‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 126 sur 199 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SAINT- ALB AN, PAULINE, MÉLAC fils

paraît dans lefond.

J E Yois ce que tous espérez de moi.

Pauline^ ai^ec chaleur.

Je TOUS dirai tout* Je ne craindrai point de fournir k la vertu des armes contre le malheur. Mélac a^ait mon cœur et ma parole ; mais lorsque mon père nous a fait entendre à quel prix TOUS mettiez la grâce du sien ^ il a sacrifié toutes ses espérances au salut de son père.

Sain t- An- ban lentement.

Ayant ce jour.... savait-il votre sort?

Nous Fignorions également.

Saint-Alban très-vii^emenU

U ne vous aime pas.

Pauline*

Il mourra de douleur.

Théâtre. I. m

A rînstant qu'il apprend le secret de TOtre naissance 9 il tous cède ! il affecte une générosité... Mademoiselle 9 je n'étendrai pas mes réflexions p dans la crainte de tous déplaire ; mais il ne vous aime pas.

M É L A c fils , y avance furieux.

O ciel! je ne Paime pas!

Saint-Alban froidement.

Monsieur^.,., qui vous savait si près?

Mélac fils.

Je ne Taîme pas , dites-vous?

Je n'ai jamais déguisé ma pensée* ,

Mélac fils.

Vous m'imputez à crime un sacrifice que vous avez rendu nécessaire?

S A I ri T- A L B a N froidement.

Le sort de ceux qui écoutent, est d^entendre rarement leur éloge.

Mélac fils.

M'accuser de ne pas l'aimer !

J'en suis fâché , je l'ai dit.

Mélac fils.

L'avez-vous cru, Pauline ?

Pauline.

Vous nous perdez.

Mjêlac fils, avec emportement.

N'attendons rien d'un homme aussi injuste.

S A I N T- A L B A N ^^/7lewe^ï^

Monsieur, trop de chaleur rend quelquefois imprudent*

Mélac fils, d^un ton amer.

Et trop de prudence, Monsieur....

• Pauline, à Mélac virement.

Je vous défends d'ajouter un mot.

Mélac Cls^ à Paul/ne.

M'accuser de ne pas tous aimer , quand on me réduit à l'extrémité de renoncer à vous^ ou d'en être à jamais indigne !

Pauline.

Vous oubliez Totre père ! ; • -

34o LES DEUX AMIS,

Mélac fils^ regardant Saint'AIian (Pun air

menacantf

Si je Foubliais ^ Pauline*

Pauline, à Sainte Aïban.

Le désespoir Tayeugle*

M A L A c fils ^ avec une fureur froide.

Uo mot va nous accorder. Vous avez y dit-on ^ promis de ne rien écrire contre mon père ?

Saint-Alban se possédant.

Vous m^interrogez ?

Mélac fils.

L'avez-vous promis ?

Pau LIN B^ à Mélac.

)1 s'y est engagé.

' Saint- Alban, avec chaleur à Pauline.

Pour aucune autre considération que la vôtre , Mademoiselle.

Mélac fils, les dents serrées de fureur.

Ah !•••• c'est aussi ce qui m'empêche de tous disputer sa main. Elle est à tous.... Mais soyez galant homme. {Il s* approche de lui. ) Osez tenir parole à mon père , et tous yerreE.*..

SAiNT-AiiBAN surpris.

Oser !••••

Pauline se jetant entre deux^

Monsieur de Saint- Alban I

Saint-Alban fièrement.

Oui y Monsieur^ j^oserai tenir parole à votre père.

Pauline éperdue.

Ah ! grands dieux !

Saint-Alban, du même ton.

Et toute nouvelle qu^est cette façon d^ntercéder y elle ne nuira pas à monsieur de Mélac.

Pauline, à Sainte Atban,

Il Ta tomber à vos genoux. Il ne sait pas.*^ ( A Mélac. ) Cruel ennemi de vous-même ! apprenez qu'il s'engage au silence; que lui seul peut vous conserver Temploi....

Mélac fils.

Je le refuse.

Pauline.

Insensé !

Mélac fils»

Quel bien&it, Pauline! J'en dépouillerais

34ï LES'DËUX AMIS,

mon père! je le paierais de Yoire perte, et }^en serais redevable à mon ennemi !

Saint-Albapî, avec dignité.

Monsieur.. ..

Patiliise, à Mélac.

Quel est donc le but de ces fureurs?

M É L À C fils.

S'il ménage mon père, il vous épouse, il est trop récompense : mais attaquer mes sentiments pour vous !.•••

Pauline, outrée*

Vos sentiments!.... Quels droits osez -vous faire valoir! — Ne m^avez-vous pas rendu ma parole ?

Mélac fils.

L'hpnneur m'a-t-il permis de la garder? vous vous privez de tout pour sauver mon père«...

Saint-Albak.

Quoi! ces cent mille écus, qu'on dit empruntés ?....

Mélac fils.

Sont à elle; c^est son bien, tout ce qu'elle possède au monde.

Sont à elle! (^ A part.) Ah dieux ! que de vertus ! ( // rêve profondément. )

Mélac fils, avec force.

Ai-je donc trop exigé de vous deux , en me sacrifiant, que l'un n^insultât pas à l'infortuné qu'il opprime! que l'autre honorât ma perte d'une larme, d'un regret! Il vous épousait de même , et je mourais en silence.

Pauline^ à Mélac ^ ai^ec colère.

Eh! fallait-il venir ainsi...» (Les pleurs lui coupent la parole; elle se je te sur un siège , et dit à elle-même. ) Malheureuse faiblesse !

Mélac fils, vivement.

Ne me dérobez pas vos larmes , Pauline. C'est Iç seul bien qui me reste au monde.

Pauline, outrée , se relevant.

Oui , je pleure : mais.... c'est de dépit de ne pouvoir m'en empêcher.

Mélac fils.

J'ai donc tout perdu !

Pauline.

Votre violence a tout détruit.

SAINT-ALBAN, MÉLAC fils, AURELLY,

AuRELLY, accourant»

v/n se querelle ici ! — Mélac ?

Saint-Alban y après un peu de silence*

Non, Monsieur, on est d'accord. Vous m'avez assuré que vous laissiez Mademoiselle absolument libre sur le choix d'un époux : ce choix est fait. ( ^ Pauline. ) Non , je n'établirai point mon bonheur sur d'aussi douloureux sacrifices. Il n'en serait plus un pour moi, s'il tous coûtait le

vôtre.

Mélac fils, pénétre'.

Qu'entends- je ! — Ah Monsieur !

Saint-Alban.

Fesons la paix, mon heureux rival. Je pou* yais épouser une femme adorable , dont l'honneur et la générosité eussent assez assuré mon repos; mais son cœur est à vous.

Mélac fils.

Combien je suis coupable !

Sain t-Alb an.

Amoureux : et les plus ardents sont ceux qui ofifensent le moins. J'étais moi-même injuste.

AuRELLT^ à Pauline.

Tu Taimais donc ?

Pauline , baisant la main de son père.

Ce jour m'a éclairée sur tous mes sentiment^.

Mes enfants y tous êtes bien sûrs de moi : mais abuserons-nous du service que nous rendons k son père y pour lui arracher un consentement que sa fierté désavouera peut-être ?

Pauline.

Ah ! quelle triste lumière ! ai*je pu m'aveugler à ce point?

M É L A c fils.

Pauline^ vous savez s'il vous chérit!

Saint-Alban, à Mélac.

Pliez-le de passer ici ; n'armez pas son Âme , en le prévenant y contre les coups qu'on va lui porter. Ne lui dites rien....

Mélac fils.

Monsieur y vous tenez ma vie en vos mains.

Tu perds un temps précieux.

( Mélac sort. )

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