‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 4)Chapitre 70 sur 267 · LE COMTE, FIGARO · texte numérisé non relu

LE COMTE, FIGARO

Figaro à part.

Illous y voUà.

Le Comte.

••••• S'il en sait par elle un seul mot.*.

Figaro à part.

Je m'en suis douté.

Le Comte.

..••. Je lui fais épouser la vieille^

Figaro à partà

Les amours de inonsieur Ba^e ?-

••••• Et voyons ce que nous ferons de la jeune*

Figaro à part.

Ah ! ma femme , s'il vous plaît*

Le Comte se retourne.

Hein? quoi? qu'est-ce que c'est?

Figaro s^a\^ance.

Moi j qui me rends à vos ordres*.

i8a LE MARIAGE DE FIGARO,

Et pourquoi ces mots?

Figaro.

Je n'ai rien dit.

Le Coictb répète.

Mafemme^ s^ il vous plaît?

Figaro.

C'est.**** la fin d'une réponse que je fesais : allez le dire à ma femme ^ s* il vous platt.

Le Comte se promène.

Sa femme !••••• Je Toudrais bien savoir quelle affaire peut arrêter monsieur, quand je le iaii ap]>elcr ?

Figaro feiemani it assurer son habiUemeni.

Je m*étai$ sali sur ces couches en tombuit; je me changeais*

Faut- il une heure ?

Figaro.

11 faut le temps*

Le Comte*

lies domestiques ici sont plus longs k

s*habillcr que les maicres I

C'est qu'ils n'ont point de valets pour le^ y aider*

...•• Je n'ai pl'as trop coinpris ce qtii Tdtis avait; forcé tantôt de courir un danger inutile ^ en vous jeunt......

Figaro.

Un danger! on dirait que je me suis engouf&é tout vivant*....

Le Comte.

Essayez de me donner le cfaib&fge en feigtiant de le prendre , insidieux vajet ! vous entendez fort bien que ce n'est pas le danger qui m'inquiète y mais le motif.

Figaro.

Sur un faux avis, vous arritez furieux, reïi- Tersant tout , comme le torrent de la Morena ; TOUS cherchez un homme ^ il vous le faut ^ -ou TOUS allez briser les portes^ enfoncer les cloisons ! je me trouve là par hasard ; qui sait dans Totre emportement si.....

Le Comte, interrompant.

Vous pouTÎez fuir par Tescalier.

'i84 LE MARIAGE DE FIGARO,

Figaro.

Et TOUS ^ me prendre au corridor.

Le Comte en colère.

Au corridor! (yf pari.) Je m'emporte, et nais à ce que je veux savoir. ^

Figaro (à pari. )

Voyons le venir , et jouons serré.

Le C o M 1 E radouci.

Ce nVst p )S ce que je voulais dire , laissoDS cela. J'avais.... oui, j'avais quelqu'envie de t'em- . mener à Londres , courier de dépêches....* nuis toutes réflexions iaites.....

Figaro.

Monseigneur a changé d'avis?

Le C o V t b.

Premièrement ^ tu ne sais pas l'angUis.

Figaro.

Je sais God^am.

Je n'entends pas.

Figaro* Je dis que je sais God-dam*

Le Comte.

g bien?

Figaro.

Diable ! c'est une belle langue qtie l'anglais y il en faut peu pour aller loin. Ayec God-dum en Angleterre y on ne manque de rien nulle part. — Voulez-vous tâier d'un bon poulet gras ? entrez dans une taverne , et faites seulement ce geste au garçon. {Il tourne la broche) God-daml on vous apporte un pied de bœuf salé sans pain. C'est admirable ! Aimez - vous k boire un coup d'excellent Bourgogne ou de Clairet ? rien que celui-ci. {Il débouche une bouteille) God^am! on vous sert un pot de bieiTe , en bel étain » la mousse aux bords. Quelle satis£aiction ! Rencontre^vous une de ces jolies personnes , qui vont trottant menu y les yeux baissés y coudes en arrière y et tortillant un peu des hanches ? mettez mignardement tous les doigts unis sur la bouche. Ah ! God-^am ! elle vous sangle un soufflet de crocheteur. Preuve qu'elle entend. Les Anglais y à la vérité , ajoutent par-ci ^ par-là ^ quelques autres mots en conversant ; mais il est bien aisé de voir que God-^am est le fond de la langue ; et si Monseigneur n'a pas d'autre motif de me laisser en Espagne.

Le Comte (à part. )

Il veut venir à Londres ; elle n'a pas parlé.

i86 LE MARIAGE DE HCARO,

F 1 c A R o (à part. )

II croit que je ne sais riea ; trarailloos-le un peu duiis sou geiirc.

L B Comte.

Quel motif avait la Comtesse , pou* me jouer un pareil tour ?

Ma foi « IMonseigneur , tous le savez mieux

que moi.

Le C o ■ t e.

Je la préviens sur tout , et b comble de pn>-

seots.

Figaro.

Vous lui donnez , mais vous êtes inBdèle. Sait* on gré du superllu , à qui nous prive du nécessaire?

Autrefois tu me disais tout*

Et maintenant je ne tous cache rien«

Combien la Comtesse t'a-t^Ue donné pc-ur roitc belle association?

Combieti me donnâtes- vous » p'>ur b tirer dr>

mains du docteur ! tenez Monseigneur; nliuini* lions pasiliomme qui nous sert bien ^ crainted'en lliire un mauvais valet.

Le g o k t e.

Pourquoi faut-il qu'il y ait toujours du louche en ce quetu&is?

C'est qu'on en Toit partout quand on cherche

des torts.

là E Comte.

Une réputation détestable !

Figaro.

Et si je vaux mieux qu'elle ? y a-t-il beaucoup de Seigneurs qui puissent en dire autant ?

Le Comte.

Coït fois je t'ai yu oiarcher à la fortune , et jamais aller droit.

Figaro.

Comment Toulez-vous , la foule est*là : chacun reut courir , on se presse, on pousse , on coudoie f on renverse , arrive qui peut; le reste est écrasé. Aussi c'est fait; pour moi j'y renonce.

Le C o h t e.

A la fortune? ( à part. ) Voici du neuf*

i88 LE MARIAGE DE FIGARO,

( à part) A mon tour maintenant. {haui)\ Excellence m'a gratifie de la conciergerie d château ; c'est un fort joli sort : à la Térité je serai pas le cotuîer étrennédes nouTeUes intére»aantcs; mais ai revanche, heureux avec ma fenme au fond de rAndalousie.*...

Qui t'empocherait de Temmcner à Londres ?

Figaro.

Il faudrait la quitter si souvent » que j'auraît bientôt du mariage par-dessus la tête.

Avec du caractère et de l'esprit, tu poutnis un jour t'avancer dans les bureaux.

Figaro.

De Tesprit pour s avancer ? Monseigneur se rit du mien* Médiocre et rampant; et Ton arrive a touu

••••. Il ne Esiudrait qu*ctudier tm peu sous nuû la politique.

Je la sais*

Le Comte.

Comme l'anglais , le fond de la langue !

Oui , s'il y avait ici de quoi se vanter. Mais y feindre d^ignorer ce qu'on sait ^ de savoir tout ce qu'on ignore ; d'entendre ce qu'on ne comprend pas y de ne point ouir ce qu'on entend ; surtout de pouvoir au-delà de ses forces : avoir souvent pour grand secret, de cacher qu'il n'y en a point; s'enfermer pour tailler des plumes , et paraître profond, quand on n'est, conmie on dit, que vide et creux :. jouer bien ou mal un persdnnage; répandre des espions et pensionner des traîtres ; amollir des cachets; intercepter des lettres; et tâcher d'ennoblir la pauvreté des moyens, par l'importance des objets* Voilà toute la politique ,

où. je meure !

Le Comte.

Eh ! c'est l'intrigue que tu définis !

Figaro.

La politique , l'intrigue , volontiers ; mais , comme je les crois un peu germaines , en fasse qui voudra. J^aime mieux ma mie au gué p comme dit la chanson du bon roi.

Le Comte (à part* ) Il veut rester. J'entends...» Suzanne m'a trahi.

igo LE MARIAGE DE PIGARO,

Fi G AEO (àpart)

Je renfile et le paye en sa monnaie*

L B Comte.

Ainsi tu espères gagner ton procès coolre Marceline?

Me feriez-Tous un crime de refuser une vieille fille f quand votre Excellence se permet de do«^ soufller toutes les jeunes ?

L B C o M T B , raillani.

Au tribunal , le magistrat s'oublie ^ et ne toi: plus que Tordonnance.

Figaro.

Indulgente aux grands » dure aux petits..^

Le C o m t b«

Crois-tu donc que je plaisante ?

Figaro.

Ehl qui le sait. Monseigneur? Tempo ègaiami^uomOp dit ritalien ; il dit toujours la Tente : c'est lui qui m'apprendra qui me veut du mal , ou du bien.

Le CoHTByà part.

Je Tois qu*on lui a tout dit ; fl époosera b tliiègne.

Figaro (à part ).

Il a joué au fin avec moi , qu'a-t-il appris ?

S C È J?ï E VI.

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