‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 125 sur 199 · SAINT-ALBAN, PAULINE · texte numérisé non relu

SAINT-ALBAN, PAULINE

Saikt-Ai.ban.

iVlALHEUREusE ! à Dicu ne plaise^ que je voulusse vous obtenir à ce prix !

Pauline.

Cependant vous abusez de la reconnaissance que je dois à monsieur de Mélac , pour exiger ma main...*

Saint-Alban s'assied.

Faites-moi la grâce de vous souvenir que mon amour n'a pas attendu cet événement pour se déclarer. Vous savez si j'ai souhaité vous devoir à vous-même, à commencer ma recherche par acquérir votre estime....

Pauline.

Que vous comptez pour assez peu de chose.

Saint<-Alban.

Daignez m'apprendre commeut Je prouverai^ mieux le cas que j'en fais. #

Pauline.

Le voici , Monsieur. Si vous croyez votre honneur engagé de rendre un compte rigoureux à votre compagnie , puis-je estimer un homme qui ne paraît se souvenir de ses devoirs que pour les sacrifier au premier goût qu'il veut sa^tisfaire? Et, si vous avez feint seulement de croire à cette obliga'iion pour vous en prévaloir ici ; que penser de celui qui se joue de l'infortune desi autres^ et fait dépendre Thonneur d'une famille respectable, du caprice de l'amour, et des refus d'une jeune fille ?

Saint- AlBan , un peu décontenancé.

Je n'ai à rougir d'aucun oubli de mes devoirs. Mais , en supposant que le désir de vous plaire eût été capable de m'égarer.... je l'avouerai. Mademoiselle, je u'ea attendais pas de vous le premier reproche.

P a II L I If E.

Le premier ! vous l'avez rcjcu de vous-même , lorsque vous avez mis votre silence à prix.

Sa int-Alban, vivement.

Mon silence! Quelque importaqce qu'on y

attache 9 il est promis sans conditions; et c'est sans craindre pour yos amis que tous êtes libre de me percer le cœur^ en refusant ma main.

Pacline, fermement.

Peut-être avez-vous cru que j'avais quelque fortune 9 ou que mon oncle suppléerait....

Saim-Alban, wvemenU

Pardon, si j'interromps encore; je me suis déclaré sur ce point. De tous les biens que tous pourriez m'apporter, je ne veux que vous : c'est vous seule que je désire.

Pauline.

Votre générosité , Monsieur , excite hi mienne ; car il y en a 9 sans doute, à vous avouer, ( quand je pourrais le taire ^ ) un motif de refus , plus humiliant pour moi que le manque de fortune.

Saint-Alban.

Votre père m'a tout dit. {Pauline parait extrêmement surprise.) Je vous admire, et voici ma réponse. Je suis indépendant : l'amour vous destina ma main, la réflexion en confirme le don, si votre cœur est aussi libre que le mien vous est engagé ; mais, sur ce point seulement, j'ose exiger la plus grande franchise.

336 LESDEUXAMIS,

Pauline.

Vous agissez si noblement^ que le moindre détour serait uq crime envers vous : sachez donc mon secret le plus pénible. ( Ils se lèvent^ Pau-- Une soupire, et baisse lesj^eujc.) Toute ma jeunesse passée avec Mélac ; la même éducation reçue ensemble ; une conformité de principes ; de talents^ de goûts, peut-être d'infortunes....

Sàint-Alban péniblement.

Vous l'aimez ?

Pauline.

C'est le dernier aveu que vous devait ma reconnaissance.

Saint-Alban.

A quelle épreuve mettez-vous ma vertu ?

Pauline.

J'ai beaucoup compté sur elle.

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