‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 14 sur 40 · MANIÈRE AUPARAVANT · texte numérisé non relu

MANIÈRE AUPARAVANT

Depufs, et sous l'époque du 1 1 décembre 1770, M' Mommet^ à maprière , eut encore Thon né te té de porter Tacte et les letires en original avec un Mémoire explicatif chez M» d'Outremont, avocat de ce riche légataire) son conseil y étant assemblé : ce qui est aussi constaté par deux lettres de Tad versai re et de moi. Et c'est d'après son examen critique et cehû de tant de connaisseurs^ que je l'ai pressé de toutes les façons de prendre contre l'acte du premier avril , la voie de Tinscription de faux^ la seule qui légalement lui fût ouverte; et c'est d'après ces examens aussi qu'il l'a toujours éludée : voulant bien , comme je l'ai dit 9 me dénigrer publiquement , pourvu qu'il ne courût pas le danger de m'accuser juridiquement: et l'on veut que je me modère I . . . . 11 le faut cependant.

"Que résulte- t-il de tout cela? très -gracieux Sons8iGNJÉ6 ! CVstque des lettres vues long-temps a^ant le procès eotamé^ n'out pu être fabriquées, comme il vous le fait dire , long-temps après le procès entamé : c'ç9t que toutes ces lettres que j'ai, ^i-W j forcées après'coup y pour me tirer du mauvais pas où les Mémoires et les bruyants plaidoyers du porte-voix Gaillard me jetaient en 1772 ; je viens de prouver qu^il le^ avait connues et très-aigrement commentées dès :i770 ; c'està-dire deux ans avant les objections à.n porte-voix et mts prétendus embarras ^^ répondre.

Il en résulte encore , que loin qu'en septembre 1771 , le Comte de la Blache inquiet ^ fut empressé d'arracber de moi de premiers éclaircissements sur Tacie qu-il attaque; ses écrits prouvent que, dès 1770 , il les avait aigrement refusés de moi. Quant aux éclaircissements dont vous me flattez ; ne voulant rien obtenir , il est assez simple de ne riçn demander : ( disait -il dans sa lettre du 6 novembre 1 770. )

Maintenant que tous ces petits faits sont bien éclaircis, à votre aise, Messieurs, sur les qualifications ! de ma part j'estimerais que , n'y ayant point ici d'ânerie, ce ne serait pas le lieu d'appliquer les oreilles dont j'ai parlé plus haut . 1 ecriteau seul m'y paraît convenable, avec ces mois : Calomniateur avéré.

ri",4 R lî: P O N S E I N C E N U É.

Mais vous quMl voulait rendre ses complices, avocats trop confiants I Comment n'avez -vous pas senti que chez lui c'était un parti pris ? Que l'ïmiqne artifice de sa misérable défense, estd^inlervertir l'ordre naturel de toutes les choses écrites; de nierrévidence même, et d'injurier, injurier, injurier?....

En vérité , res[)rit se soulevé et se révolte à tout moment ; et s'il y a des bornes a la patience même la plus absurde , il faut avouer qu'on a besoin de les reculer encore , pour qu'elle n'é- <;happe pas à chaque objcît de cette afï'reuse discussion ! Non ! si l'espoir de charger, de couvrir un injuste ennemi de l'indignation de tous fceiixqui me liront, ne modérait mon Ame et n'enchaînait ma j)lume! A chaque période > une fièvre de ^ iureur allumant mon cerveau, je rugirais comme \ un insensé! je couvrirais mon papier des explosions d'une colère exallée , au lieu des raisons (|ne je dois et veux y consigner uniquement I Mais aussi , quel indigne métier fait depuis six ans ce ('oniie de la lUache ! Et s'il était capable de rentrer en lui-même ! quelle terrible réflexion pour un homme de nom qui s^honorc de ses aïeux, de penser qu'après un tel procès, jamais SCS dcscenrlanls ne pourront s'honorer de lui!

// me fiait f a-t-il dit , comme un amant aime sa maîtresse! c'est-à-dire , avec passion ; cl il

Pa bien prouvé! Mais, qui pourra jamais deviner tout ce que je réprime en lui répondant !....

Lorsque j^allais remercier les juges du conseil de ce qu^ils avaient anéanti Findigne arrêt rédigé par ce Goëzman , en faveur de son protégé la filache ; un magistrat, raisonnant avec moi de cette afiaire, et me parlant avec intérêt du grand succès que je venais d^obtenir , me dit : on à supprimé votre dernier Mémoire , quoique bien frappé ; parce qu^en effet, il est un peu trop vif.

— Trop vif. Monsieur! Ni vous , ni aucun inagistrat que Je connaisse^ n^êies en état de juger cette question. 11 me regarde avec étonnement : comment donc ? Que dites- vous ?

— Pardon , Monsieur , si je vous ai jeté dans un moment d'erreur ! Mais ne vous méprenez plus à mon intention : elle est pure, et ce n'est pas votre amour- propre que j'attaque; c^cst votre sensibilité que j^interroge. Avez-vous jamais rencontré dans le monde , un homme assez lâche , assez insojent pour vous crier pendant six ans , à la face du public , que vous étiez im fripon ; sans autre droit qu^me injuste et criminelle avidité ? Non , sans doute , me répondez-vous ! Eh Lien ! pardon , Monsieur ! mais vous qui n^avéz jamais éprouvé de tels outrages ; vous qui fronciez déjà le sourcil au seul soupçon que j'effleurais votre amour- propre ! comment pourriez - vous

juger du degré de ressenti meut permis a un hominé d'honneur ^ indignement attaqué et poursuivi de* puis dix ans par la haine et la calomnie sur toiil les points délicats de son existence? — Il s'ape paisa 9 me prit la main avec bonté. J'en ai parié, me dit-il ^ non en homme ^ mais en juge aus et je ne puis vous blâmer de votre excessive sensibilité.

- Résumons-nous maintenant y en rappelant an lecteur l'important aveu de Tavocat qui s'intitule les Soussignés^ imprimé par lui (pag.4ode8l consultation ) et les grands motifs qu'il allègue ensuite pour le combattre.

Si les lettres rapportées sont parvenues à M. Duvemey^ et si à chacune d^ elles il a fait h réponse qui y est appliquée par le sieur de Beatt marchais ; il s^ ensuivra très-certainement que M. Duverney a eu la plus parfaite connaissance de l^ écrit du premier avril ; qu^il a travaillé lui* même à le former y à le corriger y à le mettre en Vétat oh il est.

Tel est ce terrible aveu , contre lequel aprèSi nous l'avons vu délayer dans cinquante-huit pages de noir et de blanc y les fameuses objections qd suivent.

Mais comme ON nous a dit qu'il n'y avait jamaif \

\ de liaisons particulières, ni d'afl'aires secretteS"' entr'eux ; qu'ON nous a certifié que la fausseté

eu

d'un pareil commerce est non seulement prouTee; mais que ce commerce est injurieux à M« Du- Témey , à sa mémoire ^ à ses principes , à son âge , à sa vertu ; qu'ON nous a exposé n'en avoir jamais vu aucune trace dans les papiers de Vin^ ventaire , ni ailleurs ; que le sieur de Beaumarchais n^en apporte en preuve que les seuls billets qui se rapportent à Tac te du premier avril , et qu'ON lui objecte comme fiauduleux ; lesquels même ON nous assure n'avoir été imaginés après- ^oup , que pour répondre à mesure aux ohjec-lions dont il était pressé dans tous les plaidoyers et les mémoires , et pour étayer un acte qu'ON vous DIT suspecté de faux ^ en même temps qu^il esc rempli de dol , de fraude et de lésions; quoique l'une de ces suppositions exclue absolument l'autre. De plus, comme ON avoue n'avoir jamais rien su de ce qui s'était passé entre les contractants , et n'avoir trouvé depuis qu'ON est légataire enpossession^ aucun renseignement sur ces affaires secrètes ; ce qui rend nos conclusions bien vigoureuses contre l'acte ; et comme ON BOUS ATTESTE cu outre que si le sieur de Beaumar- ^ diais a d'autres écrits de M. Duvemey , O^peut ': dire sans témérité , qu^il se gardera bien de I jamais les joindre au procès : ON se flatte , nous [ nous flattons , et nous estimons que le sieur de îà Beaumarchais doit perdre ^ avec dépens ^ ledit

procès au parlement d'Aix , comme ON sait l'a perdu à la commission^ au rapport du cons< Goëzman. Eh! comment pourrait -il ne p perdre encore ? Un ancien colonel dragon honorant de ses pouvoirs , n'est - il pas ines nable avec de tels moyens , de tels d< seurs? etc. etc. Et adorauerunt draconem dédit potestatem Bestiœ , dicentes : guis si Draconiet Bestiœ ? etquis poterit pugnare eis? ( Apoc. cap. XIII. v. IV. )

En effet, ne semble-t-il pas, en lisant tout <

que cet avocat, frappé de la force irrésistibl

l'acte qu'il combat , de la plénitude et du f

de mes preuves, comparées au creux sonore

vide effrayant des siennes , n'ait fait suivre

redoutable aveu, de tous ces on c^/Vpitoyab

que pour m'inviier, en m'expliquant de plui

plus , à couvrir mon emiemi d'un opprobre i

faç^ble? Je vous ai compris. Soussignés

je l'ai fait. Vous venez de voir mes preuves

la liaison , sur le commerce intime et non in

rompu qui fut entre M. Duverney et moi. 1

est prouvé ; tout est dit de ma part.

Maintenant, M. le Comte, ajoutez un mi

tout ce qu'il dit, et montant votre lurluti

organisée sur son air accoutumé ; répétez-n

iyncorc pour toute raison :

A la vérité je ne sais rien de rien ; mais Ta

du premier avril est faux : le contrat viager est faux : les quittances relatées sont fausses : le traité de société est faujc : la remise des pièces est fausse : les lettres à Fappui sorti fausses : le commerce ostensible est faux : les billets familiers sont faux : les billets mystérieux sont faux: son esprit est faux : ses arguments sont faux : son cœur est faux : For de sa poche eslfauxises bijoux , ses diamants sont faux; tout enfin en lui est faux; tout est faux, je dis faux, faux, faux. M'entendez- vous ?

— Il est joli votre air , et vous jouez avec goût de la manivelle î Mais vous vous échauffez ! Savez-vous bien que vous avez-là dans le sang une singulière jaunisse? Elle vous fait tout voir du fond de sa couleur ! Je crains , Monsieur , qu'après vous avoir beaucoup tourmenté, cette maladie ne vous coûte un peu d'argent ! et vous Taimez Targent ! Prenez garde !

Reposons - nous , Lecteur: et que la marche inégale , les écarts et les tons brisés de ce Mémoire ne nous arment pas contre sa solidité ! Soyons de bonne foi : me liriez- vous sans quelqu'amorce ? Faut-il, parce qu'on a raison, don- ■ ner des vapeurs à son lecteur , et faire sécher d'ennui les magistrats? Leur état n'est que trop pénible !

Sans doute il est commode aux avocats de se

faire ordonner d'être simples ! Alors un Soussi- . cnÉ peut être lourd impunément pour le Comte de la Blache : que lui importe ? Mais moi ^ je ne le dois pas ; car il s'agit de moi. J'ai besoin qu'on me lise ; et forcé par le sujet à devenir long ; ce n'est qu^en éveillant l'attention^ que je puis espérer d'être lu. Mais ce n'est pas le ton . ici ; c'est le fond qu'il faut juger.

Je connais deux nations rivales et se disputant à-peu-près toute la gloire humaine. Chez Tun de ces peuples , j'ai vu les actes les plus fouâ , les plus extravagants , se faire avec un ton de réflexion et de gravité qui en imposait long-teini)» au vulgaire; pendant que l'autre peuple, d'un air inattentif et léger qui ne tenait personne ea garde 9 allait solidement au but, et gagnait en souriant , le plus grand procès de . TUnivers. Chacun met à ce qu'il fait l'empreinte de son caractère.

Si donc vous n'êtes pas trop mécontent de la façon claire et sans faste dont j'ai justifié ma conduite en cette première partie; encore ud peu d'ennui, Lecteur : il ne vous restera rien à désirer sur celle de mon adversaire, ni sur aucun des points de cet affreux procès , lorsque yoi» aurez lu ma seconde partie, intitulée : LesJluses du Comte de la Blache.

RÉPONSE INGÉNUE. a4t

Page 1