‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 38 sur 279 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

FIGARO, SUZANNE, LA COMTESSE assise.

S c z A ji a E*

iVX o N cher ami ! viens donc. Madame est dans une impatience I

Figaro.

Et toi, ma petite Suzanne? — Madame n'en doit prendre aucune. Au fait , de quoi s'agit-il 7 d'une misère. Monsieur le comte trouve notre jeune femme aimable 9 il voudrait en faire sa mat* tresse ; et c'est bien naturel.

Naturel ?

F I G A II o.

Puis il m'a nommé courier de dépêches , et Théâtre. IL 8

ii4 LE MAMAGE DE FIGARO^

Suzon conseiller, d'ambassade. Il n'y a pas -là

d'étourderie.

Suzanne.

Tu finiras?

Figaro.

Et parce que Suzanne ^ ma fiancée , n^accepte pas le diplôme ^ il va favoriser les vues de Marceline ; quoi de plus simple encore ? Se venger de ceux qui nuisent à noâ projets en renversant les leurs ^ c'est ce que chacun fait ; ce que nous allons faire nous-mêmes. Hé bien ^^ voilà tout^

pourtant.

La Comtesse.

Pouvez-vous , Figaro , traiter si légèrement un dessein qui nous coûte à tous le bonheur ?

Figaro, Qui dit cela , Madame ?

Suzanne.

Au lieu de t'affliger de nos chagrins....

N'est-ce pas assez que je m'en occupe ? Or , pour agir aussi méthodiquement que lui ^tempérons d'abord son ardeur de nos possessions , en l'inquiétant sur les siennes.

La Comtesse.

C'est bien dit ; mais comment 7

A C T E I L ij5

Figaro.

C'est déjà &it^ Madame; un faux avis donné .

sur TOUS

La Comtesse.

Sur moi ! la tête vous tourne !

Figaro.

O ! c'est à lui qu'elle doit tourner.

La Comtesse.

Un homme aussi jaloux I

Figaro.

Tant mieux : pour tirer parti des gens de ce caractère > il ne faut qu'un peu leur fouetter îe sang ; c'est ce que les femmes entendent si bien ! Puis^ les tient-on fâchés tout rouge» avec un brin d'intrigue on les mène où Ton yeut, par le nez» dans le Guadalquiyir. Je vous ai fait rendre à Bazile un billet inconnu j lequel avertit Monsei* goeur y qu'un galant doit chercher à vous voir aujourd'hui pendant le bal.

La Comtesse.

£t TOUS tous jouez ainsi de la vérité sur le compte d'une femme d'honneur!....

Figaro.

Il y en a peu » Madame y avec qui je l'etitse osé y crainte de rencontrer juste.

iiS LE MAAiAGË de riGARO,

La Comtesse* Il faudra <]ue je l'en remercie I

Mais dites-moi s'il n'est pas charmant de lui avoir taillé ses morceaux de la journée ^ de façon qu'il passe à rôder , à jurer après sa dame , le temps qu'il destinait à se complaire avec la nôtre ! il est déjà tout dérouté : galopera-t-il celle-ci ? surveillera-t-il celle-là? dans son trouble d'esprit ^ tenez ; tenez 9 le voilà qui court la plaine^ et force un lièvre qui n'en peut mais. L'heure du mariage arrive en (K>ste^ il n'aura pas pris de parti contre ^ et jamais il n'osera s'y opposer devant Madame.

S tr Z A ff N E.

Non; mais INIarceline^ le bel esprit^ osera le £iire ^ elle.

Figaro.

Srnr. Cela tt*inqmèle hiea y ma foi I Tu feras dire à Monseigneur , que ta te rendras rar la brune au jardia.

Tu comptes sur celui-là?

Figaro.

O dame ! écoutez donc; les gens qui ne veulent

A C T E I I. tij

rien ùîre de rien , o'aiFanceni riep ^ et «e Mot bons à rien. Voilà mon mot.

Suzanne.

Il est joli I

La Comtesse.

Comme son idée : vous consentiriez qu'elle s'y rendit ?

Figaro.

Point du tout. Je fais endosser un habi( de Suzanne à quelqu^un : stifpris par nous au rendez-

TOUS , le comte potirra-t-il s'en dédire ?

Suzanne.

A qui mes habits ?

Figaro.

Chérubin.

La Comtesse.

Il est ps^rti.

Figaro.

Non pas pour moi : Teut*on me laisser faire ?

On peut s'en fier à lui pour mener une intrigue.

Figaro.

Deux^ trois ^ quatre à-la-fois; bien embrouil-

Il8 LE MARIAGE DE FIGARO,

lées f qui se croisent. J'étais né pour être courtisan.

On dit que c'est un noiétier si difficile !

Figaro.

Recevoir, prendre et demander ; voilà le secret en trois mots.

La Couatesse.

Il a tant d'assurance , qu'il finit par m'en inspirer.

C'est mon dessein.

Suzanne.

Tu disais donc ?

Figaro.

Que pendant l'absence de Monseigneur, je vais vous envoyer le chérubin : coiffez-le, habillez-le; je le renferme et l'endoctrine; et puis dansez, Mcmseigneur. ( // sort. )

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