‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 34 sur 40 · TROISIÈME IMPUTATION CALOMNIEUSE · texte numérisé non relu

TROISIÈME IMPUTATION CALOMNIEUSE

' dont je dois me justifier. Les plans deConciliationf.

Je me suis , dit-on , opposé , par toutes sortes Mémoires. II. 34

53o MEMOIRE».

de moyens y au rappi*ochement douloureux de cette femme infortunée , avec un avide mari.

J'ai dit y j'ai imprimé : ma religion est a que, » lorsqu'une pauvre femme a épousé un méchant » homme y sa place est d'être malheureuse auprès A de lui ; comme le sort d'un homme est de res- ;) ter aveugle, quand on lui a crevé les yeux. » 1

Ce principe , d'où dérive le bon ordre dans les familles , qui maintient la décence publique , propre seule à couvrir les fautes particulières ; ce principe a servi de base à ma conduite en cette allaire.

Une avide cupidité avait fait exposer la sagesse et les mœurs d'une jeune femme , par Je mari qui dut les protéger. Le scandale public de la détention de la dame avait suivi sans interralle le renversement de Tcspoir d'une caisse, que la disgrâce d'un ministre venait d'ôter k ce mari.

Ce li'était pas assez pour moi d'avoir rendu l'infortunée à la liberté que tout être doit avoir d'invoquer les tribunaux , quand son honneur ou ses intérêts sont blessés ; la voj'ant sans cesse affligée d'être privée de ses enfants ,' j'établissais et je fondais , sur sa sensibilité même, la nécessilé d'une réconciliation entre elle et son cruel inari. Que voulez-vous , disais-je, que pensent un jour vos enfants , s'ils doivent partager leur respect entre des parents séparés ? Us rougiront bientôt

MEMOIRES. 55i

ou pour Fun , ou pour Tautre, et peut-être de tous les deux ! — Je serai malheureuse ? — Il fautTêtre. Sous cette forme, au moins , vous serez plainte et respectée ; et sous celle où vous gémissez , vous êtes outragée , sans être moins souffrante.

J^étais bien loin d'imaginer alors qu'un jour , un père sans pudeur amènerait à l'audience la fille de cette dame , âgée de treize années , son fils âgé de neuf à dix , pour entendre vomir contre leur mère des atrocités supposées. Si tout le public indigné ne venait pas d'être témoin de cette horreur gratuite , ils publieraient que je les calomnie! Que peut-il résulter, pour ces enfants infortunés , d'une démarche aussi coupable ? D'être bien convaincus que leur mère est déshonorée, ou que leur père est un infâme! et ces* gens-là invoquent la piiié !

J'avais donc insisté sur ce que la malheureuse femme sacrifiât ses ressentiments d'épouse à sa sensibilité maternelle.

Très-disposée a suivre cet avis, la dame Korn-r man avait soin de m'avertir de toutes les lueurs de rapprochements qu'on fesait paraître à ses yeux. Aussitôt je m'empressais , je courais , je fesais de vives sollicitations-

M« Mommet , long-temps notaire des sieurs Kornman et le mien , pardon ; je vous ai fait

assigner à déposer devant justice tout ce que i^ous saviez de ma couduite à cet égard.

Avez-vous dît combien de t'ois je me suis transporté chez TOUS , pour travailler à ce rapprochement? les conférences que j'y ai eues avec vous^ et Je frère du mari coupable? A vez-vous reconnu les billets que vous avez écrits et ceux que voul avez reçus I les démarches que vous avez faites et celles que j'ai fuites moi-même? Avez-vous montré Tacte minuté [)ar vous , accepté de toutes les parties^ et qui n'a pas eu rachèvemciit des signatures y parce qu'un perfide époux. , après avoir joué pendant trois mpis M. le cardinal de Rohan^ Tabbé Georgcl , et moi, et sa femme ^ et vousmême , et tous ses amis réunis , a fermé sa caisse un mutin ^ s'est enfui, et n'est reveau, sur un arrêt de surséanre , que pour tourmenter de nouveau la plus malheureuse des femmes.

M^ Turpîu , avocat aux conseils , et le conseil de ce n^ari , vous que j'ai fait assigner aussi , comme tant d'autres honnêtes gens, pour déposer de ma conduite , avez-vous reconnu vos lettres, -et certifié l'empressement que j'ai mis à rapprocher ces époux , ce que vos réponses attestent? avez-vous enfin déclaré que je pris de l'humeur contre vous , croyant que vous nuisiez à ce rapprochement, ce qui prouve combien je m'y intéressais ?

M. l'abbé Georgel , vous qui avez déposé , devant le lieutenant civil et criminel de Saint-Diey ^ tous les faits que je viens d'attester , avez-vaus reconnu quatre lettres de Guillaume Kommaa écrites à vous , sur la transaction amiable que je poursuivais vivement, et que vous m'envoyâtes avec des apostilles de votre main , lesquelles prouvent, ainsi que vôtre témoignage, avec quelle ardeur je me portais à finir cette transaction? Sentiment humain , généreux , qu'on me dispute avec tant de bassesse !

Monseigneur le cardinal de Rohan , vous qui n'avez pas hésité devant le lieutenant du bailliage de Tours de rendre hommage a la vérité sur ma conduite généreuse , dans l'examen que vous m'avez prié de faire de l'entreprise des Quinze-Vingts, vous êtes-vous souvenu, Monseigneur, d'y parler xle l'unique salaire que je vous demandai pour mes longs travaux accomplis ? avez - vous dit que ce salaire était que vous daignassiez rapprocher une très-malheureuse mère , de ses enfans^ qu'elle pleurait ; de cet indigue époux qui l'avait si fort maltraitée , et près duquel néanmoins elle consentait à souffrir , à verser des larmes amères, pourvu qu'elle vît ses enfans ?

M' Gomel , vous qui fûtes long-temps l'ami , le conseil du mari ; vous dont l'esprit conciliateur est le caractère distinctif, et que j'ai fait

r>v^ M lî; M O I n E 8,

assigner aussi , tous etcs-Tous sourenu de me^ dciiianbes auprès de vous f lorsqti^en 1 786 vom eiiga^^icz M. Ijc Noir atAcbcr d^arranger un procès déshonorant que les associés de Komman lui fesaicnt pour des dilapidations reconnues dans rafl'aire des Quinze-Vingts ? vous étc«-vous rappelé , dis-je f que je vous suppliai de demander à M. Le INoir, pour condition des grâces qu'il fcsait faire à ca* misérable homme ^ qu'il rendit ]n^ lice à saienunc.et se raccommo<lât avec celle qui renonrail à «a fortune, Ten rcrndait le maître ahftohj , pourvu qu'il consentit, hélas! qu'elle vécût auprès de ses c*nfans ?

Avez-vous dit que, dans des comités (VsaJmi- Tiistration , MM. Le JNoir, Gogeard , et phisicurs autres personnels ayant reconnu qu'il ét;;it trop contraire aux intérêts du roi que S. iM. prît pour son com[)te Tintérét de (luillaurne Kornrnari dans Taffairedes (Quinze-Vingts, fieule condition cependant à iacjiîc^lle cet homme mettait son rac commodément avec la malheureuse rncre^ vous me drinandâies si je ne pourrais pas déterminer SaintoJames a acquérir cet intérêt au prix d'autres valeurs, lesqu(;Jles assureraient et la dot et la paix de la dame Kornman ! avez-vous dit avec quelle ardeur j'y courus; comment je fus prier Sainte-James cic nous rendre ce bon office ; lequel ne s'y refusa que parce qu'il se croyait déjà

trop enfoncé dans cette fâcheuse affaire ^ ce qui rompit la négociation ?

Et vous, monsieur Le Noir , dont Thonorable témoignage ne saurait rester infirmé par les infâmes calomnies d'un Rornman et d'un Bergasse^ avez-vous attesté dans votre déposition les prières qne je vous fis , à Tépoque de M* Gomel , d'employer toute votre influence sur un homme qne vous sauviez du déshonneur , pour l'engager à rendre justice à sa femme , ai la remettre auprès de ses enfants ?

. .Oui , vous Tavez tous déposé : car vous êtes des hommes respectables , honorables , recommandables , d'honnêtes gens enfin ^ tous convaincus que la délicatesse oblige à souffrir l'importunité d'une déposition juridique , lorsque la justification d'un homme d'honneur outragé, calomnié , dépend du témoignage qu'il attend , qu'il exige de votre véracité.

Toutes vos dépositions sont entre les mains de M. l'avocat-général ; et cette portion du public , qui applaudit encore aux noirceurs qu'on à tant imprimées , ne sait pas que l'affaire est déjà décidée dans l'opinion des magistrats ; qu'ils ont mes preuves sous les yeux ; que c'est sur cette foule de pièces que ceux du châtelet ont lancé les premiers décrets contre deux calomniateurs , dont la rage aujourd'hui se venge d'eux par deai

oMngp$. htê a-l^n tui ..^ cLjm qn^Mv

taiiserdes horreurs iiouT( les' pour couvrir d'à» deones l^onreurs ^ ^i Qoyer le fiond de TaSûre daf&s une naeir d^jures étrangères aux obîeti for lesquels ils sont poursuivis ?

Augustes iqagistrats ! quand tous aves si imAIs* ment voté pour la liberté de la presse f tous vm bien sous-entendu que cette liberté ne pouvât être utile qu'autant qu'on punirait sévèrement et son 4bps et sa licence. Vous l'établirez en pria* cipes ; tous le devez k la nation qui brAle d'ea iaire une loi ; vous tous le deTez à Tous^méme» Les calooiniateurs n'ont épargné personne.

QVàTEIÈME imputation CALOHIf lEirSKy

de Gi4iliawneKomman,dontje dois mejustijkr^

Sa faillite.

J'ai causé , dit-il ^ sa ruine f forcé la cessation de ses paiements , et sa fuite ( qu'il ne Teut pas qu'on nonmie banqueroute ) ^ en le difiEamant en tous lieux.

Ici ma justification est courte, elle est nette 1 elle est péremptoire.

Les ai&ires de cet homme étaient fort déni* gées ; je mHntéressais à sa femme , qui ne poiH Tait retrouver sa dot que dans le rétablissement du crédit àé\Avé de sou persécuteur. L'examen des Quinze- Vingts m'ayant appris qu'elle aTsit

tcfut à craindre, aûrais-je cherché à ruiner celui dont son sort dépendait? Voilà ce que le seul bon sens fait conceroir à tout le monde. Mais une accusation directe ne se repousse point par deè probabilités.

J'ai déposé , avec les autres pièces , la lettre circulaire que Frédéric Kornman répandit dans le public , lorsque Guillaume son frère prit la fuite. Cette maison ne dit pas alors que mes diffamations avaient altéré son crédit. Voici les motifs qu'elle donne à safaillite inattendue ^ dan^ cette lettre circulaire.

« Notre discrédit provient essentiellement du » fait de notre frère cadet, et associé, qui s'est » livré personnellement à l'entreprise de l'ex- » ploitation des Quinze- Vingts ; entreprise dans i) laquelle il a placé des fonds considérables , à D cause des bénéfices qu'elle présentait , et qui » peuvent en effet en résulter. Le public a cru » que c'était la maison de commerce qui y avait » un intérêt direct. Cette opinion , jointe à des » divisions doihesdques dans la maison de notre » frère cadet, a répandu Talarme , et donné sur V notre maison des inquiétudes si fortes , qu'on *) nous a demandé des remboursements de capi- » uux conséquents , etc. (1) )i

(2) Terme impropre, et du bas langage, qui se gliste dans les discours.

£t le 19 août y intervint ordonnance de M. le lieutenant criminel. Le procureur du roi , joint aux plaintes de créanciers^ etc. ^ portant ce^mots sacramentels :

« Nous , vu les conclusions du procureur du » roi y disons que les scellés apposés apris » V absence du sieur Kornman par le commis-

» saire Niniriy etc seront levés , etc.... titres,

» papiers, registres, tendants à conviction, tic. » apportés , déposés au greffe criminel , pour » servir à t instruction du procès , etc. , et dès à » présent, attendu r absence dudit Kornman j » il sera par, etc. , procède à la "vente des che^ » i^aujc trouvés en la demeure dudit Kornman, » et ce , en présence de M. Bélanger , Tun des » substituts , etc. » • Signé Bachois.

Ses dettes causaient donc sa fuite ; ses créanciers, et non pas moi, le poursuivaient au criminel ; on allait lui faire son procès , corame ayant pris la fuite, après avoir fait sa faillite, qu'il ne veut pas^ qu'on nomme banqueroute.

Mais moi, quel tort commercial ai-je fait à ce Kornman? J'avais secrètement prévenu M. le cardinal de Roban de mes frayeurs à son sujet. Son Eminence, en qualité d'administrateur pour le roi , danS la vente des Quinze-Vingts, ne pouvait voir avec indifférence le désordre de Kornman , comptable et caissier de l'affaire ( ce qu'ils

appellent surveillant) ^ car le précepteur a trouvé des dénominatioDS pour tout. J'avais aussi prévenu monseigneur le duc de Charti es , également intéressé dans TafFaire, en ce que son trésorier, Tun des acquéreurs des Quinze- Vingts, pouvait compromettre ses fonds, en soutenant ce Rornman. Je voyais bien que ce dernier se dérangeait dans ses affaires ; mais j'étais loin de supposer que sa faillite fût si prochaine.

Comment Taurais-je soupçonné , lorsque, dans quatre lettres, des 22 , 25, 27 et 28 juillet ( c'està-dire de quatre jours avant qu'il prit la fuite ), adressées à Fabbé Georgel , on lit ces propres mots : dans celle du 22 juillet , sur les soupçons que je montrais de la fausseté de cet homme, il .écrivit au sieur abbé Georgel : « Je suis incapable ^) de jouer qui que ce soit, encore moins des perji sonnes aussi respectables que M. le cardinal. »

Il savait donc que moi, l'un des conciliateurs, mettais en doute sa bonne foi?

Et plus bas, dans la même lettre : « Je suis » prêt à donner les 12,000 livres { de pension) » à ma femme ; et pour ses diamants , je les re- » mettrai moi-même à sa famille, attendu que » mon conseil, aussi bien que maître Mommet, » ( le notaire qui dressait Vacte)^ m'ont observé » que je ne pourrais avoir de ma femme une }} décharge suffisante. »

Quoi! Kornmany tous offriez 12,000 firanci de pension et ses diamants à cette femme hcHribl^ qtii y après avoir tout trahi , avait attenté 2i toi jours! etc. , etc. Ah ! vous ne vouliez que tromper ; vous a]]icz finir sous peu de temps*

Et cenx-ci , dans celle du 25 : « J'ai cherdié » hier M. Tnrpin ( son conseil ) sans pouvoirk M joindre , et je me suis rendu ce matin de très- » bonne heure chez lui , pour lui communiqucf » h plan df! conciliation ai^ec ma femme* II » était enfermé pour affaires essentielles; il m'a M prié de le lui laisser, afin qu'il y puisse faire » ses observations. »

Et ces mots dans celle du 28 : « L'affaire des » Quinze-Vingts ayant essentiellement iniéressi » monseigneur le cardinal , et JkT. de Beaumar" » chais s^ en occupant , S. A. S. sera sans doute D instruite de son succès. »

Il savait donc très-bien que c'était aux înatances de M. le cardinal que j'avais consenti de faire un travail aussi dégoûtant?

Et ces mots dans lu même lettre : w J'aurais élé » charmé de vous rendre compte d'une entrefue » que fai nue hier avec ma femme chez M. le h lieutenant de police. Il ne me paraît pas pos- » sible qu'on puisse terminer cette affaire ( celli » de l^accord avec sa femme ) demain malin » chez M. Mommct; car on ne m'a rien fait

M connaître encore sur les observations de >i M. Turpin. n

Vous apprendrez plus bas , Lecteur, dans une lettre de moi , du 4 août suivant ^ qu^il dit alors à sa malheureuse femme, laquelle me le redit sur- ](<S*-cbamp : Oh ! d^ici à huit fours on verra bien d^qutres noui^elles !

. C'était sa faillite et sa fuite qu^il annonçait par ce discours*

' Et ces quatre lettres sont en original dans les mains de M. Tavocat général.

Et cet on , qui ne lui avait rien fait connaître, dit-il , sur les observations de M. Turpin , c'était moi-même; et il avait toutes mes observations^ çt il éludait, alongeait, usait le temps, trompait tout le monde pour attraper le jour où ii recevrait Tarrêt de surséance que lui procurait si bénignement M. Le Noir, qu'E en a bien récompensé ; pour attraper , dis- je , le jour où il pourxait s'enfuir avec les 4o><>oo livres que M. le cardinal avait empruntées pour les lui prêter; ce qui arriva quatre jours après. J'appris en même temps sa faillite et son arrêt de surséance ,^ le 3 août 1782. Qu'oa juge de ma surprise ! Veuton des preuves sans réplique de la colère où je tombai , je les tire des lettres suivantes , que Findignation m'arracha d^ns l'instant même de fia fuite#

Leur style seul fera juger si j^ayais préparé, si j avais pu prévoir cette dernière scélératesse.

A qui écrivis-je ces lettres ? aux quatre personnes seules qu^elles pussent intéresser : à M* le cardinal ; à monseigneur le duc de Chartres ; à M. Amelot ^ ministre , qui venait de «donner arrêt de surséance aux frères Komman; à M. LeMoir . enfin , qui le leur avait procuré.

A M. Amelot , Ministre et Secrétaire d'Etal au Département de Paris*

Paris, ce 4 août 1782.

Monsieur ,

« Sans chercher à nuire aux sieurs Komman , à qui vous avez eu la bonté , dit-on , de faire accorder un arrêt de surséance , j^l^ l'honneur de vous préveuir que M. le cardinal de Rohaa nia très- instamment prié y long-temps avant so\i départ , de jeter un coup-d'œil sévère sur Tadminisiration de Taf faire des Quinze-Vingts, dontson Emineucc a vendu les terrains à une compagnie au nom du roi; que monseigneur le duc de Chartres mV liait la même demande avec une égale instance, parce que son trésorier , qui ne lui a pas encore rendu ses comptes , est a la tête de cette acquisition avec le sieur Guillaume Komman.

» A Fexamen austère que j'ai fait de cette affaire 9 j'ai trouvé qu'il y avait bien du tripotage, et même uu peu du désordre qui a entraîné la chute de Kornman. Forcé de faire ôter la caisse de cette entreprise à ce dernier, pour que le mal n'augmentât pas, j'ai exigé de lui des comptes rigoureux sur sa gestion; et une foule de choses m'ont alors convaincu qu'il a ménagé de trèsloin la faillite qu'il fait aujourd'hui.

» En l'absence de M. le cardinal de Rohan , dont je stipule ici les intérêts, dans sa qualité d'administrateur des Quinze -Vingts , pour les intérêts de monseigneur le duc de Chartres , et en faveur d'une compagnie (i). débitrice envers le roi de, 18 cent mille livres , à laquelle la faiU lite de Kornman et ses suites peui^ent porter '

(1) Dans leur premier libelle , en donnant copie de cette lettre , ils ont substitué des points à la phrase que je mets exprès ici en italique. Leur double intention était de fairo croire qu'il y avait là des choses trop malhonnêtes pour être citées , et surtout d'empêcher qu'on ne lût qu'ils étaient débiteurs envers le roi de dix-liuitcent mille livres ^ car alors on aurait senti l'indispensable nécessité oii j'avais été d'éclairer le ministre qui venait d'accorder sans restriction un arrêt de surséance aux Kornman , débiteurs des Quinze-'V'ingts-, moi chargé par Monseigneur le cardinal de bien veiller aux intérêts du roi. C'est partout, de leur part , la même fidélité.

j4lors y> prouverai que jet tai poliment invité de wnir examiner h V amiable mes titres chez mon » notaire; qu^ilj a plusieurs fois amené les amis , et les commis de M* Duverney ; que tous ont reconnu Vécriture du testateur dans l^acte et DANS TorTi:8 LKS MCTTUKS, et quc tous Fontvoulu dissuader de soutenir un aussi munirais procès, etc.

(^)ii'avez-vous répondu ii rctte nouvelle dZ*cIaration , qui , dans \olrc plan d'aujourd'hui, vont» accusait encore d'avoir examine en 1770 ce» leurcs rjue vous soutiriez l'al)ri(jué(.*s en 1772, pour me lirer des objections r|(î(>aillard?Siclui- 4:une d(! ces preuves esi d'un faible poids dans l'affaire ; il faut avouer qu'à la romaine où je vous |)èse , ces poids léi^ers placés au bout de lon^s leviers^ tiennent lieu crmi poids énorme dans ries balances ordinain*s. Ou avez-vousdonc ré[)ondu à une inculpatioii aussi ^liève ? Ricu , absolument rion , toujours rien*

Dans le système de tenir mes {novocations et mes réponsfîs pour îion aveinies , vous f^lisscz aujourd'hui daiiS votre ju.uveau mémoire ( page 'j.\ de la consultation des Six ) en réponse au plus {»rav(; de, mes iej)joches , qui est de m'accuser publiquement d'avoii fabriqué, en 1772, ies Jeiijes rpu; aoiis aviez mus en 1770; vous j>lissez, dis-je , im jjarafiraphe <|ui vous ]>eint encore a merveilles et nous el vos dclenscms.

dans la surséancc accordée par le roi à la maison Kornman. Je souhaite beaucoup que Guillaume Kornnoan soit plus digne, de votre protection dans ses autres affaires que dans celles des Quinze- Vingts , où il s'est comporté de la manière la plus répréhensible , et c'est le plus doux idjectif que je* puisse employer pour désigner iiue conduite absolument inexcusable.

» Je suis avec le plus profond respect,

Monsieur,, Votre, etc.

Signé Caron de Beaumarchais.

A M* Le Noir , Lieutenant général de Police*

Paris , ce 4 août 1 782.

MONS lEUR ,

» Forcé de partir à l'instant pour Rochefort ;t Bordeaux, j^ai Thonneur de vous prévenir |ue, dans l'excès de votre bonté pour Kornman, i vous lui avez fait accorder un arrêt de suréance sans restriction , votre bonté vous enraine au-delà de votre justice. Ayez la complaiarice , je vous prie , de jeter un coup - d'œil érieux sur ma lettre k M. Amelot, dont j'ai ^honneur de vous faire passer copie, et vous egretterez sûrement d^avoir substitué votre com» aisératiuu à la Justice publique, dont vous êtes va des dispensateurs.

Mémoires. IL 55

646 Mtnoi%%8.

n Je ae tous parle pas de fa teaSieimaie teaùoe» Il a eu Vimpudemx de fhe din 4fue €? était 'VOUS qui lui aiHe% conseillé de la fidre enf^rmer^ et que vous vous étiez chaijgé de tout, en écripant à M. AmeloL Vouf vofest ce fie mérite un pareil komme*.

• n H y a trois muis qu^il halotce M# le cvdinl de Hoban , Tabbé Georgel ^ et laoi, et sa fenniie, et nio9 notaire , et cous ses amis ; tous les actes ont été iaitSf et tout cela n'était que pour amener la TÎle calasu-ojibe qui lui a valu votre arrêt de surséance. Notez encore qu'il y a huit jours il a dit à sa fenune^ en riant ^ chez vous-même : Oh\ d^ici à huit jours f on verra bien d^cmtres nou^ ff elles 1

» Ma lettre k M. Amclot vous montrera quelle espèce d'intérêt je prends à tout ceci ; la coaduite de cet homme dans Taliaire des Quinze^ Vinj^ts est digne de la paille des prisons*

» Je vous supplie , Monsieur ^ de coaooiBiri faire mettre a la surséance la restriction de Fafiaiii des Quiuze-Vin^ts, a laqiueUe il doit des comfM rigoureux*

» En vérité , tout cela fait horreur*

» Il est bon que vous stries îi^struit de tM0 ces choses , afin que des hunières reçues a liopi sur des oâaires remplies de vilenie vous esir pochent de regretter ^ quand il Mmt tt»p tsdf

4l'avoir prodigué à des sujets indignes dçstoniés qui feraient le salut de mille honnêtes malbeu* reux.

» J'ai rhonneur d'être, avec raciachement le plus respectueux ,

Monsieur, Votre , ^tc.

Signe Caron de Beaumarchais.

A Son Altesse Éminentissime Monseigneur iè

Cardinal de Rohan.

En partant pour Rochefort , Paris , ce 4 aput 178a.

Monseigneur,

» lostrvit , comme vous Pavez été par Tabbé

Oeorgel, de toutes le^ menées par lesquelles

2iornman s^est joué Ae ses paroles données k

?f. A. et à nous, vous croyez tout savoir; mais

ce que vous savez n^est rieo. La rocambole de

ses manoeuvres e^ une bonne banqueroute qu'il

a faite hier matin , après avoir eu toutefois la

précaution de se munir d'un iel arrêt de sur-

^ance. Vous concevez, Monseigneur, â quel

point la colère ^t ^indignation m'ont soulevé

contr-e lui. Pour de ^Fétonnement , j'en ai fort

peu ressenti ; car sans ce projet ignoble , infâme ,

toute sa conduite était une énigipe inex^plicable.

}1 tijiompd>ç maintQpant dans -son âme de houe ,

d avoir joué tmit le momie ^ et d'être arrivé k soi but y k travers la co(|uiuerie, le lociisonge et la plus vile bassesse.

n Je vous en demande pardon ^ Monseigneur; mais voila (lOurtaut riiomnie pour lequel vous avez fait jouer la grosse sounerie des privilèges strasbourgeois contre la justice réclamée par li plus nialbeurcusc des femmes* Toutes ses sollicitations, à cet effet , n'avaient pour but que d'attraper le 3i juillet , et d'avoir, avant de manquer, vos 40 mille livres, et les 5/| mille livres du trésor royal.

» Mais un arrêt de surséance obtenu sur simple requête par un banquier de Paris, et sans égard aux créanciers d'un tel homme , me parait une cliose si farouche , que je me suis hâté d'écrire k M. Amelot la lettre dont j'ai Thonneur d'envoyer copie à V. A. , pour faire au moins excepter l'affaire des Quinze-Vingts ( à qui ce galant homme doit des comptes ) , des effets de la noble surséance accordée au nom du roi.

» En lisant cette lettre, V. A. verra comment, en l'ahsenre de M.' l'abbé Georgel , prenant conseil de ma raison et de votre droit , je deman<le hautement l'exception qui est due à une aflaire débitrice du roi , à une affaire où Y. A. est administrateur pour le roi , etc., etc., etc.

a IVous espérons ; Monseigneur^ que le pre«

M É M O IRES, 54g

Bfïfer acte de votre justice , aprèç cette lecture ^ sera de faire désister la ville de Strasbourg de son droit de juger la séparation entre lui et sa femme, C^est à Paris que nous avons besoin de sonder les affreux replis de cette âme abandonnée., C^est ici qu'il faut lui demander compte et raison de tout; et comme tout s'enchaîne , et que je vois un projet de longue main, ye vais le faire veiller dé si près, que j^ espère encore sauver V affaire des Q juinze^ Vingts , h qui ceci porte un coup affreux. Douze cent- mille livres deson papier sur la place ! il en a sûrement les fonds : il rendra gorge ; et , comme il y a longtemps qu'il en a bu la honte, il ne reste plus qu'à lui en faire avaler l'ignominie.

» Vous ferez , Monseigneur , ce que votre prudence vous prescrira , d'après ma lettre à M* Amelot; mais comme je serai, dans ma course, instruit chaque courrier de tout ce qui se fera là-dessus ; après avoir couru les côtes de l'Océau jusqu'à Bordeaux, je remonterai par Toulouse et Lyon vous en rendre un nouveau compte k Saverne, et vous y assurer du très-respectueux dévouement avec lequel je suis de V. A. E.,

Mon seigneur ,

Le très-humble et très-

obéissant serviteur.

Signé CijaoN de Beaumarchais^

Je ne puis ni 'assurer do ce fait, mais je siip les magistrats de youloir bien le vcrifîer. d rait une preiive de plus que M« Gaillard a t eu f comme je Tai dit , le titre et les lettres ( jours en sa possession ; et j'en suis sur , cai fut moi-même qui les lui portai.

Sachez donc , ennemi de mon repos et dcB honneur , qu'il n'y a plus ch; ménag(*meut ei nous deux ; que je n'y admets plus d'autre < tance que celle qui se trouve entre un calomi teur et un calomnié : q\\c la première de qualifications sera le nom , l'opprobre et la ta ineffaçable de celui de nous deux qui aies t< odieux que je ne cesse de vous reprocher. V< ma déclaration.

Je n'ai pas le temps de répondre à tous lesi sonnements de votre dernière cousuliation , trement qu'en assurant mes lecîteurs qu'il n' pas \me seule phrase dans cet écrit , qui n^ail pulvérisée dix fois d'avance , dans tous mes i moires passés, et surtout dans mon même au conseil : je voudrais pour cent louis qu'il dans les mains de ceux qui vous lisent aujo d'hui : ma plus forte et ma plus désirable v* geance est le profond mépris qu^ils en con vraieni nom' votre insigne mauvaise foi. i^asso

J'ai fait oI)scrveraux magistrats, daiïs les ii tractions de ce procès, que vous leui* en avie^i

•)Osé sur le matériel d'une lettre que vous présentez dans une note ( page 55 de la consultation les Six) comme ayant deux cachets, Fun sur l'autre , impossibles à concilier , dites-vous , à cause de leur emplacement ? et ma preuve tirée i rinstant de Torigioal même de cette lettre, est peut-être le plus fort argument que j'ai pu employer devant eux, contre votre affreuse manière dé m'attaquer sur tout.

Je leur ai fait observer aussi dans ces instructions , que la lettre aux prétendus trois cachets , citée par vous (page 56) n'a que les deux qu'elle doit essentiellement porter ; puisqu'elle a été écrite , envoyée , répondue et rentrée ; et ce second trait renforce le premier.

J'ai aussi constaté , par une nouvelle production au procès , tout l'intérêt que M. Duverney prenait h moi, et sa véritable opinion sur l'homme que vous voulez déshonorer : opinion consignée dans sa lettre à M. le contrôleur-général , sur la f charge dont je sollicitais l'agrément. Comme en citant cette lettre , ( page 46 de la consultak tien ) vous vous êtes bien gardé d'imprimer un * seul mot de ce qu'elle contient ; je vais la trans- »crire en cuiicr, afin que son interception dans -votre mémoire, ne nuise pas au bien que son ^ contenu fait à ma cause»

M. Duvemey au contrôleur-général.

Monsieur,

« Je croirais manquer de respect à la famille » royale , si j^ljoutais la recontimandation d'un » particulier, à celle qu^clle a donnée à M. de M Beaumarchais auprès de tous. Mais il exige }) seulement de mon amitié que je mette au jour )) Topinion que j'ai de lui. Quand je n'aurais pas » de preuves verbales et par écrit du cas que » Mesdames en fout, je ne pourrais lui refuser }) les bons témoignages que tout le monde doit » se plaire à lui rendre. Depuis que je le connais, » ET qu'il est de ma PETITE SOCIÉTÉ ; tout m'a » convaincu que c'est im garçon droit , dont » Tûme honnête , le coeur excellent et Tesprit » cultivé méritent Tamour et reslinie de tous les » honncles-gens. Eprouvé par le malljeur, ios- » truit par les contradictions , il ne devn » son avancement, s'il y parvient, qua sel }) bonnes qualités. L'acquisition qu'il faitaiijour- » dliui est la preuve de ce que je dis. Ses am» \ » pouvaient lui procurer un emploi plus lucratif » des fonds considérables qu'il y destine , s'il » n'eût préféré le plus honnête au plus utile. Jc >) lui rends ces témoignages avec d'autant plus de » plaisir que jc sais qu'ils sout d'un aussi grand

le

to

M È M O I R es: 555

servir a ma justification que nul n'a le droit d'arrêter.

En quittant Son Altesse le 4 août 1782, à dix teures du soir, je partis du Palais-Hoyal (car J'étais en route), pour la Rochelle et pour Bordeaux , d'où je comptais me rendre par Montpellier, Lyon et Strasbourg, à Rebl , et conférer^ en passant à Saverne , avec M. le Cardinal , sur Finfluence qu'aurait eue la faillite des Rornman ^ sur l'affaire des Quinze-Vingts»

Mais le sort disposa autrement de mon temps ; je restai cinq mois à Bordeaux , occupé à mettre à la mer trois vaisseaux richement charge^ pour nos îles et pour TAmérique , et que TAnglais , Sir James Lutlrel , beau-fi ère du duc de Cumberland, me prit à vingt lieues de la côte, par une infâme trahison , non pas de Sir James Lutlrel , mais d'un capitaiiie suédois exprès sorti de la rivière pour aller indiquer au commodore anglais l'instant juste de leur départ. Malheureusement pour moi , je ne dis que ce qui est connu de mes concitoyens, de toute la France commerçante.

Dernière victîiKe de la guerre, affecté d'une perte énorme , je revins à Paris en janvier lySS, sans aller à Saverne; et depuis ce temps malheureux je n'ai plus entendu parler ni des Quinze- Vingts, ni de leurs embarras , et je n'ai eu d'autre part aux affaires de la dame Kornman , que par

554 tETARTARE

interceptez , ou ne &îtes que citer sans transcrire* Et par celte ruse , vous me forcez de toujours mettre au net ce que vous embrouillez , de renforcer ce que vous atténuez* Mais^ à votre aise ^ M. le comte : car si vous ne vous lassez pas de me fuir et de vous terrer , je ne me lasserai pas de vous poursuivre ; et tant que vous serez le la*piu rusé f je serai , moi , le furet obstiné.

Pourquoi vous abstenez-vous, par exemple (pag# 26 de la consultation) de transcrire ma lettre du 19 juin 1770 a M. Duvcrney , puisque vous me l'avez signifiée ? Est-ce parce qu'on y lit cette phrase , qui prouve autant la confiance de M. Duvemey, que sa réplique citée par moi, (page 175 de ma réponse ingénue ) ?

Il s'agissait d'un mémoire , sur lequel je di* sais mou avis : Mais comme cet essai fait trop d^ honneur à V éducation et à Vëlki^e pour rester inconnu y e^ qu'en remplissant l'objet pocr lequel vous ME l'avez confié, il pourra subir V examen , etc.

Est-ce parce qu'elle contient cette autre phrase , qui est étrangère au mémoire , et se rap" porte à d'autres objets de confiance , dont j'ai montré les matériaux aux magistrats qui nous jugent ?

J^ ai lu aussi tous vos règlements : f aurai l^honr 'nêur de vous dire aussi ce que f en pense. Va*

M É MO I K Ê s: 555

▼eus parler. Vous m'avez réduit à la plus affrease "■ misère, par FiDJustice que vous m'avez faite suïi

le vol qui a été commis chez vous ^ et dont vous^ ^ savez bien que je sui& imiocent.

» Au jourd'^hui , Moûsieiir , je 9^\s dans le cas ^ àe vous faire le plus grand mal ; je ne vous en dis

pas davantage , mais "vous pouvez m^envoyer ? chercher , et '\t vous le dirai et vous Fexpli- ■ qt lerai , mctis il est juste que fy trouve un avaria ' t<ige. Si je n'avais suivi que les mouvements d'ua

)uste ressetttirïient, fortifiés par la misère, /W-

* rais pu aller loin contre "vous à ^otre insu , et;

* vous vous seriez apperça trop tard, ou peutêtre jamais « du mal que je puis vous faire. J^jr aurais aussi tro\M^é mieux mon compte } maisj^ répugne , après vous avoir seryi neuf ans , à; prendre ce parti, et j'ainaerais mieux vous prouver dajQS cette occasion combien vous avez eu tort^

.«d'accabler votre ancien serviieur.^

Signé Michelin.

Je reconnus ici l'ouvrage de mes deux adversaires , corrompant tout autour de moi , car celle lettre était dictée : ce n'est point là ]ç style d'ua portier. Mon premier soin fut d'envoyer la lettre à M. le lieutenant de police, en le priant de faire interroger cet homme par un commiasaire, sur le mal qu'il savait de moi , afin qu'il fût jw^ldi^ quement constaté. Au premi^i* ordre qu'il reçut

556 LETARTARE

N'ayant plus qu'un moment à parler ^ je ne m'écarterai point de la méthode utile de tou-* jours déduire mes réponses actuelles de celles qui les ont précédées ^ et je ne répéterai pas ici ce que j'ai dit ailleurs. J'appliquerai seulement avec rapidité quelques remarques sur ce qui^ étant nouvellement objecté , n'a pu être répondu nulle part.

Vous dites , monsieur le comte, (P^g^ 5 du mémoire fait par vous ou pour vous , ) que j'ai présenté le sieur Dupont , exécuteur-testamentaire de M. Duverney , comme favorisant mes prétentions , pendant qu'il est , selon vous , votre meilleur ami. Mais je n'ai pas dit un mot de tout cela dans mon mémoire. J'ai prouvé que vous écartiez avec soin du grand-oncle tout ce qui vous semblait nuisible à vos intérêts. A la suite de beaucoup de faits , j'ai cité celui de l'exécuteur-testamentaire ; parce qu'en effet , il y avait plus d'un an que la porte de M. Duverney lui était fermée par votre intrigue , et que je le savais très-bien , lorsque ce dernier mourut ; je dis un fait avéré ; je dis un fait très-grave , et vous répondez à cela : Dupont mon ami !

J'ai cité ma lettre et la réponse de cet exécuteur , pour prouver ce que j'avançais ; pour prouver surtout dans quelles dispositions affreuses yous étiez a mon égard , avant que vous eussiez

Tair de savoir un mot de mes prétentions , et vous répondez à tout cela , Dupont mon ami ! comme si je vous contestais que le sieur Dupont fût devenu votre ami , c'est-à-dire , mon ennemi.

J'ai dit ce qui fut écrit alors. J'ai cité ce mot frappant de sa réponse : Je connais tout le mal qu'on a voulu me faire • Je .vous ait fait grâce , en morcelant sa lettre ^ du doute raisonnable où il était alors et où il aurait du se^lenir ; de ce doute qui lui fesait écrire, en parlant de M. Duverney, s' il ^n a dit quelque chose à son légataire ; ou celui-ci ne dit pas vrai , ou il lui en a parlé y etc. Et cette lettre que vous me reprochez d'avoir tronquée , vous savez que je l'ai déposée entière dans les mains de M. le rapporteur ; et pour égarer totalement la question ^ vous répondez à tout cela , Dupont mon ami ! Quel rapport peut-il y avoir entre l'amitié qui existe entre vous deux aujourd'hui , et les choses sérieuses que j'ai imprimées ?

J'ai dit que le sieur Dupont était vm homme prudent et circonspect , qui voyait froidement alors ; j'ai rapporté à l'appui cette j)Iu'ase de sa lettre : Je connais assez les affaires quil vous laisse à démêler ai^ec son héritier , pour que je ne veuille pas y jouer un rôle. J'ai avoué de bonne foi le refus qu'il me fit de se rendre coiicUiateur ; ce qui ne montre cet exécutcui;

T>r,H LE T A n T A n É

dans aiiCMin jour qui me soit plus favorable qu'à vaus ; j'en dis seulement un mot qui tient a mon aOajn^) et je le laisse où je Tai pris. Et vous venez faire gémir toutes h»s presses de la ville pour repondre oiseuscmerii à cela, Dupont mon ami! C'était bien la peine d'écrire.

( Page l 'JL ). Vous me reprochez de citer un notaire qui est mort. Eh ! mais il étiît vivant quand M. Duverney lui fit passer cet acte en brevet ; il était son notaire d'lial)ilude: il avait eu le dépôt de la charge de grîind-maîtrc ; il avait fait les contrats de celle de secrétaire du roi ; i! fit enfin le brevet viager de six mille livres de rente. Et parce que vous me plaidez dix ans de suite, vous prétendez que je serai tenu de conserver tous les témoins sains et vifs ! Ce notaire a fini comme nosdenxavocaiS; parceque vous nelinis- 8CZ pas vous. Ce notaire était vieux , il a fifïi par force de durer, comme toutes choses mondaines ^ et vous ne cessez pas de vous roul(?r dans la poussière du palais , et de blanchir un officier degtierreau service de la chicane. (>ertcs, je ne disputerais point de vos plaisirs , si vous neni^cn fesiez pas supporter le chagrin et Tc^nnui. Mais ce notaire, valait-il la peine d'écrire?

Vous dites (page 16) (jue je ne devais pas vous appeler l^ héritier de M. Duverney, parce que touan'C'tes que son légataire. S il eût été qucsiroA

des vertus de ce grand citoyen, j'y aurais en effet? regardé de plus près ; mais, naafoi^ pour de . Targent , c'était peu de chose. D'ailleurs, si c'est , un faux; vous l'avez commis vous-même , eu disant , page 5*o de votre consultation de Paris , d^oii aurait'-il donc su que M. Duverney fesait le comte de la Blache son héritier? CoAi/ïe-f-OA» a i^es étrangers le secret de ses dernières dispositions ?

Or , si le secret des dernières dispositions de ce testateur était , selon vous-même , de vous faire son héritier; pourquoi cette expression se-» rait-eile plutôt un faux dans ma bouche que dans la vôtre ? cela valait-il la peine de priver toute la ville de ses presses pendant dix joiu's, et l'on appelle cela des défenses!

Vous dites (page 3o, au bas ) que ma lettre du 1 1 octobre 1 769 , porte ces mots if arrive de Touraine pour mes affaires ; et ma lettre du 11 octobre , que vous avez imprimée dans ce mé-? moire , ( à la page 26 ) où je vous renvoie expressément , ne dit pas un mot de cela. 11 faudrait au moins masquer votre grosse duplicité , par un peu plus de finesse , M. le comte !

Je vous reproche dans ma réponse ingénue , d'avoir dit partout que M. Duverney n'avait ni chagrin, ni infirmité, lorsqu'il est mort le 17

juillet 1770 : je vous y fais uae grande honte d«

d6o MÉMOIRES.

M qae f ai été le premier auteur det désordres de I» mon épouse. 11 fiaiut que ces lettres aient été n écrites depuis peu par une personne qui a em» }} prunté ma ressemblance, car je nfen m OMSCum n idée, n ^

Emprunter la ressemblance du sieur Guillamae Konimaà pour' écrire des lettres de lui I Quel, style et quelle défense I lout est de la même force f et c*est pourtant Vi du Bergasse!

N'oublions pas non plus ( car pour s'entendre il faut poser des bases ) , n'oublions pas ^le daoi un écrit |K>stcrieury en date du 27 mai 1787^ publié par le même Koniman , pour donner le change au public sur rinfamie du portier chassé de chez moi , qui a trouvé sa pls^^e en ce Mémoire; toujours embarrassé des lettres que fannonce , et dont on rentrctieni souvent , nous ditil, répoux n'est plus aussi certain qu'un autre ait pris sa ressemblance ; et ces lettres ^ dont il n'avait d'abord aucune idée , il commence à penser qu'elles peuvent être de lui, puisqu'il « me » somme de les faire imprimer , mais toutes en- 1) tières* Je suis bien sûr , dit-il , que l'ensemble » de mes lettres , rapprochées des circoiistances » ou je les ai écrites^ sufUra pour détruire de 7> telles imputations (i). »

■ ' -'Il

: (1) Imprime du 27 mai 1787 pr^. K.

MÉMOIRES. 56i

Ainsi d'abord ces lettres sont d'un autre; puis forcé d'avouer qu'elles sont de sa rnain^ il demande qu^on les dépose. Mais il n'a pris ce parti désastreux que parce qu'il savait dès-lors que je les avais déposées. Puis quand je les imprime , quoiqu'il n'ait vu encore aucuns originaux , suffoqué par sa synderèze , il lui faut boire l'amertume , non seulement de les reconnaître , mais de les faire expliquer par le précepteur de son fils , le moins gauchement qu'il se peut.

C'est cette explication d'un ennemi très-imprudent, d'un écrivain très-maladroit , qui complète ma preuve et va les traduire au grand jour. Je supplie qu'on me suive avec une attention sévère. Chaque fois que je citerai les lettres de l'époux , les accollant à l'explication qu'ils en donnent , je désire qu'on vérifie si je suis net et conséquent. Les phrases de ses lettres, que j'avais laissées en blanc dans mon premier Mémoire , sont imprimées dans celui-ci, en caractères remarquables , afin qu'on puisse discerner quel motif me les fit omettre comme oiseuses ou comme indécentes , plus souvent encore par égard pour les personnes que l'on y dénigrait.

Je ne me traîne point après lui sur sa déplorable défense ; c'est bien assez de le citer partout oii je prouve qu'il ment: j'indiquerai seulement les pages , pour qu'on voye si je cite k.faux.

Mémoires. II. 56

3f)a L E T A I#!r ARE

ma seule réponse; on la trouvera sanglante : Déjà patvenu à un grade honorable f estimé de tous ceux qui le connaissent , il ( le comte de la Blachc ) n^ avait donné aucune'man/ue de cette avarice sordide y dont le sieur de Beaumarchaii l'accuse , etc.

IJ accuse I £h mais ^ n'ai-je pas ennobli tani que j ai \^w les molifs de vos procédés , eu accolant toujours la haine à Tavarice^ au pointque Ton m'a reproché de multiplier les êtres sans nécessité ?

Vous dites, ou Ton dit pour vous (page 3o), que je n'ai eu garde de produire V original de la lettre qui me Jut adœssca par M. Duvemeyf le 37 juin 17G5. Le lecteur doit entendre ici , que j*ai produit cet original , puisque vous le nieSt l'Aï eilel , cet original est dans les mains de M. le rapporteur. W 'est-il pas fort original qu'on se déi'endeou qu'on attaque , en portant toujours pour faux ce qui est incontestablement reconnu poiu' vrai ?

C'es^ pourtantlà tout le secret de vos défenses!

Vous avec cru , Jjcctcur , que je plaisantais , et je l'ai cru comme vous , lorsque j'ai dit dans ma rc[H)use ingénue (page lyS). «Je n'emploierai » pas cette première ])reuve d'intimité : car ON » pourrait me répondre qu'CTN ne voit pas là » nécessité de conclure qu'un bomnie en aime

je dis ; c'est qne faute ùUntention ; j'en vais donner une autt'e preuve.

A la page i6 de cette réplique, il dit : a Moi )) négociant, et moi banquier, serais-je coupable » pour avoir , saqs sortir des bornes de ma pro- ^ ); fession , proposé quelques idées utiles au gou^ . u i>ernement sur des objets de comptabilité qui » étaient de mon ressort ?«

Est-ce offrir des idées utiles au gouvernement, que d'écrire à votre cher ami , dans la lettre fâcheuse que vous essayez d'excuser : Le ministre désirait me faire son banquier particulier ^ parce qu\étant dans le cas d^ avoir toujours une caisse

garnie , f acquitterais tous les mandats //

jne paraît que cet objet pourrait devenir consë-- QUENT (0 pour le prince y surtout si , dans un maniement de passé cinquante millions , on peut

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