : il }) a touché Targent^ mais tout cela ne le console » pas ; il veut vous voir. Ecrivez-moi quelque » chose que je puisse lui montrer ; comme vous » voudrez. Ma foi ! c'est un homme de mérite et ' )) digne de tout ce que vous faites pour lui. Il a » des ennemis puissants : mais , dans ce moment » surtout , ïl parait vouloir tout abandonner. Je » ne crois pas que ce soit votre avis.Savez-vous, w MON AMi, que tout. ..... serait perdu appa-

» remment^ etc. le reste manque.

— Eh quoi I M. de Beaumarchais, vous osez nous faire croire que vous avez écrit a im vieillard respectable de quatre-vingt-quatre ans : je n^y^puis rien faire , mon AMi ? srwez-vovs mon AMi , etc. .... — Oui, Messieurs, je Tose. . ..

— Vous jeime-homme I son maigre et dédaigné protégé I — Oui Messieurs.

— Vous qui n'en étiez (page i*6.) accueilli qu'avec la distance qui devait être entre des personnes si différentes p et sans que jamais l'un

ait autorisé Vautre , à la moindre familiarité ? — Oui, Messieurs.

— A cet homme respectable , dont ( pag. 5o y Veoctréme disproportion d^dge , d^état , de con-^ dition , d^occupaiion ; dont tout enfin démonstrait qu^ il n^ y a^^ait jamais eu la moindre fami-^ liarité entre xous et lui ? — Oui , Messieurs.

— A cet auguste vieillard ? tandis quç ( pag. 53.) tous ses billets de rendez^vous prouvent laséche-resse avec laquelle il vous répondait , et dont il parait que vous n^avez jamais reçu par écrit un seul mot d^ honnêteté ? — Oui, Messieurs, ne TOUS déplaise , à lui-même.

— Et commèut prouverez-vous une telle insolence, une telle absurdité? — Sauf votre bon plaisir , Messieurs , je la prouverai par la réponse de M. Dnverney , de sa main , sur le même papier; comme c'était notre usage en affaires secrettes.

Voici donc la réponse de cet ami, à qui j'écrivais MON Aivii. Je vous supplie > Messieurs^ de la bien retourner , commenter , tonionner ; mais de ne pas vous épuiser dessus. Réservez vos forces pour quelques autres réponses plus extraordinaires encore , dont je veux gratifier le seigneur ON , avant la fin de ce mémoire.

Depuis quatre jours je ne dors presque point.

i88 REPONSE INGENUE,

M05 AMÎ. ( — Mon ami ! jiiste ciel ! a M. de Beaumarchais ! Mon ami — Oui , oui , oui, Messieurs, MON AMi: mais laissez-moi donc lire !)t/e ne dors presque point ^ mon AMi ; je mange fort peu. J^ai des peines dans Vdnie plus fortes que ma raison. Un ami qui m^ écrit trois billets auxquels je n^ai pas eu la force de répondre , est la cause de mon fâcheux état. Il me mande que je le verrai pour

parler de mes affaires et des siennes // me

demande des conseils ; il veut s' expatrier , tout abandonner. Le doit^ilfaire , oui ou non! . . ••• Vos AVIS DICTÉS PAR L^AMiTiÉ , pourraient guider

la route que doit tenir cet infortuné. Je

crains pour sa vie et pour sa tête. . . . .J^ai>oue que sa situation me pénètre de douleur.... Ayant dans toutes les actions de sa vie exposé ses jours pour son maître. Quelle récompense ! Grands Dicuxl Brulëz-moi. Et cette lettre, Messieurs, je la joins encore au procès, qoîquc étrangère et fort inutile à Facte du premicravril, ainsi que toutes les autres.

— Mon ami! vos as^is dictés par V amitié!

Brûlez-moi! . . . . Qu^est-ce que tout cela signifie?. . . Serait-il donc vrai , Grand Dieu! qu'il y eût eu un pareil commerce entre (pag. ii.) un homme accrédité. .... ^rave par caractère ; et acccoutumé par la plus longue expérience à Tobsensation de la différence des procédés. . . et un

RÉPONSE INGENUE. i8g

homme de beaucoup d^ esprit, jeune solli--

citant un ^vieillard vénérable et se renfer^

mant par devoir et par intérêt dans le respect qu^ il lui devait ! '

— Hélas ! oui , Messieurs , il existait un pareil commerce entre ces deux hommes ; et cela , parce que rhonorable estime de Tun ne se mesurait pas sur la jeunesse de l'autre , et parce que le vénérable vieillard pensait qu'on devait accorder sa considération et sa confiance, non propter barbam, sed propter. .... le mot qu'il vous plaira.

Mais qu'est-ce que tout cela fait ? N'avez-vous pas la ressource de vçus inscrire en faux , contre l'acte du premier avril , contre les lettres qui s'y rapportent : contre celles qui ne s'y rapportent pas : contre les letres ostensibles , le commerce familier et les billets mystérieux dont je vais vous parler? Quelque douloureux que cela soit, il faudra pourtant bien tout payer, ou finir par là !

Je sais ce qui vous retient, M, le comte, vous trouvez l'homme un peu cher à pendre , et votre indécision n'est ici qu'un débat entre la haine et lavarice : car sans cela.... mais c'est où je vous désire depuis un siècle, pour vous offrir la petite leçon de prudence et d'honnêteté dont vous avez 1 si grand besoin. En attendant , joignons au sac , et surtout avançons.

igo REPONSE INGÉNUE.

Voici un autre billet plus mystérieux , quoique moius important : mais dont le voile est assez léger, pour que l'œil de lynx du comte de la Blache , ou la double vue des Socssigisés , perce au travers et devine qu'il s'agissait ici d'or et d'argent. J'écrivais à M. Duverney : mais sans Monsieur , ni vedette, sans respect, sans signature et même sans date.

(c II dit qu'il ne croit pas que les vins arrivent , )) et vous prie de vous arranger là-dessus: ils ont » eu une grande conférence avant-hier à votre » sujet. Il me paraît que tout est bien suivant vos i) désirs : mais ces vins les inquiètent , et , sans w les vins , il n'y aurait rien à faire : car tout ce » monde est diablement altéré. Le mot de la de- )) mande est , dans le cas où les vins n'arrive- » raient pas , si vous y suppléerez. Je n'ai pas pu w répondre ; parce que cela dépend de vos forces w actuelles et du degré d'intérêt que vous mettez }) a la réussite. Il est nécessaire que vous vous M voyiez. »

— Eh ! qu'est-ce que M. Duverney répondit à cet amphigouri de vins ? nous dit dédaigneusement le comte de la Blache , en relevant un peu les narines , et se balançant sur son siège : ON est assez curieux de le voir? — 11 a répondu, M. le comte , sur le même papier , de sa main ,

une chose fort claire pour moi * quoique assez obscure pour tout autre. La voici.

ce Que les vins arrivent ou n^arrivent pas , cela » paraît égal : on en trouvera toujours au besoin^ » soit du Bourgogne ou du Champagne : il faut » attendre encore la réponse. »

— Quoi ! de son écriture ? — Vous pouvez en juger, je produis la pièce. — Répondu sur le même papier ? — Avec l'empreinte de son cachet et du mien , en signe que le billet est rentré comme il était sorti. — Cela est bien étrange ! dit le comte de la Blache , en se levant brusquement. — Cela est ainsi , dit le sieur de Beaumarchais , en s'asseyant tranquillement. Mais laissons ce vin, et tirons-en d'une autre futaille : celui-ci aura quelque chose de plus piquant encore. C'est moi qui parle* dans cette lettre: en prévenant toujours le lecteur qu'il doit regarder comme un chiffre tout ce qui devient inintelligible et sort du langage ordinaire.

Mais avant que d'aller plus loin , J'observe que ce qui caractérise encore mieux le commerce libre et dégagé que nous avions ensemble , est la remarque suivante, que je prie le lecteur de vérifier après moi. C'est que le répondant , entre nous deux , prenait toujours le style de celui qui écrivait le premier; alin que la même jGgure,

tç)2 RÉPONSE INGÉNUE.

étant continuée , la réponse offrit un sens clair h celui qui devait la recevoir.

Ainsi , lorsque M. Duverney m'écrivait ; si , pour mieux envelopper ses idées, il déguisait son style et sa main sous le voile d\me femme écrivant à son ami ; cette espèce de chiffre ou d'hiéroglyphe si clair pour moi, devenait tellement obscur pour tout autre, que , lorsque j'avais répondu sur le même papier , d'un style analogue au sien, en supposant le commissionnaire infidèle ou négligent, il était impossible à tout autre que nous, de deviner de quoi il s^agissait. Et c'est. Messieurs, par de tels moyens, avec des commerces ainsi déguisés , que les politiques de tous les temps ont voilé les secrets de leurs correspondances intimes, aux curieux, aux espions, aux ennemis, et même aiix légataires universels.

De ces lettres écrites en premier par M. Du-* verney , et répondues par moi sur le même papier , on sent bien que je n'en ai point , et le fait que j'expose en donne la raison; elles étaient répondues sur le même papier. Mais si , par hasard, après une conllagration crue générale, j'ai retrouvé quelques fragments ou quelques-unes de celles que je lui écrivais , et auxquelles il répondait de sa main , sur le môme pdpier et dans notre style oriental ( comme nous l'appelions),

RÉPONSE INGÉNUE. igS

n'est-il pas évident qu'il en résultera la m^me preuve en faveur du commerce particulier qui m'est contesté si bêtement ? Ainsi, malgré Topposition du comte de la Bluclie , et la consultation des Soussignés* mon observation subsiste ( comme dit Dacier ).

J'envoyais à M. Duverney une petite lettre d'une grande importance ; il fallait réponse aussitôt; je m'enveloppais plus qu^à l'ordinaire eu écrivant ; parce que l'occasion était infiniment grave. Je lui écrivais donc :

cv Lis , ma petite , ce que je t'envoie , et » donne-moi ton sentiment là-dessus. Tu sens » bien que dans une affaire de cette nature , je M ne puis rien décider sans toi.

» J'emploie notre style oriental à cause de la w voie par laquelle je te fais parvenir ce bijou » de lettre. Dis ton avis ; mais dis vite , car le » rôt brûle. Adieu mon amour. Je t'embrasse » comme je t'^iime. Je ne te fais pas les amitiés » de la Belle : ce qu'elle t'écrit t'en dira assez. »

— Ah ! pour le coup, M. de Beaumarchais ! vous vous moquez de prétendre qu'une pareille extravagance ait pu jamais être envoyée à M. Duverney ! Vous, jeune homme , qui ne >nous ét^s j'irnais présenté chez lui que comme son rede^ vable et comme son obligé ( page 1 3 ) , vous le

Mémoires. II. i3

tutoyez ? Vous rappelez ma petite ? Allez , toui

mériteriez.

— Dulcitery SotssicNÉs I Allons doucement , M. le comte I Entendons -nous , Messieurs I Réellement tous êtes encore un peu jeunets sur les affaires du monde et de la politique.

Sans parler du temps présent, dont je ne dirai mot , et pour cause : qu'eussiez -vous donc pensé de notre }>on roi Henri /f^ et de ses secrétaires d*état Villeroy et Puisieuxy qui s'amusaient, comme de grands enfants, k tout déGgurer dans le monde, eu écrivant à la BoderiCf ambassadeur de France à Londres ; à se nommer lui roi , le Cordelier; la reine d'Espagne, l^^S' perge ; le roi de Pologne , la Sauterelle ; le landgrave de Hcsse , le Chapon ; le royaume de Naples ^ la Tarte ; les puritaius anglais , les Dégoûtés : enfin, le consistoire de Rome, la hasse^Cour y etc. etc. Réellement vous êtes un peu jeunets , Soussicj<és (i) I

Mais , avant de gronder le sieur de Beaumarchais , voyez la réponse de M. Duverney sur le même papier , de sa main , du et même style

(i) Vid. Lettres d'Henri IV et de MM. de Villcroi et de Puisienx à M. Antoine Lefêvrc de |la Bodf?rîe , ambas* sadeur de France en Angleterre , depuis 1G06 jusc{u*ffB 1611*, in-8° I édition d'Amst. 1733.

R:ÉP0NSE INGÉNUE. igS

oriental j usant aussi de la douce liberté du tutoyement : Et puis levez la férule après , si vous V osez y sur le jeune homme d'autrefois : iln^est pas moins follet que celui d'k-présent que vous voulez châtier.

La voici cette réponse ^ qui certes renfermait un sens bien éloigné de celui qu'elle ofïre aux Soussignés.

Je TW saurais comprendre comment on a conçu cette idée, dont l'exécution passe mes lumières* Je souhaite que ce soit un bien pour TA maltresse. Il suffit qu'elle soit de ton am. LêC mien serait déplacé entre amant jaloux, et femme bien gardée. Je crois qu'il est difficile de réussir., j£ jlë bkule.

Ma foi ! Je veux encore joindre au procès ce drôle de billet, afin que le comte de la Blache ait le plaisir de s'inscrire en faux contre la petite. — Non, Monsieur, ce n'est pas contre la petite qu'on s'inscrira , c'est contre votre billet lui-même. — Eh ! pourquoi? — Parce que celui de M. Duverney ne peut être la répohse au vôtre , écrit sur le même papier , et pour le coup nous vous tenons. — Vous m'effrayez ! — M. Duverney ne, finit-il pas son billet par ces mots : je le brûle ? — Certainement. — Fort / bien. Mais s'il a brûlé le vôtre , comment se

iqG REPONSE INGÉNUE,

trouvc-t-il ici par accolade au gieii ? Vous nous expliquerez cela , si vous pouvez , quand il en sera ({uestioii : nous vous donnons du temps pour y rêver. — Je n'en veux pas Messieurs. Débi* tcur aussi net qu'indulgent créancier , ye Tous^ dois une explication , la voici :

Mon billet commence par ces mots : LiSf ma petite f cK ouB JK tV.nvoie, et donne'inoi ton sentiment lù-dessus , et finit par ceux-ci ; Je ne te fais pas les amitiés de la Belle : ce qu'elle t'échit t^en dira assez. Or, ce que M. Duvemey brûla , ce itit la lettre de la Belle ^ dont k mienne était le passeport* 11 ne m'écrivit même que pour m'assurer.......... — Passons^ passons

M. de Beaumarchais ! Ce n'est pas cela que nous voulions dire : et nous avons tant <^'auires preuves !•••••

— Avant de passer. Messieurs, je vousjferai

seulement observer (jucvoilk plusieurs réponses

de M. Duvcrncy , porutnt ces mots ; hrûle-moi,

je le brûle ^ etc. Ceci servira d'éclaircissement,

si vous le permettez, au premier ariicle de Tacte

du premier avril, où je m'engage de pendre eu

mains-propres , trois papiers importants j$oM

1( « numéros 5,9 et C:«, ou de les brûler^ s'ils ne

me revenaient qu'après la monde M. Duveruey.

Passons maintenant.

JËli bien, graves censeurs I très-haut/ très-

RÉPONSE INGÉNUE. iot

puissant et irès-désîntéressé légataire ! qiie di-. les-vous de tout ceci? Malheureusement, dans Tin homnié du caractère de M. Duverney, vous êtes foircés d'avouer qu'il faut au moins respecter ce qu'on ne peut comprendre : car , d'aller s'attacher au sens littéral î en vérité, vous seriez beaucoup pins indécents que vous ne m'avez reproché de 1 être ! Or, comme la question d'aujourd'hui n'est pas d'expliquer ce que voulaient dire tous ces chiffres , ces hiéroglyphes ; mais seulement de constater , de bien prouver qu'il y avait deux commerces* entre M. Duverney et Beaumarchais ,* l'un public, ostensible et simple , et tel que la différence des dges et des e'tats le comportait*; fet l'autre, non seulement bien familier et sans façon; mais d'autant plus mystérieux et badin , que l'objet en était plus grave , et la perte des billets plus dangereuse ; Ne pensez-vous pas , comme moi , que j'ai porté 4a preuve de ce fait aussi loin qu'elle peut aller ?

J'ai d'autres billets encore : entendez-vous ? Ten ai encore ; mais en voilà bien assez pour montrer combien peu sensée , peu réfléchie est la èonsultation des Soussignés , et combien plus audacieuse et sans vergogne est l'âme de celni qui me force à me laver ainsi de ses calomnies ; quoique tous ces écrits lui eussent passé sous les

yeux loDg-temps avant qu'il (ut question de procès entre nous I

D'après ce que tous venez de lire ^ ô défenseurs du comte de la Blache I Jugez de quel mérite est à mes yeux votre grave commentaire ( pages 46 et 47 ) ^ur le dernier aUnea de ma lettre du 22 septembre 1769, où vous m'accablez du poids.de votre sainte colère : la tirade est trop curieuse pour n'en pas régaler le lecteur.

u Enfin 9 l'indécence de la dernière partie de » la lettre est tellement révoltante , qu'elle suf- » fira pour porter la conviction dans tous les » coeurs honnêtes , que Ja lettre n'a point été » faite pour parvenir à M. Duverney* Dans son » billet f celui-ci mandait : J^ai remis le billet M doux à sa destination : le inonde m^a empé^ » clui de le faire lire ; on Va mis dans la po* » che , et on a promis repanse dans deux jours» » IL est sensible qu'un billet doux envoyé à » M. Duveriiey pour le faire lire à quelqu'un , » ne pouvait être que pour une personne dont le » sieur de Bejiumarchais sollicitait la protection; D mais comme il était essentiel à son roman de » supposer entre lui et M. Duverney la plus » grande familiarité , il s'est porté à l'excès de » mettre dans sa lettre, adjoint un billet doux : » vous m^ entendez , lisez , mon ami, et ,dites » que je ne suis pas un amant attentif, jiussi''

RÉPONSE I N'G É N U H. igg^

» tôt arrivé^ mes premiers ^ya^ux sont pour leSc » plaisirs de la petite ^ e^c.»..,. »^

Ici finit ma citation. Sublimes <:ominentateurs I

qui TOUS êtes creusé si gpatuitemeat le cei veaa pour nous donner eu consultation un chefd'œuvre aussi long que celui d'im inconnu, qjuoique moins bon , puisqu'il faut tout dire : N'êtes-vous pas .un peu honteux d'avoir été , comme des étourueaux ^ donner dans le piège ridicule que le seigneur QN vous a tendu sur ce commerce familier? Vou&.lavera-t-il de la hoate d'avoir été si grossièrement sa dupe, et d'avoir insultéun honnête homme k plaisir ^ sur sa périlleuse parole?

Comment ne vous est-U paa.venu à l^prit^ en voyant^ dans la réponse d€| M. Duverney, du 22 septembre 1769, le mot étrange de billet doux écrit de sa main , qu.e Iç jeune Beaupiarchais n'ayant pu conduire la plume du vieillard Duvemey^ lorsqu^il répondçiit , puisque celuici consentait à puiser dans la lettre de l'autre , l'expression figurée de billet doux , par laquelle j'avais désigné la lettre jointe à la mienne ; il fallait pourtant bien que cette expression jt^llette, orientale y eût un sens mystérieux? Mais surtout , comment n'y avez- vous pas reconnu la trace.de la douce familiarité annoncée entre les deux amis ^ puisque le plus âgé ne dédaignait pas ; en rcpon-

làOO RÉPONSE INGÉNUE.

dant , d'user dés mêmes tournures badines employées par le plus jeune ? Comment n'avez- Tôus pas vu cela ? J'en suis désolé ! Je vous croyais plus forts d^intelligence et de coa* ceptîon !

Mïiintenantq^e vorns en savez afiuant que moi sur la nature de ce commerce familier ; je reprends ma quesliiOnV et v<)i:ts donne a mon tour un long-iemps poury répondre. Que dites-vous de votre ènnuyèui cbminenU^irè de 58 pages , Sur racté du prèmî'ér avril, et sur les lettres qui l'accompagnent? N'en êtes- vous * pas un peu howtéux? ' ''" « • ' -

Mais si le tort de ces illusions , de ces insi*nùatiîllei , est tout au éomte de la Blache; un arlifiice qui vouïsl appartient en entier, et qu'on ne peut éxcùset etfdes gens honnêtes , comme ceux dctit ^'aperçois les signattires ati bas de la consoltation ; c*est ,' en citant , en rapportant nos lettres familfères , d'avoir toujours affecté, pour tromper le lecteur*, de commencer par donner les Teponses dé' M.' Duvemèy , coninie écrites le^ premières , -et de n'avoir jamais cité qu'après elles , niés lettrés qtu' /dans Tordre naturel de leur style; semblent aii moins avoir été dictées avant les stennes. Vous êtes'-vous flattés qu'un artifice auîssr hisis et puéril tromperait quelqu'un ?

Voyez vous-mêmes la pitoyable figure que vous

faites, dans votre consultation ( pag. 48 ) en nous donnant pour un billet écrit le premier, cette réponse de M. Duverney : Il faut se voir aidant de rien ordonner. Le temps est trop court /Et celui-ci de moi , comme écrit le second :

Puisque mon bon ami craint d'employer son notaire , a calse de srs malheureux entoubs , je vais commander Pacte du mien : s'il Vapprouf^ , il sera fait demain au soir , et on hii

portera tout de suite à signer^ etc.? Le

billet : Il faut se i)oir aidant de rien ordonner. Le temps est trop court: ne serait-il pas bien inintelligible, s'il n'eut été précédé d'un autre auquel il répond? Et n'es t-il pas , au contraire , la régonse naturelle d\in homme qui veut examiner e'g^e , et surtont insister en conversant sur don éloignement pour un notaire? Voilà ce que je ne puis vous pardonner , en ce que cela est partial et de mauvaise foi.

Ici Tavocat-commentaire ajoute (pag. 49)- De plus ces mots , Avaist de rien' ordonner , ne peuvent pas se rapporter à Un compte. — Vous avez raison , seîgn'cfur licencié ! MHis fl^ «te rapportent fort bien à un acte qu'on Veut càirimander à un notaire.

Par quelle raison y ajouté encore lé licencié, M. Duverney aurait-il craint son notaire ? (p. 49 à la suite. )^— H l'aurait craint, bachêKer, par des

aoa RÉPONSE INGÉNUE.

raisons que j'expliquerai plus loiii^ en mettant au jour les ruses du comte de la Blache f et je vous promets de n'y pas oublier ce qui parait vous agiter en ce moment.

Et celte autre réponse de M. Duverney k mon billet du 6 mai 1770 , D'a-t*elle pas bonne raine k être citée par vous^ comme première lettre 1 Je ne le puis , par des raisons que je

vous dirai. Je ne le puis Quoi? l'on avait donc

demandé quelque chose? Et si M. Duvcrney ne pouvait remettre encore au porteur les contrats reçus ou billets sollicites dans ma missive du même jour^ sa réponse n'étaitrelle pas aussi simple que naturelle? Je ne le puis, par des raisons que je vous dirai» — Tout cela ne détruit pas mes conjectures ^ dit le comte de la Blache : /s fecit cui prodest : voila mon raisonnement. — Il est savant votre raisonnement I ne veut-il pas dire : celui-là fil le billet; à qui le billet devait profiter ? — Fort bien»

— Mais que penscricz-vous 9 Monsieur, d'an avocat qui s^essoufflcrait k vouloir vous persuader qu'entre deux billets écrits d'amitié y celui qui contiendrait ces mois : Fort bien , Dieu merci f et vous ? serait la demande ; et celui qui offrirait ceux-ci : Comment vous portez-vous , Mon^ sieur? la séponsc? Ne vous permettriez -vous ' pas de rire un peu du bavardin? liideamus quo^

RÉPONSE INGÉNUE. 2o5

que ; nam tu es ille vir ! O digne Baccalauree I Moi aussi je parlerai latiu ^ puisque chacun montre sa science. £n efiet, un argument eu us , de temps en temps ^ ne dépare pas un mémoire^ et cela orne bien une procédure.

Cependant , si toutes les lettres que je viens d'entasser ne sont pas réellement les réponses à celles auxquelles je prétends qu'elles répondent sur le même papier; il iaut avouer au moins qu^çlles sont lâs réponses à quelque chose de moi pour M. Duverney ?

O judicieux^ intègre légataire I c'est vous que j'interroge ! vous qui avez trouvé plusieurs lettres ostensibles de moi dans son secrétaire , et qui les y avez laissées avec tant de scrupule ! vous y aurez vu , sans doute aussi , toutes celles qui m^ont valu les réponses que je présente ? et pour gagner votre cause , en arguant mes lettres de faux y la moindre chose que vous puissiez faire , est de nous montre!' les véritables.

Il serait bien étonnant que , sur une foule de lettres importantes , écrites par moi , dont j'ai produit les réponses , vous n'eussiez trouvé dans le bureau que deux ou trois billets qui n'ont aucun rapport aux siens ^ et qui , par là , n'en servent que mieux a prouver qu'il y avait deux commerces entre nous , indépendants l'un de l'autre : Je premier marchant gravement , sim-

ao4 RÉPONSE INGÉNUE.

plemcnt ; mais ne disant rien , parce que la voie qui le fesnit parvenir était publique et dangereuse aux secrets : et de cette nature sont les trois lettres que vôu» citez : Tautrc, sans protocole, sans g^nc et tel que je le prouve , écrit et répondu sur le môme papier, tant dans les lettres qui se rapportent k Tacte du pr< mier avril , que dans celtes qui ne s'y rapportent pas !

Montrez-nous les donc toutes ces lettres auxquelles la fotile <l(îs réponses de M. Duvefney sont applicables ! nlors je vous donne quittance et je m'avoue vaincu. Cela est-il net?

]'n 17^1 , J'ai acheté une charge de cinq rr;iii ïijill*' livres ; en 17^2 , une aiurc de «o \anie dix mille livres; eu ly^S, une maison de soixaiue mille livres , etc. Ou j^lvais de l'argent pour les payer , et alors je n'étais pas ce jeune h' ^mme altéré de fortune que vous dites, oii je n'avais pas d'argent, et quelqu'un m'en a prêté. Cherchez dans l'univers un seul homme , autre que M, Duveri;ey , qui m'ait alors obligé de cent francs, amenez-le moi : je vous donne quittance et je m'avoue vaincu. Cela va-i-il bien encore ?

Lorsque j'avoue que M. Duverney m'a prêté plus de huit cent mille livres, lorsque vous-même avez imprimé' ces mots dans de premiers mémoires que vous n'ost^z plus produire : Lafor^ ftinr de M. Duvprney était un butin que le sieur

RÉPONSE INGÉNUE. ao5

de Beaumarchais croyait lui appartenir} que ne proGtez-vous de mon o(Fre ? Ou Je dois ces sommes considérables, ou je les ai payées. Si je les dois encore , montrez-en les titries : si je les ai payées par un autre arrangement, montrez-en les traces ^ et sur ces traces ou sur ces titres , je f ous donne quittance et je m'avoue viiacu. Suisje honnête et franc à votre avis ? A Ttous à parler, mon ennemi ! car c'est bien tout , je crois ?

— Comment tout ! et ces trois lettres des 8 février , 4 W^" et 1 1 octobre 1 769 , sur lesquelles vous passez à vol d%>iscau ! Ce certificat si fort , du médecin , qui contredit votre lettre du 7 juillet 1770 ! et surtout cette date du mercredi 9 mai 1770 , appliquée sur laadicatiou sa-^ medi 11, de M. Duverney , que nous vouj avons si ingéuieuseracnt reprochée ( pages 5i , 62 , 53 ) et sur laquelle, a vrai dire , nous avons fondé tout le gain de notre cause ! vous Toublicz donc? vous la laissez à part , sans oser y toucher? Quand on a tort, on est toujours pris par quelque endroit !

— Vous avez raison, Messiei^rs, quant aux trois lettres ostensibles de T769; aussi n'est-ce pas par oubli que je les écarte en ce moment : mais pour eu orner la seconde partie de ce Mémoire , intitulée : L&s ruses du comte dç iu BlachCf

2o6 RÉPONSE INGÉN U E.

Je devrais bien y porter aussi ma réponse au certificat mendié du médecin , car c'est là sa Traie place : mais puisque j'y suis invité , autant vaut-il que je l'expédie.

Le médecin vous a donc certifié que dix jours avant sa mort , M. Duverney , gaillard et dispos^ ne ressentait ni chagrin ni incommodité? Comme je crois plus à la bonhommie du docteur qu'à la vôtre , ce n'est pas lui que j'interroge : il a pu se tromper sur le physique, ignorer le moral , et mal voir en tout. Mais vous qui passiez la vie en faction dans sa chambre, vos yeux attachés sur ses yeux , a piper l'héritage , à le hâter par vos désirs; comment ignorez-vous ce que sa famille, ses commis , ses valets , tout le monde enfin savait chez lui? que c'est moins la vieillesse qui l'a emporté qu'un violent chagrin qui l'a tué? Comment pouvez-vous l'ignorer, vous? puisque je le savais, moi? puisque ma lettre à laquelle il repond le 7 juillet 1770 , fixe la nature de ses peines et lui rappelle qu'il me les a confiées peu de jours avant?

En effet, je l'avais vu si désolé, si furieux dans notre dernière entrevue, le 3 ou 4 juillet; et quoique ses gens et les miens eussent été forcés de m'enlever de ma voiture et de me porter dans son cabinet , parce que j'étais mourant moi-même ; il pouvait si peu se modérer en m'en

parlant , qu'après avoir passé deux heures k m'efforcer de le calmer, j'emportai Fafireusecerti-f tude que ce chagrin le mettrait au tombeau.

Voilà ce qui me fit presser, par ma lettre du 7 , le retour de mes papiers et de mes fonds ; ce qui me fit aputer , quoique très-peu en état d'écrire : « Comment va votre santé ? surtout , » comment va votre tête? Vous savez bien que » je n'approuve pas Texcessif chagrin que vous » avez pri« de ce dernier tracas. Mon ami, cette » école militaire vous tuera ! Si vous êtes conifent » de ce que le roi a reçu votre Mémoire ; qu'im- » porte ce que pense le ministre de la roule que

» vous avez prise pour cela ? Madame : était

» toute aussi bonne qu'une autre. A Tégard de la » colère de M.... mon bon ami, quand on a fait » le bien toute sa vie, et que Ton a quatre-vingt- » guatre ans de vertus et de travaux sur la tête, M on est bien grand ! voilà mon avis , donnez-moi » de vos nouvelles. »

L'infortimé répond sur le même papier à mon affaire, et finit ainsi sa lettre : w Je suis toujours » au même état ; il ne se changera qu'avec de la » patience : cinq ou six jours de lit ; mon bras » se sent du changement de temps : Ma tête

M EST SX PLEINE DE MA MALHEUREUSE AFFAIRE, » QUE JE NE SUIS PLUS MAITRE DE MA TRANQUIL-

i )) LiTÉ. Je compte vous voir à votre retoiur. »

ao8 R E P O N S E 1 N G E N U E.

Soixante heures après il est alité par ce chagrin ^ comme il l'avait prévu; dans moins de six jours ! le malheureux homme >est sous la tombe : et un insidieux héritier j contre ma lettre , contre la réponse de M. Duvemcy , contre la notoriété * publique y et contre sa conscience ( à la vérité qu'il foule aux pieds sans scrupule) vient donner le démenti le plus absurde au chagiin^ à la soui>france'» à la mort du vieillard !

M, Duveruey m'écrit : Je suis incommodé ^ ma tête est trop pleine y etc. Il meurt presque en l'écrivant ; et parce que son héritier se portait bien, était joyeux, quand il mourait de chagrin; cet héritier veut qu'on l'en croye sur sa parole. 11 ira jusqu'à vouloir nous persuader que le malade ne savait ce qu'il disait , en écrivant : Je souffre.

Au reste, M. le comte, sur ces mots de sa dernière lettre : Mon bras se sent du chan^" ment de temps; ce n'est pas assez qu'un docte médecin, à votre réquisition, lui donne im démenti sur sa douleur pa»ssapère au bras; il n'y f ici d'efïleuré par le certilicat du docteur , que cette moitié de l'aveu du vieillard , mon bras se ,

sent et quoique le médecin dut mieux savoir^ J

•ans contredit, que le malad^^, si ce malade - «oufïrait ou non ; \e ne me rends pas , que vous ; n'aviez joiat h son certificat, celui d'un feseur

RÉPONSE INGENUE. iwg

de baromètres ^ qui démentant ce reste de la

phrase du changement de temps ; nous at--

teste aussi que le mercure^ h. cette époque^ n'a pas varié d'un degré dans le tube. Alors il faudra bien avouer y malgré nous , que la lettre de ]VL Duvemey ^ la mienne ^ son chagrin y sa ma-ladie y sa mort même , ne sont que des chimères ! Mais comment avez-vous oublié le fescur de baromètres ? vous l'homme aux certificats I lliopime aux ruses y aux précautions d'avance ! N'étes-vous donc plus le véritable Falcoz ? IVoellement vous vous négligez un peu sur ce procès-là ! •

Quant à Terreur d'indication et non pas de date y que M. Duverney a faite en répondant à ma letttre du 9 mai 1 770. Je croyais qu'après avoir si bien y si clairement fondé la vérité des lettres ;^| familières qui se rapportent à l'acte du i" avril, par leur suite et leur parfaite analogie avec celles qui ne s'y rapportent pas ; je pouvais me dispenser d'abuser de votre indulgence , en défendant une légère erreur de désignation , faite par M. Duvemey, et non par moi-même. Mais puisque vous n'êtes pas fetigués de m'écouter , je vais joindre à la preuve analogique , la preuve irrésistible d^un fier argument ; et puisque c'est tout de bon que ce fait vous paraît grave y il faut s'y arrêter. En effet , j'ai vu que vous aviez fait

Mémoires* //• i4

pio RÉPONSE INGÉNUE.

corner tous les exemplaires de votre Mémoire en cet endroit, pour qu^on le remarquât.

Le comte de la Blache a fait , dit-il ^ une découverte absolument décisive pour le gain de son procès. Il s'est aperçu qu'en réponse k l'un de mes billets , daté du 9 mai 1770 ^ et finissant par ces mots : ^ quand doric la bonne fortune ? Je suis tous les jours à V ordre comme un mousqivetaire. Je ne le puis ni demain^ m ve\dredi, ce qui constate d'abord que mon brllct fut écrit le mercredi g mai 1770. 11 a découvert , dis^je, que M. DuveiTiey m'a répondu sur le même papier, au lieu de samedi 12; ces mots : samedi 1 1 à 8 heures du soir^ ou dimanche d la même heure. Et tout joyeux de sa trouvaille , il emploie une page et demie a tirer d'une légère erreur de M.Duverncy, la juste induction que sa r^éponse ne saurait s'appliquer a mon billet du 9 mai^ mais qu'elle appartient à une lettre écrite )e 8 février 1769, et voici comment il raisonne. En vérité , cela est aussi lumineux que jiidicîeuji f

Le sieur de Beaumarchais, composant après^ coup dans son cabinet, une prétendue letuc, écrite pour cadrer à la réponse faite depuis loiigtcraps par M, Duverncy, a cm de bonne foi, qtic le samedi désigné étant le 1 1 mai , il n'avait qu'a mettre Sur le sien , ce 9 mai ; que , pai-là, sa lettre semblcfah antérieure de deux jours a

RÉPONSE INGÉNUE. an

celui qui était indiqué pour rendez-vous. Malheureusement il n'a pas été consulter l'Aimanach de l'année 1770, car il y aurait vu que dans le mois de mai 1770 , /'/ n'y aidait pas de samedi qui fût /en, etc. ( pag. 55 ).

Je n'aiFaiblis pas Tobjection , comme on voit; au contraire , je la rends plus claire en la débarrassant de cet entortillage de style qui fait de tout ce mémoire un ambigu si lourd ei si difficile à comprendre.

Mais prenez garde , avocat ! vous vous fourvoyez I II ne iallai|jgto- accorder au fripon pour qui vous me donnçnKie malheureusement il n'a pas été consulter l aîmanach de l'année 1770. Par cet aveu maladroit , vous lui passez gain de cause entier ! voyez vous-même.

Ces termes de mon billet ;ye ne le puis, ni demain ni vendredi, prouvent clairement que je l'aurais écrit comme envoyé le mercredi. Si je l'avais composé après coup , et sans Valmanach de Vannée ; a Taspect de ces mots, samedi 1 1 , d'un billet dont je voulais abuser, j'aurais dit, en comptant par mes doigts et 1 étrogradant à mesure : samedi ii, vendredi 10, jeudi q; et j'aurais daté mon faux billet du mercredi 8 mai. Mon erreur alors appuyant celle du billet Duverney , j'étais pris comme un sot : car deux hommes en s'écrivant ne font pas , chacun de

ii3 RÉPONSEINGÉNUE.

leur côté , rerrcur de reculer d'un jour la Traie date de leur lettre : une pareUle fortuite devient trop improbable.

Mai3 il n'en va pas ainsi j mon cher I j'ai daté du 9 mai. Le corps de mon billet prouve qu'il fut écrit le mercredi , et UAlmanach de 1770, que malheureusement je n^ ai pas consulté y nous montre que ce mercredi était le 9 maim Donc^ pour me supposer faussaire y vous dévies ^ 6 avocat ! renonçant à votre majeure ^ établir au contraire que j'avais VAlmanach sous les yeux en appliquant le billet après-coup. Donc vous ne savez ce que vous voulea ■■assurant que je ne l'avais pas. Donc vous n*a^^sencorerien prouvé* Voilà pour une : essayons l'inverse à présent.

J'avais donc VAlmanach sous les yeux en composant mon infamie !Mais si je l'ai consulté^ pour dater aussi juste du mercredi g; comment n'aurai-je pas vu d'un coup- d'oeil que, si mer» credi était le 9 mai^ le samedi suivant ne pouvait être le 1 1 , puisqu'il y a trois jours pleins entre eux : qu'ainsi je ne devais pas , en datant mercredi 9 y user d'un billet indiquant samedi 1 1 ; pour essayer d'enlever au pauvre comte de h Blache iSlioille francs sur son pauvre legs de i5 cent mille livres.

S'il est probable que M. Duvemey , donnant rapidement un rendez-vous demandé p ait pu se

RÉ^PONSE INGÉNUE. 2i5

tromper en désignant samedi 1 1 , au lieu de samedi 12 ( car sa légère erreur est de désignation future ) ,v il n'est nullement probable que M. de Beaumarchais , enfermé dans son cabinet ^i et consultant à froid, un almanach de Vannée pour dater son feux billet si juste dumercredi 9 ; au eu X^Lgileriey Isl sottise , d'appliquer sa date à côté de samedi 1 1 , qui lui crevait les yeux.

Et ne Toilà-t-il pas que, pour me dénoncer faussaire , il tous faut aussi renoncer à la seconde- Hypothèse , que j'avais Famanach sous les y^ux^ quand^fe connus si bien que ce mercredi était le 9, ou que ce (pétait un. mercredi? Donc, pour me faire une aussi sotte insulte , il faut corn* mencerpar dévorer l'étrange et double absurdité de ne pouvoir poser en principe ; ni que f avais T Almanach sous les yeux , ni que je ne V avais pas : ce qui fait crouler tout votre édifice et ramène à la seule idée possible , naturelle et vraie, que l'aspect des choses présente. M. de Beaumarchais écrit le mercredi 9 mai 1770, k M. Du-

vemey, A quand la bonne fortune ? Je ne le

puis ni demain , ni ^vendredi : tous les autres jours sont à mon bon ami : Et M. Du vemey, \oyant que M. de Beaumarchais ne peut venir ni demain jeudi ^ ni vendredi, lui assigne un rendez-vous légèrement pour samedi ou dimanche ; et au lieu de naettre samedi 12 ; il se

ai4 RÉPONSE INGÉNUE.,

trompe et met samedi 1 1 à huit heures du soir^ ou dimanche à la me^me heure*

CHa e8^11 clair? et Jonque tous ro^arez dît^ flatteur que voua êtes I ( page 1 1 ) que j'étais un jeune homme de heauconp d^ esprit ; ne mef 6-» siez T0U5 donc ce compliment que pour tomber ensuite clans la couiradiciion risible de m'accuser partout de n'avoir fait que des bêtises? Voilà pourtant de quelle force vous arf^umentez dans toute la pli^nitude de vos cinquante^huit pages 1 funeste raisonneur I A la vérité, cela devrait ne m'^ rien f iire : mais vous me forcez à devenur aussi ennuyeux que vous , pour réfuter clairement vos affreuses inepties : voilà ce que je ne puis vous pardonner !

— ^h bien , monsieur de Benumarrhais I quand vous devriez vous irriter davantage I nous ne pouvons nous empocher d observer encore sur votre analogie , que tous les billets répondus par M. Duvemey , et qui se rapportent à l'acte du premier nvril , sont plus sers, plus décharnés^ plus dénués de bonté , de familiarité que ceux qui lui sont étrangers. Comment cela se fait-il ? Etîez-vous brouillés? peu d'accord entre vous? quoi donc ?

— Ha I ha ! Messieurs , c'est que je ne les ai pas tous produits ces billets ! quoiqu'en honneur, le comte de la Blachc les eût tous tun aTant le

ri

RÉPONSE INGÉNUE. ai5

procès ! Mais ^ indépeûdamment de ceux que je n'ai plus , parce qu^ily en eut beaucoup de brûlés ou déchirés avant TexplicatiOn et la clef que je viens de donner ^ j'aurais craint que le ton badin et mystérieux qui règne en quelques-uns de ceux qui me restent ^ interprété malignement par y6us y ne nuisit à la mémoire du plus respectable des honmies* Mais rien ne devant me retenir ^ après avoir tout éclairci ; je ne crains plus

de vous montrer * celui-ci ^ par exemple ,

qui^ daté du i5 juin 1770^ est postérieur à la signature de Tacte du premier avril; et qui, malgré son badinage> s^j relate en toutes ses parties. Puisque j'ai la demande et la réponse , on sent assez que c'est moi qui écrivis le premier.

Ce i5 juin 1770.

w Un peu de notre style oriental pour égayer » la ma:tière. Comment se porte la chère P£- » TiTX? Il y a long*temps que nous ne nous » sommes embrassésé Nous sommes de drôles M d'amants ! nous n'osons nous voir , parce que » nous avons des parents qui font la mine : mais » nous nous aimons toujours, Ah ça^ ha PErixE ! » je vous ai rendu lettres et portraits/ voudriez- » vous bien faire de même ? à la fin je me fâ- M cherai. Autre article : depuis la grande pan-

3ï6 REPONSE INGÉNUE.

n carte ^ cette pancarte qui fait que ^ de très-en- D cherétrés que nous étions ^ nous ne sommes » presque plus rien Tun à Tautre ; j'ai eu affaire D arec quelques fleuristes qui commencent à me ï) presser pour les fleurs que je leur ai promises. » La t»£TitE sait bien que , dans Foraine ^ le )) mot fleurette signifiait une jolie petite monnaie^ V et que compter fleurettes aux femmes était )) leur bailler de Tor; ce qui a tant plu it ce sexe » pompant , qu^il a voulu que le mot restât an D figuré dans le galant dictionnaire.

)} Je voudrais donc que la tetite me comptât » fleurette sur Tarticle de la balance de ?a grande » pancarte , et qu'elle m'en composât un beau » bouquet : les fleurs jaunes sont d'un usage plus » commode. Ces jolies fleurs jaunes h face }) royale^ que nous avons tant fait trotter^ pour

» le service de la petite , autrefois I Je ne la

» taxe pas pour la grosseur du bouquet ; je con- » nais sa galanterie. Mais lundi est le jour de la » fête où ce bouquet doit passer aux fleuristes. » La petite veut-elle bien dire quand je pourrai }) envoyer chez elle ? »

J'ai rapporté celte lettre badine en entier; parce qu'à travers le voile et la friTolité de son siyle , on ne laisse pas d'y reconnaître tous les objets de l'acte sérieux du premier avril précédent ; et ceux dont les autres billets sont rem-

RÉPONSE INGÉNUE. ai7

pKs. On y voit que les lettres et portraits rendus^ les autres redemandés , sont tous les titres remis par moi et ceux promis par M. Duverney; que la grande pancarte qui fait que y de très-enpke^ vétrésy etc. est Facte du piremier avril. Alors, compter Jleurettes sur F article de la balance de la grande pancarte , n'a plus besoin d'explication. Ces jolies Jlçurs jaunes que nous avons tant fait trotter autrefois pour le service de la PETITE y n'en ont pas besoin non plus. Rien enfin n'est si clair ^ si sérieux, quoique si badin, que cette lettre.

Elle préseilte encore à nos juges un aspect plus satisfesant pour moi; c'est que , ne pouvant évidemment se rapporter qu'aux objets graves et consignés dans l'acte du premier avril 1770, elle se reflète à son tour avantageusement sur les lettres étrangères à l'acte que j'ai citées , et forme la preuve la plus forte , que le sens littéral de toutes ces lettres badines, n'est qu'un masque, ou le domino sous lequel deux hommes d'état iraient se concerter mystérieusement au bal de l'Opéra.

— Tout cela va fort bien , M. de Beaumar- I chais. Maïs cette lettre et l'induction que vous en tirez ne peuvent avoir de force et de valeur, selon vos expressions même , se refléter avan* ^^geusement sur les autres lettres et les en^^

:?i8 RÉPONSE I N G É N >U E.

<:haîner toutes aux liaisons qui ont fondé l'acte (lu premier avril, qu'eu supposant que la réponse (le M. Duverney serait autre chose qu'un rendez-vous tout sec , et qu'il s'y avouerait , par exemple « f^tre la Petite à qui vous demandez si librement des Jleurs jaunes •

— Très-volontiers , Messieurs* Voyons si M. Duverney y blessé de mon ton leste et libre» ou a pris un plus sec , plus sévère et plus réprimant dans sa réponse écrite sur le même papier » do sa main : la voici mot pour mot.

(( Soyez demain à neuf heures du matin chez » hk PETiTfs : elle vous offrira le bouquet de la » fétc de lundi. Ce u'est pas sans peine que Toii » a rassemblé les fleuivs les plus rares , dans le » moment présent. »

Rapprochons maintenant la lettre et la réponse : ou plutôt laissons les réflexions. Graves éplucheurs ! si cette pièce vous embarrasse aujourd'hui , vous la parfilerez tout à votre aise ; car je la joins aux autres pièces du procès; quoique tout cela soit^ comme je Tai dit, fort inutile au soutien ou au débat de l'acte inexpugnable du premier avril 1770. Mais c'est vous qui m'y forcez; et je ne veux rien vous laisser à

désirer.

— Une seule question seulement , M* de Beaumarchais, sur ce billet. Fûtes- vous chez la pe-

R É P ONSE INGÉNUE. 219

lite f le lencieiivùn ? — Non pas ce jour-là ^ ni les suivants^ judicieux questionneur ! — £h pourquoi donc ? devant y prendre de Targent et des papiers; cela n'était-il pas très-intéressant pour vous ? — Certainement , mon cher Monsieur ; mais par malheur , ce fiât le 1 5 même à huit heures du soir^ que je tombai si dangereusement malade d'une fièvre absorbante^ et qui m'a tenu plus de deux mois au lit ^ tant a la ville qu'à^ma maispn de Pantin^ comme cela est authentique à Paris. L'on sent bien que je ne pouvais donner une pareille commission à personne : c'est ce qui fit que, trois jours après , tourmenté de l'idée que M. Duverney devait être bien surpris de ne m'avoir pas vu , je lui écrivis de mon lit le billet suivant :

Ce 18 juin 1770.

« M. de Beaumarchais qui est dans son lit avec » une fièvre que Ton qualifie de spasmodique )) ( c'est le terme de M. Tronchin ), a l'honneur » d'en donner avis à M. Duverney. C'est ce qui « l'a empêché d'aller rappeler au souvenir et à « la bonté de. M. Duverney , qu'il doit lui re- M mettre des papiers importants, lesquels ^ à » vrai diie , feraient grand plaisir au pauvre » malade. »

Je soufTrais^ mon ton était simple et grave. Un laquais de ma femme portait îna lettre. Or ^ ce n'était ni le temps de badiner , ni celui d^étre ' eec dans la réponse ; tm ton familier même y eût été déplacé ; puisque \e ne Tavais pas pris dans* le mien. Aussi , le bon , llionnéte, le judicieux^ le respectable M. Duverney prend-îl, en me répondant^ le ton sérieux de Fintérêt le plus vif.

(( Votre santé m'inquiète, Monsieur; £iites- » m'en donner des nouyelles tous les jours , jus- » qu'à ce que je puisse vous voir > ce que je Dtn

» SIEE ARDEMMENT. »

On ne peut pas s'empêcher d'être un peu frappé de ces mots dans un billet sérieux ; ce que je désire ardemment: h Tinstant où je suis malade; en me priant de lui faire donner de mes nouç^elles tous les fours; quand on a lu dans la Consultation du comte de la Blache ( page 55 ) , que /amais le sieur de Beaumarchais n^en a reçu un seul mot d'honnêteté par écrit.

— Mais peut-être aussi ce billet n'est-il pas pour vous? — Pardonnez-moi , Messieurs , il est pour moi , répondu de sa main , sur le même papier ; et quoique le mien fût plié y cacheté par moi en simple billet, même sans adresse^ il me Ta renvoyé sous enveloppe , avec cette adresse de sa main. A Monsieur de Beaumarchais ; à Paris : cacheté de ses armes.

— Tout cela parait sans réplique:^ Monsieur : cependant il nous reste encore uu scrupule. Toutes les réponses de. M^Duvemey, écrites au haut d'une page ou d'une feuille , nous paraissaient ofirir une si grande facilité à Fabus qu'on pouvait eaaToir fait, qu'avec les insinuations du comte de la Blache > nous, avons été ^ nia foi , plus qu'à demi-persuadés ^e vos billets étaient appliqués après-coup , sur ce3 prétendues réponses

— Avec votre :pérmission. Messieurs , il n'est pas vrai que toutes les, réponses de M. Duverney soient écrites au haut des pages ou des feuilles ; elles sont , d'u^ seps , de Tautre > .à côté , dessus , derrière >, sur le même ou sur le second feuillet ^ etc

— Oui, mais il n'y en a pas une seule écrite d'une façon irrésistible et qui porte la conviction dans l'âme , que ce qui semble vous répondre est invinciblement la réponse à votre lettre. Quoi ! pas un seul billet de M. Duverney qui soit placé, par exemple , immédiatement au dessous de votre écriture à vous ? de façon qu'il soit impossible à rhomme le plus difficile , en le voyant , d'imaginer que M. Duverney eût choisi, pour vous adresser quelques mots , le milieu ou les deux tiers de la page , et vous eût laissé au dessus de son billet , une grande place blanche pour y appliquer le vôtre après-coup? comme une tell«

façon d'écrire un premier billet , serait absolument improbable, en le Toyant servir de réponse au vôtre écrit dessus , il n'y aurait plus de moyen de douter que le vôtre n'eût été écrit le premier^ et que celui de M. Duvemey ne fôt la vraie réponse k laquelle nous nliésiterions plus de nous rendre ; et c'est alors seulement qnc nos doutes sur un commerce libre entre vous deux , toujours répondu sur le même papier , seraient levés : alors la puissante analogie que vous invoquez serait dans toute sa force et nous laisserait sans réplique.

— En vérité , Messieurs , ne doutez pas que , dans phis de six cents lettres ou billets brûléi par moi , il n* s'en/trouvât quelques-uns écfitJB et répondus comme vous le désirez. Mais daus ceux qui me restent et qu'on m'a forcé trèsinutilement de iproduirc au soutien d'un acte qui ii^avait nul besoin de soutien ; s'il ne s'en trouve pas d'écrits ainsi ^ c'est par la raison , ou que mes billets remplissaient toute la première page; bu que, devant replier la' lettre qu'il me renvoyait ; afin que son cachet ne tombât pas siir la place déchirée par le mien , M. Duvemey a presque toujours retourné le feuilleton le papier pour me répondre. Que sais-jc ? et comment pourrais-je expliquer la bizarrerie de pareilles fortuites ?

RJÈPONSÊ INGÉNUE. :î:23

-^ C^est pourtant cela seul qui pourrait nous convaincre.

— Eh I Monsieur F Avocat- Virgule ! À quel misérable pointillage attachez-vous votre prétendue conviction? Quand on se rend si minutieux sur les preuves, on n^a guère envie d'être ' convaincu l

' Cependant voyons..... Comme je veux essayer de vous complaire en tout j Je vais joindre aux pièces du procès encore un billet à sa réponse, à la vérité très-inutile à Tacte du !•' avril ; mais au moins propre à vous satisfaire. Je Fai par hasai^d dans les mains ^ et il remplit si bien toutes les conditions par vous exigées , que j'espère , après cela y que vous me laisserez tranquille. Il est sans ■date y et se rapporte à des envois d'argent qui regardaient personnellement M. Duverney. Je lui écrivais :

« Vous avez oublié , ma cuèke amie , de dori- » ner vos ordres au petit Bon-homme , et tout » est resté là. Je ne puis pourtant pas tarder » davantage. Si vous voulez dire à mon commis- » sionnaire ce qu'il doit faire, je vous saurai uu M gré infini de cette complaisance, et je vous en » remercierai demain au soir. En vérité , je ne » puis reculer mon envoi. Samedi matin.» ^ — Toujours MA CHÈRE AMIE? ma chère amie à M. Duverney ! On ne s'accoutume pas a cela I

aa4 RÉPONSE INGÉNUE.

— Eh I certaînemenl , mon cher I Comment cela TOUS émeut- il encore? Le but de ma com« plaisance » en tous montranl ce billet^ n'est pii de réTeiller la question du style et de rabâcher dix fois pour en justifier le figuré , mais de tous faire échec et mat, sur les pointilleuses preuTei^ exigées par tous , d'un commerce écrit et répondu sur le môme papier ; mais répondu si certainement à mes billets écrits , qu'il n'y ait plus moyen de dire, Non.

Examinez donc bien celui-ci ^ ces deux écriturcs, sa forme , son papier , ses déchirures , ses plis , ses cachets , et surtout , brûlez-TOus les yeux sur la place de la réponse. Elle est de k main de M. DuTcrney , répondant à ma chère amie ; écrite sur la même page que mon billet; immédiatement au dessous dejnon écriture , du même sens , aux trois quarts de la page Ters le bas ; et ce billet ne contient que ces mots :

Je n^ ai pas vu le petit , demain Je vom arranr gérai.

Certes , Messieurs , s'il a choisi cette place exprès pour m'écrire quatre mots , bien respeC' tucusement aux trois quarts de la page , et qu'il ait laissé au dessus tout le reste en papier blanc, afin que je pusse en abuser au bout de dix an^ contre son légataire ; il était aussi ridicule ce jour-lii ^ qu'il fut stupide le jour qu^il mit , dit-on y

RÉPONSE INGÉNUE. aaS

sa signature et la date fixe dû premier avril 1770 , au bas du second verso d^une grande feuille de papier à la Tellière ; ce qui noi^eût laissé quatre pages de graud blanc , où j'aurais pu placer , noa une créance détaillée de quinze mille livres, mais bien une, en trois cents articles , de quinze cent mille livres , et qui eût absorbé Phéritage !

£t le comte de la Blache^ qui vous a fait écrire et soussigner tant d'injurieuses absurdités. Messieurs , avait pourtant vu toutes ces lettres , long-temps avant le commencement du procès.

— Oh ! monsieur de Beaumarchais , voila trop de fois aussi que "vous répétez que le comte de la Blache avait vu toutes ces lettres avant le procès I Il faut vous fermer la bouche , au moins sur cet objet, en vous prouvant qu'il n'en connaissait rien, lorsqu'il vous fit sommer de déclarer de quelle main était l'écriture de lacté du premier avril ; puisqu'il nous a fait imprimer ( pag. 16 de notre Consultation, ) Naturellement il dut naitre des inquiétudes f des soupçons : mille idées durant se présenter à F esprit (^ du comte de la Blache ) : tout annonçait une œuçre mysté-^ rieuse , une entreprise aussi hardie que profondément méditée. Mais comment la pénétrer ? Qomment la démasquer? Le comte de la Blache essaya de tirer quelques lumières du sieur de Mémoires. II ^ i5

226 11 Jâ P O N s E I N 0 É N U E,

Beaumarchais lui-nidme ; /e 2 5 septembre 177 ï / il le fit sommer de déclarer, etc.

— Et c'est le comte de la Blache qui vous fait imprimer de si belles choses ? — Le comte de la Blache lui-même. — Et c'était le ^5 septembre 1771 ; qu'il avait tant d'inquiétude et de désir d'obtenir ces éclaircissements de moi? — Le aS septembre 1771»

— Bonnes gens que vous êtes ! Vous ne savez pas encore votre Falcoz par cœur ! A[)prencs5 donc y avocats candides et naïfs , ou qui feignez de l'être I que dix mois avant l'époque du 25 septembre 177 1 y et six mois avant qu'il fût seulement question de procès entre le légataire et moi, ce seigneur "Qvait vu chez M* Mommet, mon notaire , rue Montmartre, à Paris, Tacte (\\\ premier avril , toutes les lettres qui s'y rapportent et même beaucoup de celles qui ne s'y rapportent pas. Que loin de désirer des éclaircissements que je le pressais de recevoir à l'amiable , ce bon seigneur les fuyait dès-lors comme la peste; et c'est ce que je vais vous prouver sans réplique...

— Nous vous arrêtons, monsieur de Beaumarchais ! Prenez garde , et réfléchissez avant tout , que vous taxez-la un geniilhonime, un officier général d'une chose infâme ! Avant d'allrr plus avant, voyez comme il vous fait accuser par juuus , d'avoir fabriqué ces lettres , dans le cours

RÉPONS EINGliNUE. 227

dupix)cèsy \PRÈs-GOUP , et pour répondre auoc objections de M« Gaillard son avocat ! Voyez ce qu'il nous fait imprimer ( pag. 53). On lui objectait que V écrit du premier avril ne prouvait point la remise des pièces. Il m^ a fait cette lettre ( après-coup ) pour prouver cette remise.

Après de telles déclarations d^un homme d'honneur^ dire et soutenir qu'il avait vu toutes ces. lettres long-temps avant le procès ! . . . .Prenez garde , Monsieur , prenez garde ! Voyez donc ce qu'il nous fait articuler ( pag. 4^ )• Pour se

TIREIl DU MAUVAIS PAS OU IL s'ÉTAIT ENGAGÉ , il a

formé le projet défaire passer ces petits écrits de M. Duverney comme des réponses à des lettres qu^il a forgées et écrites...... à des Iqt--

très qu^il a imaginées après-coup.

Rien de si positif que ces déclarations ! Prenez donc garde, Monsieur , à ce que vous allez dire ! Savez-vous bien qu'il y a de quoi perdre à jamais et déshonorer Tun de vous deux? Et si vous aviez une fois écrit un pareil fait sans le prouver !..• Tenez ^ lisez encore ce qu'il nous fait imprimer (pag. 55 ). ON LUI objectait que y dans décrit du premier avril , // était dit dans un endroit , le contrat de rente viagère en brevet , et en un auti^ endroit : La grosse du contrat : c'est pour

LEVER cette ÉQUIVOQUE Qu'iL MET DANS SA LETTRE

( subaud. APRÈs-GOUP ) ^ fc brei^et ou le contrat en bret^ec.

Après ded faits si positivement articules 9 a qui persuaderez-Tous que M. le comte de la Blache, un homme de condition , un maréchal de camp f dyant vu ces lettres ^ fût assez TiL...

— Alte-Ià , Messieurs ^ à mon tour ! Laissons les quanfications , et voyez mes preuves. Elles sont tirées d'un petit commerce épistolaire aigredoux , qui fournit quelque^ lettres entre le légataire et moi, peu après la mort du testateur. J'ai ( Dieu merci ) Conservé la copie des miennes et les originaux flùs siennes.

Après plusieurs lettres et réponses , une lettre de moi , du 3o octobre 1 770 , portait cette invitadon itérative au comte de la Blaclie

« Je me suis pressé de renvoyer à mon notaire » mes papiers qu'il m'avait rendus , comme inu- I) tiles chez lui, jusqu'à déposition pour mi- » nu te y etc..»«

» J'ai donc l'honneur de vous proposer encore M une fois de nous rassembler chez ce notaire. ^) Je désire que vous puissiez engager une per- » sonne impartiale et instruite y à vous y acconîi- » pagner. Quelles que soient vos intentions , M comme nul homme sensé ne plaide contre rw révidence et ses propres intérêts , j'espère

RÉPONSE INGÉNUE, 22^ » que la communication de mon titre et les ex-

» PLICATIONS QUE JE SOIS PRÊT A VOUS PONKlBR

» SUR LES MOTIFS DE SON EXISTENCE VOUS pOTte-

» pont à prévenir , pj^r un arrangement à Tumia- » ble, des demandes juridiques ^ auxquelles je » ne me détermine jamais qu'à la dernière ex-^

» trémité.

J'ai rhqnneur d'être , etc.

» Signé .CARorî pç ^Beaumarchais, n

Que répondit k ces invitations le légataire universel • devenu si fier de son nouveau litre ?

Ce 3i octobre.

a La seule proposition que je puisse accepter , » Monsieur, est celle que vous me fîtes, il t » A QUELQUE TEMPS , dc faire remettre chez » M. Mommet votre notaire , vos titres et ^ LETTivES A l'appui, EN ORIGINAUX, afin quc je » puisse les examiner moi-même et en prendre » connaissance ; toute entrevue deviendrait inu- }) tile et ne conduirait k rien avant ce travail. Je

» CROYAIS m'en être EXPLIQUÉ ASSEZ CLAIREMENT

» dans ma dernière , etc ( // est fier ! notre

« ennemi. ) J'ai l'honneur d'être , etc.

» Signé La Blache.

Elles existaient donc en octobre 1770, ces

aïo n j: p c) N s K I N (/ i: n u n.

lettres on on'f^inanXf a V appui de F acte f puisque le fier li'galaire avoue clan« sa lettre (Ijj 3i , que, depuis quelf/ue temps , je lui avais offert de lc9 uoumetire à sou cxameu chez mon notaire? JWfrais donc aussi tousles édaîreissenients possibles?

— Il n'y a plus moyen , à la vérit/î , de douter que les lettres n^existassent : mais il est possible encore Ji la rifçueur , que M. de la lilaehe ne les ait pas vues avant les j)rocédures.

— Je sais bien, Messieurs, qu'il le nierait, s'il osait : mais comme Je ïi'ai pas le temps de lui en laisser le loisir ; que ee n^*st pas sans preuves ({uc je l'ai dit ; et que ses premiers IMémoircs rattestent; je le répète : oui , Messieurs , il les a vues , lues, tenues , et relues avant le procès, tliez mon notaire, le mardi G futvrmhre 1770, et e'(îst encore lui-même (jui va vous le prouver. J'avais écrit à ce seif^ncur le G novembre au matin»

« Mon litre de créance est (liez M. Mommet, i) Monsieur: j(; le lui avais rcîinis avant de vous » écrire ma derniènî lettre, ou iiccnovAis mV,n » ÈTRK KXPiJgfJi': Assi:z claikkivucm' {phrase du » leffataire dont je me parais aussi ^ à fiérot I » fier et d(;mi.) Si la crainte de m^y rencontrer )) vous a empèclié d'eu aller prendre communî- » cation, vous le pouvez toute la soirée aujour-' )) d'iiui: M. Mommet m'a promis de vous y ai-

REPONSE INGENUE. aSi

» tendre , etc. .•...• Avec des procédés un w peu plus honnêtes , vous auriez obtenu de moi » des éclaircissements de toute nature , mais M peut-être avez-vous vos raisons pour ne pas » vous soucier de les recevoir.

» J'ai rhonneur d'être , etc.

Signe' Caron de Beaumarchais.

Et que répond Théritier , bouffi de colère , à Taspect d'un créancier de i5 mille francs , dans un héritage de i5 cent mille francs-, tombé du ciel ? Il me répliqua a l'instant :

« Quoique je ne me croye point obligé , Mon- » sieur de répondre à votre empressement sur la » connaissance que vous désirez depois si long- » temps , que je prenne de votre litre de créance; « je passerai ce soir chez votre notaire pour

» en examiner la teneur, etc Quant aux

» éclaircissements que j'y aurais gagnés (à rri^y » voir y ^ et dont vous me flattez, ne voulant » rien obtenir, il était assez simple de ne rien » demander, etc... Je suis très-parf.*... etc.

» Signé La Blache.»

Il y alla le soir même, et pour mieux procéder à Vavération des écritures ; il y mena le sieur Dupont, depuis intendant de l'école militaire, alors exécuteur testamentaire de M. Duvemey* et qui , ayant été toute sa vie son secrétaire^

aZ2 RÉPONSE INGÉNUE.

connaissait bien son écriture : il y mena le sieut Du Coin y caissier de M* Duterney^^ qui la connaissait bien autant ; il y mena d'autres *per- 6oùncs encore ; non une fois , mais plusieurs. M* Mommet leur montra Facte et les lettres en original : là ^ tout fut examiné 9 bien lu ^ commenté parle noble héritier : mais avec des éclats! ^vec une fureur qui le mena jusqu'à dire , que^ si faisais jamais cet argent ^ dix ans se seraient écoulés f et que f aurais eY^ vimpen^é de toute

Page 1