‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 36 sur 40 · DERNIÈRE PARTIE A ÉCLAIRCIR · texte numérisé non relu

DERNIÈRE PARTIE A ÉCLAIRCIR

Développement des caractères y et démonsttûr

tration de leur plan.

Je dois reprendre la^uesiion^ que Ton m'a£ûte plusieurs fois, et dont j'aisuspeudu larcpousc; pour traiter rail'airc des lettres.

Quel acharnement diabolique arment donc ainsi contre vous ce Kornnian et ce Bcrgassc? — Cést làlcsecictdcraffaire, et je vais vous le dévoiler.

'l'outcs les fois qu^msot veut, dit-on, se faire méchant , il faut qu'il rencontre un méchant qui, de son coté, cherche un sot; et comme c'est eu tout pays chose facile a rencontrer, on juge bien que la liaison entre liergasse et K.ornmanapris connue un vrai feu de paille, au premier moment du contact. Quand cet Orgon eut flairé ce Tartuffe , posté caffardement auprès , non d'un bénitier d'eau lusuale , mai« d'un beau baquet magnétique; Orgon raccueille , il le recueille, lui donne gîte en sa maison , le fait précepteur de SCS enfants ; et s^enlaçant avec transport ,

Chacun d'eux s'écrie aussitôt:

A'oilà bien rhojiiine qu'il me faut.

Je ne parlerai pas des commencements de leur

intrigue; je ne vous dirai point comment ils s'étiâent unis avec le médecin Mesmer ; comment le prédicant Bergasse prêchait les curieux que cent louis , légèrement donnés , avaient attachés au baquet ; et comment , ennuyée de son verbiage amphigourique 9 et lasse d^être dupe, la compagnie lui imposa silence un jour^; ni comment Kornman , chargé de la caisse du Mesmérisme , et le véridique Bergasse , élevèrent un beau jour baquet contre baquet, et parvinrent enfin à dépouiller leur chef d'une partie des avantages que sa doctrine avait produits. Cela n'a de rapport à nous , que parce que M, Le Noir ayant permis ou toléré qu'on mît au théâtre italien la farce des docteurs modernes ( seul moyeu d^empêcher les malheureux enthousiastes d'être victimes des novateurs ) , excita le ressentiment de tous les modernes docteurs , le docteur Bergasse à la tête.

Il fallait au moins un prétexte aux vengeances qu'ils méditaient. L'ancien procès de Kornman, repris et quitté douze fois, leur parut à tous deux un canevas parfait , sur lequel ils pouvaient broder des infamies tout à leur aise. Mon nom pouvant donner quelque célébrité ai^x libelles qu'on voulait faire , il fut décidé tout d'une voix , qu'on dirigerait contre moi la plus sanglante diatribe.

D'ailleurs je n'étais pas sans reproche sur Tar-

59a MÉMOIAES.

ticlc du Mesmértame. Ils savaient bien que je m'étais souvent^ eu public ^ égayé sur les sottiseï du baqucu Or ceux qui Tiveiit de sottises , détestent tous ceux qui s'en moqueut.

M'ayant fait assigner comme téaioln dans son procès avec sa femme f le sieur Guillaume Kornman avait été si mécontent des dures yérités de ma déposition , qu'ils sentirent tous deux le tort quelle leur ferait^ rapprochée des picccs probantes y s*j1s ne parvenaient pas à changer ma qualité de témoin assigné par eux-mêmes eu celle (racciisé qui leur convenait davantage.

Le projet fut donc arrêté de faire un longli'* belle contre M. Le Noir et contre moi , dont Je Vgrand procès d'adultère serait le prétexte osteo* sihle.

Le libelle fut composé : mais , quelque emprcsaenient que liergasse le précepteur eût d'échapper à sa profonde obscurité, par cette production d'éclat , Kornmau préférait encore d'arranger ses tristes affaires ; et le crédit de M. Le ]\oir , la bienveillance dont il l'honorait , pouvant lui faire encore tirer quelque parti des Quinze- Vingts f il hésitait de le donner.

Depuis cinq mois , au moins, ce libelle trottais sourdement; mais il n'était que manuscrit. On l'avançait, on le retirait; on le montrait toutbas^ comme un épouvanuiU Moi, j'en ai eu copie

MÉMO lH E S- 595

trois moi^ avant qu'il fût public» On essayait aussi de me le vendre (i)* Tant qu'il espéra quelque chose du crédit de M. Le Noir, le libelle ne parut point rraais quatre jours après la disgrâce de M. de Galonné, le libelle fut imprimé*

Jamais l'honnête Komman n^a manqué c^ instants précieux. La retraite du ministère de M. le prince de Montbarrey avait changé en vraie fureur son amour pour le sieur Daudet* Sitôt après la détention du cardinal de Rohan, son bienfaiteur , Kornman n'avait pas manqué de donner un Mémoire contre lui , relativement aux Quinze-Vingts* Il était donc bien juste que la disgrâce de M. de Galonné fut le niomeut d'un gros libelle , contre M* Le Noir son ami# Et moi, je n'étais là que pour orner la scène*

Quant à leur projet , le voici :

Nous publierons un bon libelle, où nos deux ennemis , traînés dans la fange d'un adultère supposé , de tout point étranger à eux , seront livrés à la risée publique ; mais comme ils ne peuvent être qu'incidentellement amenés dans TafLire de la dame Komraan ; quand nous les aurons bi^

(t)Tou8 mes amû l'ont lu che^moi. Kariimân convient^ dans son premier libelle ( page 66 ) , qu'il a offert de le détruire , et de se désister de tout, si Ton voulait lui procurer une place de consul au nord ^ ou quelqu'antre eui-* ploi dans les grandes Indes «

Mémoires. IL 58

.5<yi M É M O I R £ a

injuriés , nous nous nccommoderotïB atec elle , en lui fesaut poot d^or , pour passer cbm notre pareil La réconciliation achevée , a'ayant plus de procès k suivre^ M. Le Noir et Beaumarchais a seront là pour nos injures ; moi , Bergatse, j'aimi fait du bruit ; toi , Komman f auraa la dot , et notre Tengeance est parfaite*

Lecteur 9 si tous croyez que mon esprit £ibriqae un conte » et tous le donne pour un fait ^ suirezmoi bien sévèrement.

A peine leur libelle a paru ^ qu'indigné de cette infamie y je broche ma première réponse»

Pendant que je la traTaillais ^ nos deux enoemiâ, satisfaits de Toir leur vengeance en bon train y s'occupaient de leur s&reté* L'instant est Tenu ^ disaient-ils , qu'il faut traiter avec la dameKoroman» Après TaToir lympanisée^ tâchons ^ a force lie promesses ^ de Tarracher à son parti ^ de loi faire abandonner ses amis et ses protecteurs ; puis fcsons un mémoire pour elle , contre ceux même qui Tout servie ; rendons-les odieux ^ infâmes, en lésant écrire k la dame qu'elle a été corrompue par eux , jetée dans ce procès par ceux que Ton n'y voit qu'à l'occasion de celte infortunée.

Que dites -TOUS 9 M. de Beaumarchais? Où puisez-vous tant de noirceurs?

Lecteur^ examinez mes preuves ; elles ont été plaidées publiquement.

Le défenseur de la dame Komman a démontré à Taudience toute ia série des démarches qu'ils ont faites pour arriver à cette transaction. Il a prouvé qu'ils ont été trouver un jurisconsulte estimé y plein de talent^ de probité ^ qui leur a paru propre à négocier ce raccommodement secret , dont ils se flattaient sans doute que lanoir^ ceur lui échapperait.

Allez ^ ont-ils dit au négociateur; proposez à madame Kornman le retour certain d'un bonheur qui la iîiit depuis si lông-'temps. 11 né s'agit^ pour elle , que de signer une transaction amiable^ de nous livrer deux hommes , Le Noir et Beaumarchais ^ qui sont deux méchants corrupteurs p de les abandonner à la fureur de moi , Bergasse ^ à la vengeance de son époux^ Et^ s'ils s'avisent de s'en plaindre^ )e ferai pour elle un mémoire^ comme j'en ai fait im pour lui. Elle reverra ses ' enfants. Son mari payera ses dettes ^ et ceux dont il faut nous venger resteront couverts de mépris. Nous les tenons ! nous les tenons I

Le défenseur a lu ensuite . à l'audience diiférents billets de Bergasse , puis une transaction minutée par le même , dans laquelle on soumet la dame Komman à écrire une lettre qi/on doit rendre publique; où l'on veut lui faire dire qu'elle n'a paà attendu la publication du mémoire de Bergasse pour rendre justice à son mari ; où l'oA

5ijG MÉMOIRES.

veut qu'elle ajoute encore qu'elle ^va s* éloigner de M. IjC Noir et de moi^ qui avoii5 excité Zsf réclamations de son mari. £l si <*lle cotiseul ï fîgoer cette transaction perfide^ ou lui promet qi^e JÇornman lui amènera ses enfants i qu'il me fera offrir judiciairement ce qu^clle me doiti et que 40» mari lui donnera des manques de k plus sinccm ruconciliation : et ce chef-d'œuvre de Uergassc Cf^t écrite signé de sa maiiu

Le uéfjociatcur montre la transaction a la danae Kornniau. Elle sent qu'on lui tend un piégc y non pas le négociateur^ mais les gens qui len ont cliargé. Elle refuse obsUuéiucut de slgixcr un tel acte. On cherche k tempériu* les choses. Autres billets aM négociateur. Il faut au moins , y dit lk>i:gassc ^ que vous ameniez tnadume Kom- . uuin il écriîY*. à masàieurs Le Noir et lieaumar" chais des lettres nobles et simples ^ dans leS' quelles vile assure.* ifuef^ revenue de son erreur ^ et vojunl l^uùime où on Va plongée y elle iVhifjnc d\tux sans retour» Par-lit je déconcerterai toute la facture du mémoire de Heaumarchais , ce qui est bien essentiel* Madame Kornrnan le payera. Je lui urinerai ses enfants , et ,nols

C0i\C£AT£K0MS SQ^N l^T£lla0OATOlRE DK MAMÉRE ▲ h\)i PftOCliKiân SA JUSTIFICATION.

£h quoi I cet honuue affreux ne u*eiiibiait | pas d'écrire : Nous concerterons son ùtterrogu' \

toire ? Contre qui ? Contre son mari , le seul qui J'a Tilipendée, sous la plutne de celui. même qui veut lui faire cet interrogatoire , cotbfee il a concerté Taccusaiion de son mari ! Ain^i cet effrofhté, Yomnîs homo danscette affaire , dîrîge là j^lainie^ cstraccusateur , le conseil, Iç témoiâ, Fécrivain^' Tavocat du mari , et veut être celui de la fertime. O rhorreur ! ô Thorreur !

La dame Kornmann sentant tout l'avàiita^* d'obtenir quelque preuve d'un aussi* noir xoîn*plot, demande communication des piècesi Le courage des conjurés s'accroît à cet espoir ttofh- . peur. Bergasse écrit , dans un autre billet qui doit lui être aussi nionlré : Saurons madame Korti^ man sur toutes choses. Préparez le canevas des lettres dont je "vous ai entretenu. Je contrit huerai de bon cœur à lut faire jouer dans le public le rôle le plus intéressant et le plus hôblè,

POURVU qu'elle veuille s'y PfeÊfER.

Quand j'ai dit que tout c6 procès d'adultère n'était mis en avant que pont servir d'autres vengeances, a-t-on pu même soupçonner que j'en fournirais cette preuve? Saurons madame" Kornman sur toutes choses, dît-il... Je contrit buerai de bon cœur à lui faire jouer le fôk teplus noble et le plus intéressant, pourvu qu'elle VEUILLE s'y prêter. Pas Un mot qui ne soit précieux.

Dant UD antre billet , il demande au jtiriiconaulte une consultation sur le moyen de terminer la tranaaction projetée. Mais comme son but n'est que de \xoïù\fttf qu'elle soit ^ lui dit*il , un chef' d'œuyre et de finesse et de logique. 11 Toudnie qu'elle p6t paraître au moment même de mon

Dans un autre billet , il écrit ; N^ oubliez paSf en parlant à la dame Kornman , de lui dire que AI* Le Noir a voulu la faire enfermera cent lieues de Paris, etc., etc. 11 ne cherche à indigner cette dame par tant de fables coucertécs , que pour eu obtenir qu'elle écrive dans sa colère les lettres qu'il a désirées ^ et qu'il Toudratt faire imprimer dans la nuit même; ce qui, ajouie-l-il^ est bien important , à cause du mémoire de Beaumarchais qui va pamitre y et dont il dit savoir tout le contenu.

Mais pendant que Tintrigue s'avance ^ Kornman rcUccliit que 9 dans la transaction, Dcrgaitse n'a in.Hcré que dos phrases en son honneur , qu'il y est apiH^lé le sensible, \c vertueux, ]q généreux Uergassc ; et que lui , Kornman , qu'on oblige h payer le sieur de Beaumarchais , n'a p;ts un petit mot d'éloge. Cependant , cette pièce doit paralti'c à la tète d'un mémoire qu'on va vendre , et dont le proiit reste à Bergassc avec riionnrnr. 11 s'en plaint^ il murmure : sitôt Bergassc / le

renard, écrhit au rédacteur pour appaiser son compagnon :

// est esseniiel que madame Komman , dans ses lettres, dise qu'elle regarde son mari comme un homme infiniment honnête , et que tant qu'elle a vécu ù côté de luip eUe a toujours reconnu en lui une manière de penser infirtiment noble , etc*.

On ajoute à la transaction l'éloge exigé du» mari^ et Bergasse croyant enfin avoir enveloppé sa vie* lime y ne g^rde plus aucune mesure. Ses intentions, %t% espérances, la jactance d'un £ait ei^ivré de son vin, sa bravade ^ son juste esprit, tout est versé dans le billet suivant :

// est bien important ^ mon cher ami^ que vous "VOUS occupiez sur- le^chavkp du plan dont je nx)us ai parlé hier. Si "vous poui^ez voir madame Komman , tâchez de me la faire voir; je lui amènerai ses enfants y et r^ous ferons u^e scène DE LARMES QUI FiMBie TOUT. Je vicus de rédiger une note contre V écrit du sieur de Beaumarchais^ qui , je Inespéré , sera imprimée cette nuit , et paraîtra demain. J^ parle d'elle auec intérêt , et de Beaumarchais avec modération ; j'espère que vous en serez content^ etc» , etc.^ On ajou^it même au palais^, que le biUet finit par ces mo^ bien étranges ( mais l'avocat de la dame Kom-^ man ne les a point articulés ). « Soyez bien n persuadé que ni Kornmaun ni n^oi ne seroiiSr

6qo m É m O 1 B E s.

n décrétés pour a^oir publié notre mémoire ; je » crois que le public entier décréterait k coup n de pierres le* tribunal qui entreprendrait de n nous demander compte de notre conduite* n

Ce qui rend asses vraisemblable cette phrstfe de son billet ^ c'est le ton qu'il a pria b Faudiente de la grand'chambre ^ en rappelant , en d'auu'ei termes , b peu près les m<''mes idées. On Ta ta , appaisant de lu main les battementa dont ne^ amii couvraient ses périodes commencées* Plein d'une ▼aiiiié fougijcudc^ et menaçant les magistrats^ il leur disait: Si |iar un hasard imprévu vows alliez iaire perdre la cause li Tinnocence , aux bonnet mœurs y il n'y a personne dans cette assemblée qui ne se levât aussitôt et qui ne prit notre dé*^ Icnsc.

Songez à TOUS , augustes magistrats ! Si par malheur vous condamnez Bergasse et Koraman (vous voyez comme ils ont traité les niagistratf du Chàtelet),ils yoMêitronl décréter à leur ma* nière ^ par le public de leur quartier ^ de la nie Carémc-prcnant. Gardez-vous bien de prononcer contre eux I

En voilk bien assez. Nos adversaires sont con« nus. La dame Kornman ^ indignée ^ rompit la négociation , et la guerre a recommencé.

Avant de la faire éclater au palais , ils ont voulu essayer d'eifrayer cette dame ^ n'ayant pu

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la séduire ; et , pour lui faire donner la déclaration qu'ils voulaient , avec laquelle ils entendaient poursuivre M. Le Noir et Beaumarchais , sous le nom de Tinfortunée , ils ont emprunte sourdement au sieur Bonnard une maison près de Neuilly , sous prétexte qu^me grande dame voulait y voir en secret son époux , dont on sait qu'elle est séparée. Us ont eu Fart d'y faire conduire adroitement la dame Kornman par des hommes grand Dieu ! qu'on était loin de suspecter ! et là ils Tout livrée pendant six heures de suite aux fureurs d'une py tônisse , d'une somnambuliste ardente , bien instruite et bien inspirée y laquelle avait diné la veille dans la maison de Kornman , où on liii avait appris ce qu'elle avait à dire. 11 a fallu tout le courage d'une femme habituée au malheur , pour résister à des scènes si longues et si fâcheuses , pour que ce lâche emploi du magnétisme prophétique ne la fît pas suc- 4iomber à la terreur d'un tel spectacle. Le détail de ces tentatives , écrit naïvement par la dame Kornman elle-même en sortant de cette obsession , est un des plus étranges écrits , des plus rares qu'on puisse lire. On y voit réuni tout ce que la scélératesse de forcenés très -maladroits peut joindre à l'imbécillité de fous dignes de Char en ton.

Ces détails ont été mis sous les y^ux des ma-

et

I iiDprii

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6oÈ UÈMOÎK%$.

i Le rcipeet nouê déSeoà d'en dire d»-

D jrmt pM miei» rétfii té de Mhrre le fgùciê, lioable I Tom imi»-

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1 f ei éi jNir KorDman ; Ici re'

le 0 dépoiée au greffe cri^ ce# iaiie« Reçu tantde •ieur Komman (lOtir tel pami^lel ^ tant pour m$ circulaire, etc#,ete« A cl ique itiiiani det letirei aiioii]riiie«# J^en ai dépoi une au greffe ^ qtii ac;cotnpagnait un libelle imprimé f dana lequel m cherchait ii me déiigner [K>ur auteur de» écrit* êcandalcux contre lea mi iitrata ; et crainte que )e ne me méprise aux a|^cnu de cet infiuniei f iU m'ont accuaé hatitemcnt, dana tm libeJie âigiié Bernasse , d'avoir rendu ma plume au nriinittère pour inauher Ici magiatrau ;ibaent«* Eapéranlbia )iar-lk me lea rendre défavorablea loraque je de* manderaia rengcance contre ce coura d'atrocités

On a TU de (^lel ton j'ai reloré cette apoatrofdie dana mon aecond Mémoire , qui a précédé celui<i#

lia ont ameuté contre miii la jeuoeaae jndi.%ci' plinée qui rôdait autour du palaia,^ et m'ont lait menacer p.irioutf «oui prétexte de cea écriti«

lia m^ottt ikit inaulter un aoir aortant à pied iU

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mon jardin. Depuis ce temps j'ai mieux veillé sur moi , ne marchant plus qu'avec des armes.

Ils ont fait casser , une nuit , des statues de. Germain-Pilon , monument du seizième siècle , et restes précieux de l'arc triomphal Saint -Antoine , que j'avais fait réparer à gands frais , d'accord avec l'Hôtel-de-Ville , et mis au mur de mon jardin pour faire un ornement au boulevard , digne de l'attention publique. Messieurs du bureau de la Ville s'y étant transportés , ayant tancé publiquement le caporal d'un corps-de-garde qui est à dix pas du monument , sur sa négligence à veiller; le lendemain, une lettre anonyme ^ style, écriture de cuisinière , m'est arrivée , portant en substance le regret qu'on ne m'eût pas trouvé à la place de ces statues , disant que je ne U échapperais pas , et m'appelant grand défenseur des belles ; ce qui n'était pas bien adroit pour déguiser l'auteur de l'anonyme. Tout est au greffe criminel.

Enfin f portant au dernier excès leurs ipanœu* Très infâmes , ils ont fait afficher la nuit des placards à toutes mes portes y et même dans les rues voisines y me dénonçant au peuple comme un accapareur de blés. Les placards portaient en substance y que y si je n'ouvrais pas les greniers que je tenais fermés , on m'en ferait bien repentir. Il est clair qu'espérant que la cherté du pain pour-

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rait produire quelque mouvement parmi le peuple f on lui désignait ma maison pour être la première ou pillée ou brûlée.

. Les surreillants de la police ont arraché tous ces placards , et M. de Crosne a bien voulu faire passer , toutes les nuits ^ une patrouille déguisée autour d'immenses magasins où je 'tiens de la li* brairie, qu'on cherchait h donner an peuple pour des accai)aremcnt5 de blés. l/Eiirope a couru le danger d'être privée du plus beau monument littéraire de ce siècle 9 et moi celui d'être ruine.

Quelle complication d'horreurs ! Je suis las de les raconter y fatigué de les éprouver , et si honteux de les décrire , que je quitterais la plume à l'instant , si , pour dernier trait de scélératesse , ils ne venaient pas tout - à - Theure , k la fin de leurs plaidoieries , de faire crier par leur avocat , qu'ils tenaient la preuve en leurs mains d'une profanation de moi sur les choses les plus sacrées , pour amener des séductions honteuses Vous verrez , Messieurs , disait-il , comment il prit l'habit d'un confesseur, et comment, ainsi déguisé , il trompa d'abord une femme, et s'en fut, sous le même habit, escroquer et toucher an bureau d'un payeur une rente de ;|oo livres. Nous les tenons ces preuves écrites de sa main.

Puis , sans en faire de lecture , il met tha lettres sur le bureau , laisse le public étonné , mais

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surtout Dulleraeut iostruit. Heureusement mon avocat se lève et demande acte à la cour de tout ce qui vient d'être plaidé y obtient un arrêt qi|i ordonne que ces pièces , déposées au greffe, nous seront communiquées. Nous y courons. Que trouvoDS - nous ? Pour embarrasser cette cause , la couvrir d'un nouvel incident , ejt tâcjier de prour vcr que je suis le vil proxénète d'un galant , le protecteur d'un adultère en 1789, ils ont osé produire sept ou huit lettres de moi ^ écrites dans ma jeunesse , en 17 56; à ma première femme , il y a trente-trois ans accomplis ^ c'est-à-dire , qu'elles sont écrites cinq pu six <ms avant que la dame Komman fut née.

Et ces lettres 9 qui n'ont nul rapport à TafTaire^^ qu'ils se sont bien gardés de lire , quoiqu'ils Jes ay ent empoisonnées y sont douces , gaies , pleines d'amour e^ du tendre intérêt de cet âge ; deu^ ou trois sont écrites un moment avant mon mariage , et les autres moi marié. J'avais prié mo|i défenseur de les lire toutes a l'audience ; on n'y aurait trouvé ni profanation , ni forfaits , ni usurpation , ni déguisement , ni projets personnels m moi : seulement une idée de plusieurs amis rassemblés de cette dame , au nombre desquels ]p me comptais , avis que nous soumettions à son conseil , à elle-niême , pour forcer des débiteurs peu délicats à lui faire une prompte justice.

6o6 MSMOIRES.

N'ayant point adopté le projet contenu dam cette minute , elle Ta pourtant conservée aTec toutes mes lettres d'amour , comme des monuments très- chers de la tenc^resse d'un époux. Et ces lettres de ma jeunesse ( j'étais encore tninm quand cette dame m'époua^)^^ ces lettres , dis-je^ cotées et pcrapEiées k rinventaire de ma femme, quand j'eus le malheur de la perdre ; est-tl possible qu'ils les lieiment des parents même de ma femme , lesquels , après avoir joui pendant riagt ans f par ma seule indulgence f de fortes sommes qui m'appartenaient dans leurs mains , m'ont attaqué eu 1771 9 et m'ont plaidé dix ans ayec fureur , puis ont été condamnés envers moi , par trois arrêts contradictoires , à me pfUyer des sommes plus fortes que leurs moyens actuels ; qui sont venus se jeter à mes pieds , m'implorer en disant qu'ils étaieut ruines si j'usais rigoureusement de mes droits constatés par les trois arrêts de la cour y et qui ont obtenu de mon humanité, par leurs instances et celles de leurs amis ^ qu'ils jouiraient leur vie entière des sommes qu'ils me doivent ?

Mes amis , indignes , veulent que je demande en justice que ces actes soient annullés , pour catise dliorrible ingratitude! Non , mes amis: ma vie entière s'est usée à pardonner des infamies ; îrai'jc empoisonner un reste d'existence;

en dérogeaDt dans ma vieillesse à ma constante bonhomie !

Si je me permettais d'aller plus loin sur ces. * détails ^ on serait bien surpris de Tusage constant que j'ai fait de ma fortune ! On apprendrait combien de gens ^ mes obligés , ont abusé de ma fa« ciliié ; et comment , pardonnant toujours y je me 6iiis toujours TU forcé de justifier mes oeuvres les plus pures I Mais ces débats ne troublent plus la paix de mon intérieur. Heureux dans mon ménage y heureux par ma charmante fille , heureux par mes anciens amis ^ je ne demande plus rien aux hommes ; ayant rempli tous mes devoirs austères de fils , d'époux , de père , de frère , d'ami , d'homme enfin , de Français et de bon citoyen ; ce dernier y cet affreux procès m'a fsiit au moins un bien y en me mettant à même de rétrécir mon cercle y de discerner mes vrais amis de mes frivoles connaissances.

Quant ài vous y mes concitoyens y qui prenez parti contre moi pour deux fourbes dans cette affaire , quel mal vous ai-je £ût à tous ? En égayant mes courts loisirs y n'ai-je pas contribué à F'amusèment des vôtres? Si ma gaité contriste des méchants y quel rapport y a-t-il entre ces gens et vous avec qui je me complais à rire ? Vous savez tous y ô mes concitoyens ! qu'il n'est rien d'aussi bas que la basse littérature. Quand un homme

6o8 MÉMOIRES.

h'est bien prouTé qu'il n'est bon ii rien dans ce monde , s'il se sent le pouToir de braver méprii et Bicétrc , il se fail libelliste » feuilliste , sfr chiste et menteur public. L'affreuse calomnie n'est qu'un vain mot pour lui , s'il panrieni à Sm imprimer ses pampMets , en esquivant la geôle et y sauf tous les affronts qui poursuivent son H emploi f il est heureux dans son grenier; min* jiiriant l^rlienieut dans le monde » où ils saTent que je ne: vais |)]ns ; urimplorant en secret cliez moi , quand ils peuvent forcer ma porte. Voilai voilà les gens que Koruman salarie.

Et les auteurs de ces libelles, les imprimeun et les ordonnateurs, tous sontconuus, tousscroot poursuivis. Ce qu'il y a de plus vil à Paris, dirigé par ces deux méchants , depuis deux ans écrit ^ poignarde par derrière les plaideurs et les maf^istrats. Ce désordre est porté si loin , qu'il n'eit pas un sc*ul citoyr^n qui ne doive frémir des horreur:» auxquelles le plus léger procès peut soumettre son exisU'uce. L'ordre public est trop intéressé à ce que de tels excès soient punis et soient réprimés , pour que les magistrats ne sévissent points dans leur arrêt , contre les noirs instigateurs de tant de lâches calomnies.

(^e liergasse , inconnu , sans état^ sans métier; même sans domicile , s'amalgainant h tout ce qui fait bruit ; après avoir traité son bieutaiteur Mes-

MÉMOIRES. 6og

mer comme uu dieu , puis comme un scélérat j après avoir traité Deslon conftne un confrère, et puis comme un escroc ; après avoir décloué , dans ses fureurs^ MM. Franklin, Bailly , et au-* très commissaires nommés par Sa Majesté , pour juger ce fou magnétisme ; après les avoir déi^oaes, dis-je , à rexécratioh de la postérité la plus re^ culée , parce qu ils ont dévoilé . les mystères de cette doctrine ; après s'être fait insolemment graver sous Temblème d'un génie couronné qui forge et va lancer des foudres , et s'être proclamé luimême , avec la plus stupide vanité , le sauveur de la France , et Tavoîr osé imprimer lors du retour des magistrats , parce qu'il avait écrit quelques lignes fougueuses , dans un moment où Topinion publique , partout fortement prononcée , avait déjà ruiné le «ystème ministériel ; après, s'être bien pavané, comme la mouche du coche , en .disant :

J'ai tant fait qu'à la fin mes gens sont dans la plaine.

Ce noir ballon , gonflé d'orgueil , vient de jurer enfin qu'il s'attachait à Koiiiman. O malheureux Laocoon ! toi , ni tes deux enfants , n'espérez plus fuir au reptile qui vous a si bien enlacés ! Taiit qu'il vous restera quelque peu de fortune , n'cspcrcz pas qu'il se détache. Je le suivrai par-' tout , dit - il , dans les exils , dans les prisons* Mémoires. II. 09

6io MEMOIRES.

Digne Oreste d'un tel Pilade ! on n'est poînt étonné qu'il se déroue à toi. Quel a&eux Pilade; en eflêt , est plus digne d'un tel Oreste !

Signé CARON DE BEAUMARCHAIS.

M» PELLETIER, Procureur.

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