PREMIÈRE PARTIE
X KESSiJ, par les circonstances, de publier m* justiCc^liopsiirles atrpci(.és qui vçi^ sor^t imputées dans un libelle , signé Guillaume Kornman ^ et depuis avoué de lui ; j'ai fait en quatre nuits , Touvrage de quinze jours.
Dans cette première partie de ma défense je n'emploierai pas de longs raisonnements a repousser des injures grossières ; le temps est trop précieux pour le perdre à filer des phrases : j'op^ poserai des preuves claires et concises, à de* inculpations vagues ^x pf^lomnieu^i^^.
ScjS ' MÉMOIRES.
Je doiê repousser fortement les quatre chefd suivants.
10. D'avoir concouru > avec chaleur, à faire accorder k une infortunée la liberté condition* nelle d'accoucher ailleurs que dans une maison de force , où elle courait le danger de la vie.
2^. D^avoir examiné sévèrement une grande affaire qui tournait mal , à la sollicitation despe^ sonnes les plus considérables ^ qui avaient intérêt et qualité ^our en vouloir être bien instruites.
5*». De m'être opposé , dit-on , par toutes sortes demoyens , au rapprochement de la dameKomman , avec son mari.
/|«. Enfm, d'avoir riûné les affaires de celui-ci, en le diffamant partout. '
Les deux premiers chefs , je les avoue et Je m'en honore hautement ; je prouverai que j'ai dû me conduire ainsi. Je nie les deux derniers; j*aifait le contraire de Fun; je prouverai la calomnie de Taulre.
Fa i ts justificatifs du premier chef *
Ai^ez'vous concouru, aç^ec chaleur , à faire accorder à une infortunée la liberté condition^ nelle d^ accoucher ailleurs que dans une maison de force , oii elle courait le danger de la a)ie ?
Oui je l'ai fait; et voici mes motifs.
MÉMOIRES. Sgg
Au mois d'octobre 17^1 , je ne connaissais pas même de vue la dame Kornman ; je savais seulement , comme tout le monde , que son mari Tavait £siit mettre dans une maison de force , en vertu d'une lettre de cachet.
Un jour que je dînais chez madame la princesse de Nassau Siéghen^ avec plusieurs personnes , on nous peignit la détention et la situation de la dame enfermée , avec des couleurs si terribles , que cet événement fixa Tattention de tout le monde. Le prince et la princesse de Nassau^ surtout 9 paraissaient fort touchés de son malheur , et voulaient s'employer , disaient-ils , à lui faire obtenir sa liberté. Touché moi-même du récit , et de cette noble compassion , je les louais de leur dessein'; ils me prièrent d'y joindre mes efforts , ajoutant qu'un tel service était digne de mon courage et de ma sensibilité. Je m'en défendis 9 par des raisons de prudence. Ils me pressèrent , je résistais , en alléguant (ce qui est vrai ) que je n'avais jamais fait une action loua- Ble et généreuse qu'elle ne m'eût attiré des cha-» grins. Quelqu^un invite alors un magistrat du Parlement, qui était présent, à montrer à la compagnie le ménaoire que cette malheureuse femme avait composé seule au fond de sa prison, et qu'elle avait trouvé moyen de faire parvenir à M^ le président de Saron , avec autant dQ lettres
^Of^ MÉMOIRES.
qu'il y avait de magistrats à la chambre des Tacalions. Voici cette requête touchante.
Mémoire adressé à M. le président Saron , par la dame Kornman, née Faech (i).
I» Je suis née k Basle, en Suisfie, j*ai été élevée dans la religion prot(?stante réformée.
ATAgede i3 ans, j'étais orpheline de père et de mère ; à celui de i5 , mes parents m'ont £iit épouser y en 17741 le sieur Kornman ^ Alsacien , et de la religion luthérienne.
Mon mariage a été célébré dans le canton de Basle^ suivant les lois civiles et ecclésiastiques de cette ville.
Je pe connaissais i>as le sieur Kornman , je témoignai quelque répugnance; ou m'assura que je serais très-heureuse , que c'était un hou parti; je me résignai.
J'ai apporté à mon mari 3Go,oo() livres de dot, qu'il a touchées. J'ai été avantagée eu outre de ^0,000 livres. Mon mari s'est obligé encore de faire \nv état de ses bicus , dont la moitié doit m'apparteuir j en cas qu'il vienne à mourir.
Un de mes parents m'a dit , il y a un an, que celte clause n'avait pas été remplie, et m'en a
(i) La /aoiillc Faccli est une des pi cinicrcs de Ba^le.
MÉMOIRES. 4oi
marqué du mécontentement. Mais comme je îie me connais pas en aQaires d'intérêt, j*ai toujours aégligé ce point.
Mon mari m'a proposé de lui faire par écrit , sous seing-privé , une donation de tous mes biens ; je lui ai fait cet écrit dans les commencements de notre mariage ; il m'en a fait un pareil , qu'il a retiré sans me rendre le mien ; je Tai annulé de mon propre mouvement le 2S juillet dernier.
Je suis mère de deux enfants , et grosse de quatre mois du troisième. Notre union a été trèsmal assortie , j'ai été fort malheureuse ; et j'ai long-temps souffert avec patience et douceur.
Il y a deux ans que ces orages ont été plus fréquents , et plus violents. Comme le divorce est permis dans mon pays et dans ma religion, j'ai écrit , il y a un an, à mes parents collatéraux , que je voulais briser ma chaîne.
On a cherché à m'adoucir : un frère utérin que j'ai , est venu à Paris , le mois de mai dernier , il a cherché à pacifier ces troubles ; c'est l'époque de ma grossesse.
Au bout de quelque temps qu'il a été parti , mon mari a recommencé ses persécutions , et a passé toutes les bornes.
Je me suis plaint de mon côté , et je me suis occupée d'obtenir, dans les tribunaux (en me Mémoires. II. 26
séparant de mon mari ) , le repos que les conciliations n'avaient pu me procurer.
Mou mari crai^^nant sans doute reilet de cei démai'clies , a clierché a les prévenir par rautorité.
La nuit du 5 au 4 t^oût , deux lionmies se sont présentés k moi , et m'ont dit que M. le lieutenant de police désirait me parler.
• Je témoignai ([uelque siu*prise du message Ji une heure aussi indue ; ne pouvant cependant imaginer aucune violence , je m'iiabillui pour suivre les deux inconnus.
Je marquai de rétonncment de ne point trouver ma voiture ni mes gc^ns. On me représenta que c'était pour prévenir des inu*rprétations de ieur part ; que je rentrerais tout de suite ; que c'(^*tait pour m'cxpliqu(îr avec mon maii devant le magistrat; je me rendis : on fit approcher un OacrCi où je trouvai un troisième pcîrsonnage. Je m'aperçus qu'on prenait uue autre route; que celle de l'hôtel de la Police ; je demandai pourquoi? on me répondit encore que le magistrat craignant que je ne fusse vue de ses gejis , avait , par délicatesse , cru devoir me parler en maiscju tierce*
Je me payai de cette raison ; j'arrivai dans uoe cour; on me fit entrer dans une salle k rez-de* chaussée ; et l'homme aux expédients , quittant l'anonyme et sa (Wnte^ me demanda pardon de la supercherie ; me dit qu'il était exempt di
MÉMOIRES. 4o3
police , et que j^eusse à rester par Tordre du roi dans le lieu où j'étais.
Je ne puis rendre compte de ce qui s^est passé le reste de cette nuit et les trois premiers jours qui l'ont suivie , je me suis évanouie plusieurs Fois. J'ai eu le transport. Un homme est venu me parler , m'interroger , me faire signer : ma tête n'était pas à moi ; et je n'ai qu'un souvenir confus.
Je vis M. le lieutenant - général de police , qui m'a paru me marquer de l'intérêtl Mes idées s'étant calmées , j'ai appris que j'étais rue de Bellefonds ,* au château de Charolais , dans une maison de force, régie par deux femmes, nommées Lacour et Douay : qu'on y renfermait des fojles et des femmes prostituées.
On m'a ôté ma femme-de-chambre pour m^en donner tme du lieu , chargée sans doute du soin de m'espionner.
On m'assure que je suis traitée extraordinairement : quoiqu'accoutumée à l'aisance , je ne me plaindrais pas des privations physiques que j'éprouve dans mon état, et qui influent sur ma santé et sur le fruit que je porte dans mon sein.
J'avais été avertie que mon mari machinait
contre moi , on m'avait dit même que des gens
avec qui il m'avait fait dîner étaient des espions
de la police ; quoiqu'il les eût annoncés pour des
ïiégociants arrivant des Grandes-Indes.
1JL
4o4 MÉMOIRES.-
Le riS juillet je fis deux procurations^ dont une pour M. Silvesti^e , avocat aux couseils , qu'on m'avait indiqué comme un honnête homme ^ à l'effet de veiller à mes intérêts , et de prévenir quelques manœuvres contre moi; j'avoue que je regardais cette précaution comme superflue^ ne pouvant imaginer que le gouverneijncnt se mêlât de mes querelles avec mon mari , et qu'on me ravirait l'honneur^ la liberté, mes enfants ^ peut-être ma fortune , sans m'enteudre , quoiqu'il y ait des tribimaux.
Depuis ce moment , j'ai sans cesse demandée parler à mon avocat; je n'ai pu 1 obteîiir ; jen'» vu que mou frère , jeune homme âgé de 20 ans, qui, instruit de mon malheur, est venu d'Allemagne à Paris. C'est par lui que j'ai pu avoir quelques renseignements sur la conduite que j'avais à tenir. C'est par lui que j'ai pu faire passtf quelques lettres pourinsîruire mon avocat de mon sort , le prier d'agir pour me tirer de ce gouffre
Je n ai point reçu de réponse, on a cherché i intimider mon frère, et ou est parvenu a le faire repartir, dans la crainte qu'il ne me secôuràt. J ai demandé s il n'y avait pas de juges que je puisse implorer. 11 m'a dit que le Parlement était -, en vacance, il m'a remis une liste imp?*imée; ctl j'ai imaginé d'écrire à toutes les personnes dej cette liste; pour demander justice et appui.
MÉMOIRES. 4o5
Je n'aî rien commis contre TEtal , je demande qn^on s'informe de la société qui renaît chez moî, ji j'ai mérité , par ma conduite , d'être mise dans un lien de prostitution, où je manque.de tout, moi qui tenais un rang dans le monde , qui ai apporté une fortune considérable , et qui ai toujours vécu dans Tabondance.
Je suis instruite que mon mari craint que je redemande mon bien : on dit que ses afïaires sont 8urcharc;ées par les grandes entreprises dans lesquelles il s'est intéressé , entr'aiures dans une aux Quinze-Vingts. Il est triste de perdre ma liberté , parce que ma fortune périclite.
Sa conduite postérieure m'annonce la vérité de ces conjectures. Après m'avoir diffamée de la manière la plus cruelle , il parle de revivre avec moi ; la cupidité seule ou l'impossibilité de justifier de mon bien, peut lui faire mépriser jusqii'à ce point la délicatesse et Thonneur.
Quoi qu'il en soit, je supplie respectueusement Nosseigneurs d'avoir pitié d'une jeune femme étrangère , sans expérience , ne connaissant ni les usages ni les lois ; je mats sous leur protection ma vie et celle de Fenfant que je porte dans mon sein ; car je dois tout craindre après ce que j'ai souffert. Si mon mari croit avoir le droit de nie traiter aussi barbarement, pourquoi fuit- il les regards de la justice pour me persécuter
4oG MÉMOIRES.
lénébreuscment ? Après m'avoir tout ravi , il a été tranquillement. se promener a Spa» pour se» plaisirs; et je n'ai pu encore parler à mon avocat. Mon âge f mon sexe y mon état , méritent quel* qu'indulgence : je supplie qu'on me donne les moyens de me défendre , de m'arrac her de cet odieux se'îjour. Ma qualité d'étrangère , la religion que je professe; , les lois sous lesquelles j'ai été mariée , devaient em])éc]ier qn'on me ratît ainsi ma liberté. Je demande justice et protection; et si la confiance que j'ai en la démarche que je fais, n'eit pas trahie, je les obtiendrai. Ma reconnaissance égalera mon respect pour mes libérateurs. »
Signé f T. RoRisMAN , née Faesch*
Copie de la lettre écrite à MM. les Conseillers de la Chambre des Vacations*
Paris, au chAicau de Charola^f , ruo de BcllcfumU , octobre i;8i>
Mon s lEUR,
w VdX pris la liberté d'adresser un Mémoire à » M. le président de Saron, et Tai supplié d'en » faire la lecture a Messeigneurs. Son contenu » vous apprendra mes malheurs , et le secours » que j'ose attendre de votre justice et de votre » bonté. Je les implore avec la plus vive confiance^
» ma reconnaissance égalera les sentiments resw pectueux avec lesquels j'ai L'honneur d'être^
Monsieur,
Votre ^ etc.
Signé , F. KôRis'idAN, née Fàe$ch. >y,
A la lecture de cette requête> si simple et si touchante , je dis : Messieurs , je pense comme TOUS ; ce n'est point la TbuYrage d'une méchante femme , et le mari qui la tourmente est bien trompé sur elle, ou bien méchant lui-même, s'il n'y a pas ici des choses qu'on ignore. Mais, malgré l'intérêt qu'elle inspire , îL serait imprudent de faire des démarches pour elle , ayant d'être mieux informé. Alors, dans le désir de me subjuguer tôut-à-fait , un de ses zélés défenseurs , je ne sais plus lequel , me remit un paquet de lettres du mari de cette dame, écrites à l'homme qu'il accusait de l'avoir corrompue. Je passai sur une terrasse , ou je les lus avidement. Le sang me montait à la tête. Après les avoir achevées , je rentre et dis avec chaleur .-vous pouvez disposer de moi, Messieurs; et vous. Princesse, me voilà prêt a vous accompagner chez M. Le Noir , à plaider partout vivementla cause d'une infortunée*^ punie pour le crime d'autrui. Dlspbsez entièrement de moi. Je ne connais du mari que le désordre de ses affaires et je vQiis apprendrai comr-
/l(A M It M O 1 n K S,
ment. J<? n^âi [mmn vu fa tnalhisureuiic femme; umi»9 apr<t^ (:ci|iu? j<5vimtii de lirc^ je me croirm A\mi l&r;he ({ue ïauumr de <;e« lettreii^ #i je ne cofi(;our»i(i de; tgut mon pouvoir k luvxion f^éné' reuêe que voum voulez^ entrepreudre. Mei uîm m* t^Mbramu imi f n j'allai, avec la princetffie de lNa(i«»au, l'hit/ IVI. Li* Noir, où je plaidai longHempi pour rio(ri! priAotiui<Vc% J<* ne rrain» iVifiïfiMef personne en raf>pelantain«»i, lanôlre» Ali! chaam Tavait adoptée! I>e U je parti* [Kiur Ver^ailki, et n ai pa* au de him repo* rpie je n^iye obteofl de» miin»tre^r|ue riniortunée n'aeeoueherait pai^ ne périrait pa^idariK la niaiMjn de ibreaoù rintrigue Tavail jetée.
Pour justifier la < haleur cpie |'ai mi^e a (mitei mr,h Aoliirit«itionM , je cloin tran^rrire ici U:n lettre* du niaii , ijimma j ai transcrit pluii it;nit la re^ qn/'tiî de la femme. Mou honlieur veiil , rp/apréf len avoir employées dan* le teuip»» ii ouvrir le# yeux de* ruiniAire*, Mir riiomuie qui h'n avait trc/»q)éK, elle* tut*, noient restée* dan* le* î$mmf qu^>u ne me le* ait pîU reprise* I II e*t vrai que depiit* MX an* <:e Kornnian e*t dan* la boue^ et que *a levée de hourlier* f au**i liVclie qu^inja^ rien*e, était hien loin «l'être prévue! Mai* *^il eit un *eul homme, aprè* avoir lu c:ef> lettreif^ qui nedi*epa*; j'en aurai* iaitautantque IJeaumar-^ chai*! je ne pourrai jamai*e*timer cetbomme^l^
Non^ne transcrivons point sèchement ces étranges lettres : soyons courts , mais' pas ennuyeux : opposons-les y date par date, aux narrations du libelle que j^attaque , aux jérémiades hypocrites qui en accompagnent les récits : déterminons surtout les époques où elles concourent avec les lettres.
C'est vous seul que j'attaque , M. Guillaume Kornman. Vous m'avez , non pas inculpé ^ mais vous m'avez injurié. Vous avez armé contre moi mille gens assez légers pour prendre parti dans votre affaire, sans penser qu'un homme audacieux peut tout oser impunément aussi long-temps qu'il parle seul. Vous me forcez de me justifier ; je vais le faire sans humeur. N'étant point appelé à défendre votre malheureuse femme, de l'accusation d'adultère dont vous la flétrissez ; moins encore à disculper celui que vous nommez son séducteur; c'est vous seul que je vais discuter, pour le maintien de mon honneur ; il m'importe ici de le faire , avant de dire un mot de moi.
Parcourons donc votre libelle , que vous appelez un mémoire.
Vous convenez (page 6 ) que votre femme s'est conduite avec vous , pendant six ans , d'upe manière exemplaire , et vous fixez 1 -époque de ses désordres ( pour user un moment de vos termes ) a la connaissance que vous lui fîteç faire d'un sieur Daudet de Jossan, en 1^79.
4io M ^î M O r K E s.
M. le baron de Spon , premier président de Colmar, vous avertit , dites-votis ( page 6 ) , w que » le sieur Daudet était un personnage très-dangej) reux... qu'aucun principe d'honnêteté publique » et particulière n'arrêtait dans rexécii tien de ses » desseins. » ( Bon Romman, vous voilà prévenu. S'il vous arrive malheur ce sera bien votre faute!) Et cependant vous le reçûtes chez yotis (page8), « et vous lui rendîtes quelques services en consi- » dération de la protection très-publique dont » M. le prince de Montbarrey daignait Fhono- » rer. » ( Cela est bien généreux, mais en même temps bien imprudent ; puisque Iç changement de conduite de votre femme vous indiquait dc/à (page 8) le commencement d'une liaison entr'elle et lui. ) Insensiblement votre santé s'en altéra ( page 8. ) Vous fûtes k Spa pour la rétablir. Mais, homme attentif, en partant, « vous suppliâtes » votre épouse d'ouvrir les yeux sur l'abîme qui » s'ouvrait sous ses pa?î. Vous la suppliâtes de ne » pas se livrer davantage à un homme sans rao- » raie , et qui avait moins une véritable passion » pour elle, que le besoin de tirer parti pour sa » l'ortune de la complice de ses égarements. »
Cela est très-prudent de votre part. Mais que reut dire une lettre de vous , que j'ai dans ce moment sous les yeux ? Lettre écrite en arrivant aux eauX; à cet homme suspect, dont les liaisons
' MÉMOIRES. 4:i
arec votre femme avaient altéré votre santé > contre lequel vous aviez de nouveau cru devoir la mettre en garde à votre départ : cette lettre rentre si parfaitement dans les idées que vous nous faites prendre de votre éloignement pour lui, que j'en veux donner des fragments.
Adresse de la lettre.
A M. Daudet de Jossan , syndic- royal de la ouille de Strasbourg, à la chaussée-d^An^ tin y à Paris.
Avec le timbre de la poste (i).
Spa , le 12 juillet 1780.
r » Je croirais manquer à Tamitié que vous » m'avez toujours témoignée, mon cher SY^Dlcw Royal, si je ne vous donnais des nouvelles de » mon arrivée au lieu de ma destination. J'ai lait » le plus de diligence possible , afin de pouvi^ir
» VOLS REJOINDRE LE PLUTOT POSSIBLE ; pOUr HIC
» rendre en Alsace. Ma foi il était temps que je » m'en aille de la rue de Caréme-Prenani. » ( de-
■ ■ ■ I ... ■ ^— ^»^ I Il I , m
(i) Je pre'viens que toutes ces lettres , e'crites et signe'cs du mari , paraphées dans le temps par la femme , et contrôlées depuis , sont déposées au greffe ,'*T»fin que Guill...
Korn soit force de les reconnaître, ou les nie à son
grand péril.
4i3 MÉMOIRES.
meure du sieur Kortnnan à Paris )• Je supprime ici quelques détails oiseux. Mais , lui parlant de votre femme ^ vous ajoutez : <' Et comme elle
» n'a pas D^EXPÉaiENCE POUR SE CONDUIRE » EM- » PÊCHl-Z-LA , MOf< CHER , DE FAIRE QUELQl'E
» SOTTISE majeure; et tâchez de la faire sortir de » la dépendance des domestiques , en lui per- » suadant que Ton paye leurs complaisances pas- » sagères fort cher , dont cette espèce de gens » sait toujours tirer parti. Je V'»us envoie cne
» PfTITE LETTRE POLK MA FEMME, qUC je VOUS
» serai obligé de lui remettre*. .. adieu mois » CHER.... vous aurez encore de mes nouvelles » avant votre départ pour TAlsacc. Je vous em-
)} BRASSE ET SUIS AVhC LES SENTIMENTS DU PLUS LN- » VIOLABLË ATTACHEMENT TOUT A VOIS. f>
Signé G. KORNMA.N.
Me trompé-je en lisant? Est-ce bien vous, M. Kornman , qui menez votre femme sous la direction de cet homme sans honneur et sans mœuis qui ne feint de l'aimer que pour la dépouiller? Donnons encore quelques fragments d une autre lettre de Spa, et toujours au même homme. Elle vient à Tappui de la première.
MÉMOIRES. 4i5
A M. Daudet deJossan, etc. même adresse et
même timbre.
De Spa, ce 19 juillet 1780, (cinq jours après la précédente. )
Après des compliments affectueux au cheramiy on lit... " Je suis fâché de ne pas être à Paris pour w y recevoir M. votre frère, je souhaite qu'il » puisse vous engager k différer votre départ » pour TAIsace, afi^ que je puisse vocs y joindre, » il est vrai que je vous en ai donné ma parole , » et vous pouvez compter que je l'effectuerai , à » moins que je n'aille dans l'autre tnonde; cas » auquel vous voudrez bienm'excuser de n'avoir » pas tenu ma promesse. Si nous pouvions faire >i le voyage de l^ Alsace ensemble , cela serait » plus gai ; d'un autre côté, votre absence de » Paris et Versailles pourrait peut-être préjudi- » cier à nos spéculations projettées , eufin vous » verrez à faire pour le mieux , et vous ne devez » pas douter du plaisir que f aurai de me trouver » en Alsace avec vous , // ne dépendra que de » ma femme d^étre de la partie , mais pour lors » il ne faudra pas que je fasse le voyage avec un » désagrément continuel, ma santé ne le suppor- » terait plus ; je crois avoir fait tout ce qui était » raisonnable; mais tout a ses bornes , je ne puis » plus rien lui dire. Elle n'est plus un enfant j et
/,i/| M Jî; M f) I I\ K s.
» rVi^t il i^lh h HO, itilrn irMiimnr du pu1)lin et de » «on iiuri ; finur Ir rt*xtt*^ rl/rse*rrf la tnnitrrssfi » ilr Jaim m f/nVUff vrut ; ]r trniinii j»maU la » Noitn tnanio de f^ùuvr W f;cnU vi rincliitatioM (k }) p(*rNoniH% li'otivant cpuMlc! unWvH Ir» iyrmutm }> la plim uhfiiinlo VM rollo <ln vouloir /^iro uirné » par (kvoir; otiirc (|uc!r/o(«t. tmc iinpoNiibilité, » ou lie roininaiMlo pan au H(*iilunntil le ptuf» (Iouk; » pariant Ur re* ffn'nciffr , f;/i prui Ui\%'hirn }) vivw viissrmhU' ^ ftr pas .\*aitne*r ^ tNnix .iV.i//- « nwr f avoir <lo bons pioré(l<'»H qui prouvi;rit » toujours i\i\ la rcMiprociu* dr la part d'oui! âme >; lionniHo. Sa rrois (|ur n? i\\\v j'rxi^i» n'est p;ii » injuMto ni (lii'lirih* dans la praliquOi rt. jn Irxmw mr.Ls h vos rvjlturion.s ^ ch*. «
SifTftr' (J, KonNMA^rt.
Ainsi vous NoUMicltoz aux rrdfxiooH do volrc odirux rival, h* di^Hscin on vou^ t^Wn do laiiiv'rii vottc! jonno ionutn; tonto lihoito d*ainior un autre liomnio ; <!(;pondant vou» i;roy<;z «avoir cpio <:'c*t r:ot lionuncî-lJi ((uVJh; ainin !
(^>uatrc on cincf lotircN «nivanfoi Hont du mAmc
Kh quoi , IMonfii^Mu*, voum n'ocrivcz pa« mi^mft c.n droinur il volro irninic! ? Il i'ant qno f:r? ftoit Totro C!nncmi qui Ini ronioUi* \nn linirow ? Vou» l'en priry// Von.s hou\ïv'A d*i!rnlirassr!njr!nl/i lo corrupteur qui Ta pcrduo^ ou la perdra? Vouuca-
MÉMOIRES. 4i5
ressez ce monstre qui vous a forcé de recourir aux eaux de Spa, pour rétablir votre santé, qu'une juste jalousie délabre ! Et comme ma femme n^a pas assez d^eacpérience pour se conduire , empéchez'là y mou cher y défaire quelque sottise majeure* Prenez garde M. Kornman ! On dira que vous prescrivez à deux amants de mettre de la décence dans une intrigue approuvée de vous î Prenez garde ! On dira que vous soumettez votre femme à Texpérience d\m corrupteur habile , pour qu'elle apprenne de lui la manière de conduire sans scandale une intrigue d'amour ! Prenez garde ! Mais revenons vite au libelle : ces rapprochements sont précieux.
( Page 9. ) » Mes remontrances fui:ent inutiles : » de retour des eaux de Spa , j'apprends qu'en » mon absence la dame Kornman a tenu la con- » duite la moins mesurée, que le sieur Daudet » lui a fréquemment assigné des rendez-vous » chez lui; et qu'il s'y est passé des scènes d'une » espèce assez étrange, pour que le voisinage » en ait été scandalisé, etc. »
Maintenant que vous êtes instruit de tout , par des rapports aussi fidèles, j'espère > ô Kornman ! que la colère et l'indignation vont vous faire éclater ; ou qu'au moins toutes liaisons ^tre un honune audacieux et vous , sont finies : et qu'enfin votre dernière lettre à cet abandonné , ( si
4i6 MÉMOIRES.
m^me vous croyez devoir lui (l<^fendre ainsi votre porte ) f est bien sévère ! 11 faut la lire et la comparer avec la page 9 du libelle 9 citée plus haut; à cette époque vous lui écriviez :
A M. Daudet deJossan^ à Strasbourg ^ etc. (il était parti pour Strasbourg )•
De Pari» , le 19 août 1781.
« J'espère, mon cher ami^ que la lettre que » j'ai ew le plaisir de vous adresser de bjuxelles^ » Vous sera bien parvenue; la vi\ire, que vous n m^ aidiez fait l^ amitié de m'adresscr k Spa , k w 7 de ce mois , m'a été renvoyée ici; jejuis n charmé d^ai^oir prévenu vos intentions , en w hâtant mon retour; Je n'ai pas manqué de me » rendre de suite chez M. le comte de BrancioOi }) qui m^a rriis au fait du projet dont il était ques* » lion ; r.'iflaire me parait belle, il ne s'agit que w de la certitude de se procurer les fonds nécei- » s.jircs pour ne pas rester en chemin , lorsque » l'opération sf ra commencée ; je m'occupe à n venir vous joindre pour nous concerter la- » dessus. ( Ici sont des détails d^ affaires. )
» J'ai mille choses a régler avant mon départ^ » que je compte effectuer vers la fin de la se- » maine prochaine. Je crois que ma femme e^t » intentionnée de faire ce petit voyage ; mais elle
>j n'a guère fait de préparatifs pour cela. Lors- }) que cela sera bien décidé , je ne manquerai }) pas de vous en faire part. En attendant le » plaisir de vous voir, je vous embrasse de toup » mon cœur, et suis, sans réserve , tout à vous, n
Signé K o R N M A ^p
Quel étonnant commerce \J^ espère , mon cher ami , que la lettre que f ai eu le plaisir de vous adresser de Bruxelles, etc. O vertueux Kornjnann ! époux délicat , père tendre ! Fhomme qui corrompait tout chez vous, était votre cher ami!... Je suis charmé d^ avoir préi^enu vos intentions en hâtant mon retour. Ainsi vous aviez mis dans ses mains, non seulement la direction des plaisirs secrets de votre femme, mais encore il vous fesait marcher suivant ses intentions ! et afin qu'il ne pût douter que la vôtre était de lui mener votre épouse à Strasbourg, vous le lui assuriez en finissant votre lettre. Je crois que ma femme est intentionnée défaire ce petit voyage; mais elle n^a guère fait de préparatifs pour cela ; lorsque cela sera bien décidé , je ine manqlerai pas de vous EN FAIRE PART. Ainsi, vcrtucux Guillaume I elle n'est pas encore décidée ; mais Ihomme abandonné qui la perd vous aura celte obligation ! et pour qu'il sache même que c'est à bonne intention de votre part, vous finissez ainsi la lettre. JLn attendant le plaisir de vous voir , je vous
Mémoires. II. ^7
embrasse de tout mon cœur, et suis , sanA ré- •EWVK , tout à vous.
kSans réserve , Mcsftîeur» , toiw l^critendca; ! En effet, vous verrez bientôt retendue d'amitic, ce que ce grand mot renferme.
Reprenons ici le lîlicllc.
( Page 9. ) '< Cependant le «îeur Daudet «c » rendit à Strasbourg pour y remplir les fonc- » tîons de «yndic , adjoint de M. Gérard.
» La dame Kornman , qui ne pouvait plus se ïi »/;parer de lui , désira de faire un voyage à » r>Âle.... Strasbourg est sur la route de lîâle, je » n'eus donc pas de peine à deviner le vrai motif » de sa demande, etc. » ( Et cependant vousT/ meniez, Guillaume I )
II faut lire dans le mémoire m^me, tout le pathos de cette pnge , et de qucd style le vertueux époux apprenait, en roule, a sa jeune ^•poiisc ( i)age i) ), comment << tous les faux plai- » sirs qui nous ont occupés passent et s'effacent; » comme il importe potjr les derniers jours de » notre existence, si fugitive et si courte, de «c » ménager une conscicnr:e sans remords. » Et tout le reste du paragraphe digne défigurer, au 6tyle prés, Ji c6lé de...
iLéiïKxtfiïïi f serrez ma hairc avec ma discipline.
Cependant ce vertueux époux venait d'écrire
MÉMOIRES. , iji^
en partant à son plus terrijDle ennemi , à sôh redoutable rival , deux lettres du 24 et du 26 aoû^ ; la première commence ainsi :
A M. Daudet de Jossan , etc.
Paris , le 24 août 1780.
a J'ai été charmé, mon cher ami, d'apprendre, D par la lettre que vous m'avez fait l'amitié de » m^adresser, que vous soyiez heureusement âr-^ » rivé à Strasbourg ( Je supprime des détails }) étrangers à mon objet ). J'ai faît deux fois ma » cour à madame de Môntbarrey et à madame dé i) Nassau qui m'ont reçu avec beaucoup de » bontés , de même que ma femme , qui a été » hier pour prendre leurs ordres , car il parait ^) décidément qu'elle est du voyage; elle prendrai" I) autre femme-de-chambre et autre domestique ^ 7> et par ce moyen nous voyagerons ensemble. » ( Ce qui prouvé que les débats intérieurs se w rapportaient aie tenvoi des "valets ^ et nulle-i> ment aux intimités du galant. ) J'espère que n vous serez encore à Strasbourg, et que nous » j^ourrons y passer quelques jours ensérri^ }) blè , etc. ))
Et le lendemain, sS août, de pëu'r qu'il' né Foublié, lé vertueux époti^KÎ , qiii' s'ait comme à importe de se ménager une consciente sans ré^
» taines personnes. Je. suis toujours avec les sen- » timents que lu me connais. »
Et voici la lettre menaçante ^ au corrupteur de sa femme.
A M. Daudet de Jossan , etCm
De Bruxelles , le 20 septembre 1 780-.
« Je vous adresse, mon cher ami, la présente » à Strasbourg, à tout hasard, ne sachant si elle » vous y trouvera. ( Sans doute il ne le s aidait » pas. Son cher ami pouvait bien être à Bdle^ » et le "vertueux époux qui s^en doutait^ finit sa » lettre remplie d^ affaires en ces termes : ) Je ne » séjournerai que peu, pour prendre la route de » la Suisse , y chercher ma femme et mes enfants^
j) et les ramener rue Carême-Prenant adieu
» mon cher, je vous embrasse, et vous prie de » me croire avec le plus sincère attachement, » tout a vous. »
Signé, G. Kornman*.
Et par P. S.
i< Je voudrais beaucoup vous trouver à Paris , (( où je pense que votre présence serait bien né- » cessaire. »
Je ne me permets plus aucune réflexion sur ces lettres. Mais pour compléter le dégoût qu'une telle hypocrisie inspire, il faut citer encore L*
fin de la page lo du libelle^ où il parle de son retour h Bâlc.
(Page lo.) « Je n'eus pas besoin en arrivant, )) de taire de longues informations sur la conduite » de la dame Rornman. A peine fus-je descendu » dans Tanbcrgo où elle logeait, qu'on m'apprit )) que le sieur Daudet y* était venu plusieurs/ois 7) d(i Strasbourg y qu'il y avait passé des nuits » avec elle..*. »
Sauvons a nos lecteurs la juste horreur de ces recils ; Guillaume Kornman est démasqué. Si la malheureuse victime de ses cruautés ultérieures, eût été séduite en effet, (ce que Je suis bien loin de juger sur l'accusation d'iui tel homme), cWe aurait deux compliccc de sa faute ; son séducteur et son mari. Mais le plus couj)able des trois serait Thomme affreux qui Ta fait enfermer et qui Taccuse d'adultère.
J'ai montré comment le sieur Kornman avait fait les plus grands efforts pour lier intimement sa femme avec le sieur Daudet. Quels étaient les motifs d'une aussi lâche conduite? On va les voir. C'est toujours hii qui va parler., car c'est lui seul qui doit me venger de lui. Ses lettres opposées à son libelle, ne laisseront rien a désirer. 11 vous a dit (page 8.)
« D'après une assurance si positive , ( celle que » hii avait donnée sa jeune épouse, d'avoir de l'é-
0 loignement pour l'homme qu'il lui présenw tait. ) Je ne cherchai point à éloigaer le sieur » Daudet de chez moi , il y vint comme aupara- 0 vant. (N'oubliez pas que tout ceci précède le » voyage à Spa, dont ïiqus avons extrait des let- » très. ) Il y vint comme auparavant. Je lui ren- » dis mêmes quelques services en considération » de la protection très-publique , dbut Monsieur » le prince de Montbarrey daignait Thonorer. )>
Ainsi, Monsieur, vous receviez chez vous l'homme le plus dangereux pour votre honneur, vous lui rendiez service en considération de la protection publique ^ dont un ministre l^ honorait. Mais ce ministre vous en priait-il? Ou vos relations avec lui étaient-elles assez impérieuses, pour que , malgré vos répugnances , il vous fût impossible de lui refuser la demande qu'il vous en avait Sans doute fait faire?
Sachons, Monsieur, ce qui en est. Vos lettres de Spa, écrites a cet homme accusé , nous l'apprendront. Voyons surtout comment vous lui rendiez service , et quels services vous lui rendiez.
Toujours la même adresse aux lettres , et toujours timbrées de la poste.
A M* Daudet de Jossan^ etc.
Spa , le ig juillet 1780.
« Je VOUS suis obligé, mon cher ami, de
}) m'avoir donné des nouVoUcs de ce qui s*csl » passe dopuis mon départ^ etc. ( Ici des détails }) oisf'ux. ) Ce que vous me diies de la situation » des choses, relativement à notre spéculation 8ur )) la place de trésorier de^a M..., me fait plaisir, » et est fait pour donner des espérances, de même n que ce que d'jf rv... vous a dit sur mon compte, » quoique je' devais m^y attendre ; il ne faut » pourtant pas tro]) ^.e fier là-dessus dans ce » monde. Il est encore bon de vous observer que » ledit sieur a besoin dïure talonné, qu'il n'est » pas bien chaud, et qu'il se rend facilement i) aux objections qu'on lui fait; et que se laissant » aller aux circonstances, il attribue an hasard » ce qu'il aurait pu obtenir par la moindre acli- » vite et persévérance.
( Pardon , Lecteur , mais je n*y change rien, (^eci nVst pas écrit du style hypocrite et trahiant du libelle. C'est du Kornman tout pur. )
» Cette place kst tout-a-fait a ma conte- » NANCE , et serait d'autant plus aj^réable pour » moi, que me mettant en relation avec le dépar- » tement de la guerre , je serais a portée de faire » connaître au ministre que je puis être utile » dans d'aiures opérations, où il n'est quelque- » fois pas indifférent de pouvoir se confier à des » gens honnêtes, kt de la DTScniiTTON desquels
» ON EST ENTIÈREMENT PERSUADÉ, etC.
)) Vous avez bienfait, mon cher, d'envoyer
» le mandat pour madame de a notre caisse^
» tout ce qui sera présenté de sa part et de la » VÔTRE sera exactement acquitté 9 etc. »
Signé, Kdpi|ikiN.
Maintenant vous connaissez, Lecteiff, Fhomipe, le motif et les moyens ; vous voye? comment il rendait service au corrupteur de sa femme, en considération d'un ministre auprès duquel il n'espérait pourtant s'insinuer que par ce même corrupteur. Rien ne lui coûtait, je vous jure, pour arriver à se saisir d'une caisse : mais vous n'êtes pas à la fiD. Lisez la suite.
Même adresse que dessus.
j4 m. Daudet de Jossan , etc.
Spa, le 29 juillet 1780.
« Je VOUS suis obligé. Monsieur et cher ami 9 n du détail que vous me donnez du souper de
0 Beud de l'entrevue de mon frère et de sa
0 femme avec la mienne ; les négociateurs de ce 0 raccommodement ne meparaissent pas bien sor- M ciers, etc. {Je n^ écris ces phrases aimables » que pour montrer Vinlimité* ) A 1 égard des » vingt- cinq mille livres que vous voulez me » charger de remettre en billets de caisse pen- » dant votre absence ; k M. le Prince de Moutr
^iS MÉMOIRE S.
» bafrcy, pour acquitter pareille somme qu'il al» p avancée à M. le Baron Wirch; c'est une ex^h » cellffntff idée et Je vous en suis obligé. Je pense 1» » que Ic^^nns de la qiûuzauic dont vous me|> » par]cz\mparvnimrnt pour ucqtiitter le /7MW-|" }) c/«^ ) ne sera pas si strict ponr que j'ayc le tcmpl » d'arriver. Vous voudrez me mettre dans ce cal » par écrit ce que je dois f;nre dans cette occasion. » ( Cr verlur.uar rn(in\ Mfssiriirs^ (juin'olflig&tit » le pwtrndu ga/ant qu'en considérution de h )) protection qu'un ministre lui accordait ; b w Toilii aux fjrnotcr du sdduclcur de su frmmef » lui drnunidutttdrs Irrnns , dr s préceptes pOUf )) s^insifutcr daîis 1rs ajfuircs du rni/ustre»)
» Il serait peut-clrc possible qu'elle [cette » occasion) me prorniAt colle de ji;lisscr deux >; mots de mon projet, qui est rjne Je ministre }) devrait me faire son J)anrj!i!cr particulier^ ou » avoir sa caisse chez moi. {Cet homvie ^ lec^ » trur^ est bien possédé du détnon des caisses! w // //// enfant une absolument ; car la sienne }} est en m aurais ordre/ Caisse de la Marinel » Caisse de VKcole Militaire ! Caisse du nû" » in'stre! Caisse des Princes! Caisse des Quinze^ » Plngts! Vous Terrez y vous verrez I Mais rc" ï) prenons sa Uutre.
» Il serait pent-ctrc possible qnc celle occasion w me procurât celle de glisser deux mots de
0 mon projet, qui est que le ministre devrait me 0 faire son banquier particulier, ou avoir sa caisse •) chez moi. 11 y trouverait Favantage que son » argeut serait toujours utilement employé, parce 0 que je lui en bonifierais rintérêt, et il pourrait n en disposer également d'un moment à Tautre ; D parce qu'étant dans le cas d^ai^oir toujours une n caisse garnie , j'acquitterais les mandats que M le prince fournirait sur moi, et que Ton im- » primerait d'avance, pour qu'il n'aye qu'à signer » et remplir la somme et Tordre à qui il faudrait » payer, ou je lui porterais sur«son ordre des > billets de caisse, ou de l'argent; il me semble » que cet objet pourrait devenir conséquent » pour le prince, surtout si dans un maniement )i général comme le département de la guerre y> qui est de passé cinquante millions , on peut ^ me laisser de temps à autre quelque forte » somme entre les mains. ( Plyus Ventendcz ! ) ^i Ce qui ne me paraîtrait pas difficile^ et suis » .sûr que cela a été pratiqué dans le temps par
n M. D*^*"^, par l'entremise des sieurs L et
» M et moi j'aurais l'agrément de me rendre
>i mile au ministre, ce qui peut se retrouver dans >i r occasion. ( Vous voyez les honndtes projets >i qu^il avait sur tous ceux qui pourraient lui 5o confier une caisse ! et la lettre finit ainsi : ) Je ^^ soumets cette idée a vos lumièi-es, etc. H me
43o MÉMOIRES.
» tarde de venir vous joindre^ mon cher^ jehà-
D terai ce moment ^ autant qu'il sera possible*
» Je vous embrasse et suis avec le plus sincère
» attachement tout à vous^ votre serviteur et
» ami. »
Siffne, Koii]VMA?c.
Avant de réflocliir sur celte conduite^ encore une Iciire de Viipoux scrupuleux^ à rhomme dangereux qu'il déteste.
Même adi esse.
A M. Daudet de Jossan , etc. ( toujoun le
timbre de la poste. )
Spa, le I*'' août i/lfo.
N'oubliez pas, Lecteur, que toutes ces lettres sont de Tcpoque où Thonorable époux prétend | dans son libelle, (pJ^g^'W) « qu'il conjurait Ja » dame Kornman de la manière la plus pref- }} santé d'ouvrir les yeux sur Tabime profond qui » s'ouvrait sous ses pas et {)endaut qu^il la sup » pliait (dit-il) de ne pas se livrer davantage a » Hiomme sans honneur, et sans morale qui ne » voulait que tirer parti de la fortune de la mal' » heureuse complice de ses égarements. ^
S\m , le 1*' août 17S0.
w J'espère, mon ch&r ami y que la préscnW » vous trouvera encore à Paris ( attpri's de sa
MÉMOIRES. 43r
M femme ) , et que votre départ sera difl'éré de w quelques jours afin de mé trùui^er plus long* }) temps avec "vous en A Isace. Soyez assuré que » je rn^en fais une fête , et que je viendrai vous » joindre le plutôt possible. Je ne vous dis plus D rien de mai femme : tout dépendra d^elle, je ft) ne suis pas un homme injuste^ et jesais appk^ » ciER LES FAIBLESSES HUMAINES ; je ferai toujours » consister mon bonheur en fesant celui de ma )} femme ( voilà pour elle ) , et de ce qui m'en- » toure {voilà pour lui). Mais je suis homme; » par conséquent restreint dans des bornes ». (Et dans cinq années, malheureux! tu U attaque-* pas en adultère, et tu la diffameras après Va^^oir fait enfermer pour les mêmes fautes intérieures que toi-même avais préparées , si toutefois elle a succombé f Non , ma tête est bouillante , en écrivant ces choses. ) Mais finissons la lettre du premier août 1 780.
(c Vos espérances sur Tadjotiction en question (c sont bienflatteuses , il fendra attendre la tour-* » nuré que cela prendra, vou^ étant sensible- D ment obligé de votre supveillaliice à combiner » tous les moyens pour faire réu«sii* Pafifeire , ùô » sera votre ouprage. Je vo'tts wis ol^ligé de » votre attention obligeante de feire mention de ïi moi dans là famille (du ministre apparemment) î; quand l'occasion se présente ^ etc. »
Signé ^ KORNMAN.
Ilcposons-noiis un moment par une courte rccapitiilatiou de tant de laits étranges.
Vn homme épouse une jeune personne, bcllcj riche et de noble famille. ( Car les Faesch ^ l>ecteur y sont des premières familles de Bâle ; ) un oncle généreux Ta fait riche lui-même. Et Tavide ambition de plus dépenser en folies , lui fait concevoir le projet de tirer parti de sa femme y il It vend : je crois bien qtril ne Ta pas livrée; mais on voit qu'il la vend pour Tespoir bien vil d'une caisse ! et sitôt que l'espoir s'enfuit, par la retraite d'un ministre, mon tartuffe cliange de ton, cherche querelle a celui qu'il attirait bassement^ lui ferme la porte et punit de son propre crime , l'infortunée qui n'avait pu se garantir de tant de pièges.
Mais j'oublie que ce n'est pas moi qui dois plaider pour moi , que c'est mon adversaire lui-même; )e vais donc le laisser parler ; premièrement dans le libelle, et puis après viendront ses lettres.
M. le Comte de Maurepas, dit- il, (page lo) Ci m^ aidait prié de m'occuper d'une entreprise à » laquelle lui et M. le Prince de Muntbarrcy H s'intéressaient beaucou|). »(Eten note au bas de la Y)age on lit) « le canal de Bourgogne proposé par M. le Comte de lirancion. »
M. de Maurepas, avec son esprit vif et prompt, avec cet œil de lynx qui perçait à jour les plu5 fins; prier uu Guillaume -Kommaa ! Ou nous
prend ici pour des femmelettes ^ tout au moins pour des gens du monde qui croyent tout sans examen, dont Tinquiète légèreté fait, au premier mot qu^on écrit, pourvu qu'il soit âpre et sanglant, une foule de déchaînés, de la plus douce Dfation du monde! Voyons donc par qui Guil.....
Korn fut prié de vouloir bien s'occuper du
canal de Bourgogne. Mais ce n'est pas Guil.......
Korn que je travaille à convertir; c'est vous,
-" public inconcevable ! Athéniens légers et cruels f
qui vous livrez comme des enfants au premier