‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 106 sur 361 · D'AUSTRIE · texte numérisé non relu

D'AUSTRIE

| traficqueur des amours d'entre ladietc princesse d'Eboly et le roy; et par ainsy faisant pour autruy il voulut faire pour soy, n estant pas si fol de s'oublier, ainsy quecouslumierement tels traicteurs d'amours ou porteurs de poullels sont coustumiers de faire; lesquels ne sont si remplis de fidélité à l'cndroict de ceux qui les employent (au moins la pluspart d'eux) qu'ils n'eschansonnenl et ne lastent, ou devant ou après, le bon morceau qu'ils appareillent pour autruy *.

Par ainsy fit Anthoine Perez , dont mal luy en prit et à la dame; car le roy l'avoil servy et aymé longtemps, si bien que son fils aisné, que l'on appelle el duque de Pestrafia , luy ressemble du tout, ce dict on , estant blond ainsy que le roy.

Ruy Gomez le sçavoit bien; mais il falloit qu'il passast par là, car pour recompense2 il luy faisoit de grands biens et faveurs; car il luy fit espouser ceste femme, qui estoit fille du duc de Francqueville, très grand seigneur d'Espntgne, dont son fils second en porte le nom, mais pourtant il y en a procès. Le tiers s'appelle comme le pere, Ruy Gomez. La fille, le roy la maria avec le duc de Medina de Sidnnnia, celuy qui fut gênerai de ceste grande armée espaignolle dernière en Angleterre. Rref, d'un simple gentilhomme portugaisqu'il estoit quand I il vint trouver le roy , il est mort un très riche et grand seigneur, el du tout gouvernant son maistre.

J'ay ou y dire que le plus grand subject que le roy prist de l'aymer , fut que , jouant un jour en Flandres à la prime et deux antres, une reste grande y allant de tout , qui montoit A vingt mille escus, le roy d'Espaigne, allant d'affection à la prime, la vint à rencontrer, dont il fut très aysc(car, quiconque soit le grand seigneur et libéral, est avare au jeu), soudain sescriant qu'il avoit prime. Ruy Gomez avoit cinquante cinq , lequel , pour n'empescher la joie que le roy son maistre avoit d'avoir rencontré prime, en monstrant son jeu au tiers et au quart , il jette ses caries et les

« Le miniMcrit ajoute : «Bien *ol»scroient-i)8, car en telle» friande» occasions il n'y a nul respect , ce dict nieaser Priapo. »

» U manuscrit ajoute tDe* cornes qu'il luy faiwit porter.*

VIES DES GRANDS CAPITAINES

mesle parmy les autres, disant seulement : « Je • le quicte. » U lendemain , le tiers et le quart, qui estoient grands seigueurs , et me semble que le duc de Feria y estoit , dirent au roy le traict qu'avoit faict Ruy Gomez; et le roy luy ayant demandé la raison, et Ruy Gomez luy ayant dict qu'il ne vouloit luy empescher et ofrcnccr la joye el contentement qu'il avoil eu à icnconstrcr prime, et qu'en nulle façon il ne luy vouloil donner fascherie (comme certes le serviteur doibt tousjours tascher, le plus qu'il peut, complaire en tout à son maislrc, mesmes tel que celuy là , et en telle chose ), le roy luy en sceut si bon gré , qu'il l'en recompensa au triple, et depuis l'en ayma plus qu'il n'avoit faict. Je tiens tout ce grand discours précèdent de fort bon lieu, et point vulgaire. Il peut cslre du tout vray ou à demy , mais un grand seigneur françois espaignollisé me l'a ainsy dict, et un gentil capitaine espagnol.

Je romps cesle digression pour tourner encor à dom Juan , de la valeur duquel j'ay parlé , et de la mort. Pour son origine, j'en diray ce petit mol el puis plus. Il fut fils naturel du grand empereur Charles Quint, et d'une grand dame et comtesse de Flandres, mere d'un grand dont nous avons parlé, ou possible parlerons , et non point d'une boullengere de Bruxelles ou lavandière (comme la pluspart du commun l'a dict : ce sont abus), laquelle estoit belle en toute extrémité, qu'on nommoit dame Barbe de Plombergh, et despuis maryée au seigneur Reguel, gentilhomme du pays de Namur ou Luxembourg. De l avoir bien aimée et jouy, il lefault croire; mais d'estre mere de dom Juan ce sont abus; car il tenoil par trop du noble et d'un costé et d'autre. Aussy (ost qu'il fut né , l'empereur son pere envoya quérir un riche pasteur des montagnes du Liège, et le luy donna à nourrir et eslcver fort curieusement, sans que peu de personnes le sceussent, cl à endurer cl endurcir au travail, ny plus ny moins qu'un de ses enfans, sans le nourrir mollement ny délicatement, et sans qu'il dict qu'il fust fils de l'empereur , sinon au bout de quelque temps qu'il vint à se faire grand , et que l'empereur voulut quiclcr le monde et se retirer en Espaigne , qu'il commanda au roy son fils de l'envoyer quérir, le mandant au pasteur pareillement de le mener, et qu'il s'en

servist , et luy ordouna une pension fort belle et grande, el le luy recommanda plusieurs fois comme s'il esloit son propre frère. J'ai appris cela en Espaigne de quelques uns grands et habiles gens qui le scavoient bien.

Que c'est d'une belle et généreuse naissance! Celuy qui avoit esté nourry en maison champêtre comme pasteur, s'estre depuis rendu si gentil, si gallant, si honeste, si agréable, comme il a esté, el sentant si peu sa nourriture ruraile, ainsy que je lay veu en Espaigne! car il estoit fort beau et de fort bonne grâce , comme j'ay dicl ; et s'il avoit esté nourri en vie rustique, si n'en tenoil il rien , car il avoit bonne et belle façon parmy lessoldals.il avoit bien aussy bonne et belle grâce parmy les dames, desquelles il estoit fort doucement regardé et bien venu.

A luy succéda en sa charge de gênerai en Flandres le prince de Parme, son neveu, duquel pour ceate heure je ne parleray, d'autant que j'en faicts un discours à part, sur une comparaison qui se peut faire de huici grands capitaines, et bien jeunes pourtant, de nostre temps , à scavoir : nostre roy Henry troisiesme dernier ,, M. le duc d'Alançon , son frère, le roy de Navarre, M. de Guyse, M. du Ma y ne son frère, M. le prince de Parme, le comte Maurice et M. de Biron, dernier mort, de la valeur el suffisance desquels j'espere en dire ce que j'en pourray. Parquoy je remets cette partie à lors pour parler de feu M. de Savoye, Philibert dernier.

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