‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 105 sur 199 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

AURELLY, JVCÉLAC père, MÉLAC fils.

AuRELLt se met dans un fauteuil en s^ essuyant

le wsage, et dit :

IVIe Toilà reventk

Théâtre. I. i8

MÉLAé fils tremblant.

Vous quittez Saint- Alban , Monsieur ; n'aTcz- Yous rien gagné sur cet homme impitoyable ?

A u R E L L y brusquement.

Saint- Alban nVst point dur : c'est un homme juste. Chargé ^ par sa compagnie > d'ordres pressants , il trouve un yide immense dans la caisse où il venait puiser des ressources : il m'a objecté mes principes, je suis resté muet. Il allait fsiire saisir les papiers de monsieur

M É L A c fils effrayé*

Saisir les papiers !

A peine ai-je obtenu de lui le temps de venir prendre quelqu^éclaircissement sur une aventure aussi incroyable.

M É L A c père.

Il m'est affireux de vous afldiger : mais je n'en puis donner aucun y mon ami.

. Je rougirais toute ma vie d'avoir été le vôtre, si vous étiez coupable d'une si baBse infidélité.

M É L A c père^

' Rougissez-donc... car je le suis*

A c R E L L T S* échauffant.

Vous Têtes I

M É L A € fils*

Cela ne se peut pas :

AuRELLY^ d^un ton plus doux.

Avez -vous eu l'imprudence d'obliger quelqu'un avec ces fcmds ? Parlez. — ^ Au moins vous avez une reconnaissance , un titre , une excuse qui permette à vos amis de s'employer pour vous.

M É L A c père , wi^ement.

Je n'ai pas dit que j'eusse prêté l'argent.

Vous l'aviez lundi.

M É L A c fils , tremblant.

Hier encore , je Tai vu , mon père.

Cent mille fraucs à vous , destinés à rétablissement de votre fils , où sont-ils ?

M É L A c père.

Toutes les pertes du monde me toucheraient moina que l'impossibilité de justifier ma conduite.

:ijQ LESDEUXAMIS,

Vous gardez le silence avec moi ?

M É L À c fils.

Mon père.*...

M É L A c père.

Plus TOUS été? mon ami , moins je puis parler.

Votre ami !...« je 9e le suis plus.

M É L A c fils.

Ah monsieur!

(( Si c'était moi ? » me disait-il ce matin. — Ainsi donc^ en défendant les malhoonétes gens, c'était ta cause que tu plaidais ?

M É t A c père.

Je n'ai plaidé que celle des infortunés.

Ayec quel 5ang-fi:oid ! Je mourrais de douleur j si rien de sen^blable

M É X A c père, vwement.

Ami , je n'en suis que trop certain.

Et tu soutiens mes reproches !

M É L A c père.

Plût au ciel que j^eusse pu les éviter !

En fuyant houteusement.

M É L A c pète.

Moi fîiir !

Ne particz-vous pas ? — Je ne parle point du tort que tu ùAs à tes garants : mais malheureux! n'avez-vous donc attendu , pour vous déshonorer ^ que le temps nécessaire pour apprendre à n'en point rougir ?

Mélac fils, pénétré.

Ah Monsieur !

Mélac père , avec dignité.

N'avez -vous jamais été blâmé pour Tactioft même dont votre vertu se glorifiait ?

A c R E L L T s' échauffant.

Invoquer la vertu lorsqu'on manque à l'honneur !

Mélac fils, d^un ton sombre.

Monsieur.....

2jS LES DEUX AMIS,

Mélac père, ai^ec douceur.

Aurelly , je puis beaucoup souffrir de vous.

A u R E L L y, at^ec feu.

Les voilà donc ces philosophes I Ils font indifféremment le bien ou le mal , selon qu'il sert h leurs vues !••••

Mélac fils, plus fort.

Monsieur Aurelly !

Vantant à tous propos la vertu , dont ils se moquent; et ne songeant qu'à leurs intérêts^ dont ils ne parlent jamais!

Mélac fils, s' échauffant.

Monsieur Aurelly!

Aurelly, plus vite.

Comment un principe d'honnêteté les arrêterait'il , eux qui n'ont jamais fait le bien que pour tromper impunément les hommes !

Mélac père, aç^ec douleur.

J'ai pu quelquefois me tromper moi-même

Aurelly, en fureur.

Un honnête homme qui s'est fa-ompé, ne rougit pas de mettre sa conduite au grand jour.

M É L A e père.

^ Il.est de& Biome&ts où , fbreé. âe se taire ^ il doit se ' bonieiMèr du témoigôa^ de son cœur*

AuRELLT, hors de bu.

Le témoignage de son cœur ! L'intérêt pereoooel rente^e i!(ii foated I^ k}éçs.

Melac père, emporté par là chaleur (TAurelly.

Eh bien! injuste ami—». C^^r^) Ah Dieux! qu'allais-je faire !

• < Tu voulais parler.

MélÀc père, ai^ec chagrin.

Je ne répondrai plus. ( // va s'asseoir*)

' " AcRELLY, indigné.'

Va ! tu me fais bien du mal ; tu me rends k jamais soupçonneux , méfiant et dur. Toutes les fois que \t verrai Femprçinte de la vertu sur le visage de quielqu'un , je me souviendrai de toi.

Mélàc fils, en colère.

Finissez I Monsieur.

Je dirai : ce masque imposteur m^a séduit trop long-temps , et je fuirai cet homme*

^8o LES D£UX AMIS,

^ MihAC fili.

FiaiÉset , Vous dis-'je. Quittez ce ton outrar geaut! De quel droit oses^^WQd le |ireiidre arec mon père ?

Quel droit , jeune komme ? Celui qtie toute 4me honnét^ a sur un coupablet

M £ L i. c fils.

L'est-îl à votre égard ?»

Oui , puisqu'il se manque à lui-mêmef

M^LÀG fils y outre.

Arrêtez^ ou je ne garde plus de mesure avec vous...,

Mélac père, se levant.

Quel emportement^ mon fils! il a raison^ et si j'avais à rougir de ma conduite , les réproches de cet Ijonnète homme..o Laissez-nous,

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