‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 130 sur 361 · ROY DR FRANCE · texte numérisé non relu

ROY DR FRANCE

l'en avoir puny et oslé si viste de monde , et par une mort si subite. Les chrestiens, au moins aucuns, ne l'approuvent point, pour n'avoir loisir de se recommander à Dieu;Ca*sar au contraire, qui tenoit la mort la moins opinée et prévenue la plus heureuse. Cest une question belle pour disputer.

L'on parla fort diversement du genre de la mort de ce grand roy. Aucuns la disoient d'un catarre ou apoplexie, à laquelle il ne pouvoit estre subject veu sa complexion debille et son naturel point y adonné : car il nestoit gros, gras ny replet ; et telles gens y sont subjeefs.

Aucuns disoient qu'il avoit eu le boucon Ualiano, d'autant qu'il menaçoit fort encor l'Italie, et le craignoient; aucuns, qu'il n'avoit pas bien accomply la volonté de Dieu à ne punir et reformer les prélats et gens d'église en leurs abus et insolences , ainsy que Dieu l'y avoit appelé, comme luy sceut bien dire fray Hieronimo1 ; les Pysans, comme j'ay dict, afHrmoient pour leur avoir rompu sa foy. Bref, il en fut assez parlé; mais la plus vraye vérité fut : que telle estoit sa destinée et son heure, bien que Dieu se courrouce fort contre ceux qui violent une foy solcmpnellement donnée.

Et voylà pourquoy cesie devise, Qui nescii dissimulant nescit regnare, ne vaut rien, ainsy que j'ouys une fois prescher à un grand docteur de la Sorbonne, nommé M. Poncet', qui preschoit à la paroisse de Saint-Sulpicc, a Sainct-Gcrmain-des-Prés, qui dict tout hault , sur un subject que je ne diray pas , que telle parolle estoit d'un vray atheiste, et qui ouvrait le droict chemin aux roys et aux princes pour aller à tous les diables et les rendre vrays tyrans. Possible qui en voudra bien peser les raisons , il trouvera ce prescheur très véritable et fort homme de bien, selon nosire bon Seigneur Jesus-Christ , qui hayt mortellement les hypocrites , lesquels on peut nommer proprement traistres dissimulés, disoit ce bon prescheur. C'estoit le prescheur autant hardy à parler que jamais a entré en chaire, et hors de là

1 I* moine Jérôme Savonarole.

» Maurice Poncet.relifiicux de l'abbaye de Saint-Pierre de Melun, ordre de «atnt Reuoli, et curé de Saint- Pierre des-Arcis a Paris. U a laisse quelques écrit*

encor. Par cas , an jour M. de Joyeuse, du temps de la grand feste, despence et magnificence qui se fit en ses nopces, le rencontrant par la rue, il luy dict : «Monsieur Poncet , je «ne vous avois jamais cogneu qu'à ceste heure «dont j'en suis bien-aise, car j'ay fort ouy parti 1er de vous, et comme vous faictes rire le peu- « pie en vos sermons. » Il luy respondit froidement , comme l'autre luy avoit parlé de collere : « Monsieur, c'est raison que je le face rire , puis- « que le faictes tant plorer pour les subsides et « despenses grandes de vos belles nopces que «le peuple souffre pour vous Ce fut à M. Joyeuse se retirer, bien qu'il eust grand envie de le frapper : mais s'il l'eust touché le moins du monde, le peuple (qui est mutin pour tels subjects de leurs prescheurs libres , car ils les ayment naturellement teli) s'assembloit, qui eust faict quelque vilain scandale sur luy et sa suite; car il estoit fortayraé dans Paris.

Brisons icy ; et d'autant que ceste devise précédente que j'ay dict de ceste dissimulation estoit sortie et enseignée à son fils par le roy Louys XI son pere, et par luy-mesmes tant bien observée curieusement , il faut un peu parler de luy , non par un grand sommaire, car je ferois tort aux beaux et longs discours que faict Philippe de Gommines de luy en sa belle histoire, mais par de petits contes les plus briefs que je pourray, de ses dictes dissimulations, faine tes, finesses et galanteries.

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