SCÈNE II
AURELLY, JVCÉLAC père, MÉLAC fils.
AuRELLt se met dans un fauteuil en s^ essuyant
le wsage, et dit :
IVIe Toilà reventk
Théâtre. I. i8
MÉLAé fils tremblant.
Vous quittez Saint- Alban , Monsieur ; n'aTcz- Yous rien gagné sur cet homme impitoyable ?
A u R E L L y brusquement.
Saint- Alban nVst point dur : c'est un homme juste. Chargé ^ par sa compagnie > d'ordres pressants , il trouve un yide immense dans la caisse où il venait puiser des ressources : il m'a objecté mes principes, je suis resté muet. Il allait fsiire saisir les papiers de monsieur
M É L A c fils effrayé*
Saisir les papiers !
A peine ai-je obtenu de lui le temps de venir prendre quelqu^éclaircissement sur une aventure aussi incroyable.
M É L A c père.
Il m'est affireux de vous afldiger : mais je n'en puis donner aucun y mon ami.
. Je rougirais toute ma vie d'avoir été le vôtre, si vous étiez coupable d'une si baBse infidélité.
M É L A c père^
' Rougissez-donc... car je le suis*
A c R E L L T S* échauffant.
Vous Têtes I
M É L A € fils*
Cela ne se peut pas :
AuRELLY^ d^un ton plus doux.
Avez -vous eu l'imprudence d'obliger quelqu'un avec ces fcmds ? Parlez. — ^ Au moins vous avez une reconnaissance , un titre , une excuse qui permette à vos amis de s'employer pour vous.
M É L A c père , wi^ement.
Je n'ai pas dit que j'eusse prêté l'argent.
Vous l'aviez lundi.
M É L A c fils , tremblant.
Hier encore , je Tai vu , mon père.
Cent mille fraucs à vous , destinés à rétablissement de votre fils , où sont-ils ?
M É L A c père.
Toutes les pertes du monde me toucheraient moina que l'impossibilité de justifier ma conduite.
:ijQ LESDEUXAMIS,
Vous gardez le silence avec moi ?
M É L À c fils.
Mon père.*...
M É L A c père.
Plus TOUS été? mon ami , moins je puis parler.
Votre ami !...« je 9e le suis plus.
M É L A c fils.
Ah monsieur!
(( Si c'était moi ? » me disait-il ce matin. — Ainsi donc^ en défendant les malhoonétes gens, c'était ta cause que tu plaidais ?
M É t A c père.
Je n'ai plaidé que celle des infortunés.
Ayec quel 5ang-fi:oid ! Je mourrais de douleur j si rien de sen^blable
M É X A c père, vwement.
Ami , je n'en suis que trop certain.
Et tu soutiens mes reproches !
M É L A c père.
Plût au ciel que j^eusse pu les éviter !
En fuyant houteusement.
M É L A c pète.
Moi fîiir !
Ne particz-vous pas ? — Je ne parle point du tort que tu ùAs à tes garants : mais malheureux! n'avez-vous donc attendu , pour vous déshonorer ^ que le temps nécessaire pour apprendre à n'en point rougir ?
Mélac fils, pénétré.
Ah Monsieur !
Mélac père , avec dignité.
N'avez -vous jamais été blâmé pour Tactioft même dont votre vertu se glorifiait ?
A c R E L L T s' échauffant.
Invoquer la vertu lorsqu'on manque à l'honneur !
Mélac fils, d^un ton sombre.
Monsieur.....
2jS LES DEUX AMIS,
Mélac père, ai^ec douceur.
Aurelly , je puis beaucoup souffrir de vous.
A u R E L L y, at^ec feu.
Les voilà donc ces philosophes I Ils font indifféremment le bien ou le mal , selon qu'il sert h leurs vues !••••
Mélac fils, plus fort.
Monsieur Aurelly !
Vantant à tous propos la vertu , dont ils se moquent; et ne songeant qu'à leurs intérêts^ dont ils ne parlent jamais!
Mélac fils, s' échauffant.
Monsieur Aurelly!
Aurelly, plus vite.
Comment un principe d'honnêteté les arrêterait'il , eux qui n'ont jamais fait le bien que pour tromper impunément les hommes !
Mélac père, aç^ec douleur.
J'ai pu quelquefois me tromper moi-même
Aurelly, en fureur.
Un honnête homme qui s'est fa-ompé, ne rougit pas de mettre sa conduite au grand jour.
M É L A e père.
^ Il.est de& Biome&ts où , fbreé. âe se taire ^ il doit se ' bonieiMèr du témoigôa^ de son cœur*
AuRELLT, hors de bu.
Le témoignage de son cœur ! L'intérêt pereoooel rente^e i!(ii foated I^ k}éçs.
Melac père, emporté par là chaleur (TAurelly.
Eh bien! injuste ami—». C^^r^) Ah Dieux! qu'allais-je faire !
• < Tu voulais parler.
MélÀc père, ai^ec chagrin.
Je ne répondrai plus. ( // va s'asseoir*)
' " AcRELLY, indigné.'
Va ! tu me fais bien du mal ; tu me rends k jamais soupçonneux , méfiant et dur. Toutes les fois que \t verrai Femprçinte de la vertu sur le visage de quielqu'un , je me souviendrai de toi.
Mélàc fils, en colère.
Finissez I Monsieur.
Je dirai : ce masque imposteur m^a séduit trop long-temps , et je fuirai cet homme*
^8o LES D£UX AMIS,
^ MihAC fili.
FiaiÉset , Vous dis-'je. Quittez ce ton outrar geaut! De quel droit oses^^WQd le |ireiidre arec mon père ?
Quel droit , jeune komme ? Celui qtie toute 4me honnét^ a sur un coupablet
M £ L i. c fils.
L'est-îl à votre égard ?»
Oui , puisqu'il se manque à lui-mêmef
M^LÀG fils y outre.
Arrêtez^ ou je ne garde plus de mesure avec vous...,
Mélac père, se levant.
Quel emportement^ mon fils! il a raison^ et si j'avais à rougir de ma conduite , les réproches de cet Ijonnète homme..o Laissez-nous,
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