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quelques obserTations sur le .poème et son amalgame* Posons une saine doctrine : joignons un exemple au précepte ^ et tâchons d'entraîner les sufifrages par rheureux concours de tous deux.
Souvenons - nous d'abord , qu'un opéra n'est point une tragédie; qu'il n'est point une comédie; qu'il participe de chacune, et peut embrasser tous les genres*
Je ne.prendrai donc point un sujet qui soit absolument tragique : le ton deviendrait si sévère, que les fêtes y tombant des nues , en détruiraient tout r^Qlèrèt* Éloignons- nous également d'une intrigue purement comique , on les passions n'ont nul ressort , dont les grands effets sont exclus : l'expression musicale y serait souvent sans noblesse.
11 m'a semblé qu'à l'opéra , les su jets historiques devaient moins réussir que les imaginaires.
Faudra«t*il donc traiter des sujets de pure féerie? De ces sujets où le merveilleux, se montrant toujours impossible , nous parait absurde et choquant ? Mais l'expérience a prouvé que tout ce qu'on dénoue par un coup de baguette , ou par Tint^rvendon des Dieux ,' nous laisse toujours le cœur vide ; et les sujets mythologiques ont |pus un peu ce défaut-là» Or, dans mon. système d^o^ péray je ne puis être avare demusique, qu'en y prodiguant l'intérêt. . .
Théâtre. IL 3 a
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N'ouUiims pas «uriouc que , h de la muttque s'qpposani aux één il £iui que rintérél porte enôcreacot anr In masses ; qu'elles y soient éneifîques et daim. Car y si la première éloquence au tliéâure est celle de silu^on , c'est surtout dans le drame chaoK qu'elle devient indispensable , par le sant d'y suppléer aux mouvements de Ta éloqijvsncey dont on est trop souvent force de se priver.
Je penserais donc qu^on doit prendre on mifim entre le merveilleux et le ^enre hisionqne. J'aî cru m'apercevoir aussi que les moeurs trè^ civilisées éuient ttop méfkodiqnes pour y paniow diéAirales. Les mosurs orientales^ plus disfantes et moins connues , laissent k l'esprit plus libre j et me semblent très-propres à plir cet objet.
Partout où règne le despotim des mœurs bien tranchâmes. Là ^ f esckvifse est près de la gnmdeur : Tamour y umcbe à la ict» cité : les passions des grands sont sans freia. On peut y voir unie f dans le même bomme » la pins imbécille ignorance à la puissance illioût indigne et Uche friblesse k la pins hauteur. Là , je vois l'abus du pouvoir de la vie des hommes , de la pudicité des la révolte marcher de firontavec Tatroce îji
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le despote y fait tout trembler , jusqu'à ce qu'il tremble lui-même ; et souyent tous les deux se Toient eo même temps. Ce désordre convient au sujet ; il monte Timagination du poète; il imprime tin trouble à TespYity qui dispose aux étrangetés ( selon Fexprcssion de Montagne ). Voilà les mœurs qu'il faut à Fopéra ; elles nous permet*tent tous les tons : le sérail offre aussi tous les genres d'événements. Je puis m'y montrer tour« k-toiu* , vif, imposant , gai , sérieux , enjoué , terrible ou badin. Les cultes même orientaux ont je ne sais quel air magique , je ne sais quoi de meiveilleux ^ très*propre à subjuguer Tesprit ^ à nourrir l'intérêt de la sckne^
Ah ! si Ton pouvait couronujer l'ouvrage d'uoie grande idée philosophique ; même en faire naitr.e le su jet ! je dis qu'un tel amusement ne serait pas sans fruit ; que tous les bons esprits nous sauraient gré de ce travail* Pendant que Fesprit de parti y l'ignorance ou l'envie de nuire arme-^ raieut la meute aboyante^ le public n'en sentirait pas moins qu'un tel essai n'est point une œuvre méprisable. Peut-être irait-il même jusqu'à encourager des hommes d'un plus fort génie à se jeter dans la carrière , et à lui présenter un nouveau genre de plaisir^ digne de la première nation du monde.
Quoi qu'il en puisse être des autres , voici ce
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qu'il ea est de moi. Tarare est le nom de opéra ; mais il n'en est pas le motif. Cette à la fois consolante et seTere y est le sujet de ouvrage :
Homme I ta grandeur sur la lerr* N'appartient point à ton état; Elle est toute à ton caractère.
La dignité de l'homme est donc le point moral que j'ai voulu traiter ^ le thème que je me sm donné.
Pour mettre en action ce précepte , j'ai iraa^!Îii«^ dans Ormusy k l'entrée du golphe Persique, deox hommes de l'état le plus opposé; dont l'im , cooiblé y surchargé de puissance y un despote abs<^ d'Asie y a contre lui seulement un ef&oyafale caractère. I lest né méchant ^ ai «je dit, vortms s^ il sera malheureua:. L'autre, tiré des derniers rangs y dénué de tout , pauvre soldat , n'a reo> qu'un seul bien du cid ^ un caractère vectoetix. Peutnl être heureux ici bas ?
Cherchons seulement un moyen de rapprodKr deux hommes si peu faits pour se rencontrer.
Pour animer leurs caractères , sourocttoof-les au même amour ; donnons - leur h tous deux le plus ardent désir de posséder la même femme. Ici y le cœm* humain est dans son énergie ; il ^it se montrer sans détour. Opposons paaskMi à
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passion, le vice puissant a la yeriu privée de tout , le despotisme sans pudeur à Tinfluence de Fopinion publique ; et voyons ce qui peut sortir. d*une telle combinaison d'incidents et de caractères.
JLes Français chercheront le motif qui m'a fait* donner à mon héros un nom proverbial. Il &ut avouer qu'il entre un peu de coquetterie d'auteur dans ceci. J'ai touIu voir si , lui donnant un nom usé f qui jetterait dans quelque erreur ^ qui ferait dire à tous nos bons plaisants y que je suis un garçon jovial y et que Ton va bien rire , ou de l'opéra ou de moi ^ quand j'aurai mis sur le thé&tt*e Tarare^pompon en musique ; j'ai touIu , di^-je , voir si y lui donnant un nom insignifiant , je parviendrais à l'éleyer à un très-haut degré d'estime avant la fin de mon ouvrage. Quant au choix du nom de Tarare ^ il me sufBt de dire aux étran-* gers j qu'une tradition assez gaie p le souvenir d^un certain conte y nous rappelle y en riant y que le nom de Tarare excitait un é(onnement dans les auditeurs y qui }e iesait répéter à tout le monde aussitôt qu'on le prononçait. Hamilion y auteur de ce conte y a tiré très-peu de parti d'une bizarrerie qu'il aurait pu rendre plus gaie.
Voici ^ moi y ce que j'en ai iait. De cela seul que la personne de Tarare y en vénération chez le peuple y est odieuse à mon despote y on ne
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proDODce point son nom devant lui sans le en foreur » et mus qu'il arrive un grand chaage» ment dans la situation des personnages» Ce hob feut toutes mes transitions : avantage précienx pour un genre de spectacle où Ton n'a point de temps à perdre en situations transitoires , oà tout doit être cbaud d'action j brûlant de et d'intérêt.
La musique ^ cet invincible obstacle loppements des caractères , ne me point de faire connaître assez mes persoonagi dans un sujet si loin de nous (connaissance tant sans laquelle on ne prend intérêt ^ rien ; , as a lait imaginer un prologue d'un nouveau genre» où tout ce qu'il importe qu'on sacbe de mon plas et de mes acteurs est tellement présenté » que le spectateur entre sans btigue , par le milieo , daas l'action y avec T instruction convenable. Ce pro* logue est l'exposition. Composé d'êtres aéheas » d'illusions ^ d'ombres légères » il est k partie merveilleuse du ppème ; et j'ai prévenu que \t ne voulais priver l'opéra d'aucun des avantages qu'il o&e» Le merveilleux même est trèo-bcm » si Fon veut n'en point abuser*
J'ai (ait en sorte que Touvrage eAt la variété qni pouvait le rendre piqtnnt ; qu'un acte y reposât de Fautre acte ; que chacun e&i son caractcrcw Ainsi le ton élevé, le ton gai, le stjle tn^iqve
ou comique , des fêtes , une musique noble et simple f un grand spectacle et des situations fortes soutiendront tour-4«tour^ j'espère^ etTintérétet la curiosité. Le danger toujours imminent de mon principal personnage , sa vertu , sa douce confiance aux divinités du pays , mis en opposition avec la férocité d'un décote et la politique d'un brame , of£riront , je crois , des contrastes et beaucoup de moralité.
Malgré tous ces soins , j'aurai tort^ si j'établis mal dans Tac don le précepte qui fait le fond de mon sujet.
Depuis que l'ouvrage est fini , j^ai trouvé dans un conte arabe quelques situations qui se rappro« choit de Tarare ; elles m'ont rappelé qu'autrefois j'avais entendu lire ce conte à la campagne. Heureux^ disais- je y en le feuilletant de nouveau ^ d'avoir eu si £dble mémoire I Ce qui m'est resté du conte j a son prix ; le reste était impraticable% Si le lecteur fidt comme moi, s'il a la patience de lire le volume trois des Génies y il verra ce qui m'appartient^ ce que je dois au conte arabe , comment le souvenir confus d^un objet qui nous a frappés 9 se fertilise dans l'esprit^ peut fermenter dans la mémoire 9 sans qu'on en soi t même averd..
Mais ce qui m'appartient moins encore, est la
, bdle musique de mon ami Salieri. Ce grand
compositeur , l'honneur de l'école de Gluck ^
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ayant ]e style du grand-maltre , avait reça de la nature un sens exquis , un esprit yMe , le le plus dramatique , arec une fécondité unique. U a eu la vertu de renoncer , po«r complaire , à une foule de beautés muai son opéra scintillait y uniquement, parce qo' allongeaient la scène , qu'elles alUmgmssaiemt Taction ; mais la couleur mAle, énergique , le Ma rapide et fier de Touvrag^, le dédommageront bien de tant de sacrifices.
Cet homme de génie si méconnu , si pour son bel opéra des HoraceSt a d'avance, dans Tarare , à cette objection qn'on fera ; que mon poème est peu lyrique. Anasî a' ce pas là l'objet que nous cherchions ; mnia lement à faire une musique dramatique. Mon lui disais-je » amollir des pensées , efféminer des phrases , pour les rendre plus musicales , est k vraie soiurce des abus qui nous ont gâté T Osons élever la mtisique à la hauteur d' nerveux et très4brtement intrigué ; noua hii drons toute sa noblesse : nous atteindron être 9 à ces .grands effets tant vantés des specucles des Grecs. Voilà les travaux ambitieux qui nous ont pris plus d'année. Et je le dis rement; je ne me serais soumis pour aucune sidération, à sortir de mon cabinet » ponr fiûre avec un honune ordinaire , un trsfiil qui est
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devenu par M. Salieri , le délassement de mes soirées y souvent un plaisir délectable.
Nos discussions , je crois , auraient formé une très-bonne poétique à l'usage de Fopéra ; car 1VI« Salieri est né poète^ et je suis un peu musicien. Jamais, peut-être ^ on ne réussira ssifis le concours de toutes ces choses.
Si la partie qu'on nomme récitante, si la scène, en un mot , n'est pas aussi simple , à Tarare, que mon système l'exigeait ; la raison qu'il m'en donne est si juste , que je veux la transmettre
Sans doute, on ne peut trop simplifier la scène, a--t-il dit ; mais la voix humaine , eh parlant , procède par des gradations de tons presque impossibles à saisir ; par quart, sixième ou huitième de tona : et dans le système harmonique, on n'écrit pour la voix que sur l'intervalle en rigueur des tons entiers et des demi-tons : le reste dépend des acteurs : obtenez d'eux qu'ils vous secondent. Ma phrase musicale est posée dans la règle austère de l'art : mais vous me dites sans cesse que, dans la comédie, le plus grand talent d'un acteur est de faire oublier les vers, en en conservant la mesure. Eh bien ! nos bons chanteurs seront des comédiens, quand fls auront vaincu cette di£Bculté. . ^
Simplifier le chant du récit, sans contrarier
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rbarmonie , le rapprocher de la pafole , le vrai trayail de nos répétiûoos ; ei je publiquement des efforts de tous nos cl A moins de parler tout-a*fait, le musicien n'a pa mieux faire : et parler touw2i-faii , eût prÎTé b scène des renforcements énei^iques que cecun^ positeur habile a soin de jeter dans T tous les interralles possibles.
Orchestre de notre opéra! noUe actenr le système de Gluck ^ de Salîeri dans le vous n'exprimeriez que du bruit, si Toua ê la parole : et c'est du sentiment que TOtre est d'exprimer.
Vous Tavez senti conmie uKii. Mais si |'ai ob> tenu de mon compositeur que , par une constante y il partageât notre œurre en que la musique reposât du poème , et le de la musique ; Torchestre et le chanienr» peine d'ennuyer » doivent aigner enir* même capitulation. Si Tâme du musicien trée dans Tàme du poète ^ Ta en queiqoe épousée y tontes les parties exécutantes duivoM s'entendre et s'attendre de même f sans se cmser^ sans s'étoufier. De leur tmion aottin k plaisir : Teimui vient de lem* ptétention*
Le meilleur orchestre possible eèt-il à rmkr les plus grands effets , dès qu'il couvre la voix • détruit tout le plaisir. 11 en est alors du spectack
comme d'un beau visage éteint par des monceaux. de diamants : c'est éblouir et non intéresser. D'où l'on voit que le projet qui nous a constamment occupés y a été d'essayer de rendre au plus grand spectacle du monde les seules beautés qui lui manquent 9 une marche rapide, un intérêt vit: et pressant ; surtout l'honneur d'être entendu.
Deux maximes fort courtes ont composé, dans nos répétitions ^ ma doctrine pour ce théâtre. A nos acteurs pleins de bonne volonté , je n'ai proposé qu'un précepte : Paononcez bieis* Au premier orchestre du monde , j'ai dit seulement ces deux mots : Appaisez-yous. Ceci bien compris , bien saisi , nous rendra dignes , ^-ye ajouté , de toute l'attention publique. Mais , me dira quelqu'un , si nous n'entendons rien ^ que voulez- TOUS donc qu'on écoute ? Messieurs , on entend tout au spectacle où l'on parle; et l'on n'entendrait rien au spectacle où l'on chante ! Oubliez-*vous qu'ici ^ chanter n'est que parler plus fort , plus harmonieusement ? Qui donc vous assourdit l'oreille ? est-ce l'empâtement des voix , ou le trop grand bruit de l'orchestre ? prononcez bien ; ap^ paisez^ous , sont pour l'orchestre et les acteurs le premier remède à ce mal.
Mais j'ai découvert un secret qoe je dois vous communiquer. J'ai trouvé la grande raison qui fait qu'on n'entend rien à l'opéra* Là dirai-je ,
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Messieurs ? C^esi gu^on riécouie pas. Le
d'iolérét y je le yeux ^ a causé cetie i
Mais , dans plusieurs ouvrages
remplis d'excellentes choses , )'ai
marqué que des moments heureux subiognanc
Tauention publique. Et moi ^ que )'en sois àà%
ou non 9 je la demande toute entière pour le
mier jour de Tarare \ et qu'un bruit infiemii
venge après le public ^ si je m'en sais
indigne.
Me jugerex-vous sans m'en tendre? Ah !
ce triste avantage aux affiches du lendemain , ^ souvent sont iaites la veille*
Est-ce trop exiger de vous » pour im travail de trois années , que trois heures d'une franche afr> tention ? Accordez-les moi , je vous prie. Je pne surtout mes ennemis de prendre cet avaoïa^ um moi ; et c'est pour eux seuls que j'en parle. S'ih me laissent la moindre excuse à la séance » ils peuvent bien compter que î' serai pour me relever dans les autret. Leor intérêt est que je tombe, et non de ne faire tomber.
On dit que les joumanx ont rbj«DClioB de ménager l'opéra dans leurs feuilles : j'aimia «ne bien triste opinion de leur crédit» s'ils n*obitnaient pas tous des dispenses contre Tamni
£n tout cas , reste la ressource intarissable dei
lettres anonymes , des épigrammes , des libelles ; celle des invectives imprimées ^ jetées par milliers dans nos salles* Qui sait même si, dans le temple des muses , des lettres et du goût» au centre de la politesse , un orateur bien éloquent ', regardant de travers l^arare , ne trouvera pas un moyen ingénieux d'écraser l'auteur et Touvrage , à ne s'en jamais relever ; comme il est advenu du centenaire Figaro , qui , depuis un tel anathème , n'a eu que des jours malheureux , une vieillesse languissante !
Tous ces moyens de nuire sont bons, efficaces, usités. La haine affamée s'en nourrit; la malignité les réclame ; notre urbanité les tolère ; l'auteur en rit ou s'en afflige ; la pièce chemine ou s'ar* rète ; et tout rentre à la fin dans l'ordre accoutumé de l'oubli : c'est-là le dernier des malheurs.
Puisse le goût public et l'acharnement de la haine nous en préserver quelque temps ! Puissent les bons esprits de la littél^ature adopter mespriiî-^ cipes , et faire mieux que moi I Mes amis savent bien si j'en serai jaloux , ou si j'irai les embrasser. Oui y je le ferai de grand cœur : heureux ^ ô mes comtemporains ! d'avoir , au champ de vos plaisirs, pu tracer un léger sillon que d'autres vont fertilber!
^ travers les injures tfae cei ouvrage ma 9mlm, fm^n quelques vers qui me consoleraient si fèioù -.^•' Entre autres, F Apologue qui suit est si vrai, sipLl phiqueet si juste, que je naipu m* empêcher de Im Xev place en ce lieu.