‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 158 sur 199 · ACTE IL · texte numérisé non relu

ACTE IL

SGÈNEVIIL

BARTHOLO , DON BAZILE, FIGARO caché / dans le cabinet y paraît de temps en temps ^ et les écoute.

Bartholo continue.

-/\ h! Don Bazîle, vous veniez donner à Rosine ^ sa leçon de musique?

Basile.

C'est ce qui presse le moins.

Bartholo.

J'ai passé chez vous sans vous trouver.

J'étais sorti pour vos affaires. Apprenez une nouvelle assez âcheuse.

Bartholo.

Pour vous ?

Non, pour vous. Le comte Almaviva est en cette ville*

Bartholo.

Parlez bas. Celui qiii fesait chercher Rosine dans tout Madrid ?

Il loge à la grande place ^ et sort tous les jours déguisé.

Bartholo.

Il n'en faut point douter ^ cela me regarde. Et que faire?

Si c'était un particulier, on viendrait & bout de récarter.

Bartholo.

Oui^ ens'embusquantle soir , armé, cuirassé...

' Bone Deus! Se compromettre! Susciter xine méchante affaire ^ à ]a bonne heure ; et pendant la fermentation calomnier à dire d'eiperis; concedo. '

Bartholo.

Singulier moyen de se défaire d'un homme !

La calomnie ; Monsieur? Vous ne savez guère

ce que tous dédaigaez ; j'ai tu les plus hoimétes gens près d'en êire accablés. Croyez qu'il n'y 1^ pas de plate méchancelé , pas d'horreurs , pas de conte absurde^ qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande Tille en s'y prenant bien : et

nous aTons ici des gens d'une adresse ! D'a«*

bord un bruit léger /rasant le sol comme hirondelle aTant l'orage , pianissimo murmure et file , et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piajiOy piano tous le glisse en Toreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine , et rinforzando de bouche en bouche il Ta le diable ; puis |out*àcoup, ne sais comment , tous Toyez calomnie se dresser, sifler, s'enfler, grandir à Tue d'œil. Elle s'élance, étend son Tol , tourbillonne, enTeloppe, arrache, entraine, éclate et tonne, et deTient, grâce au ciel , un cri général , un crescendo public , un chorus unÎTcrsel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?

Bartholo.

Mais quel radotage me faites -tous donc -là, Bazile ? Et quel rapport ce piano - crescendo peut-il aToir à ma situation ?

Bazile.

Comment y quel rapport ? Ce qu'on fait par-

46o LE BARBIER DE SÉVILLE,

tout pour écarter son ennemi^ il faut le (aire ici pour empêcher le vôtre d'approcher.

Bartholo*

D'approcher ? Je prétends bien épouser Rosine avant qu'elle apprenne seulement que ce comte existe.

B A Z I L Ea

En ce cas , vous n'avez pas un instant à perdre.

Bartholo.

Et à qui tiient-il , Bazile ? Je vous ai chargé de tous les détails de cette affaire.

Bazile.

Oui. Mais vous avez lésiné sur les frais; et dans l'harmonie du bon ordre ^ un maringc inégal, un jugement inique, un passe-droit évident, sont des dissonances qu^on doit toujours préparer et sauver par l'accord pariait de l'or,

Bartholo lui donnant de V argent.

Il faut en passer par où vous voulez; mais finissons^

Bazile.

Cela s'appelle parler. Demain tout sera terminé : c'est k vous d'empêcher que personne, aujourd'hui , ne puisse instruire la pupille.

Bartholo.

Fiez-vous-en k moi. Viendrez - vous ce soir ,

Bazile ?

Bazile.

N'y comptez pas. Votre mariage seul m'occupera toute la journée ; n'y comptez pas.

Bartholo V accompagne.

Serviteur.

Restez y docteur, restez donc.

Bartholo.

Non pas. Je veux fermer sur vous la porte de la rue.

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