LE COMTE, FIGARO
Figaro à part.
Illous y voUà.
Le Comte.
••••• S'il en sait par elle un seul mot.*.
Figaro à part.
Je m'en suis douté.
Le Comte.
..••. Je lui fais épouser la vieille^
Figaro à partà
Les amours de inonsieur Ba^e ?-
••••• Et voyons ce que nous ferons de la jeune*
Figaro à part.
Ah ! ma femme , s'il vous plaît*
Le Comte se retourne.
Hein? quoi? qu'est-ce que c'est?
Figaro s^a\^ance.
Moi j qui me rends à vos ordres*.
i8a LE MARIAGE DE FIGARO,
Et pourquoi ces mots?
Figaro.
Je n'ai rien dit.
Le Coictb répète.
Mafemme^ s^ il vous plaît?
Figaro.
C'est.**** la fin d'une réponse que je fesais : allez le dire à ma femme ^ s* il vous platt.
Le Comte se promène.
Sa femme !••••• Je Toudrais bien savoir quelle affaire peut arrêter monsieur, quand je le iaii ap]>elcr ?
Figaro feiemani it assurer son habiUemeni.
Je m*étai$ sali sur ces couches en tombuit; je me changeais*
Faut- il une heure ?
Figaro.
11 faut le temps*
Le Comte*
lies domestiques ici sont plus longs k
s*habillcr que les maicres I
C'est qu'ils n'ont point de valets pour le^ y aider*
...•• Je n'ai pl'as trop coinpris ce qtii Tdtis avait; forcé tantôt de courir un danger inutile ^ en vous jeunt......
Figaro.
Un danger! on dirait que je me suis engouf&é tout vivant*....
Le Comte.
Essayez de me donner le cfaib&fge en feigtiant de le prendre , insidieux vajet ! vous entendez fort bien que ce n'est pas le danger qui m'inquiète y mais le motif.
Figaro.
Sur un faux avis, vous arritez furieux, reïi- Tersant tout , comme le torrent de la Morena ; TOUS cherchez un homme ^ il vous le faut ^ -ou TOUS allez briser les portes^ enfoncer les cloisons ! je me trouve là par hasard ; qui sait dans Totre emportement si.....
Le Comte, interrompant.
Vous pouTÎez fuir par Tescalier.
'i84 LE MARIAGE DE FIGARO,
Figaro.
Et TOUS ^ me prendre au corridor.
Le Comte en colère.
Au corridor! (yf pari.) Je m'emporte, et nais à ce que je veux savoir. ^
Figaro (à pari. )
Voyons le venir , et jouons serré.
Le C o M 1 E radouci.
Ce nVst p )S ce que je voulais dire , laissoDS cela. J'avais.... oui, j'avais quelqu'envie de t'em- . mener à Londres , courier de dépêches....* nuis toutes réflexions iaites.....
Figaro.
Monseigneur a changé d'avis?
Le C o V t b.
Premièrement ^ tu ne sais pas l'angUis.
Figaro.
Je sais God^am.
Je n'entends pas.
Figaro* Je dis que je sais God-dam*
Le Comte.
g bien?
Figaro.
Diable ! c'est une belle langue qtie l'anglais y il en faut peu pour aller loin. Ayec God-dum en Angleterre y on ne manque de rien nulle part. — Voulez-vous tâier d'un bon poulet gras ? entrez dans une taverne , et faites seulement ce geste au garçon. {Il tourne la broche) God-daml on vous apporte un pied de bœuf salé sans pain. C'est admirable ! Aimez - vous k boire un coup d'excellent Bourgogne ou de Clairet ? rien que celui-ci. {Il débouche une bouteille) God^am! on vous sert un pot de bieiTe , en bel étain » la mousse aux bords. Quelle satis£aiction ! Rencontre^vous une de ces jolies personnes , qui vont trottant menu y les yeux baissés y coudes en arrière y et tortillant un peu des hanches ? mettez mignardement tous les doigts unis sur la bouche. Ah ! God-^am ! elle vous sangle un soufflet de crocheteur. Preuve qu'elle entend. Les Anglais y à la vérité , ajoutent par-ci ^ par-là ^ quelques autres mots en conversant ; mais il est bien aisé de voir que God-^am est le fond de la langue ; et si Monseigneur n'a pas d'autre motif de me laisser en Espagne.
Le Comte (à part. )
Il veut venir à Londres ; elle n'a pas parlé.
i86 LE MARIAGE DE HCARO,
F 1 c A R o (à part. )
II croit que je ne sais riea ; trarailloos-le un peu duiis sou geiirc.
L B Comte.
Quel motif avait la Comtesse , pou* me jouer un pareil tour ?
Ma foi « IMonseigneur , tous le savez mieux
que moi.
Le C o ■ t e.
Je la préviens sur tout , et b comble de pn>-
seots.
Figaro.
Vous lui donnez , mais vous êtes inBdèle. Sait* on gré du superllu , à qui nous prive du nécessaire?
Autrefois tu me disais tout*
Et maintenant je ne tous cache rien«
Combien la Comtesse t'a-t^Ue donné pc-ur roitc belle association?
Combieti me donnâtes- vous » p'>ur b tirer dr>
mains du docteur ! tenez Monseigneur; nliuini* lions pasiliomme qui nous sert bien ^ crainted'en lliire un mauvais valet.
Le g o k t e.
Pourquoi faut-il qu'il y ait toujours du louche en ce quetu&is?
C'est qu'on en Toit partout quand on cherche
des torts.
là E Comte.
Une réputation détestable !
Figaro.
Et si je vaux mieux qu'elle ? y a-t-il beaucoup de Seigneurs qui puissent en dire autant ?
Le Comte.
Coït fois je t'ai yu oiarcher à la fortune , et jamais aller droit.
Figaro.
Comment Toulez-vous , la foule est*là : chacun reut courir , on se presse, on pousse , on coudoie f on renverse , arrive qui peut; le reste est écrasé. Aussi c'est fait; pour moi j'y renonce.
Le C o h t e.
A la fortune? ( à part. ) Voici du neuf*
i88 LE MARIAGE DE FIGARO,
( à part) A mon tour maintenant. {haui)\ Excellence m'a gratifie de la conciergerie d château ; c'est un fort joli sort : à la Térité je serai pas le cotuîer étrennédes nouTeUes intére»aantcs; mais ai revanche, heureux avec ma fenme au fond de rAndalousie.*...
Qui t'empocherait de Temmcner à Londres ?
Figaro.
Il faudrait la quitter si souvent » que j'auraît bientôt du mariage par-dessus la tête.
Avec du caractère et de l'esprit, tu poutnis un jour t'avancer dans les bureaux.
Figaro.
De Tesprit pour s avancer ? Monseigneur se rit du mien* Médiocre et rampant; et Ton arrive a touu
••••. Il ne Esiudrait qu*ctudier tm peu sous nuû la politique.
Je la sais*
Le Comte.
Comme l'anglais , le fond de la langue !
Oui , s'il y avait ici de quoi se vanter. Mais y feindre d^ignorer ce qu'on sait ^ de savoir tout ce qu'on ignore ; d'entendre ce qu'on ne comprend pas y de ne point ouir ce qu'on entend ; surtout de pouvoir au-delà de ses forces : avoir souvent pour grand secret, de cacher qu'il n'y en a point; s'enfermer pour tailler des plumes , et paraître profond, quand on n'est, conmie on dit, que vide et creux :. jouer bien ou mal un persdnnage; répandre des espions et pensionner des traîtres ; amollir des cachets; intercepter des lettres; et tâcher d'ennoblir la pauvreté des moyens, par l'importance des objets* Voilà toute la politique ,
où. je meure !
Le Comte.
Eh ! c'est l'intrigue que tu définis !
Figaro.
La politique , l'intrigue , volontiers ; mais , comme je les crois un peu germaines , en fasse qui voudra. J^aime mieux ma mie au gué p comme dit la chanson du bon roi.
Le Comte (à part* ) Il veut rester. J'entends...» Suzanne m'a trahi.
igo LE MARIAGE DE PIGARO,
Fi G AEO (àpart)
Je renfile et le paye en sa monnaie*
L B Comte.
Ainsi tu espères gagner ton procès coolre Marceline?
Me feriez-Tous un crime de refuser une vieille fille f quand votre Excellence se permet de do«^ soufller toutes les jeunes ?
L B C o M T B , raillani.
Au tribunal , le magistrat s'oublie ^ et ne toi: plus que Tordonnance.
Figaro.
Indulgente aux grands » dure aux petits..^
Le C o m t b«
Crois-tu donc que je plaisante ?
Figaro.
Ehl qui le sait. Monseigneur? Tempo ègaiami^uomOp dit ritalien ; il dit toujours la Tente : c'est lui qui m'apprendra qui me veut du mal , ou du bien.
Le CoHTByà part.
Je Tois qu*on lui a tout dit ; fl époosera b tliiègne.
Figaro (à part ).
Il a joué au fin avec moi , qu'a-t-il appris ?
S C È J?ï E VI.