‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 176 sur 279 · LA COMTESSE , LE COMTE, BÉGEARSS · texte numérisé non relu

LA COMTESSE , LE COMTE, BÉGEARSS

Le Comte, d^un ton sérieux.

IVIadàiie f nous sommes seuls.

BÉGEARSS, encore ému.

C'est moi qui parlerai. Je subirai cet interrogatoire. M'avez - TOUS vu, Monsieur, trahir la vérité dans quelque occasion que ce fut?

Le Comte, sèchement.

Monsieur...... Je ne dis pas cela.

Bégbarss, tout-à-fuit remis.

Quoique je sois loin d'approuver cette inquisition peu décente ; Thonneur m'oblige à répéter ce que je disais à Madame , eh répondant à sa consultation :

(f Tout dépositaire de secret ne doit jamais » conserver de papiers s'ils peuvent compro- >) mettre un ami qui n'est plus , et qui les mit M sous notre garde. Qiielquë chagrin qu'on ait à » s'en défaire , et quelque intérêt même qu'on

vi eût à les garder ; le saint respect des morts )) doit avoir le pas devant tout. » ( // montre le Comte ). Un accident inopiné, ne peiitril pas en rendre un adversaire possesseur?

Le Comte le tire par la manche pour qit^il ne pousse pas r explication plus loin.

Bégea^ss.

Auriez-vous dit , Monsieur , autre chose en ma position? Qui cherche des conseils timides , ou le soutien d'une faiblesse honteuse , ne doit point s'adresser à moi ! vous en avez des preuves Fun et l'autre , et vous surtout , monsieur le comte ! ( Le Comte lui fait un signe ). Voilà sur la demande que m'a faite Madame , et sans chercher à pénétrer ce que contenaient ces papiers , ce qui m'a fait lui donner un conseil pour la sévère exécution duquel je l'ai vue manquer de courage ; je n'ai pas hésité d'y substituer le mien, en combattant ses délais imprudents. Voilà quels étaient nos débats ; mais , quelque chose qu'on en pense , je ne regretterai point ce que j'ai dit , ce que j'ai fait. ( // /èf e les bras. ) Sainte amitié ! tu n'es rien qu'un vain titre , si l'on ne remplit pas tes austères devoirs. — Permettez que je me retire.

Le Comte, exalte'.

Ole meilleur des hommesl Non^ vous ne nous

quitterez pas. — Madame , il va nous appartenir de plus près ; Je lui donne ma Florestine.

La Comtesse, ai^ec ^vivacité.

Monsieur j tous ne pouviez pas faire un plus digne emploi du pouvoir que la loi vous donne sur elle. Ce choix a mon assentiment si vous le jugez nécessaire y et le plus tôt vaudra le mieux.

Le Comte, hésitant.

Eh bien! ce soir...... sans bruit votre

aumônier

La Comtesse, avec ardeur.

Eh bien ! moi qui lui sers de mère , )e vais la préparer à l'auguste cérémonie : mais laisserézvous votre ami ^ seul généreux envers ce digne enfant ? J'ai du plaisir à penser le contraire*

Le Comte, embarrassé.

Ah ! Madame croyez

La Comtesse, aç^ec joie.

Oui, Monsieur, je le crois. C'est aujourd'hui la fête de mon fils ; ces deux événements réunis me rendent cette journée bien chère. {Elle sort).

LE COMTE , BÉGEARSS

Le Comte, la regardant aller*

J E De reviens pas de mon étonnement. Je m'attendais à des débats , à des objections sans nombre ; et je la trouve juste , bonne , généreuse envers mon enfant ! moi qui lui sers de mère ,

dit-elle Non , ce n'est point une méchante

femme ! elle a dans ses actions une dignité qui m'impose ;..... un ton qui brise les reproches , quand on voudrait l'en accabler. Mais, mon ami, je m'en dois à moi-même, pour la surprise que j'ai montrée en voyant brûler ces papiers.

Bégearss.

Quant à moi, je n'en ai point eu , voyant avec qui vous veniez. Ce reptile vous a sifflé que j'étais là pour trahir vos secrets ? de si basses imputations n'atteignent point un homme de ma hauteur; je les vois ramper loin de moi. Mais . après tout Monsieur , que voui importaient des papiers ? n'avies-vous pas pris malgré moi tous ceux que vous vouliez garder ? Ah I plut au ciel qu'elle

m'eût consulté plus tôt ! vous n'auriez pas contre elle des preuves sans réplique !

Le Comte, at^ec douleur.

Oui , sans réplique ! ( ai^ec ardeur. ) Qtons-les de mon sein : elles me brûlent la poitrine. ( // tire la lettre de son sein , et la met dans sa poche. )

Begearss^ continue avec douceur.

Je combattrais avec plus d'avantage en faveur du fils de la loi ! car enfin il n'est pas comptable du triste sort qui Ta mis dans vos bras!

Le Comte reprend sa fureur.

Lui , dans mes bras ? jamais.

Bégearss.

Il n'est pointcoupable non plus dans son amour pour FJorestine ; et cependant , tant qu'il reste près d'elle , puis-je m'unir à cet enfant qui , peutêtre éprise elle-même, ne cédera qu'à son respect pour vous ? La délicatesse blessée.....

Mon ami , je t'entends ! et ta réflexion me décide à le faire partir sur-le-champ. Oui , je serai moins malheureux, quand ce fatal objet ne blessera plus mes regards : mais comment entamer

ce sujet avec-elle ? voudra-t-elle s^en séparer ? il faudra donc faire un éclat ?

Bégearss.

Un éclat! non mais le divorce accrédité

chez cette nation hasardeuse ^ tous permettra d'user de ce moyen.

LbComte.

Moi ^ publier ma honte ! quelques lâches l'ont fait ! c'est le dernier degré de l'avilissement du siècle. Que l'opprobre soit le partage de qui donne un pareil scandale ^ et des fripons qui le provoquent.

Bégearss.

J'ai fait envers elle , envers vous , ce que l'honneur me prescrivait. Je ne suis point pour les moyens violents ; surtout quand il s'agit d*un

fils

Le Comte.

Dites d'un étranger^ dont je vais hâter le

départ.

Bégeauss.

N'oubliez pas cet insolent valet.

Le Comte.

J'en suis trop las pour le garder. Toi , co urs ami, chez mon notaire ; retire , avec mon reçu

que Toilà^ mes trois millions d'or déposés. Alors tu peux à juste titi^e être généreux au contrat qu'il

nous faut brusquer aujourd hui car te voilà

bien possesseur ( // lui remet le reçu , le

prend sous le bras y et ils sortent* ) Et cesoîr à minuit ^ sans bruit ^ dans la chapelle deMadame...

( On n'entend pas le reste. )

FIJS DU XAOISIÈME ACTE.

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