‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 4)Chapitre 78 sur 267 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

LE COMTE, allant de côté et d'autre ; MARCELINE, BARTHOLO, FIGARO, BRID'OISON-

Marceline s* assied.

/\h! je respire.

Figaro.

Et moi, j'éloufTe.

Le Comte {à part.) Au moios je suis vengé , cela soulage.

Figaro (a part. )

Et ce Bazile qui devait s'opposer au mariage de Marceline ; voyez comme il revient! — {au Comte qui sort) Monseigneur vous nous quittez?

L B Comte.

Tout est jugé.

Figaro, d Brid" oison.

C'est ce gros enflé de conseiller

Moi , gro-os enflé !

ai6 LE MARIAGE DE nCARO,

Sans doute. Et je ne l'épouserai pas : je sois geutilhomme une fois. {Le Comte yam?te»)

Bartholo*

Vous Tcpottserez.

Figaro.

Sans TaTeu de mes nobles parents?

Baktholo.

Nommez-lcs , montrez-les.

Figaro.

Qu'on me donne un peu de temps : je suis Lîm près de les revoir; il y a quinze ans que je k$ cherche.

B A R T II o L o.

Le (at ! c*cst quekju'euCiiut trouvé !

Figaro.

Enfant perdu , docteur ; ou plutôt enfAnt volé.

Le Comte rerient.

/ o/r y pcnluf la preuve? il crierait qu*OQ hû

fait iujure.

Monseigneur 9 quand les langes à dentrllet , tapis brodés et jovaux d*or trouves sur im>i par

les brigands ^ n'indiqueraient pas ma haute naissance ; la précaution qu'on avait prise de me faire des marques distinctives , témoignerait assez combien j'étais un fils précieux : et cet hiéroglyphe à mon bras.... ( // veut se dépouiller le bras droit).

Marceline, se levant vivement.

Une spatule à ton bras droit?

Doù saTCz-TOus que je dois l'avoir?

Marceline»

Dieux ! c'est lui !

Figaro.

Oui, c'est moi.

Bartuolo, à Marceline.

Et qui ? lui !

Marceline, vivement.

C'est Emmanuel.

Bartholo, à Figaro.

Tu fus enlevé par des Bohémiens?

Figaro, exalte'.

Tout près d'un château. Bon docteur , si vous

ai8 LE MARIAGE DE HGARO,

me rendez k ma noble famille , mettez un prix à ce service; des monceaux d'or n'arrêteront pas mes illustres parents.

Bartholo, montrant Marceline.

Voilà ta mère*

..•• Nourrice ?

Bartholo.

Ta propre mère.

Le Comte.

Sa mère !

Explirjucz-Toiis.

Marceli.ne, montrant Bartholo.

Voilà ton père.

FiCAROi désole'.

Oo oh! a je de moi.

INfARCELirfE.

Est-ce que la nature oc te Ta pas dit mille fui>?

Figaro.

Jamais.

Le Coiite(à part )•

Sa mère t

Brid' OISON.

C'est clair, i-il ne Tépousera pas.

i:>BARTHOLO.

Ni moi non plus.

Marceline.

Ni TOUS ! et votre fils ? vous m'aviez juré....

Bartholo.

J'étais fou. Si pareils souvenirs engageaient , on serait tenu d'épouser tout le monde.

E-et si Ton y regardait de si près, per-ersonne n'épouserait personne.

Bartholo.

Des fautes si connues! unejeunesse déplorable !

Marceline, s^échauffant par degrés*

Oui , déplorable , et plus qu'on ne croit ! je n'entends pas nier mes fautes, ce jour les a trop bien prouvées ! mais qu'il est dur de les expier

après trente ans d'une vie modeste ! j'étais née,

* — I - Il - . . -

O Ce qni sait, enfermé dans ces deux index, a été retranche par les Comédiens Français aux représentations de Paris.

2ao LE MARIAGE DE FIGARO,

moi 9 pour èire sage, et je le suis deTentie sîtût qu'on m'a pemiis d'user de nia raison. Mais dan« r.^^e des illusions, de Tincxpérience cl des besoins , où les séducteurs nous assiègent , {tendant que la nliscre nous poignarde, que peut oppoMrt une enl'aiil à tint d'ennetnis rassemblés ? tel uor^ juge ici sévèrement, qui , peul-êlie ^ en sa lic a perdu dix infortunées!

Figaro.

Les plus coupables sout les moins gên(;rcu\ ; c*esi la rrgle.

M A R c E I. I > E , vii*ement.

H'juunrs plus qu'ingrats , qui ilctiisscz par le mépris les jouets de vos passions, TOS vicl\pc^I c'est Vous qu*il faut punir des erreurs de noirr jeunc*sse; vous et tos magistrats, si vains du droit de nous juger, et qui nous laiiisent cnleTcr, par leur coupible négligence , tout honnête moyen de subsister. Fst-il un seul eut pour \c% malheureuses filles? Elles avaient un droit naturil à toute la [)anire des fctnmrs : on y laisse fv/rmer mille ouvriers de Tautic sexe.

Figaro, e/i colirr.

Ils font )>rodcr juscju^aui suklats!

!M A R c k I. I >' E c:raUér.

Dans les rangs mcmc:» plus c]c\cs, les femmes

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