‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 172 sur 199 · A C T EU · texte numérisé non relu

A C T EU

Bartholo.

Vous voulez me faire prendre le changé et détourner mon attention du billet^ qui^ sans doute y est une missive de quelque amant ! mais je le verrai , je vous assure.

Rosine.

Vous ne le verrez pas. Si vous m'approchez ^ je m'enfuis de cette maison , et je demande retraite au premier venu.

Bartholo.

Qui ne vous recevra point.

Rosine.

C'est ce qu'il- faudra voir.

Bartholo.

Nous ne sommes pas ici en France , où l'on donne toujours raison aux femmes: mais pour vous en ôter la fantaisie , je vais fermer la porte.

Rosine pendant qu^il y va.

Ah Ciel I que faire?.... Mettons vite à la place la lettre de mon cousin ^ et donnons lui beau jeu à la prendre. /

Elle fait P échange, et met la lettre du cousin dans sa pochette^ de façon (ju'eUe sort un peu.

484 l-E BARBIER DE SÉVILLE,

Bautholo revenant.

♦ Ahl j'espère maintcixant la voir.

Rosine.

De quel droit , s'il vous plaît ?

Barthojuo.

Du droit le plus univertellement reconuu , celui

du plus fort.

Rosine.

On me tuera plutôt que de l'obtenir de moi. Ba&tholo frappant du pied.

fl

Madame ! Madame !...

R o s I N B tombe sur un fauteuil et feint de

se trouper mal.

Ah ! quelle indignité I.o

BAafHOLO.

Donnez cette lettre ou craignez ma colère.

Rosine renversée.

Malheureuse Rosine!

B A R T fl o L o.

Qu'avez- vous donc ?

Rosine.

Quel avenir afîVeux !

Barthôlo.

Rosine!

Rosine.

J^étouffe de fureur. .

BAnTHOtO.

te

Elle se trouve mal.

Rosine.

Je m'affaiblis^ je meurs.

B A R T H o L o lui tàte le pouls , et dit à part.

Dieux! la lettre! Lisons-la sans qu'elle en soit instruite. (// continue à lui tdter le pouls ^ et prend la lettre quHl tdche de lire eti se tournant un peu. )

RasiNB toujours renversé^.

Infortunée ! ah !...

Bartholo lui quitte le bras y et dit à part.

Quelle ragea-t-on d*apprtndre ce qu'on craint toujours de savoir !

Ah ! pauvre Rosine I

Bartholo.

L'usage des odeurs.»., produit ces affections âpasmodiques.

( // liù par derrière le fauteuil en lui tdtant le

pouls. Rosine se relève un peu, le regarde finement, fait un geste de tête et se remet sans parler. .)

Bartholo à pari.

() Ciel! c'est la lettre de son cousîo.' Maudite inquiétude! Comment Tappaiser maintenant ? Qu'elle ignore au moins que je l'ai lue !

( Il fait semblant de la soutenir et remet la Lettre dans la pochette^ )

'Rosine soupire^ Ah !...

BARTHOtO. . .

Eh bien ! ce n'est rien , mon enfant ; un petit mouvemeat de vapeurs , Toilk tout } car ton pouls n'a seulement pas varié.

( il va prendre un flacon sur la console ^ )

R o s ^N £ à paru 11 a remis la lettre I fort bien.

Baktholo.

Ma chère Rosine^ un peu de cette eau spiri^ tueuse.

Je ne veux rien de vous : laissez-moi.

, , ».»«t fit

Je contiens que j'ai montré trop de vivacité sur ce billet. . , . . ^ -

Rosine*

Il s^agit bien du billet ! C'est votre façoa de demander les choses qiii est révoltante.

Baktholo à genoux.

Pardon : î^ai bientôt senti tout mes torts : et tu me vois à tes pieds, prêta les réparer.

R o s I N eu

Oui , pardon I lorsque vous croyez que cette lettre ne vient pas de mon cousin.

Qu'elle soit d'un autre ou de Itii ; je ne veux aucun éclaircissement.

Rosine, lui présentant la lettre.

Vous voyez qu'avec de bonnes façons on obtient tout de moi. Lisez-la.

Cet honnête procédé dissiperait mes SQUpçons, si î'étais assez malheureux pour en conserver.

Rosine.

Lisez-la donc , Monsieur.

Page 1