CONCLUSION
Si tout ce que je viens d'établir est juste» il en résulte que dans les lettres qui feront rentrer le Parlement,- ce corps doit être purement et «ifflplement rappelé a seis l'onclions, et non recrééà des fonctions nouvelles; car les siennes n'ont po être anéanties (2).
Dans ledit de règlement', il me paraUquela borne du pouvoir négatif et passif peut être facilement posée ; entre le refus de concourir par renregistremeni et la coaciion à ce qui paraît injuste ( et c'est le dernier terme de la fonction da magistrat ) , et la liberté de s'opposer k la volonté
(0 Kn 1774.
(7) Miiis, dira-t-on , ils le» tiennent du roî. — Ah ! rhprclif'z lin autre argument. Un l>on pcrc ote-t-il la vieè ses enfant» , parce qu'il» li tiennent de lui ? Et quelle rïê précieuse que celle de» ningi»trat« 1
du roi , par des arrêts de défenses et des cessations de service, ou tous autres moyens actifs qui lui sont interdits, et ne lui appartiennent nulle-' ment. Tout le reste n'est qu'une dispute de mots , ou des combats de haine personnelle.
Voilà mes idées que je soumets avec respect au jugement des personnes éclairées qui daigneront en prendre connaissance.
Signé Cârojn de Beaumarchais.
IS. B. Pour ôter aux méchants tout moyen de me nuire ,
en supposant que j'ajuste aux évënements actuels un Më-
> xnoire faux , imaginaire; j'ai déposé au greffe la seule
copie qui m'en reste , écrite alors par mon beau-frère ,
Tuort il y a près de six ans.
Qu'il me soit permis d'ajouter à cette profession de foi une autre preuve de mon horreur pour ce qui peut aigrir les coeurs et les esprits. Un sujet très-frivole en avait fourni Toccasion ; il n^en montre que mieux quelle est ma règle de conduite en tout genre d'affaires où TËtat est intéressé.
Lettre de M» de Beaumarchais à M. Saiffert ,
laquelle a été répandue.
Paris , ce 5o mai 1788.
« Vous me mandez , mon cher ami , quHl se répand dans Iq public des pamphlets contre les
magistratt^ et qu'on a rinfaroie de m'en quelque6-un6.
n Ma religion , tous le 6arez ^ est de ne riea écrire sans y mettre mon nom. Si quelque choia m'a Élit distinguer M. de M*^^^ des autres écri- Tains satiriques , c'est qu'il s'expose francbemeot il la rengeance de ceux qu'il blesse ; et que signer^ même un outrage ^ est un genre de loyauté.
» Jugez ; par les lettres suivantes , si j'approuve les moyens vils, les sarcasmes et les libelles sur une question majeure qui intéresse la nation entière. Toute preuve est bonne a produire, dès qu'elle marche à son but.
» Les comédiens Français ont voulu jouer la Folle fournée à Tinstant où le palais s'est ferme; ils s'y portaient avec un empressement obligeant pour l'auteur : ils ont voulu lever l'obstacle que l'intérêt des pauvres me lésait mettre à sa reprise; ils m'ont écrit , ont distribué les rôles ; et moi je vous envoie mes réponses k leur semainier ordinaire. Faites-en l'usage qu'il vous plaira. Vale.
LettretiM. Florence y pour la Comédie française.
lo mai 1788(1).
Je pars à l'instant pour Chantilly , mon cher
(I) A culte i'po(jiic? il nVlait point question de» bruits f^ui depuis ont couru sur moi.
Florence. N'ayant reçu aucune nouvelle de vous sur la remise à M. Rouen , notaire de l'institut de bienfesance, des 7,600 livres, provenant du produit de la cinquantième représentation du Mariage de Figaro , donnée en faveur des mères qui nourrissent ; j'en ai conclu que la Comédie persistait dans le refus de me faire cette justice ; et, de ma part, j'ai cru devoir garder ma résolution de ne plus laisser jouer la pièce qui donne lieu à une telle difQculté. Si je me trompe , et que la comédie ait envoyé à M. Rouen une recette que ni la comédie, ni moi, n\ivons droit d'employer à aucun autre usage ; il ne me reste plus qu'une remarque à vous faire, et je vous prie de la communiquer aux personnes les plus raisonnables du théâtre Français. C'est qu'il peut paraître étrange , et peut-être indécent, que la Comédie choisisse un instant d'affliction , de trouble et de deuil, pour remettre au théâtre la pièce la plus gaie qu'elle ait au répertoire, et surtout a cause de l'audience du troisième acte , qui pourrait être envisagée comme un projet formé par les comédiens , et par moi , d'opposer le tableau du ridicule d'un sot juge , à la véritable douleur dans laquelle la magistrature est plongée.
En tout état de cause, et si mon avis a la moindre influence , je crois que l'instant de remettre la Folle journée est mal choisi , pour la
décence publique ; pour la respectueuse circonipcction dans laquelle uu auteur citoyen doit se refermer aujourd'hui y et pour l'intérêt de la Cofurdie , qui ne peut espérer de voir à ce spectacle un seul homme qui tienne aux tribunaui; car ils sont tous dans Tinquiétude , et la consternation sur les suites du coup d'autorité actueli quel qu^en puisse être le motif*
Je vous invite donc à renvoyer à d'autres temps la remise d'une pièce qui serait justement désapprouvée dans celui-ci.
Je suis , etc.
j4 litre battre du wffme au même*
Samedi io luai 1788 , en montant en voiture.
K Après vous avoir écrit ce matin , mon cher Florence; mon âme s'est de plus en plus altrisiée sur toutes les nouvelles que j'apprends. (,)uel honnne p(»ut cire ass(*z mal né pour s'égayer (l.ius cet instant de trouble général ! A Dieu ne jil.iise (|u'on puisse me i'(»[)rocher d'avoir laissé j éprendre au théâtre un ouvrage plaisant de moi ^ lorsque la France est dans les larmes !
» Je m'oppose donc , autant qu'il est en moi, à (0 qu'on donne la Follt^ journce ; et si j'avais (jiciquc crédit , j'irais plus loin sur le spectacle.
» Communiquez , je vous prie, cette letucà
tous MM« les comédiens ; et faites-moi là-dessus ^ en leur nom y une réponse qui me tranquillise. » Je vous salue et suis avec confiance en votre sagesse.
Mon cher Florence , votre , etc. )•
P. S. à M. Saijfert.
Jugez vous-même y mon ami ^ si Thomme qui s'exprimait ainsi ^ il j a un mois , devient assez vil aujourd'hui pour servir Tun des deux partis , en lésant des pamphlets contre Tautre.
^/g'/ié^ Beaumarchais le cultii^ateur.
En tout ceci, je crois qu'on n'aperçoit ni intrigue , ni esprit de parti. A chaque événement important , la première idée qui m'occupe , est de chercher sous quel rapport on pourrait le tourner au plus grand bien de mon pays. Mes portefeuilles sont pleins de ces efforts patriotiques qui m'ont valu l'estime de tous les hommes d'Etat à qpi j'ai pu me faire entendre : et pendant que la basse envie se traîne et siffle et bave autour de moi, je saisis toutes les occasions de faire le peu de bien que la fortune met au pouvoir d'un particulier citoyen.
Un ou deux exemples de plus pourront en donner quelqu'idée.
En 1779, ^^ guerre venait de s'allumer. Le commerce découragé, n'envoyait plus en Amé-
riqne ; aucun corsaire n'armait plus. No8parag€l étaient lutosics.
Les ministres du roi me demandèrent si \c sa- Tais quelque moyen de ranimer cette Ti{i;ueiir éteinte. Je leur offris Voùsen^aOon suivante ; rt )'ai le bonheur aujourdliui de voir le roi et h nation d'accord sur le touchant objet que je trai' tais avec chaleur en 1779-
j4 M. de Sartine , en lui envoyant /^Obscrvaiion d'un Citoyen adressée aux Ministres du Roi*
Paris, le 19 février 1779.
Mon sieur •
En vous fcsant mes remerciments du Brevet de capitaine que vous m'avez envoyé pour M. de Francy , j'ai l'honneur de vous adresser ma petite motion en iiaiveur des négociants protestants» Vous trouverez tous les esprits bien disposés. M. le comte de Vergennes, à qui j'en envoie une copie 9 m^a promis de vous souienir forte* ment lorsqu'il en sera question )k haut. Aucuo acte de bonté ne peut vous gagner plu» de gens honnêtes , et les protestants le sont beatteoup*
Il rst grand de les protrgcr.
Puisse mon zcle ardent vous plaire.
Et mon travail encourager Le bien que vous voulez leur faire !
A|ais le temps presse ; parce qu'il e'agit d^ I(^
engager dWmcr ; et c'est ce que je me propi.se Ue faire dans mon irès-prochâia Voyage à Bardeaux.
Vous connaissez , Monsieur, mon tendre et irès-respeciueux dévouement.
Signé Câkon de Beaumarchais.
jé M. le Comte d^e Maurepas ^ en lui em^oyant /'Observation d'un Citoyen adressée aux Mi^ nistres du Roi\
Paris, le 19 février 1779*
Monsieur le comte,
Dans le besoin extrême où le Conamerce est d'encouragements , je creuse mon cerveau , et j^ me rappelle que dans mon dernier voyage à Bordeaux , les négociants protestants m'ont parlé avec une grande amertume de leur odieuse eœclu" sion de la chambre de commerce. Je ne pouvais revenir de mon étounemeut sur ce reste d'intolérante barbarie : je vis qu'au prix d'une grâce légère , on pourrait bien les engager à mettre dep navires à la.mer.
J'en ai parlé à M. de Sartinc, à M. de Vergennes ; ils sont absolument de mon avis : car les catholiques, voyant les protestants s'évertuer, ne voudront pas rester en arrière, et tout peut juarcher à la fois.
Qui connaît mieux que tous Fart de condoife ]en h'jiimc^ ? Vous savez bien que c'est arec de uih moyens qu'où les mène au feu , à la mort Je n'ai fias besoin de tous dire que M. NecLer af»f)roi!ve ma fietite motion. Elle Ta même un [)ru mmenc à moi ; après une conyersation assez austère sftr la comlfiite des fermiers généraux; auxcjitr'Is il m'a promis de parler.
Qu'il f,issc accorder le transit ou transeat à travers le royaume ; que M. de Sariinc écrire la courte lettre insérée dans mon obsewation cm jointe ; et que vous me mettiez ce» deux armes à 11 main dans mon très-procliain voyage à Bor^ deaiix; Je vous promets d'en user assez bien, pour inspirer un nouveau zèle à tous ces com* merrants découragés. P^n allant demain chercher à Versailles les paquets de MM. de Vergenncs et de Sartine [K>ur TAmérique, j'aurai Fhonneur de vous communiquer une idée aussi simple que lumineuse pour effectuer sans éclat^ le grand objet dont M. le comte de Vergenues et moi vous avons entretenu lundi.
Le zèle delà maison du seigneur m'euflamme^ et vos bontés pour moi renouvellent mes forces que le travail épuise.
Je suis^ avec le plus profond respect, etc. ') Signé Caron de Beaumarchais, n
Observation d^un Citoyen adressée aux Minis^ très du Roi. (^Remise le ii& février 1779, à chaque Ministre du Roi. )
L^administration la plus active et la plus éclairée ne pouvant tout voir, moins encore deviner ce qu'on a souvent intérêt de lui cacher, ne saura pas mauvais gré au citoyen voyageur qui aperçoit quelques abus, de les lui mettre sous les yeux , lorsqu'ils sont aussi faciles à réprimer, que pernicieux au bien national.
De tous ces abus, celui qui m'a le plus indigné dans mes voyages , par son injustice , et le mal qu'il apporte aux affaires , est l'usage absurde par lequel un négociant pi*otestant , quelle que soit sa fortune et sa considération, n'est jamais appelé ni admis dans bien des Chambres de Commerce.
Lorsque les Anglais , plus acharnés contre les Papistes , que nous ne le sommes contre les Anglicans , adoucissent aujourd'hui le sort des malheureux Catholiques dans les trois royaumes, et nous donnent un si bel exemple sur la tolérance civile ; et surtout lorsque le roi de France a daigné confier l'administration de ses finances à un homme de génie, qui n'est ni Français , ni de la religion du prince ; n'est-ce pas le moment do présenter à son conseil la réclamation que je fai:>
d'nlJftrPf pour totifi les lu'gociunu protcfttantu do roxiiiitjc. <ln <lioil (!(• roiKOurir avec h'H Catlic^ ]i(jiiCK I an bien (|ni trsnlie de l*insUtntiofi et dcf iiNNetnMérN (rutie (iljinnbre de Cutninerce eii clu(|ne Tille opulente.
Ltt religion ni Tétai eivil du citoyen u\'Aitxutti pour rien duni ]e but de cvh affsembléef» ^ ctkuri délibrraliiyni ne portant juniaifi (piesnr cle^iubjcli de linnt négoce ^ ou Aur Ich ordren du IVlinisirCf Il iranAineltre au conuncn e, ou huv Iv.h ob/icrfa^ tiouH icspcrtneus(*ii d<M nég<>eianiA^ h HOiimeltrt »u Ministre; un grand concoiu/f de forer» et de luniièrcfi, nVftl-il paN Ja meule rboA€! cpie iVlmi* niNiration ptiihfie el doive délirer en totm ceux<|lli rumpofftcnl Ich ( ^lianduefi (bi ( iouunereo ?
Or , (|uand il ne fierait paH crexpérietiee rccoiitnie qiie^ dan» nos poris, U*h niainouM protcaUintel sont tes plus lit Iick el Icn umcmix ioiidér» di; iouiei; quand il ne Kcrail pam j)rouvé (pie pemoiinc n'y CwUlribue plus g.ilineniy plufi» aboiidaumicnt et de meilleure giac e^ au Houlag(*mentdeM nialhcti* reux^ il toutes b*H rlj;ii'f;eH inipoftéen U cet eii'et; et quand il im> Acrail pas < crtain qu'en triiito occa* 0iou^ cc.s inaisoii.s (l<;niieni aii\ aulre/i AiijelA du l*oi r(*xeinple du dévoiirnuMil et du patricH tisuie; un slnipb; rai'.oun(*iiM*ni convaifu:rail que ccH uii](î,s r.iunllcs,él()i{^nreH, par la din'érence du culte ; de loui ce qui a uiiic il l'iiinbitiuu dc9 CV
MÉMOIRES. 4ëi
thoilqùes^ et forcées pat* tètte exclusîôn de cteri cher la considération dans une continuité de tra.-^ vaux du même genre , doirént devenir en petl dé temps les colonnes dii commerce , et les plu^ fermes soutiens de cet état honorable.
Dans nos grandes villes , mais notaniment k
Bordeaux , si l'on rassemblait les biens dé tou^
les négociants protestants ^ on trouverait qtrè la
masse et retendue de lèurë aifaires forment un
capital immense , et que leur industrie augmetitd
considérablement les revenus dé FÉtat. Les en-^
lants y succédant aux pères , et consolidant de
Jplus en plus le crédit, les ressources et les ri-
cheisses de ces maisons > ils perfectionnent la
branche qut leurs parents ont embrassée ; et teU
^ae les Telussonsy les Audibert^ les Vanrobèsf
. les Cottins * les Sémahdis , les Jauges , et mille
; lriitres> ils contribuent beaucoup plus au progrès
^ du commerce ei des arts que les niâisous cadio-^
■ tiques i lesquelles ont à peine acquis un peu dé
H Wtiine > qu'elles songent à tirer leurs enfant^ dii
3 bégoce qui les enriclût^ pour les attacher aux.
4 ^inplois^ les élever aux charges^ et leur assigi^e^: -a' iôitëment un milieu presque nul entre la classé ^ hcMiorable des utiles négociants y et la classe hof y hii>réè des nobles iniitiles^
^ J Ce n'esi donc pas la bieafeSance connue dé Sa ^t Majesté que j'implore ici ^ pour des hommes
Mémoires, //i Si
/,Aa M K M O t R E S.
LouiiAtca qui rtr. tu* m ont fpas vhargft f c'eât b politique éclaim; de ioii conseil que j'invoque^ pour atiaclicr de plu» en plus à leur état p au com^ lucrcci k la patrie i le» cheii^ de.s maisons protestantes ^ parleur admission dans les cïuimbres de commerce :j\)irrc iri le moyen facile d'aiif^raehier ou de récompenser leur émulation ^ par la plui juste et la ])lus simple des grftces ^ la seule qu'on puisse accorder p petu-eire^ aux négociants pro« testants , jusqu^ii ce qu'un temps plus licureul permette enfui de rendre k leurs enfants la légi* limité civih*^ (ju'atirun prince de la terre ii*a droit il*6ler \\ ses sujets (i ).
J'offre donc un moyen fa(!i]e d'attacher 2t l'État une foute de familles dont le Gouvernement a ds tout temps éprouvé le xèlop et qui brûlent de concourir de leurs travaux ^ de leurs Itmiières et dé leur forttuu?! nu bien {général du cotnnicrce doat il est reconnu qu Viles sont le plus s<iliUc ap|)uii
De m^me qtt'on m^ s'informe pus » ' en les sacrtmt I si nos prélats sont calctdutetn\«i ^ ne peuton pas ignorer ^ en les nommant aux cbambreii ai nos armateurs sont orthodoxes » ot guitler pour Ici) syno(b?s diéoto{^i({ues ces distinctions de catholiques et de protestants qtii divisent toutdani
(i) (lo ip\\\\\% hourcux vitnt d*arrivor| grAco au cttttf gt(n4r«ux da rui.
les affaires ? Eh 1 le premier moyen de réimîr €nlin les sujets de i'État à k même doctrine^ ^$t de les rapprocher dans tous les cas permis , de limer , tant qu'on peut, ces petites aspérités qifii rendent les hommes si raboteux et si injustes les tins envers les autres !
Il n'est pas besoin d'arrêt du conseil pour faire le bien que je sollicite; une lettre du ministre au nom du roi suffit ; laquelle , sans s'expliquer sur des points de division étrangers au commerce , dirait simplement que : Sa Majesté désirant augmenter la concorde et F union parmi les «egociants de ses villes et ports de mer, et sacharit que dans les gens du même état , la jalousie qui natt des préférences éternise les haines , et nuit toujours au bien public ; elle veut que toiis
. les hommes reconnus pour honorables dans le haut négoce^ puissent jouir désormais de Vadmission dans les chambres de commerce ; sans
i autre distinction que celle qui natt de la cqnsi^
. dération que chacun s^ acquiert dans la partie
, ,qi^il a embrassée*
Et moi , qui l'ai bien étudié , j'ose répondre aux sages ministres qui me lisent , que cette légère £ftveur va devenir un puissent aiguillon dsbs nos
.ports , et qu'elle suffit quant à présent pour poftj^r les maisons protestantes à seconder avec joie les Tues du Gouvernement ^ pkr des équipements
AH M é M o 1 ft A n.
pour rAmérique , ou des armement de conzïrti coutre nos ennemis ; ce qui est fort à considérer, et ce qu^il importait de dire en cet Instant marqué de découragement géncraK
Signé Caro.^ de Beaiticaiighais (i)«
Dans tm instant plus désolant encore ^ ea Inai 1783» lorsqu'on apprit la dcfoction du 12 avril , et la prise du vaisseau amiral que commandait M. de Crassp; M. de Vergcnncs, bien triste^ tn 'ayant dit que Je roi en était moridlement aflligCi je chcrcbai sur-lc-cliamp comment on ])Ouvait lonrucr cet /:cbcc au bien de la nation française ^ eu inspirant à noire roi une très-hautS idée de l'atiarbcmeut de son peuple. Alors j'imaginai que si cbacjuè ville offrait un vaisseau a Sa lVïaj*!Slé, <e géncîrciix patriotisme ferait tme diversion luMireuse au désastre d'une journée*
Je CiH d*abi)rd répandre quelques louis dani divers cafés de Paris, fesant crier partout^ sous^' cripthn, souscription t lîien certain qu'indépeo* dammentdu caractère national ^ en attaquant la sensibilité des pauvres^ on arrive bientôt jusque
(1) Les copies (léposccA au gniffe do cca lettres , âc ceûéê (tcriteé tk cfî ftujct à M. Ir romti» du Vferg«nncs , U M. Neo* lic;r , «i la copÎA de ce Mémoire, Nonl de la maîn de deui de lueii Anciens commis , clabiifl depuis cinq années êé conlinoat do l'Âiftérii^ue*
la vanité des riches. Ma tenta tiire eut son effet, et Tardeur deyint générale. J'avais envoyé centloui$. a Fun des clubs de la capitale ; j'en avais envoyé sept ceAts à aos sept clu^mbres de commerce i^ avec cette lettre çirou.laire*
Lettre aux sept Chambres du commerce , efh envoyant cerit Içuis à chacune (i).
Messieurs,
Au milieu des succès qui nous aHaient donn^ une paix glorieuse j la malheureuse issiie dti com-^ • bat de M. de Grasse ne pourrait que retarder ceitié paix, après laquelle nous soupirons tou^. Mais ii y a tant de patriotisme en France , que tous lea? bons sujets du roi doivent se réunir pour réparer promptement la perte de quelques vaisseaux qui nous manquent. Déjà les souscriptions s'établissent en foule dans la capitale pour ce grand objeU Dans la persuasion où je suis , Messieurs j qtte les villes de commerce maritime ne resteront pas en arrière, je vous prie de vouloir bien me cou-ec cher, en ma qualité d'armateur , pour cent louisi dans la souscription que je vous inyite à ouvrir«^
(1) Dunkerqu«, le Havre, Rouen, Nantes, k^ Row (libelle, Bordeaux et Marseillç,
n mo semble qtl^ln TuiMcan de ligne offert to roi ^ otportniit lo nom th h\ ville qui lui <*n fera hommagCi ne piîul qu*éircagnîabl« k Sa Majeilé# Donnotm-lui de nouveau lu nik\\HÏnc.i\on de tonnaître » que $i noud avons In bonheur d'avoir on excellent niatire, il a le bonljcnar uuMÎ de régner iur une excelbïnte tintion*
JcstuA avec le pluA profond reApcr.e^
Votre , etc# *Sign(f, Cahon ni: BicAUMAnmAti*
Quand mes puquetii lurent partie ^ i*<uTtviAb M» de Verf^cnncH la lettre dont je jdins ropic^ âvoc celle de tua répouAe* IVIiiis je cIoIa attirster^ pour riionnetu* de noire nation, (pie toutes relies de nos ports m'ont r.onvairK ti (pie r(.*tt(; grande itlée avait sai.si tout le rnoiicli! h la ioifi»
làCUre il M. le ('nnitn dr frr^rnnrs , en lui envfvyanù copie de ma leKrtf drculuiw aux Chambres de: Çommcrve»
r«rifl^ \n aS niai 178».
lV^o^slF.tln i.rc comtk,
Je ne Aam si vonn approuverez une idée k la« quelle j(^ nu; suifi livre'; avcrc )oi(*. Si par mallieiir vous n(ï raprotivi(»/ pan^ il ne Merait plufi temps d'en arrêter rdlct ; car je u ai riionuetir de vous
en faire part qu'après m'être assuré de son succès^ autant qu'il est en moi.
J'ai l'honneur de vous adresser la copie de ma lettre circulaire aux sept chambres de commercé maritime, en leur envoyant a chacune cent louis ^ comme j'en ai remis cent à un club de Paris , en tout 800 louis , pour échauffer io^s les cœurs, et porter ces villes k former des souscriptions qui puissent consoler au moins la France du terrible échec que M. de Grasse vient de lui faire éprouver*
Vous connaissez le très-respectueux dévoue^ ment avec lequel je suis ,
Monsieur le comte,
Votre, etc.
Signé, CaRON de BEAUMiIrRCHÀlS.
Réponse de M. le Comte de P^ergennes à M. de
Beaumarchais*
Je n'ai pas le droit, Monsieur, d'approuver ; mais comme citoyen , j'applalidis de tout mon cœur au sentiment énergique que vous communiquez à vos compatriotes. Je me flatte que votre exemple aura le plus grand succès dans nos villes de commerce ; elles ont assez profite dans lé cours de cette guerre , et elles ont tant à espérer d'une paix équitable qui laisse à l'industrie tout •on essor ^ que je ne puis imaginer qu'il y ait dans
48a MÉMOIRES.
)a classe des négociants des âmes assez froidei pour se refuser ii yotre proposition. Quelque sucv ces que puisse avoir votre 4éinarçlie f elle n'ea lait pas moins d'honneur k votre ^èle , çt c'est avec bien de la satisfaction que je vous en Ùi$ nion compliment.
fe suis très-parlaitement^ Monsieur , votre^etCf
Signé 9 DE Vercennei*
A Versailles » ce 29 mai 1782.
Je copie au hasard une des sept repenses des chambres de commerce. Elle suffît pour rappeler de quel feu tous les cœurs français furent em« brasés au même instant.
Lettre 4e la Chambre de Commerce du pays d^Aunis j à M* de Beaumarchais.
La Rochelle , le 10 juin 178X
Monsieur^
Nous avons reçu la lettre que vous nous aves Ëiit Thonneur de nous écrire le 28 du mois dernier» par laquelle vous nous invitez à ouvrir une souscription à rexeuipie de la capitale ^ afin de contribuer à réparer la perte que la marine du roi vient d'éprouver , et vous désirez» Monsieur, y être compris pour cent louis. Nous sommes très-Uattés que vous nous adressiez eu particulier
les sentiments dont vous êtes animé pour le princ^ et pour la patrie , et de ce que vous nous mettes^ h même d'en consigner les preuves dans les re-i gistres de notre chambre. Aussitôt que le com-t merce dç la Rochelle aura pris un parti , nou9 xempliro)!^ Votre commission^ Monsieur, avec d'autant plus de plaisir qu'elle deviendra un titre pour yoijs considérer parmi les concitQyçns de cette villoé Nous avons rhpnneur d'être t|*ès-véritablemenl|
Monsieur ,
Yos très-humbles et très-obçissanis sery,
!|^es directeurs et syndics de la Chambrç de commerce du pays d'Aunis,
Signés, Denis , Jacques Guibert, Leçhelle , B. GiivAunEAu,
Toutes ces pièces et les suivantes vont être mises au greffe , en original , non pour ma justi-r fication ( je ne suis qu'outragé , et c'est moi qui poursuis), mais pour qu'une race infernale, qui ne subsiste que de la vente des infamies qu'elle fsiit imprimer , soit punie , et que ces écrits exci-r tent la vindicte publique , que les outrages parrticuliers laissent trop souvent à la glace*
Attaqué lâchement sur tous les instants de ma Sxç , i'espère qu'on me pardonnera si , (Jar^s çettç
bccasion forcée je soulère un coin du rideau* Us honnête homme ne doit parler de lui qu'à It dernière extrémité* Ce moment est Tenu pour inoi* Articulons un autre fait.
Au mois de novembre 1^83 ^ M* le comtft d'Estaing (on peut bien s'hoîiorcr d'un si noble témoignage ) ; M. le comte dTstaing arait ami présumé de mon zèle pour me croire digne de Taidcrà remplir une importante mission du roi^ tendante à rapprocher la marine royale de celle du commerce , suivant le bon système anglaiâ* La lettre de Sa Majesté à M. le vice aniiral était conçue ainsi.
LjCttre du liai à M, le Comte d^Kstaing^
« Mons le comte d'Estaing , je vous ai choisi » pour aller faire eniendrc , eu mon nom, âla » place de commerce de Dordeaux ^ la satis£ic- » tion que j^^ii de la fidélité et de rattachement » que les négociants de mon royaume se sont em- » pressés de me donner (1) : j^attends d'eux une » nouvelle marque de leur zèle ; vous leur de- » manderez de vous indiquer ceux d'entre lei » oHiciers marchands employés sur leurs biti' h ments y qui leur paraîtront pouvoir contribuer
(i) A Toceasion des vaisseaux dont jr viens âe prier.
7è k soutenir la dignité de mon pavillon , et la » prospérité de mes armes , dans une guerre dont » l'avantage de mes sujets , et la liberté du com- » merce sont Tunique objet. Je vous autorise à » promettre , en mon nom , a tous les officiers » marchands qui vous seront présentés , et que j» vous reconnaîtrez susceptibles des fonctions » auxquelles je les destine, un état permanent,; A honorable , et tous les avantages de distinction M que doivent attendre de leur patrie ceux qui » se sacrifient pour elle. Sur ce je prie Dieu n qu'il vous ait , mons le comte 4'Estaing , en sa j) sainte garde. Ecrit à Versailles le 20 octobre » 1783.»
j) Signé, LOUIS.
)y Sf'gne, Castries.
M. le comte d'Estaing m^écrivit à Bordeaux , Je Ty attendais ; il arrive , me dit son plan , mon cœur s'enflamme ; je rassemble à l'instant l'élite de nos négociants , je propose tme souscription pour commencer cette grande entreprise ; j'y mets le premier 5oo louis ; en deux heures j'ai trente signatures et la somme de cent mille écus. La présence de M. le comte dŒstaing avait enflammé tous les cœurs, (i)
(1) Je ne puis me refuser au plaisir de faire connaître à
Forcé de se rendre à Cadix^M. le comte d'Eit taiDg me laisse à la besogne , et m'écrit du iouA de rjDspague ce peu de mots encourageants :
ASaînt-Yincetii, ce la novembre 1781.
« Vous n'êtes pns du nombre do ceux qui renp dent la reconnaissance pénible. Trouvez bon » que je tous témoigne en partie ce que la rlio96 » vous doit, en vous envoyant l'extrait copié' D mot k mot de ce que )C mande k M. le marqiiin yi do Castries : ce sera un Jardcau que j'aurai de M moins. Je sais itàs-hicn que la réussite de l'ob- M jet vous plaira encore davantage ; mais m'ac- » quitter avec vous me portera bonheur. • • * • j) Allez de l'avant, ma plume n'y va plus; le » courrier part , et je ne pui.*>jC]uc vous assurer que
la Vrnncc touA len uvgovAanin pntriolcfi cjtiî formÂrent avec itioî rrttr prfmîrrc ffoiiAcriplion âc cent millr écnn.
MM. J. liiijnc , Touya , Jaiig^ et Diipuîn , Tnêinri et CnAclict , CnincAonaffo « In Noix , Wei.i et Emmeri , GotH fl'crcs et Dontrm.i , Frgrr et cottipognic , George Slrcc* ki»iflcri 9 du Tafita » Kriinaud frcrc» et fils , MonaMuf Fabri? (*t compagnin, le Sage irt compagnie , Serf» et Bar- Lier , David Kimar rt Kirriar frîîrca , G<?ran<l irt Tcxier, liOriagiie, V, Tr^'trr , lîatlliry, , J. V. DuAMuinicr, Haoïirrt compagnie , du l'iicli , IWoiwr Doirher et UtieUe, Overmiin et Meyrr, Labat dn Snrunne, PaulNairac et fila aîné/ la 7'huillibre 1 Grigiict , Caudau.
-h J'ai rhoniieur d'être avec tous les mêmes sénti- :•> ments que vous avea la bonté d'avoir poui* moi ; Au dos de laquelle lettre est écrit ce qui suit i Monsieur, Votre, etc.
Signé Eût: Ai^Gé
, Extrait de la lettre de M. d^Èstaing à Mé le mar^ quis de Cas trie s y en date du 12 novembre 1 782.
(c Le bonheur que j'ai. Monsieur ^ de vouH •^ dépeindre un mouvement de patriotisme aussi :i) louable, a été occasionné paf les sentiments I) que renouvelle dans le cœuif de tous les Fran-* i# çais le prochain passage du frère du roi (i); il >) a été dû aussi aux soins de M « de Beaumar* j} chais t son exemple , soutenu par les charmes ,A> de la persuasion qu'il sait emplc^er, est si j} communicatif, que s'il avait pxisté des coeurs •D froids, il les aurait échauffés, «/éf n)0us supplie . I) de ne pas laisser ignorer sa conduite à Sa Mih ,» jestë. Je souhaiteraiij que ceux qui seront chai^ .1» gés j auprès des places de commerce, d'une ^ jt commission aussi flatteuse que celle que je viens ,»i de remplir, trouvassent les mêmes secours, * %% et eussent les mêmes facilités.
» Pour copie conforme à l'original>
Signé EsTAiNG.
(i) M^'. Comte d'Artois revenait alors d'Espagne.
Non^ je ne trouvai point de cœurs froids k Bordeaux. S'il s'éleva quelques débats f ils aTaicat tous leur source dans la nol^le émulation des négociants des deux rclij^ions^ pour concourir aux grandes vues de M. le comte d'E.staing.
Je n'ai j'amais doiiié que le minisire du roi n'ait mis sous les yeux de S. M. cettelettredu vice-amiraL Crpendimt quc^lque temps après..... O douleur! •• .. Mais ne rap|>elons |>oint ceue époque de ma vie ni le succès qu'eut une intrigue Hiir Tesprii d*uu roi jn«ftc et bon. Je ne .veux que me disculper , sans argnmcnier ni me plaindre (i).
. liccteur, vonsme voyez lel que je fus toujours.
Ce qui m'anime en tout ohjot , c*est Tutifité générale. Ht lorsque je demanderai justice des calomnies atroces dont c<;s làclios libcliistes m'on( couvert pour la grande pari que j'ai eue àl'iniixortante séparation de rAmériijne et de l'Angle- . wrre ; lorsijue je monU'crai les preuves des travauX| du zèle inoui avec lesquels j'ai concouru a cet événement maj(*ur qui distinf^uera notre siècle; lorsque je prouverai Pexcellence de mes envoi^i
(i) Kli ! poun|iioI iric plxiiiulnii.n-jc encore ? J'oî cfwé dMfrc iiiallifMimix. Oui , j^ii M U M. \^v. CafonrifMjiiele roi ItU nin jimtincotîon : r'r'Nt tout ce (jiir* \o <lrsîr.iî.H. f/at« tacbcnicfitde ma vie cnticro n'acquittera point ce service.
^activité de mes secours à ces peuples si malr heureux , les remercîments de leurs chefs , et Sia fière et noble conduite sur le retard de leur acquittement depuis qu^ils sont des souverains ; tous les bons coeurs s'enflammeront de la plus juste indignation. Après avoir admiré mon courage f ils admireront ma patience avec tant de moyens d'écraser les mille et une têtes du monstre.
Ce sera Tun jdçs grands objets de moti dernier Mémoire sur la dégoûtante affaire Komman ^ dans laquelle j'ose attester qu'aucun a«trehomm0 délicat ne se serait mieux comporté. Je prouverai qu'en cette affaire ma seule compassion connue me coûte au moins vingt mille écus. Et peut-être :Ouvrirai-je un portefeuille immense rempli de titres , sans valeurs , des secours que j'ai prodigués à des milliers d'infortunés. .
Que si je ne soulage pas tous les malheureux qui me pressent, c'est qu'autant la scélératesse jpoi'outrage loin de mes foyers , autant je m'y vois accablé par des demandes innombrables. Je reçois vingt lettres par jour sur des besoins de toute espèce. Tous les matins mon cœur est déchiré. Mais, hélas! aucune fortune ne peut iyffîre a soulager tant d'infortunés à la fois.
Tout ce qui m'environne sait qu'à peiné j'ai le temps de lire la quantité de lettres douloureuses qui npi'arrivent de toute part. Jç fais moa
^gdx ifÊiibiRES.
choix comme je puis y le reste n'est point sè^ couHi : souvent , bon Dieu I pas même réponda*
Mais laissons de tristes détails. Je tcux ter- Inincr ce Mémoire par une légère et nouvelle preuve y que Fintérét patriotique est toujours ce qui me remue , et que c'est sous ce grafad rapport que les événements me frappent.
En janvier i yÎBy , lorsque toute la France avait les yeux sur M. de Calofuic » que chacun louait Ou blâmait sa grande assemblée des nouibl es ^ voici ce que je lui mandais du coin de mon humble loyer.
A M. le Contrôleur-GénéraL
Pari» , le 4 janvier 1787.
MoNSlEUIt^
Je ne vous offre point un souhait de bonne année, mais de bon événement. Quoi qu'il puisse arriver ^ vous ne mourrez pas sans gloire , car n)OUS avez compté pour quelque chose une na" tion généreuse et qui sent tout le prix de ce qu^on fait pour elle. Dieu bénisse Louis XVI et vous ! Si jamais vous formez une assemblée dlioinmes qui vous chérissent , je briguerai ITionneur d'être un dé vos notables.
Mon attachement va sans dire ^ ainsi que le i-espect avec lequel je suis ^
Monsieur, Votre, etc.
Signé Garon de BeausiarèhaiI'
iléponse de M. le Contrôleur général a M. de
Beaumarchais*
A Verijailles, le 8 janviei* 1787/
J'attache trop de prix, Monsieur , à votre opinion pour n'être pas infiniment flatté des ôhoses obligeantes que vous me marquez. L'assurance que vous y joignez de vos sentiments^ et la manière dont vous les exprimez , m'est aussi agréable que le serait pour moi l'ocras on de vous donner de nouvelles marques de tou« ceux que vous m'avez inspirés , et avec lesquels je suis ,
Monsieur, Votre , etc.
Signé De Calonne.
Telles ont été mes intrigues ; voilà mes pamphlets ; qu'on me juge , et non sur les imputations des plus vils calomniateurs. Us n'ont cessé de me poursuivre , à la cour , à la ville , et partout. Et moi qui rejette bien loin tout ce qui trouble mon repos , j'ai dédaigné de leur répondre. Je le dédaignais d'autant plus , que jei savais que cette sale intrigue , ces calomnies , ce style d'un prédicant fou , cette éloquence dil baquet , et ces rêves d'un somnambule , ne sont mis en avant que pour m'impatientér, me lasser, enfin m'arracher de l'argent pour acheter la paix
Mémoires. //. 3 a
4g8 lf£MOIR£8.
ei leur silence : et je ne désespère pas d^en fournir une preuve de la main même de l'un d'eux.
Mon grand Mémoire paraiu*a quand les trifawau^ seront ouverts et que Tinstance pourra être jugée. Je ne laisserai rien sans réponse ; le$ lionnétes gens seront contents de moi.
Pierre-Augustin Cahon de BEAUMAJiCHAif.
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Note importante»
Ce Mémoire 8*iinprime si vite , et Tobligation où je soif d'échapper au mépris piblic , aux dangers personneb dont je suis averti et menacé est si pressante , que ne pou* vaut obtenir le dépôt de ces pièces au grelTe , aussi promp* tement que ma sûreté l'exige , et tel que je Tannonce en deux eqdroits de ce Mémoire , k cause des circonstances fâcheuses qui font languir toutes les affaires , je prends le parti de les déposer chez un notaire, M^Momet; ceqai revient au même pour assurer leur autheti licite. Elles retourneront au greffe lorsque l'instance se suivra.
Copie de la noui^elle Plainte.
L'an mil sept cent quatre-Tingt-huit, le me^ credi dix-huit juin de relevée , en Thôiel et par^ devant nous Gilles- Pierre Chenu ^ comniissairc nu Châtelet de Paris y et censeur royal ^ est comparu Pierre-Augustin Cajont de Beaumarchais ; écuyer ; demeurant vieille rue du Temple ; pa^
roîsse Saiot-Paul , lequel nous a rendu plainte et -dit : qu'il vient de lui tomber entre les mains uu Jîbelle imprimé , signé Bergasse , intitulé Mé^ moire pour le sieur tergasse , dans la cause du ^ieur Komman , contre le sieur de Beaumar-* chais , et contre le prince de Nassau y sans nono. d^imprimeur ni d'officier public qui puisse en autoriser l'impression ; que ce libelle est une répétition des injures et des calomnies insérées dans les premiers libelles du même auteur, et en contenani beaucoup de nouvelles plus atroces non seulement contre le plaignant , mais encore contre des ministres , des magistrats, et d'autres personnes très-recommandables. L'auteur paraissant ne rien respecter, et se permettant tout ce que la fureur et la méchanceté peuvent inspirer il un homme sans frein \ jusqu'à «ijiercher à donner au plaignant de la défaveur aux yeux des magistrats du parlement , ses juges , en lui imputant des faits odieux qu'il désayoue formellement, et notamment en cherchant à faire croire que le plaignant répand les écrits contre les parlements, d'après des traités faits à ce sujet entre les ministres du roi et lui, tandis qu'au contraire et dans tons les temps , i) n'a cessé de rendre aux magistrats toute la justice qui leur est due , ce dont il va justifier : en osant imprimer que le plaignant a séduit et corrompu les juges du Châ-
5oo MÉMOIRES.
telet en fareur de sa cause f tandis qu'il n'a pu même llionnenr de connaître de rue M* le Lieu* tenant- Criminel ^ et qu'il n'en a sollicité aucun* En attribuant au plaignant un journal clandestin , intitulé ma Correspondance f par le moyen duquel il impute au plaignant de faire circuler^ en France et en Allemagne , des calomnies contre tout le monde , tandis qu'il est prouvé que ce mauvais journal est imprime par un nommé Mullery imprimeur allemand dans la ville de Kehl y ce qui n'a pas plus de rapport au plaignant^ ni à la superbe imprimerie de la citadelle de Kehl f que si cette infamie se fesait à Genève ou à Liège.
Le plaignant se contenterait de mépriser le nouveau libelle et son auteur^ s'il n'avait intérêt de se justifier des imputations calomnieuses qu'il contient y et de faire punir Tliomme qui a pu se permettre 'autant de mensonges et d'horreurs, lesquels sont dé)!t prouvés au procès , puisqu'il y a décret contre leur auteur ; pourquoi il nom rend la présente plainte des faits ci-dessus contre ledit auteur ^ ses fauteurs , complices et adbé* rents ^ notamment contre l'imprimeur clandesUn dudit libelle^ dont, k l'appui de ladite plainte > il nous a représenté un exemplaire contenant cent trente-neuf pages d'impression y sans l'avant' propos en contenant quatre f pour être de nom
MEMOIRES. 5oi
signé et paraphé ne *varietur^ ainsi qu^il Ta été à l'instant 7 de laquelle plainte il nous a requis âctâ à lui octroyé, et a signé en notre minute, sous autres réserves et protestations de droit et nécessaires , avec nous conseiller commissaire susdit.
Signé C^Z's^v ^ avec paraphe.
Signé Caron de Beaumarchais (i\