XXV1I
M. LE GRAND MA1STRE DE CHAUMOMT.
Or a tous ces bons et grands capitaines que j'ay cy- dessus nommés, et plusieurs autres encor , M. le grand-maistre de Ctiaumont a eu cet heur et honneur de commander, estant lieutenant gênerai pour le roy de là les Monts et en l estât de Milan, lorsqu'il fut honnoré de ceste charge il n'avoit pas vingt-cinq ans , et quand il mourut il avoit trente- huict ans. Le cardinal d'Amboise , son oncle , l'avoit poussé là , lequel gouvernoit du tout le roy et le royaume de France, pour avoir esté l'un de ses plus familiers lorsqu'il estoit M. d'Orléans. Tant y a qu'il n'advança pas un jeune homme de peu , ny mal à propos ; car, l'espace de dix ou onze ans qu'il fut là gouverneur, il ne perdit à son maistre un seul poulrc de terre, mais très bien garda-il, et fort sagement , ce qu'il avoit, et encor en acquit-il , et là , et sur les Vénitiens.
Si fit-il pourtant deux très lourdes fautes : Tune, que, s'amusant trop à quelque pourparlë de paix , il s'arresta d'une journée , et laissa entrer dans Bouloigne Chapin Vltelly , avec le secours des Vénitiens , et par ainsy en perdit l'occasion d'entrer dans la ville, qui le desiroit avec les Bentivolles ; l'autre , quand il laissa prendre La Mirande à sa barbe , qui falsoit si bien devoir de se defFendre, et que, par avarice, il cassa ses bandes italiennes.
Il se gouvernoit du tout par son oncle le cardinal, qui luy envoyoit toutes ses instructions, ausquelles il obeyssoit très bien : aussy dfct-on que , lorsqu'il en sceut la mort , jamais plus il ne proffteta ny d'honneur ny de vie, et mourut de regret.
Guichardin ne le loue guîeres; mais il ne le faut croire , car il loue le moins qu'il peut nos François, et mesmes cestuy-là, qui par effet a monstré qu'il estoit un très sage et bon capitaine, et mesmes en l'aage où il eut sa charge: car, encor qu'il se gouvernant par l'oracle de son oncle, ce n'estoit pas tousjours; car, en estant si loing , et les affaires tout à coup se présentant à luy et le pressant sur les bras , il falloit bien qu'aussy tost , sans envoyer ou attendre le couricr à son oncle, pour luy demander et avoir sur ce advis , qu'il y advisast luy-
M. DE LONGUEVM.LE.
mcsmes et reraediast promplement ; aussy a voitil avec luy des meilleurs capitaines que jamais eut roy de France.
Un des beaux traicls qu'il fit en sa charge , ce fut lorsque les Suysscs , ayant renoncé à l'alliance du roy, vindrent faire une descente vers Milan ; il les fit tous esvanouir et retirer sans perte de ses gens ; car il leur fit coupper tous les vivres et abattre tous les moulins , et fit empoisonner tous les vins à Gallereas, où ils estoient ; mais au diable l'un qui mourut : il fâlloit bien dire que l'espice fust tombée au Fonds ; et quelques avanturiers françois y allèrent après environ deux cens, qui tous y moururent.
La faim chassa ainsy les Suysses, et M. de Chaumont qui les sui voit tousjours de pris. J'ay veu autrefois un vieux maistre de poste dans Novarre , qui avoil plus de quatre-vingts-dix ans, mais pourtant gallant, gaillard et sain vieillard , et de bonne mémoire , qu'il faisoit bon l'ouyr parler, et de M. de Chaumont et de tous ses capitaines, braves françois , qu'il a voit tous cogneus : à mon advis , qu'il en contoit bien d'eux, et de leurs guerres, et de leurs beaux faicls ; car il avoit esté avec eux à la part. Je ne faillis pas de l'entretenir tout un soir à soupper et encor le lendemain malin à disner. Il me louoit fort ce grand maistre de Chaumont , et disoit qu'il estoit un fort homme de bien-, mais un peu trop subject à son profit. Luy et son oncle furent fort blasmés de l'assistance qu'ils firent au commencement au pape Jules , dont il y eut aucuns qui en eurent bon argent , et autres bons bénéfices et le chappeau rouge. Il ne nommoil rien autrement ; mais il vouloit dire d'eux ; dont par après le pape n'en fut cognoissant envers nous ; car il nous fit le pis qu'il peut.
Surtout ce maistre de poste me loua fort M. de Bourbon , et disoit que c'estoit son bon maistre et son grand amy. Ainsi parloit-il.
race ( mais pourtant à cause de la bastardise ) que pour sa valeur et vertu, cedirtGuichardin. Si a-il tort de parler ainsy , car il estoit bon et grand capitaine, et brave et vaillant, comme en cesle race il en est tousjours de pareils, yssu en premier estocq de ce brave et vaillant bastard d'Orléans, comte de Dunoys , et le fleau des Angtois. Ce bravs seigneur sema une telle semence de générosité en toute sa race, qu'elle s'en est tousjours ressentie despuis d'une jusque* à l'autre ; ce qui est à noter : et comme d'une semence en une bonne terre , et de moisson en moisson se renouvellant tousjours ainsy ne faut jamais , comme ccstc-cy de Longueville.
Je croy que cestuy-cy dont je parle estoit petit-fils de ce brave comte de Dunois : aussy imita-il lepere, comme ont faict tous leurs petits, j'entends d'enfants et nepveux. Tour quant àmoy, j'en aycogrieu un, qui estoit M. de Longueville, qui mourut au retour du siège de La Rochelle, a Bloys , de poison ( ce dicl-on). Que mnudict soit le misérable . celuy qui la luy donna ou la luy fit donner 1 Mais il n'eatoil pas possible de voir un prince plus brave , vaillant et généreux, que celuy-là, ny moins hypocrite en guerre , tant homme de bien et d'honneur au reste , et qui ne fit jamais tort ny desplaisir à aucun; tant doux , tant gratieox , très beau , et de fort bonne grâce eladroict à toutes choses. Bref, ce fut un très grand dommage de ta mort , car il fust esté un jour un très grand capitaine . comme il commençait desjà. Il mourut en la fleur de son aage et de sa beauté. 11 estoit l'un de mes bons seigneurs et amys que j'eusse.
Il laissa après luy un fils aisné , qui fut tué dernièrement en Picardie , à Dorlans , en une salue de revctic, par un soldat maladvisé (autres disent à poste); dont ce fut un très grand dommage , car il n'y avoit rien de si jeune que luy, et desjà avoit faict de très belles preuves de sa personne, tant en valeur qu'en sagesse et bonne conduicte.
Ce fut luy le premier qui commença à esbranler la ruine de la ligue, lorsqu'il donna la baltaille de Senlis , un si grand coup que jamais oneques ne s'en peut elle bien guérir ny re- Après M. de Chaumont, vint tenir sa place muer. J'eu parleray ailleurs. M. de Sainct-l'oj , M. de Lougueville , plus par illustration de sa I «Mm second fiere , promet beaucoup de luy et
M. DR LONGt'EV ILLK.
de sa maturité , aiosy que ses nouveaux fruicts courtes qu'ont dict de ce temps là les Espagnols,
de valeur le promettent. | lesquelles je diray en espaignol , et puis les ira-
Pour retourner à nostrc M. de Longueville , I duiray. Elles sont telles :
il fut un très bon capitaine ; et , pour ce , ses Aquel don Gaston de Foix, varon de ad-
roys s'en servirent très bien, et lui les servit 1 mirable virtud, y capitan gênerai, aviendo
bien aussy. Il fui (comme j'ay dict) lieutenant refrenado utia vez los Suiceros junto à la
de roy à Milan ; mais il n'y demeura guieres , ciudad de Como, y despues otra à Milan,
car le roy le voulant employer aux affaires et à losquales aria llamado en su favor el
dangers qui estoient les plus près de sa per- papa Julio, con increible presteza llegàà
sonne, l'envoya quérir, et le fit son lieutenant Bolofta con los esquadrones de los Fran-
en sou armée de Navarre , pour le secours du ceses, à punto alçado el cerco,y forçados
roy Jehan , avec M. de Bourbon , où , pour ne los Espanoles à dar su lugar, retirando se
s'entendre trop bien, les deux chefs ne peurent si bien faire comme s'il n'y en eust eu qu'un. Ondisoitque M. de Bourbon avoit tort; car luy, qui estoit jeune,encor qu'il fust le premier prince du sang après M. d'Angoulesme , il devoit céder à M. de Longueville , qui estoit plus vieux et plus expérimenté que luy qui estoit fort jeune et ne faisoit que venir.
Tant y a que , si M. de lx>ngueville eust esté creu , les affaires fussetil allées mieux ; car il estoit très bon capitaine , comme il le monstra à ravitaillement de Therouanne et à la journée des Espérons , où il ne se servit guieres des siens pour fuir, comme d'autres, mais pour rallier ses gens fuyant et bien combattre , ainsy qu'il fut pris les armes au poingt , en brave seigneur et chevallier, et mené prisonnier en Angleterre , où , par sa sagesse et prudence, il fit la paix entre les deux roys, au grand soulagement de toute la France ; et pour ce le roy espousa ceste belle princesse Marie, sœur du roy d'Angleterre; dont j'en parle ailleurs.
de miedo. Bohiô todas sus fuerças y furia contralos Venecianos; y deayà poco vaio, resciendo la fortuna desordenadamente las empresas deste moço encendido de cotera, fue desbaratado decamino elsocorro de los Venecianos en la campa fia de Verona , fue presa B rescia porta fortaleza,y murieron à espada los que estavan en guardia ;y haziendo muy grave dano à los ciiuiadanos , fue saqueada y robada con estraàa crueidad de los Franceses y Tudescos. De aj bolvieron las vanderas de los Franceses de la otra parte del Po,y caminamlo dereclto por la Romania , y aqui fortuna lo dexo, laquai, leviana y sin fe, haviendo lo iraydo hasta ay con pasos dudosos y peligros de resbalar, parecia que lo traya à lugar de la pelea hadada ; de manera que fue travada aquella batalla la mas nombrada de todas las que han acontescido en Italia muc/ios anos ha, adonde murib.
C'est-à-dire :
«Ce Gaston de Foix, personnage certes de grande et admirable vertu, cl général des François , ayant une fois refréné et rembarré les Suisses auprès de Como, et despuis encore une autre fois près Milan, que le pape Julles avoit envoyé quérir à son secours avec une prestesse incroyable , arrive à Boulloigne avec les forces françaises, très bien à poiact,rn levé le siège et en force les Espaignols à lui faire place et se retirer avecques peur. Après il tourne toutes ses forces contre les Vénitiens, foudre qui descend du ciel et en un tour d'œil I et de là à un peu , la fortune favorisant desorrait grand ravage par où il passe et atteinct. ! donnément les entreprises de ce jeune garcoo Qui veut bien et briefvementsçavoir les beaux bruslant de colère, il rompt en chemin et met faicts et appertises d'armes que fit ce grand duc en pièces le secours desdicls Vénitiens en la de Nemours, ne faut qu'emprunter les paroi les campagne de Veronne , reprend Bresse par le