‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 4)Chapitre 206 sur 267 · A ir X A B ON NÉS · texte numérisé non relu

A ir X A B ON NÉS

OD n'en peut douter , qne la musique soit à Vopin ce que les vers sont à la tragédie ; une exprescMo plus 6gurée , une manière seulement |Jqs §9rs de présenter le sentiment ou la pensée ; i^aidor*nous d'abuser de ce genre d'affectation , de Bccre trop de luie dans cette manière de peindre. Vz^ abondance yicieuse, étouffe > éteint la Térîae l'oreille est rassasiée , et le coeur reste ride. S^ ce point, j'en appelle à l'expérience de

Mais que sera-ce donc , si le musicien leux , sans goût ou sans génie , veut dominer W poète» ou faire de sa musique une orarre séparée^ Le sujet devient ce qu^il peut ; on n'y seni pîc» qu'incohérence d'idées , division d^effets » et ni-îlité d'ensemble ; car deux effets distincts et ^parés ne peuvent concourir k cette unité qo' c désire , et saris bqnelle 3 n'est point de clarr« au spectacle.

De même qu'un auteur français dit à son traducteur : Monsieur, étes-votisd'luUe?Tradtii«<rmoi cet oeuvre en (taHen ; mais n'y mettes r<r^ d'étranger. Poète d'un opéra , je dirais à » £ partenaire : ami , vous êtes musicien : traduis s ce poème en musique; mais n'allez pas, too..- ^indare, vous égarer dans vos images, et c^ar.tr? Castor et Pollux sur le triomphe d'un athlrir , ear ce n'est pas d'eux qu'il s'agit.

• Et A mon musicien nossède un vrai talent; $'J

D E L' O P É R A. 4gè

réfléchit avant d^écrire; il sentira que son devoir^

qpie son succès consiste à rendre mes pensées dans

une langue seulement plus harmonieuse ; à leur

donner une expression plus forte , et non à faire

une oeuvre à part. L^imprudent qui veut briller

seul y n'est qu'un phosphore» un feu fbllet.Cherche-

t41 à vivre sans moi , il ne &it plus que végéter :

un orgueil si mal entendu tue son existence et la

mienne ; il meurt an dernier coup d'archet , et

nous précipite ii grand bruit f du théâtre au fond

de rÊrèbe.

Je ne puis assez le redire ^ et je prie qu'on y réfléchisse : trop de musique dans la musique est le dé&LU t de nos grands opéras.

Voilà pourquoi tout y languit. Sitôt que Tac^ teur cbante> la scène se repose (je dis, s'il chante pour chanter)^ et partout où la scène re« pose y l'intérêt est anéanti. Mais^ dire2*vou8, si £iut--il bien qu'il chante^ puisqu'il n'a pas d'autre idiome? — Oui» mais taches que je l'oublie.' L'art du coilipositeur serait d'y parvenir. Qu'il chante le sujet comme on le versifie f uniquemeot pour le parer; que j'y trouve un cbahne de plus , non un su)et de distraction.

« Moi y qui toujours ai chéri la musique ^ sai# >' inconstance y et méme^ans infidélité, souvent » aux pièces qui m'attachent le plus , je me sur* » prends à pousser 4é l'épaule, à dire tout bas avec

496 ADXABONNES

» humeur : va doue ^ musk|tte 1 Pourquoi « répéter? N'a^tu pas assez lanie? Au litm dr M narrer TiTement, tu rabâches : aulîeii de peindre i> la passion, tu t'accroches oispuicment «bt » mots! (i) »

Qu'arrive-t'il de tout ceb ? Pendaei qu'arare de paroles , le poète s'évertue à serrer aoa stjic * k bien cc^icentrer sa pensée ; si le muskîcB » an rebours ^ délaie ^ alooge les syllabes > et les dans des fredous y leur 6te la force ou le l'un tire a droite , l'autre à gauche ; 00 ne saiiplas

auquel entendre : le triste bâillement me L'ennui me chasse de la salle.

Que demandons^nous au théâtre? qu^l procure du plaisir, La réunion de tous les ar.i charmants detrait certes nous en ofrir «m dr» plus Ti& à l'opérai N'est-ce pM de leur «mon même que ce spectacle a pris son nom ? Lrv déplacement^ leur abus en a dit im séfoor d*

Essayons d'y ramener le plaisir , en les Uissant dans Tordre naturel , et sans priver ce grand théâtre d'aticun des aTaniiges qa*il obr ; c'est une belle tâché k remplir. Aux eflbrss qn m a iaits depuis tphigénie , AtcesÊe^ et le chemlMT ^hick ^ pour améliorer ce spectncie, aîootom

(I) Préface da Barbier de SérUk.

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