‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 22 sur 40 · AUX GAZETIERS · texte numérisé non relu

AUX GAZETIERS

Je vous prie donc , Monsieur , d'insérer dans le vôtre ce compte exact > simple et sans fiel , des motifs et delà teneur d^uh arrêt, quîrn'assure à Festime publique , un droit que Fin justice ehfia recbnflue et sévèrement répritnée |)âr cet arrêt, avait tenté de m'enlever.

Jamais , dans aucun tribunal , procès n'a peutêtre été plus scrupuleusement éxatoiné que celuici au parlement d'Aix. Les magistrats y ont consacré , sans intervalle , cinquàhte-néuf séances , mais avec une si auguste circonspection , que les regards curieux dé toiite une jtrande ville , extrêmement échauffée sui' cette affaire, n'ont rien pu saisir de Tôpinion des jtl^es avant Farrêt du 21 juillet.

Sans y être invités , et de leur plein gré , les plus habiles jurisconsultes de ce Parlement , se sont empressés de traiter la matière agitée au palais , mais avec un désintéressemetit , une profondeur et des lumières qui font le plus grand honneur au barreau de cette ville , et qui serviront sans doute à Tavenir de documents sur Tirtiportante question du faux.

Pendant ce temps, toute la Provence eiatiiinait avec attention l'active ardeur du comte de la Blache a épuiser tous les moyens de donner à ses prétentions les couleurs les plus favorables. On admirait surtout le parfait contraste entre la

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vivacité i la multiplicité de ses démarches y elle travail solitaire , le silence et la retraite profbndei où j'ai vécu pendant tout le temps qu'a duré Tins* truction.

Ennemi juré des sollicitations de Juges ^ ibu* jours plus fatigantes pour eux , qu'insimclives pour les affaires ; si j'en ai paru porter Féloignement trop loin dans cette occasion, je dois compte en peu de mots de mes motifs*

Il s'agissait ici pour moi, beaucoup moins d'un argent disputé que de mon honneur attaqué* Si î avais imité mon adversaire, qui ne quittait jamais la maison d'un juge , que pour en aller entre^ prendre uu autre ; on n'eût pas manqué de m'accuser d'étayer mon droit à l'oreille , et dans le secret des cabinets , par Tinflueiy^e d'un crédit que je n'ai point , et dont il eut été lâche à moi d'user , si je l'avais eu.

Respectant donc l'asyle et le repos de chacun^ j'ai supplié la cour de m'accorder une seule au-» dience devant les magistrats assemblés, lespiècea du procès sur le bureau, pour que tous pussent, en m'écoutant, juger à la fois l'homme et la chose, se concerter ensuite, et former Topin ion générale d'après l'effet que ce plaidoyer à huis-clos aurait produit sur chacun d'eux.

(( Cette façon d'instruire un grand procès, )\ Messieurs ;iai-je dit; me paraît la pi us prompte.

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n la plus nette ^ la plus décente de toutes. Elle >) convient surtout à la uature de me^ défenses : » alors ne craignant pas d'être taxé d'y employer n d'autres moyens que ceux qui sortent du fond M même de l'affaire, j'espère y remplir honora- >» blement ce que je dois à l'intérêt de ma cause, )) à l'instruction de mes juges , et au respect de » l'auguste assemblée. Mais une pareille faveiu* n ne doit pas être exclusive. Elle est , si je l'ob- » tiens , acquise de droit à mon adversaire ; et » quoiqu'il ait déjà pris à cet égard tous ses avan- » tages sur moi , je la demande pour nous deux , » en lui laissant le choix de parler avant ou après » moi, selon qu'il lui conviendra le mieux, w

Ma demande me fut accordée.

A l'appui de deux mémoires fort clairs , mai* véhéments , que les plus outrageantes provocations m'avaient arrachés ; j'ai parlé cinq heures trois quarts devant les magistrats assemblés. Le comte de la Blache a plaidé le lendemain luimême, aussi long-temps qu'il l'a cru nécessaire a ses intérêts.

Enfin , après avoir bien étudié l'affaire , nous avoir bien lus , bien entendus , la Cour , pour dernière des cinquante-neuf séances dont j'ai parlé, a passé la journée entière du 21 juillet, à délibérer et a former son arrêt, dontle prononcé , tout (^ une voix, déboute le comte de la Blache

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de ]'ent(^rinèment de ses letcresde rcarbiôn, de ses appels ^ de toutes ses demandes et fH^rteO"' tîonS contre moi, ordonne rexécution de rdcie du i*' avril 1770, dans toutes ses parties, le condamne en tous les frais et dépend ^ supprime tous ses tnéinoircs en première , seconde idstfiince f ceux atux Conseil y au Parlement d Ail , en un mot , tous ses écrits ; et le condamne ^n douze mille livres de dommages et iniércts envers moi , tant pour saisies , actions , poursuites tortionaireS) que pour raison nE i.x CALOMNiEé

On peut me pardonner si j'avoue , pour cette fois seulement , que Todieux substantif crt/o/77/2/tf a pu plaire h mon cœur, et flatter mon orei/ic. Ce mot éuergiqtie dans un arrêt si grave ^ et tant atleibdu , est le prix mérité de dix ans de travalux et de souffrances.

Le soir même , aHant remercier M. lepremier Président, j'appris de lui que la cour, en me rendant ime aussi honorable justice, avait désapprouvé la vchérnencc de mes deux derniers écrits; qu'elle les avait supprimés, et m'en pimissait par une somme de mille écus , en forme de dommages et intérêts , applicables aux pauvres de la ville , du consentement de M. de la Blache.

» Si les magistrats, Monsieur, ai-jc répondu, » n'ont pas jugé qu'en un affreux procès , pnr » Tissue duquel un des contendanis devait rester

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u enseveli sous le déshonneur d'qrie alroce c^2- » lomnie , ou Tautre , sous Celui d*ûa faux afbon liiinable 9 il fût permis à Toffensé de s'expri- » mer sails Ménagement , après dix ans d'oit- » triiges contiiiuels ; ce d^est pas à moi de blâmer » la ëa^essedëséé motifi^. Mais, dans la joied^ua » arrêt qui élève mon cœur ei lé fail tl*6ssaitlir n de plaisir, j'espère que la Cour ne regardera » JTOÎnt conlme un manque de respect ^ si j'a-* H joute aux mille écus ordonnés^ pour les p2lu- >i vres^ une pareille sotnme volontiiire dateur fa- >f veur , pour qu'ils remercient le ciel de leur >» avoir donné d'aussi vef^tueux magistrats. i>

Ma demande m'a été accofdée*

Des le lendemaîh de Tarfêt , M. le comte de la Blache a imploré la médiatiôh de ces mêmes magistrats ^ pour m^engager à consentir , sans -retard et sans autres frais , à Texécution amiable de cet arrêt, auquel il acquiesçait volontaiment.

J'ai cru qu'un pareil acquiescement , flonnant une nouvelle sanction à Tarrêt, méritait de ma part des condoscendances pécuniaires de toute liatu^e.

En conséqiiénce y et bien assuré que le substantif calomnie ,' que cet écriieau , trop jGéremt^ot peut-être annoncé dans mes mémoires , était pourtant consigné dâiis le dictuhi deTarrêt,

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comme un coin vigoureux dont Temprcintc ineifa* cable attestait mon lionneui* ^ et fixait la nature dei torts de mon adversaire ; f ai fait le Mcrifice d'un capital de soixante-quinze mille Itrres que je ]K>uirais toujours garder k quatre pour ceiit# J'ai passé sans examen k huit mille livres des fraii/ qui f réf^Un strictement f m'en auraient fait ren* trer plus de vingt. J'ai donnas les termes de troii et six moÏH sans int/itfttA au comte de la Blacfie qui les a demand/fs ^ pour s'acqnittc^r cnvi^» moi des adjudications de l'arnH ; et pour tr>utdireea un mot, ne me rendant rigoureux que êur \e gr;jnd portrait de M» Duveniey , que j'ai exigé fie la main du meilleur mattre , au jugement de IV'ad/^mie ; j'ai remis mon blanc-seing aux res' pectablcs conciliateurs , et la n/*gociation s'est t#;rmin/5e par nnn qiiittanc:e générale de moi f dictée par eux et conçue an cas tarnws :

QuiUanca tJéfinhivn do M. de lieaumarchali»

J*«î fftçii rlfl M. If» rouifr <I<* I« î5lo#'fii! Ifl ntitnmtt it ho'\%HnUi''t\tx mille ^ix cent virtfjt-riri<| ViwrvM , h qum ont Mé ri^gliîc», pur U tiMinlïon t}(* MM. d/f la Tour ^ pr«rn'tar VriHuhnif do lialUm v\ de. linauvttl , (:tm%t{\\\tv% itt Vtiv\t>A%ï^M\. y louti?» Ir*» /i<1judirfltiori% que j'ai ib prétendre ronlrc lui , cm vertu <l« T/irnU ^lu rarl<*ni<îrit de Provence^ r<»n<lu en rnn faveur le jti rju rourant, fie/iJite» ^ixâfite- *ii» mille i»ix cent viri^t-rinq livre» , provenant ; Savoik » <|iiinfo mille livrer pour nolde de Y%frk\A d« compte du

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premier avril 1770 , entre feu M. Paris Duverney et moi; cinq mille six cent vingt-cinq livres pour intérêts desdits quinze mille livres, courus depuis le jour de la demande jusqu'à ce jour ; douze mille livres pour les dommages e% intérêts à moi adjugés par le susdit arrêt; huit mille livres , à quoi ont été fixés et amiablement réglés les dépens que j'ai faits , tant aux requêtes de l'Hôtel qu'à la commission intermédiaire de Parisetau Conseil duroi; jusqu'à l'instance renvoyée an Parlement de Provence exclusivement 3 et finalement trente mille livres pour les intérêts au denier vingt , pendant huit années , des soixante-quinze mille livres que M. Paris Duverney s'était obligé , par le susdit arrêté de compte du premier avril 1770 , de noL'avancer, sans intérêts , pendant lesdites huit années; optant, au moyen de çc y pour ne par recevoir lesdites soixante-quinze mille livres que j'aurais pu , aux termes dudit arrêté de compte y exiger et garder à constitution de rente au denier vingtcinq , après lesdites huit années expirées , sous la condition néanmoins , et non autrement , que M. le comte de la ^lache fera son affaire propre et personnelle des droits que W- Paris de Mezieux peut avoir sur lesdites soixantequinze mille livres , en vertu du susdit arrêté de compte ; auxquels droits je n'entends nuire ni préjudicier; et que M. le comte de la Blache me relèvera et garantira de toute recherche à cet égard ; pour laquelle garantie je me réserve tous mes droits d'hypothèque résultants du susdit arrêt du Parlement de Provence. Le susdit payement de soixante-dix mille six cent vingt-cinq livres , m'ayant été fait en deux billets à ordre de M. le comte de la Blache ; le premier, de quarante mille six cent vingt-cinq livres , payable par tout le mois d'octobre prochain , et le second de trente mille livres, payable» par tout le mois de janvier 1779' Pour lesquels termes je lui ai prorogé lesdils payements, sans

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entcndrcn^anraoinsclérogcrhra(»8clroits,que je hae reserré au contraire de faire valoir en vertu du susdit arrêt du Par» lement de Provence , k défaut d'acquittement des susdite billets à leur échéance, sans laquelle condition jen'aiiraii J>a8 consenti à ladite J}roroga*ion ; et au moyen de tout ce que dessus , ledit arrêt se trouvera pleinement exécuté par monditsieur comte d^ la Blache,/i la réserve de la rémissioA du grand portrait de M. Duverney,quimesera faiteàPariSi en conformité dudit arrêté de compte , du i**" avril 1770; lequel portrait sera de la main des meilleurs maîtres, au jugement des connaisseurs ^ et au cas que M. le comte de la Blache n'en ait point en son pouvoir , de la qualité cidessus , il sera obligé de le faire copier «ur un bon modèle, par le plus habile peintre de Paris; et à la réserve encore que M. le comte de la J31ache me remettra toutes les lettres relatives à la recommandation dont la famille Hoyale m'avait honoré auprès de mondit sieur Paris Duverncy; laquelle rémission me sera égaleriient faite à Paris. A l'égard de tous les frais faits au Parlement de Provence, je reconnais quSl m'a été présentement pavé par mondit sieur comte de la Blache , la somme de six mille trois cent Aoixante-quatorze livres dix solis , à quoi se sont trouvés monter lesdits frais , suivant la taxe qui en a été faite, pour raison de tous lesquels frais, je quitte et décharge mondit sieur comté de la Blache. Fait à Aix le 3i

juillet 1778.

Signé Caron de Bcaumarcrais.

Ensuite est écrit de la main du comte de la Blache :

Pour duplicata 9 dont fai l* original en main. A la Roijue , ce 5i juillet 1778.

Sighé Falcoz, coMte de l4 Blache.

Avec paraphe.

De Pierre ^Augustin Caron DE Beaumarchais.

JEn réponse au Libelle dîffa?natoire ^

Sl^né Guillaume Kôrnmajï •

Dont plainte en diffamation est rendue , ai^ec Requête à M. le Lieutenq^nt Criminel ^ et permission d'ir^j^^ormer.

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