‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 4)Chapitre 77 sur 267 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

LES ACTEURS précédenis, ANTOMO, Les VALETS du Chàicau, le» P.VYSA>S ET PAYSAN ES en habits de files ', LE C O M T E s'assied sur le grand fauteuil , BRI D'OISON sur une c/ume à côte; LE GREFFIER sur le tabfturet derrière sa tatle; LES JUGES, LES kYOCATS sur 1rs 6anquettes ; M A R C E L I N E , à côté de W A R- T 1 1 0 LO ; FIG A R O wr l'autrr banquette ; LES PAYSANS ET LES VALETS debout derrière.

Bai d'oison y à Double^main.

'ocBLE-MAiN p a-appclez les causes.

Dot'BLE-MAiN lii un papier.

Noble» très -noble y infiniment noble » Dom Pedro George p Hidalgo ^ Baron de Ijos aliiis, y montes Jieros 9 y otros montes : contre jilofiu} Ca/denm » jeune auteur dramatique. Il est question d'une comédie raor-née , que chacun dc>ifoue, et rejeté sur l'autre.

Le Comte.

Ils ont raison tous deux. Hors de G>tir. S'ils

font ensemble un autre ouvrage^ pour qu'il marque un peu dans le grand monde , ordonné que le noble y mettra son nom , le poète sou talent.

Double-main Ut un autre papier.

André Pétrutchio, laboureur; contre le rece- Tcor de la province. Il s'agit d'un forcement arbitraire.

L'afiaire n'est pas de mon ressort. Je servirai mieux mes vassaux ^ en les protégeant près du roi. Passez.

Double-main en prend un troisième. Bartholo

et Figaro se lèi^ent.

Barbe, Agar, Raaè, Madelaine, Nicole, Marceline de Vèrte-allurey fille majeure; ( Marceline se lè^e et salue) contre Figaro..* nom de baptême

^ blanc?

Figaro.

Anonyme.

Brid' oison.

A-anonyme ! Què-el patron est-ce là ?

Figaro.

C*est le mien.

Double-main écrit.

Contre anonyme Figaro. Qualités ?

aoti LE MARIAGE DE FIGARO,

Figaro.

Gcnlilhummc.

L R Comte.

Vous éies geiitilbomme? {Le grrQîer tcn'i.

Figaro.

Si lericircùl voulu, je sei'ai^ Icfi]sd*uoprlu*

Le Comt£| au gri-fflcr.

Allez,

lM I c I s s 1 E R y glapnsanim

Silence, Mossîcurs.

Double-main, lit*

Pçur cause d'oppo^iiîon faite au m..:

diîdil li^un>y pjr ladite do l^'ertr-allury. Lc<! » icMT Ijtirthnlo plaidant pour la demandcre^Nr , » ledit tit^aro pour lui-même; si la Cour le prin. . ca:urc le vœu do Tusage, et la jurisprudeucc •

Figaro.

I/usage» maître Double-main , est souTcni * abu<« ; le client un peu instruit sait toujours ouf 6J cause, que certains avocats (pii, suani à Iru. !. criatii à tue tête, et cuuuaissant tout, hors le U . s*eniiurrassent aussi peu de ruiner le plaide . que dVnnuMT ^auditoire, et d'eudoroiir .M« - 5 v'MH : pîiiN 1: î.rso' r»!/s apirs, que i'ils eti>M :

composé VOratio pro Murend; moi je dirai le fait eu peu de mots. Messieurs

DoirBLE-MAIN.

En voilà beaucoup d'inutiles ^ car tous n'êtes pas demandeur y et n'ayez que la défense : ayanceZf docteur y et lisez la promesse.

Oui, promesse !

Baiituolo, mettant ses lunettes.

Elle est précise.

B a I d' o I s o ^^ I-il faut la voir.

Double-main.

Silence donc, Messieurs.

l'Huissier, glapissant.

Silence.

B A R'T H o L o lit.

Je soussigné reconnais ai^oir reçu de damoi-selle, etc.... Marceline âe Plerte-al/ure y dans le château d'^ guas-Frescas , la somme de deux mille piastres fortes cordonnées; laquelle somme je lui rendrai à sa réquisition, dans ce château; et je Vépouserai, par forme de reconnaissance j etc.

âo8 LE MARIAGE DE FIGARO,

Signé Figaro 9 tout court* Mes conclusions k?.: au paiement du billet^ et a Texécution de la pr messe^avec dépens, (/l plaide.) Mcssieius.*.^^ jamais cause plus intéressante ne fut soumis ^i jugement de la cour! et depuis Alexandre- lo- Grand , qui promit mariage à la belle Tlialtstris...»

Le Comte y interrompant*

ÀTant d'aller plus loin, ayocat, coa?Ient-OQ de la Talidité du titre?

Bai n^o I s o N 9 à Figaro.

Qu'oppo».». qu'oppo-osez vous à cette lecture ?

Qu'il y a 9 Messieurs , malice, erreur , ou distraction dans la manière dont on a lu la pièce ; c jr il n'est p is dit dans récrit ; laquetlr sommr j^ A*i rendrai E7' /e l^epouserai; mais^laqufllr snmm^ yV lui n^ndraiy OU je l^ épouserai; ce qui est Incu diflférent.

Le Comte.

Y a-t-il ET, dans Tacic; ou bien OU?

Babtholo.

Il y a ET.

n y a OU.

A C T E I I r. * aog

Dou-ouble-main^ lisez you6-nième«

Double-main, prenant le papier.

Et c'est le plus sûr ; car souvent les parties déguisent en lisant» {Illit.) 'E.e.e.e^Damoiseliee.e.e. de Verte-- allure e. e. e. Ha! laquelle somme je

lui rendrai à sa réquisition , dans ce château

ET.... OU.... ET..: OU.... Le mot est si mal écrit..*, il y a un p&té.

BrId' OISON.

Un pAnàté ? je sais ce que c'est.

Bartholo, plaidant.

Je soutiens , moi , que c'est la conjonction copulative ET qui lie les membres corrélatifs de la phrase; je paierai la demoiselle, ET je Tépouserai.

Figaro, plaidant.

Je soutiens , moi , (pie c'est la conjonction alternative OU , qui sépare lesdits membres ; je paierai la donzelle , OU je l'épouserai : à pédant, pédant et demi; qu'il s'avise de parler latin, j'y suis grec ; je l'extermine.

L B Comte.

Comment juger pareille question?

Théâtre. IL 14

Ba&tholo.

Pour la trancber. Messieurs , et ne plus chicaner sur un mot, nous passons qu'il y ait OU.

Figaro.

J'en demande acte.

Bartuolo.

Et nous y adhérons. Un si mauTais refuge ne sauvera pas le coupable : examinons le titre en ce sens. (// iii,) Laifuelle somme je lui rendrai dans ce château ou je fe/K^uscrat ; c'est ainsi qu*oo dirait y Messieurs : vous tous ferez saigner dans ce lit où vous resterez chaudement^ c*est da i lequel. Il prendra deux gros de rhubarbe où nxa mcierez un peu de tamarin : ddiis lesquels oo mêlera. Ainsi château où je l'épouserai , Messieurs^ c^est château dans lequel.:*

Figaro.

Point du tout : la phrase est dans le sens de celle-ci : ou la maladie vous tuera ^ ou ce sera .V mcdt'cin; ou bien le médecin ; c'est incontrsiaMr. Autre exemple : ou vous n'écrirez rien (juiplai>^^ ou 1rs sots ^fous dérugrtront; ou bien les sots; le srii< ( st clair ; car, audit cas , sots ou méchants » s. :a it' m:! s(antif qui gouverne. Maître llartlK !o <iou-;l •K'Li que j*aye oublié ma syntaxe 7 Aîi.m.

je la paierai dans ce cfaâieau^ virgule ; ou je Té-

pouserai*...»

Baktholo^ wte*

Sans TÎrgule.

Figaro^ vite*

Elle y est. C'est, virgule y Messieurs, ou bien je répouserai.

BAnTHoLOy regardant le papier : vite.

Sans virgule, Messieurs.

Figaro, vite.

Elle y était, Messieurs. D^ailleurs, l'homme qui épouse est-il tenu de rembourser.

Bartholo, vite*

Oui ; nous nous marions séparés de biens.

Figaro, vite.

Et nous de corps , dès que mariage n'est pas quittance. ( Les juges se lèvent et opinent tout

Bartuolo.

Plaisant acquittement !

Double-main.

Silence, Messieurs.

l'H u I s s I e r , glapissant.

Silence.

2\a LE MARIAGE DE FIGARO,

Bartuolo,

L*o i>areil (ripou appelle cela payer m$ detic5.

£5t*ce Totre cause, afocoi, que tous pLikiei?

Bartholo.

Je défends cette demoiselle.

Figaro.

Continuez h déraisonner; mais cessez d'in jurirr. Lorsque . craignant 1 emportement des plakimrv les tribunaux ont toléré qu*on appelât des tien; ils n*ont pas entendu que ces défenseurs modérr >, deviendraient impunément des insolents priTilcgiés. CVst dégrader le plus noble institut.

( Les Jugea continuent d* opiner bas. )

T o .\ 1 o y d Marceline^ monircMi Us f»^' <.

<^u*ont-il$ tant à balbucifier?

On a corrompu le grand juge , il conon ; : rautrc , et je perds mon procès.

Bartholo, biis , tfun ion sombre.

J'en ai peur.

Figaro, gafmenl.

Courage, Marceline?

A C T E I I I. ai3

D o u B L E - M A I N se lève i d Marceline.

Ah, c'est trop fort! je vous, dénonce, et pour rhonneur du tribunal , je demande qu'avant faire droit sur lautre affaire , iJ soit prononcé sur

celle-ci.

Le C o m t b s'axsiecK

Non, greffier, je ne prononcerai point sur mon injure personnelle ; un juge Espagnol n'aura point à rougir d'un excès digne au plus des tribunaux asiatiques : c'est assez des autres abus! J'en vais corriger un second en vous motivant mon arrêt : tout juge qui s'y refuse, est un grand ennemi des lois ! Que peut requérir la demanderesse ? mariage à dé£iut de paiement; les deux ensemble impliqueraient.

Silence, Messieurs.

l'H V I s s 1 £ k , fflapUsani.

Silence.

Que nous répond le défendeur? qu'il veut garder sa personne; à lui permis.

Figaro, avec joie.

J ai gagné.

L B Comte.

Mais comme le lexie dit : laquelle somme je

21 i LE MARIAGE DE FIGARO,

paierai à sa première réquisition, ou bien fêpotà* senti, etc. La cour condamne le dcfendear à payer deux mille piastres fortes , k h denaanderesse ; ou bien à 1 épouser dans le jour. Ç H se iète ).

F 1 6 A R G I stupéfait.

J ai perdu.

A N T o N I o I apec joie.

Stipert>e arrêu

En quoi superbe ?

A rc T o N I o.

En ce que tu n'es plus mon nereu. Grat^l merci, Monseigneur.

1 'Huissier, glapissant.

Passez, Messieurs. (Le peuple sort).

Antonio.

Je m'en Tas tout conter k ma nièce. ( // sort. '

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