LE ROY LOUYS XII
Pour venir au roy Louys XII qui succéda à Charles sans aucune contradiction ny que aucun s'y opposast , en luy mettant sus le port | d'armes contre son roy et sa patrie , Bellcforest, en sa C/ironicf/ue 1 , faict assez d'excuse sans que j'en die : dont il s'en fust bien passé de remuer ceste pierre pour toucher à d'autres ; aussy que c'estoit en se deffendant et non en assaillant ; car, et que pourrait moins faire un cœur genereui , que de se deffendre , quand il est assailly?
Il vouloit avoir le gouvernement du oyaume comme à luy appartenoit, mais en fut debout té; et s'il eust voulu un peu fleschir à l'amour de madame Anne de France2, il y avoit bonne part ; car elle en esloit un peu assez esprise , ainsy que je tiens de personnes qui le sçavent bien ; aussy qu'il n'y a rien qui despite tant une honneste dame, quand elle aime, qu'on n'en faict cas et qu'on la desdaigne.
S'il fust esté du naturel de Uuys, duc d'Orléans, dont il portoit le nom, qui fut tué à la Porte Barbette, il s'en fust mieux trouvé; car celuy-IA estoit un gallant, et trafiquoil de toute frette, comme un bon marchand et marinier. Il ne fil point de difficulté d'aymer Izabeau dcBavieres, sa belle-sœur, qui, le soir mesmes qu'il fut tué, il venoit de chez elle, et y avoit passé la pluspart de la nuict et à rire avecques elle , estant fraische relevée découche.
Aussy le roy d'Angleterre, pour belle recompense qu'il luy donna de ce qu'elle avoit tenu son party et faict tenir à son mary , fut qu'il disoil haut et clair: que le roy Charles VII esloit fils d'un adultère incestueux. Tant y a que ce IxHiys, duc d'Orléans, ou qu'il fust vray ou faux
1 Annales de France de Nicole Gilles , augmentées ou plotôt surchargées de fable», par François de Relle- Foiest, et imprimées a Paris, chez Nicolas Buon, en 157.) et 157B , et depuis en 2 volumes in-folio
• Voyez l' Inventaire de Jean Serres, sous raturée 1574. Dans le journal d'un bourgeois de Paris. ( Foy. la collection du Panthéon ), il est dit que, dans ce icinps-là encore, toute femme esloit incupérée d'être mcncc à Ortéaiu. C'est que du vivant de Ixjim* , dur d'Orléans, quand ou voyait uoe Parisienne conduite a Orléans, on supposoil que c'étoit pour y Qtwi\r le sérail de ce prince.
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de ce qu'on en disoit, il se trouva bien pour aymer le monde, auquel pour complaire cl pour s'agrandir on n'a esgard à rien.
Voylâ pourquoy, si le roy Louys XII eusl voulu un peu se commander et aymer puisqu'on l'aymoit, il eusl faict mieux ses besoignes: enquoy il faillit, selon les habilles courtisans, lesquels, pour bien faire leurs affaires, eslargissenl leur conscience comme il leur plaisl, dont bien souvent Dieu en est offensé.
Pourtant ce prince se peut dire avoir esté fort à l'cspreuve des coups de fortune : longtemps il combattoit contre elle, et la vainquit enfin. U Chronique Bergomese 1 le recite par ces mots :
• Eu son adolescence, il fut tenu soubs la subjection du roy Louys X! , prince 1res austère cl suspect uses parents, et luy bailla femme qui n'esloit à son gré. Apres qu'il fut mort, luy, qui estoit en la fleur de son aage , et qui plus appelle avoir son plaisir, il clieut en l'indigna lion du roy par le moyen de sa sœur qui vouloit tout gouverner; et pour sauver sa vie, fut contrai net d'abandonner la cour et se rendre fugitif en Bretaigne; cl cuidant vaincre fortune qui luy estoit trop rebelle, combattit malheureusement contre l'armée du roy. Luy , ayant mis pied à terre à la teste de ses advanturiers , pour les faire mieux combattre , il fut desfaict, luy et ses gens à Saincl-Aubin du Cormier, et pris prisonnier et mené en la grosse tour de Bourges , où il demeura assez longtemps en continuelle crainte de mort. Puis mis eu délivrance par la bonté du roy son frère, fut contrainct de faire le voyage de Naples avec luy ; lequel, en son absence, ne vouloit, pour quelque suspition, le laisser en France : auquel voyage fut en plusieurs périls et dangers, tant sur le combat de mer qu'il fit , et sa victoire qui facilita fort la conquesic du roy que pour la fiebvre qu'il y eust , et le souffreteux siège de Novarre, où il mangea jusques aux chats et aux rats. Puis en souffrant patiemment tous ces coups de fortune , il en demeura vainqueur par la succession de ce beau royaume de France qui luy escheut sans qu'il l'eust jamais pensé, et dont en demeura paisible jusques à son de-
1 C'cKi-à dire le Supplementum Chronicorum Jacobi Phllippi Dcrgamilis , ou Supplément des Chroniques Je Jai ob Phi ippe < V lU igamc.
A.NDS CAPITAINES FRANÇOIS.
ceds. Estant roy Ici , il borna et resserra sa forlune et son courage plus à l'estroict que de son
' prédécesseur, qui, sans aucune borne ni terme, ne couchoit pas moins que de la conqueste de
; tout l'empire d Orient ; et ainsy qu'il l'avoit dict el conecu, il l'eust faict, sans sa mort par trop soudaine.'
Mais le roy Louys ne voulut que retirer le sien , se contenta de la conqueste de sa duché de Milan , qu'il rit fort aisément , par sa va- | leur , bonne et sage conduite de luy et de ses bons capitaines qu'il a eu en son lemps, les meilleurs qu'eut jamais roy de France despuis les douze pairs de Chai lemagne ; où il eut pourtant des traverses ; car il la gaigna, il la perdit , il la reperdit, il la regaigua; et puis la garda paisible l'espaee de douze ans, ayant pris ses concurrans prisonniers.
Il reprit encorGennes, qui s'estoit révolté de luy , luy lousjours en personne : ainsy qu'il fit aussy en la batlailled'Aignadel qu'il donna contre les Vénitiens , qu'il gaigna, les desfit et prit leur gênerai Barthélémy d" Al via no, grand capitaine ; et ce qui s'en sauva il le poursuit j jusques sur le bord de la mer à la Chafousine; et de là, contemplant à son ayse la ville de Venise, et ne pouvant aller à elle à cause de son large fossé de mer , avant que s'en tourner, faict bracquer, en signe de Iriumphe et trophée, six longues coulevriues, doui les trois esloieni de leurs prises , et aulres trois françoises , ainsy que je tiens el d'Italiens et de François, et faict lirer à coup perdu cinq ou six cens volées dans la ville , afin qu'il fust dict pour l'advenir que le roy de France Louys XII avoit caoonoé la ville inexpugnable de Venise.
U cardinal Ascagne , frère de I^ouys Sforcc, duc de Milan, se sauvant en Allemagne après la route de son frère avecques deux cens mille ducats et force bagues et joyaux qui montoient à fort grand prix , fut pris eu chemin et mis entre les mains des Vénitiens ; auxquels aussy «m le roy Louys XII manda : qu'ils eussent à luy rendre (car ils en faisoienl quelque refus), non-seulement luy, mais ses trésors, et surtout l'espée du feu roy Charles VIII, que son grand escuyer porloit devant luy en toutes ses entrées, laquelle fut prise à la battaille de Fornovo , donl ils en faisoienl leur parade el trophée; aulremeul qu'il leur fcroil bien reudre à