‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 22 sur 279 · ACTE PREMIER. Si · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. Si

demain vous ne coucherep pas au château. Si Madame , si ma belle marraine ne parvient pas à Fappaiser ^ c'est fait y Suzon ; je suis à jamais privé du bonheur de te Toir.

Suzanne.

De me voir ! moi ? c'est mon tour ! ce n'est donc plus pour ma maîtresse que vous soupirez en secret ?

Chérubin.

Ah f Suzon y qu'elle est noble et belle ! mais qu'elle est imposante !

C'est-à-dire que je ne le suis pas , et qu'on peut oser avec moi....

Chérubin.

' Tu sais trop bien y méchante^ que je n'ose pas oser. Mais que tu es heureuse ! k tous moments la voir y lui parler y l'habiller le matin et la déshabiller le soir y épingle à épingle.... ah^ Suzon I je donnerais qu'est-ce que tu tiens donc là ?

Suzanne^ raillant.

' Hélas y l'heureux bonnet, et le fortuné ruban qui renferment la nuit les cheveux de cette belle marraine.....

Théâtre. IL 6

Chérubin ^vh^ment.

Son rubaa de nuit î donne-Iç moî^ mon cœur.

SuzAiiNp le p^tirant.

Eh que non pas : — Son cœur I Comme il est familier donc I si ce n'était pas un morveux sans conséquence. ( Chérubin arrache le ruban ) ah 9 le ruban t

Chérubin tourne autour du grand fauteuil.

Tu diras qu'il est égaré ^ gâté ; qu'il est perdu. Tu diras tout ce que tu Toudras.

Suzanne tourne après lui.

O ! dans trois ou quatre ans y je prédis que vous serez le plus grand petit valirien !••• Rendez-vous le ruban ? ( Elle veut le reprendre. )

Chérubin tire une romance de sa poche.

Ijaisse, ah i hisse^Ie moi / Suzon ; je te donnerai ma romance ; et pendant que le souvenir de ta belle maîtresse att/ist^a tous mes moments y le tien y versera le seul rayon de joie > qui puisse encore amuser mon cœur»

S u z A N N s arrache la romance.

Amuser votre cœur, petit scélérat I vous croyez parler à votre Fanchette ; on vous sur-* prend chez elle ; et vous soupirez pour Madame ;

JLCTZ PREMIER. S3

et TOUS m'ea conie» & moi ^ pardessus le marché I

Cela est vrai d'hounew • je ne sais plu^ ce que je suis ; mais depuis quelque tenaps je sens ma poitrine agitée; mon cœur palpite au seul aspect d'une femme ; les mots amour et volupté le font tressaillir et le troublent. Enfin le besoin de dire il quelqu^un /V nx^us aime^ est derenu pour moi si pressaoi» que jft }e dfs* Mut se^l, en cou^^ant dans le parc , à ta maltresse ^^ à toi , aux arbres p aux nuages, auvent qui les emporte avec mes paroles perdues. -^ Hier je rencontrai Marc^« line««««**«

Suzanne riant.

Ah, ah> ah y ah'I

Chékvbin*

Pourquoi non ? elle est femme I elle est (îlfe ! ime fille ! nue femme ! ah qoe ces noms som doux/ qu'ils sont intéressants I

11 devient fou I

Fanchette est douce; elle m'écoute au moins ; tu ne l'es pas , toi !

Suzanne.

C'est bien dommage; écoutez donc Monsieur! ( Elle "veut arracher le ruban ).

Chérubin tourne en fuyant.

Ah ! ouiche ! on ne l'aura , vois-tu , qu'avec ma vie. Mais , si tu n'es pas contente du prix ^ j'y joindrai mille baisers*

( // lui donne chasse à son tour. }

• Suzanne tourne en fuyant.

" Mille soufflets y si vous approchez. Je vais m'en plaindre à ma maîtresse ; et ^ loin de supplier pour vous , je dirai moi-même à Monseigneur : c'est bien fait ^ Monseigneur ; chassezpous ce petit voleur ; renvoyez à ses parents un petit mauvais sujet qui se donne les airs d'aimer Madame y et qui veut toujours qi'çmbrasser par contre-coup.

Chérubin voit le Comte entrer ; il se jette derrière le fauteuil at^ec effhoi.

Je suis perdu.

Suzanne.

Quelle frayeur ?

rf't-fcii^

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