‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 29 sur 199 · ACTE II, io · texte numérisé non relu

ACTE II, io

votre fille à un vieux militaire sans fortune ^

vous trouviez bon que Ton eût pour elle des

vues plus relevées. Les proiec lions aujour-

dliui....

Nous y voilà encore. Ma sœur, une bonne fois pour toutes ^ afin de n'y jamais revenir : Vous aimez les Lords , les gens de haut parage , et moi je les déteste. Ma fille m'est trop chère pour Ja sacrifier à votre vanité, et la rendre malheureuse*

Madame Murer.

Et pourquoi malheureuse ?

Le B a r o X.

Est-ce que Je ne connais pas vos petits-grands seigneurs? Voyez- les dans les unions mêmes les plus égales pour la fortune. Une fille est mariée aujourd'hui^ trahie demain, abandonnée dans quatre jours ; l'infidélité , l'oubli , la galanterie ouverte, les excès les plus condamnables ne sont qu'un jeu pour eux. Bientôt le désordre de la conduite entraîne celui des affaires ; les fortunes se dissipent, les terres s'engagent, se vendent; encore la perte des biens est-elle souvent le moindre des maux qu'ils font p artager à leurs malheureuses compagnes.

io6 EUGÉNIE,

Madame Murer.

Maïs quel rapport ce tableau , faux ou vrai ,

a-t-il à robjetque nous traitons? Vous faites le

procès à la jeunesse , et nullement à la qualité ;

c'est dans cet état au contraire que les hommes

ont le plus de ressources. S'ils se sont dérangés ^

un jour ils deviennent sages , et alors les grâces

de la cour...

Le Baron.

Arrivent tout à point pour réparer leurs sottises, n'est-ce pas? Peut-on solliciter des récompenses y quand on n'a rien fait pour son pays ? Et quand le principe des demandes est aussi honteux^ n'est -il pas absurde de faire fond d'avance sur des grâces qui peuvent être mille fois mieux appliquées ? Mais je veux encore que son importunité les arrache ; eh bien y je lui préférerai toujours un brave officier qui les aura méritées sans les obtenir; et cet honmie, c'est Cowerly. S'il ne tient rien des faveurs de la cour , il a l'estime de toute l'armée ; l'un vaut bien l'autre, je crois.

Madame Murer.

Mais, Monsieur....

Le.Baron impatient.

Mais, Madame, si vous êtes éprise à ce point

de vos Lords , que n'en épousez-vous quelqu'un

vous-même ?

Madame Murer fièrement.

Vous mériteriez que je le fisse, et que je transportasse tous mes biens dans une JEamille étrangère.

Le Baron la saluant.

A votre aise, ma sœur. Pour mes enfants moins de fortune y moins d'extravagance , moins d'occasions de sottises.

Eugénie a part.

Toujours ea. querelle ! que je suis malheureuse I

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