A PARIS
Œcz LjiopOLS COLLIN , Libraire , rus Glt-Ie-Cœnr.'
AVERTISSEMENT
DE L'ÉDITEUR
SUR LES MÉMOIRES DE M. DE BEAtJMARCHAIS.
C/ES Mémoires si célèbres ^ si recherchés, si justificatifs des inculpations faites à leur auteur, et si modérés en comparaison de ceux que ses parties adverses publiaient contre lui , ne reparaîtraient pas aujourd'hui, si la famille de M. de Beavimarchais eût été la maîtresse d'empêcher qu'or^ ne les réimprimât. Mais la loi déclare que tout livre appartient au public dix ans après la mort de son auteur , et qu'à cette époque il est permis à tout imprimeur d'en donner une nouvelle édition.
On savait que plusieurs libraires se proposaient de publier la collection des ouvrages dé M. de Beaumarchais, Il était à
Mémoires. /. «
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craindre que Favidité mercantile, mettant à profit la curiosité générale, n'y ajoutât, pour multiplier les volumes , une foule de pièces qu'il n'a point faites, et qui lui ont été attribuées par l'ignorance, la malveillance et l'ineptie de ceux qui recueillent au hasard tout ce qui paraît ; il était probable qu'on ferait précéder la prétendue collection de ses œuvres par quelqu'un de ces misérables libelles, que des auteurs faméliques ont eu le front de répandre sous le titre mensonger de sa vie.
Dans l'impossibilité d'empôcher ces Mémoires d'être encore publiés, la famille de cet homme trop méconnu , a dû préférer le libraire dont l'honnêteté s'adressait à elle dans le dessein de donner ses ouvrages sans les souiller d'aucun mélange.
Cependant, par une délicatesse aussi timorée qu'elle est respectable, la famille de M, de Beaumarchais hésita long-temps. Elle appréhendait que la réimpression de ces Mémoires n'affligeât les héritiers ou les parents des ennemis d'un homme qui ne les composa que pour sa propre défense , et
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cette délicatesse Fa engagée pendant dix ans , c'est-à-dire , pendant tout le temps qu'il lui a été permis de sy opposer ^ à ne point laisser remettre au jour ces Mémoires qu'on demandait. Il est inoui cependant que jamais les enfants de ceux qui ont été tués à la guerre, ou vaincus dans les luttes du barreau , ayent su mauvais gré aux enfants des vainqueurs, du triomphe de leur père. Mais tout ce qui est arrivé à M. de Beaumarchais , et même tout ce qui Ta concerné depuis sa mort , est hors de l'ordre commun.
Nous ne nous flattons pas que tant de délicatesse et dix ans de silence, désarment l'envie et l'inimitié. On sait trop que les clameurs élevées contre les auteurs dramatiques , se renouvellent à chaque représentation de leurs ouvrages. Il semble qu'il faille toujours , à certains journa- Hstes , une victime à dévorer ; vautours des vivants et vampires des morts , les croassements qu'ils jettent encore contre le dernier des auteurs vraiment comiques, ine cesseront qu'au jour où il s'élèvera un
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génie transcendant, qui , s^emparant de la scène par plusieurs succès consécutifs , fixera ^attention du public. Alors les journalistes et les autres malveillants abandonneront Beaumarchais , et même ils lui prodigueront des éloges , moins pour lui rendre justice , que pour mieux outrager le nouveau mérite qui ofiusquera leurs regards*
C'est un mal attaché à la littérature, il serait inutile de s'en plaindre ; il faudrait seulement que les jeunes gens n'en fussent pas la dupe ; qu'ils ne se prévinssent pas, sur de faux rapports, contre des hommes ' d'un mérite envié , et surtout qu'ils n'en fussent pas découragés , au point de fuir ; la carrière du théâtre , qui n'est que trop abandonnée aujourdliui par les bons esprits, quoique le goût du spectacle se soit accru. j
On observait à la famille de M. dej Beaumarchais , lorsqu'elle était encore in- ^' certaine , que c^^ Mémoires , qui servaient de réponse â tant de calomnies , Ipîn d'à- voir passé rapidement, comme tantd' — ^^
très , de Tantre de la chicane dans les abîmes de Toublî , s^étaient échappés de la poudre du greffe avec un éclat qui subsistait encore , et qu'ils s'étaient élevés au rang de ces ouvrages de littérature dont, une nation se glorifie.
Que ce serait en vain qu'elle s'opposerait à leur réimpression, puisqu'ils avaient joui de l'honneur d'être discutés , comme des écrits purement littéraires dans un cours public , où il ne s'agissait que d'en-* seigner les principes de l'éloquence.
En efiet M. de La Harpe , vingt ans après la publication des premiers , et seulement dix ou douze ans après celle des derniers , les avait examinés verbalement et par écrit dans son cours de littérature. On les avait auparavant réimprimés à Lyon et dans d'autres villes.
Les plaies étaient alors à peine cicatrisées ; la plupart des intéressés vivaient encore j personne ne se plaignit que l'auteur de ce cours rappelât d'anciennes querelles , étrangères au sujet qu'il traitait.
Aujourd'hui tout est changé en France.
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Le temps a ïait disparaître les accusés et les dénonciateurs , et les juges et les provocateurs de tant d'événements sinistres on ridicules* Il ne reste des uns et des axitres qu'un vain souvenir ; et puisque iesi Mémc^ires de M. de Beaumarchais ont survécu aux causes qui les ont produits , Fintérôt qu'ils inspirent ne tient donc ni aux circonstances ni aux personnes.
Le génie dont ils portent rompreinlc, Toriginalité du style, qui les distingue; les formes dramatiques qu*on y Voit succéder inopinément à des mouvements oratoires , y tiennent l'attention toujours active, tandis que la logique , la clarlé , l'art de présenter les faits toujours accompijgnés d'une preuve frappante et satislesiinfe , s'emparent du cœur , le pénètrent, Tintéressent, et instruisent le lecteur sans le fatiguer.
Mais ce qui attache surtout , c'est la fierté d'une âme calme et fbrine , qui s^y fait sentir ; c'est la sérénité d\in esprit su- ^périeur que les revers les plus sinistres et les plus imprévus, n'ont pu ni abattre, ni
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intimider ; c'est enfin Tempreinte d'un grand caractère qu'on y remarque.
Ce n'est point un orateur qui arrange des phrases, qui arrondit des périodes, qui entasse -ou compassé des arguments, qui fait de la parole un art imposteur , et qui cherche, par de grands effets, à égarer l'attention, à surprendre l'esprit, à éblouir les forts , à entraîner les faibles ; c'est un homme qui se peint , qui intéresse parce qu'il est lui ; qui plaît , parce qu'il est imperturbable au milieu des alarmes ; qui touche , parce que la vérité respire dans ses récits , comme elle éclate dans sa colère ; qui arrache l'estime , parce que son énergie et son courage passe de ses écrite dans l'âme de ses lecteurs.
Voilà ce que ses critiques n'ont pas plus compris que ses ennemis , et ce que le public a très-bien saisi. Voilà ce qu'on n'a trouvé dans, aucun des Mémoires publiés contre lui.
La calomnie est souvent aussi maladroite qu'elle est noire. Veut-elle étouffer le talent, elle en augmente la force j veut-
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elle flétrir le mérite, elle en accroît la célébrité-
Si elle n'eût pas répandu pendant dix années consécutives les bruits les plusabsurde?s contre M. de Beaumarchais^ parce qti'il était soupçonné d'empêcher la consommation d'une grande injustice , ses Mémoires qui ont fait tant de bruit n'eussent pas même été écrits*
I^a calomnie l'a forcé à se défendre luimôme, et voilà comment elle a été maladroite à son égard.
lies vieillards savent , mais les jeunes gens ignorent, et doivent apprendre, pour leur propre instruction , que M. de Beau^ marchais^ qu'ils entendent encore calomnier , forcé de plaider pour la première fois, malgré tous les soins qu'il apportait afin d'instruire sa partie adverse et l'empêcher d'intenter un procès qu'elle perdrait , prit selon l'usage un avocat pour son défenseur , et gagna sa cause tout d'une voix aux Requêtes de l'Hôtel.
Sa partie adverse en ayant appelé au Parlement , que je nommerai de 1771 ,
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pour éviter toutes les dénominations par lesquelles on le désignait alors, M. de Beaumarchais ne se servit encore que dé la plume d'un avocat , et ne douta pas du succès d'une cause qu'il avait gagnée en première instance.
Le Rapporteur en crut la calomnie, regarda M. de Beaumarchais comme un homme disgracié , parce qu'il venait d'avoir une querelle avec un duc ; il crut qu'il pouvait achever de le perdre sans aucun risque, et au lieu de faire confirmer le jugement des Requêtes de V Hôtel , il en fit rendre un tout opposé ; il y accumula sans égard pour son corps et pour lui-même toutes les causes de cassation prévues par la loi.
Prenant toujours la calomnie pour guide, et toujours persuadé par sa voix qu'il n'avait à faire qu'à un homme en disgrâce , et qu'on cherchait à sacrifier ; ce rapporteur dédaigna d'étouffer dans l'ombre de ses foyers une coupable imprudence, commise par sa propre femme , et préféra de dénoncer à la vindicte publique l'homme qu'il savait bien n'être point criminel.
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Sa dénonciation , le respect pour une magistrature naissante, appuyée de l'anlorilé t-oyale, et les discours calomnio.ux répandus par mille bouches contre J'accuse , effrayent alors tout le barreau : aucun dos faibles avocats, qui plaidaient encore n'ose prendre la défense d'un homme dénoncé par un des membres du tribunal qui doit le juger.
Dans ce grand abandon , réduit à se défcîndre seul , M. de Beaumarchais développe un talent tout nouveau, et qu^il ne se connaissait pas : il ouvre une nouvelle carrière à l'art oratoire , le barreau s^en étonne , le public apj)laudit avec transport , les maîtres dans J'art d'écrire éloqucmment, J.J. Rrm.9sraf/ et Voltaire vantent hautement ^çt^ Mémoires (0? ^^^ calomnie est confondue , et cehii qu'elle
(i) Voytz dans la correspondance g^n<SraIe de M. de Voltaire les lettres i65, 171 / 175, 1749 179 9 tome XI; dans la lettre 182' et dan0 la i85' , il appelle tantôt Marin , ques^a-co , et tantôt Ifyppopotnme , expressions qu'il «e plaisait à prendre dans les Mémoires de Beau* marcbats. Voyez surtout la 124' lettre à M. d'Alerabert.
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voulait perdre devient Thomme de la patrie.
Le roi , frappé de ses talents , Thonore de sa confiance , le charge d'une mission dans les pays étrangers ; l'Angleterre s'en alarme , et prête à déclarer la guerre à la France, elle lui fait l'honneur de le nommer dans son manifeste ; les États-Unis invoquent ses talents , comme ceux du seul homme capable de les secourir, quand aucune puissance n'ose encore les aider à secouer le joug qui les opprime. Eh pourquoi ? Quelle est l'origine de cet éclat qui attire les yeux de trois nations , tant de lancien que du nouveau monde? C'est la calomnie ; sans elle il n'eût quitté ni son pays, ni ses foyers. Rien de ce qu'il a fait depuis ne fût arrivé. Est-ce assez de maladresse de la part de ses ennemis ? Réhabilité dans son honneur , remis dans ses fonctions , Beaumarchais gagna bientôt tous ses procès ^ et vit flétrir ses adverses parties du nom de calomniateurs par arrêt du Parlement d'Aix.
La calomnie interdite , mais indignée de
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sa propre honte , rampa dans la poussière , parut long-temps le ménager , mais enfin ^Ue trouva un homme qui se crut plus éloquent que lui , et qui le provoqua de la manière la plus outrageuse*
M. de Beaumarchais se défendit encore lui-même , se montra plus logicien , plus profond raisonneur , plus véritablement éloquent que son provocateur, qui fut flétri du nom de calomniateur par arrOt du Parlement de Paris, le 2 avril 1789.
Ainsi M. de Beaumarchais qui n'inteftta jamais de procès à personne, toujours attaqué, toujours vainqueur dans toutes les luttes, toujours déclaré inculpable par les tribunaux , par les ministres , toutes les fois qu'on examina sa conduite , gagna toujours toutes s^^ causes , vit toujours sià% ennemis condamnés your cause de calomnie , et n'en fut jamais accusé, quoiqu'il ne les ménageât point dans ses Mémoires.
11 répondait avec véhémence à des déclamations virulentes : il n'avançait aucun fait qu'il n'en fournît la preuve : et
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ce qui peut paraître aujourd'hui injurieux dans ses défenses. Pétait bien moins que les invectives grossières, et les épithètes outrageantes que lui prodiguaient ses ad-^ versaires , et que les imputations fausses qu'ils avançaient contre lui sans aucune preuve , sans oser se porter poiu' dénonciateurs des faits qu'ils osaient hasarder.
Leurs calomnies étaient donc aussi ostensibles^que maladroites^ elles soulevaient les juges et le public.
Le ton de ses Mémoires varie selon les sujets, les hommes et lès circonstances; mais on y trouve toujours la même dialectique , la même évidence , et l'empreinte d'une même supériorité.
Il fut forcé pour se justifier , de révéler des faits et desactes qui lui étaient honorables , et qui , s'il eût été moins calomnié, seraient demeurés ensevelis dans ses portefeuilles ou dans ceux des Ministres (i).
(r) Voyez dans son neuvième Mémoire, ses idées élé' mentaires sur le rappel des Parlements , ouvrage qui lui fut demandé par les ministres du roi ; ses observations
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Ainsi chaque injure de ses ennemis tournait à sa gloire et à leur confusion.
On verra dans ses Lettres et dans ses Mémoires qu'il courut le risque d'être assassiné , et ensuite celui d'être massacré. On verra que dans ces dangers, moins occupé de sauver sa vie, que de conserver son honneur, il chargea ses parents , ses amis et ses héritiers , quels qu'ils fussent, de justifier sa mémoire ; il les voua môme à l'indignation publique , s'ils ne fournissaient pas les preuves de son innocence ou plutôt de son intégrité. Il échappa à tous les dangers révolutionnaires qui fesaient alors périr tant de monde ; il se justifia lui-môme aux yeux de ses propres dénonciateurs , fut rappelé , réintégré dans ses biens : demeura pur devantla loi et dans l'opinion publique.
La calomnie lui a fait sans doute beau-
aux ministres du roi en faveur des négociants protestants; ses lettres aux sept chambres du commerce. On se convaincra qu'il jouissait alors auprès du roi et des ministres d'une véritable considération i et qu'il la méritait.
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coup de mal j mais elle a plus aflQigé ses amis que lui-même ; il en a tiré de grands avantages; elle a fortifié son caractère, développé son courage , accru ses talents et sa renommée ; sans elle il eût été inconnu aux Anglais et aux Américains 3 il n^eût point paru au barreau, et n'eût songé ni au commercé , ni à la fortune.
Gest au public que la maladresse de la calomnie a fait un tort réel. Si elle n'eût point attaqué cet homme extraordinaire , la Comédie compterait dans son répertoire vingt pièces originales de plus. Je me suis souvent entretenu avec lui de divers sujets qu'il voulait mettre au théâtre , et qu'il n'a pu traiter , parce que la calomnie a fait de sa vie un combat. C'est ainsi qu'elle avait réduit Racine à demeurer quinze ans sans travailler. Voilà ce que gagne une nation à encourager les lâches qui insultent les hommes supérieurs.
Ses ennemis sont morts le front cicatrisé des coups qu'ils ont voulu lui porter, et qui sont retombés sur eux. Aucun n'a laissé un ouvrage dont la nation puisse se vanter.
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Ils sont morts , en regrettant sans doute de ravoir provoqué. Ils sont morts , je le crois , ou si quelques-uns d'eux existaient encore, je pense qu'instruits par l'âge et par leurs anciennes défaites, ils fuiraient les combats judiciaires ; qu'ils exhorteraient la jeunesse à ne s'écarter jamais de la vérité, à ne point attaquer le mérite et les talents : je crois qu'ils imiteraient cet orateur d'Atliônes qui , banni de son pays par l'éloquence de son adversaire , lisait dans son exil à de nombreux auditeurs la harangue qui l'avait fait expulser de sa terre natale, en fesait remarquer les beautés, et s'écriait quand on applaudissait : et que serait-ce donc si vous l'aviez entendu lui-même!
Oui , je croisa qu'ils agiraient ainsi ; et pourquoi ne le présumerais- je pas , moi qui ai vu Beaumarchais , semblable au vainqueur de ce noble Athénien , courv après ceux qui l'avaient outragé , et qu'il avait vaincus, soit au barreau, soit ailleurs, les consoler dans leurs revers et leur prodiguer des secours dans leur détresse ?
A CONSULTER
PoVR Pierre^ Augustin Carok de Beaumarchais j ècuyer^ conseiller^ secrétaire du roi^ et lieutenant-général des Chasses au bailliage et capitainerie de la Varenne du Low^re , grande vé-nerie etjiiuconnerie de France ^ accusé.
J: E N D A N T que le public s'entretient d'un procès dont le fond et les détails excitent sa curiosité ; pendant que des gazetiers (i), vendus aux intérêts de dififérents partis, le défigurent de toutes les manières; pendant que les méchants accumulent sur moi les plus absurdes calomnies , et i ne disputent que sur le choix des atrocités ; enfin
'Si
(i) Les gazettes étrangères. Toutes les méchancetés ^'elles contiennent se fabriquent à Paris. Celui qui va payer un paragraphe à certain bureau de cette ville , est toujours sûr d'y faire dénigrer qui bon lui semble à juste prix. C était vrai alors.
Mémoires. /. i
j MÉMOIRES.
pendant que l4ei honnêtes gens consternée gémiâiefit «ur la loule de maux dont un seul homixie peut être à la fbU aiiailli; laiMons jaser Vomreté, d^iguoM lef libelle/i , plaignons les méchants , rendons grâces aux gens hcmnétes ^ et présentons ce mémoire à mes juges f comme un honunage public de mon respect pour leurs lumières , et de ma confiance eu leur mtégrité*
$i c'est un mallieur d^étre engagé dans un pro^ ces dont le plus grand bien possible est qu'il n'en résulte aucun mal ; au moins est-ce un avantage de justifier ses actions devant un tribunal , jaloux de l'estime de la nation qui a les yeux ouverts sur son jugement; devant des magistrats trop généreux pour prendre parti contre un citoyen, parce que son adversaire est leur confrère , et trop écbiirés sur leur véritable dignité pour confondre une quereUe particulière dont ils sont juges, avec ces grands démêlés où le corps entier de la magistrature aurait ses droits à soutenir ou son honneur lu venger.
hu question qui occupe aujourd'hui les chambres assemblées , est de savoir si la nécessité de répandre l'or autour d'un juge pour en obtenir une audience indispensable, et qu'on n'a pu se procurer autrement , est un genre de corruption puMiiiable # ou seulement un malheur digne de ronipuMÉiiou.
Forcé d'employer ma faible plume , au défaut de toute autre , dans une afïaire ou la terreur écarte loin de moi tous les défenseurs , où il faut des injonctions réitérées des magistrats pour qu'on me signe au palais la plus juste requête ; détruisons toute idée de corruption par le simple exposé des faits , et ne craignons point qu'on m'accu8<^ de tomber dans le défaut trop commun de les altérer devant lia justice. Ils sont déjà connus des magistrats par le yù des charges et informations ; je ne fais ici que les rétablir dans Fordre chronologique que des dépositions partielles et la forme des interrogatoires leur ont nécessairement ôté.
Uniquement destiné à soulager l'attention de mes juges , ce mémoire sera l'historique exact et pur de tout ce qui tient à la question agitée. Je n'y dirai rien qui ne soit constant au procès. Les faits qui me sont personnels y seront affirmés positivement. Ce que j'ai su par le témoignage cl 'autrui portera l'empreinte de la circonspection ; et si ce mémoire n'a pas toute la méthode qui caractérise les ouvrages de nos orateurs du barreau, au moins il réunira le double avantage de ne contenir que des faits véritables, et de fixer l'opinion flottante du public sur le fond d'une affaire dont le secret de la procédure empêchera qu'il soit jamais bien instruit par une autre voie.
4 M Ji M O I n E 8,
FAITS PHÉLIMINAIHES-
Le premier avril 1770, j'ai r^glé définitivement avec M. Parin Duveniey un compte appuyé iur dcfii titres , et »ur nne liaison de douze ans d'intérêts^ de confiance et d'amitié«
Par le résultat de ce compte , fait double entre nous , M. Duvenicy resta mon débiteur , et mourut quatre mois après ^ sans s'être acquitté cuver» moi*
Son légataire universel prit des lettres de rescision contre l'acte du premier avril , en poursuivit l'entérinement aux requêtes de l'h/*itel ^ et fut débouté de sa demande par deux sentences consécutives*
11 en appela au parlement ; et profitant du moment qu'une lettre de cachet me tenait sous la clef ^ h réilécfair sur le danger des liaisons disproportionnées^ il poursuivit sans rel&che le jugement de sou appel* 11 iaisait plaider^ il sollicitait ^ il gagnait les esprits ; et moi j'étais en prison*
Enfin le premier avril 1775^ sur les conclusions de M« Tavocat-général de Vaucressoui la cour mit Taflaire en délibéré au rapport de M« Goë^man*
O M. Duvemey ! lorsque vous signâtes cet arrêté de compte par lequel vous vous reconnaissiez mon débiteur, le premier avril 1770, vous
étiez bicQ loin de prévoir que trois ans après, à pareil jour , sur le refus d'acquitter votre engagement par un légataire à qui vous laissiez plus d'un million , M. Goëzraan de Colmar serait nommé rapporteur; que je perdrais en quatre jours mon procès et cinquante mille écus ; et que ce magistrat me dénoncerait ensuite au parlement comme ayant calomnié sa personne, après avoir tenté de corrompre sa justice.