‹ Œuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 5)Chapitre 46 sur 199 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

un des TÔlrcs fut eu danger y nous pleurious lous de Tos larmes; vous ne serez pas insensible aux miennes. Mon fils s'est battu , mais en homme d'honneur; il sert Votre Majesté comme son bisaïeul 9 qui fut emporté sous les yeux du feu Roi ; il sert comme mon père ^ qui fut tué en défendant la patrie daus les derniers troubles ; il sert comme je servais lorsque j'eus l'honneur d'être

blessé en Allemagne J'ouvrirai mon habit

il verra mon estomac..., mes blessures. Il m'écoutara , et j'ajouterai ; un suborneur est venu en mon absence violer notre retraite et Thospitalité ;

il a déshonoré ma fille par un faux mariage Je

vous demande à genoux , Sire y grâce pour mon fils et justice pour ma fille.

Madame Murer.

Mais ce suborneur est un homme qualifié y puissant.

Le Baron viç^ement.

S'il est qualifié y je suis gentilhomme..... Enfin

je suis un homme Le Roi est juste ; à ses

pieds toutes ces difi'érences d'état ne sont rien : ma sœur , il n'y a d'élévation que pour celui qui regarde d'en-bas ; au-dessus tout est égal ; et j'ai vu le Roi parler avec bonté au moindre de ses sujets comme au plus grand.

(^11 va et vient).

i5o EUGÉNIE,

Madame Murer d*un ton ferme.

Croyez-moi , Monsieur le Baron , nous suffirons à notre vengeance.

Le Baron rHa entendu que le dernier mot.

Oui, vengeance!... et qu'on le livre à toute la rigueiu' des lois.

Madame Murer très-ferme.

Les lois ! la puissance et le crédit les étoufient souvent ; et puis c'est demain qu'il prétend se marier. Il faut le prévenir : incertitude ! lenteur ! est-'Ce ainsi qu'on se venge ? Eh ! la justice naturelle reprend ses droits partout où la justice civile ne peut étendre les siens. ( Après un peu de silence , d'un, ton plus bas. ) Enfin , mon frère , il est temps de vous dire mon secret : avant deux heures le Comte sera votre gendre , ou il est

mort.

Le Baron.

Comment cela ?

Madame Murer s^approche de lui.

Ecoutez-moi. J'ai envoyé à Milord Duc un détail très-étendu des atrocités de son neveu , sans néanmoins lui rien dire de mon projet; ensuite.... votre fille n'a jamais voulu s'y prêter ; mais j'ai écrit pour elle au scélérat , qu'elle l'attend ce soir.

Le Baron.

Il ne Tiendra pas.

Madame Murer lui montrant le billet.

Au coup de minuit..*.. Yoici sa réponse. J^ai fait armer vos gens et les miens : tous le surprendrez chez elle. J'ai ici un ministre tout prêt: qu'il tremble à son tour«

Lb Baron surpris.

Quoi, ma sœur ^ un guet-apens! Des pièges!

Madame Muasr apec impatience.

Y a-t-on regardé de si près pour nous faire le plus sanglant outrage ?

Le Baron.

Vous avez raison; mais quand il arriTera^ j'irai au-deTant de lui , je l'attaquerai.

Madame Mcjrer apec effroi.

Jl TOUS tuera.

Le Baron.

Il me tuera I Eh bien^ je n'aurai pas surrécu à mon déshonneur.

i5a EUGÉNIE,

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